‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 72 sur 280 · SUR L’UTILITÉ ET LE BQN USAGE DES MALADIES · texte numérisé non relu

SUR L’UTILITÉ ET LE BQN USAGE DES MALADIES

Il faut avouer que l’état de la maladie est un état fâcheux, et presque insupportable à la nature; et néanmoins c’est un des plus puissants moyens dont Dieu se sert pour nous remettre dans notre devoir, pour nous détacher des affections du péché et pour nous remplir de ses dons et de ses grâces. O Sauveur, qui avez tant souffert, et qui êtes mort pour nous racheter et pour nous montrer combien cet état de douleur pouvait glorifier Dieu et servir à notre sanctification, faites-nous, s’il vous plaît, connaître le grand bien et le grand trésor qui est caché sous cet état de maladie. C’est par là, Messieurs, que les âmes se purgent, et que celles qui n’ont point de vertu ont un moyen efficace d’en acquérir. On ne saurait trouver un état plus propre pour la pratiquer : c’est en la maladie que la foi s’exerce merveilleusement; l’espérance y reluit avec éclat; la résignation, l’amour de Dieu, et toutes les vertus y trouvent une ample matière de s’exercer. C’est là où l’on connaît ce que chacun porte et ce qu’il est; c’est la jauge avec laquelle vous pouvez sonder et savoir le plus assurément quelle est la vertu d’un chacun, s’il en a beaucoup, si peu, ou point du tout. On ne remarque jamais mieux quel est l’homme que dans l’infirmerie, à oila la plus sûre épreuve qu’on ait pour reconnaître les plus vertueux et ceux qui le sont moins ; ce qui nous fait \oir combien il est important que nous soyons bien éiablis dans la manière de nous comporter comme il faut dans les maladies. Oh! si nous savions faire comme un

— Abelly, 0p. cit., 1. III, cbap.

XXIII, p. 329.

Entretien 55.

bon serviteur de Dieu, qui, étant dans son lit malade, en fit un trône de mérite et de gloire! Il s’investit des saints mystères de notre religion. Au ciel du lit, il mit l'image de la très Sainte Trinité; au chevet, celle de lTncarnation; d’un côté, la Circoncision; d’un autre, le Saint Sacrement; aux pieds, le Crucifiement. Et ainsi, de quelque côté qu’il se tournât, à droite ou à gauche, qu’il portât les yeux en haut ou en bas, il se trouvait toujours environné de ces divins mystères, et comme entouré et plein de Dieu. Belle lumière, Messieurs, belle lumière! Si Dieu nous faisait cette grâce, que nous serions heureux! Nous avons sujet de louer Dieu de ce que, par sa bonté et miséricorde, il y a dans la Compagnie des infirmes et des malades qui font de leurs langueurs et de leurs souffrances un théâtre de, patience, où ils font paraître dans leur éclat toutes les vertus. Nous remercierons Dieu de nous avoir donné de telles personnes. J’ai déjà dit beaucoup de fois, et ne puis m’empêcher de le dire, que nous devons estimer que les personnes affligées de maladie dans la Compagnie sont la bénédiction de la même Compagnie.

Considérons que les infirmités et les afflictions viennent de la part de Dieu. La mort, la vie, la santé, la maladie, tout cela vient par l’ordre de sa Providence, et, de quelque manière que ce soit, toujours pour le bien et le salut de l’homme. Et cependant il y en a qui souffrent bien souvent avec beaucoup d’impatience leurs afflictions, et c’est une grande faute. D’autres se laissent aller au désir de changer de lieu, d’aller ici, d’aller là, en cette maison, en cette province, en son pays, sous prétexte que l’air y est meilleur. Et qu’est-ce que cela? Ce sont gens attachés à eux-mêmes, esprits de fillettes, personnes qui ne veulent rien souffrir, comme si les infirmités corporelles étaient des maux qu’il faille fuir. Fuir l’état où il plaît à Dieu nous mettre, c’est fuir son

bonheur. Oui, lu souffrance est un état de bonheur, et sanctifiant les âmes 1.

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