EXTRAIT D'ENTRETIEN
SUR L’HUMILITE
En vérité, Messieurs et mes frères, si un chacun de nous veut s’étudier à se bien connaître, il trouvera qu’il est très juste et très raisonnable de se mépriser soimême. Car si, d'un côté, nous considérons sérieusement la corruption de notre nature, la légèreté de notre esprit, les ténèbres de notre entendement, le dérèglement de notre vodonté et l’impureté de nos affections, et d’ailleurs, si nous pesons bien au poids du sanctuaire nos œuvres et nos productions, nous trouverons que le tout est très digne de mépris. Mais quoi ! me direz-vous, mettez-vous de ce nombre les prédications que nous avons faites, les confessions que nous avons entendues, les soins et les peine? que nous avons pris pour le prochain et pour le service de Notre-Seigneur ? Oui, Messieurs, si l’on repasse sur les meilleures actions, on trouvera qu'en la plupart on s’est mal conduit quant à la manière et souvent quant à la fin, et que, de quelque façon qu’on les regarde, il y peut avoir du mal autant que du bien; car, dites-moi, je vous prie, que peut-on attendre de la faiblesse de l’homme ? qu’est-ce que peut produire le néant ? et que. peut faire le péché ? et qu’avonsnous de nous-memes autre chose, sinon le néant et le pèche ? Tenons donc pour certain qu’en tout et partout nous sommes dignes de rebut, et toujours très méprisa^cs> a cause de l’opposition que nous avons par nousmêmes à ia sainteté et aux autres perfections de Dieu, tl x 10 (^c Jésus-Christ et aux opérations de sa grâce; Cl c( qui nous persuade davantage cette vérité est la p( nt( naturelle et continuelle que nous avons au mal,
En. retien 38. Abdly, o-p. cit ., 1. III, chap. xm, sect. il p. 216.
notre impuissance au bien, et l’expérience que nous avons tous que, lors même que nous pensons avoir bien réussi en quelque action, ou bien rencontré en nos avis, il arrive tout le contraire, et Dieu permet souvent que nous soyons méprisés, Siv donc nous nous étudions à nous bien connaître, nous trouverons qu’en tout ce que nous pensons, disons et faisons, soit en la substance, soit dans les circonstances, nous sommes pleins et environnés de sujets de confusion et de mépris; et si nous ne vouions point nous flatter, nous nous verrons non seulement plus méchants que les autres hommes, mais pires en quelque façon que les démons de l’enfer; car, si ces malheureux esprits avaient en leur disposition les grâces et les moyens qui nous sont donnés pour devenir meilleurs, ils en feraient mille et mille fois plus d’usage que nous n’en faisons.