SUR L’ESPRIT DE COMPASSION
Le Fils de Dieu, ne pouvant avoir des sentiments de compassion dans l'état de sa gloire, qu’il possède de toute éternité dans le ciel, a voulu se faire homme et se rendre notre Pontife, pour compatir à nos misères. Pour régner avec lui dans le ciel, nous devons compatir, comme lui, à ses membres qui sont sur la terre. Les missionnaires, par-dessus tous les autres prêtres, doivent être remplis de cet esprit de compassion, étant obligés, par leur état et par leur vocation, de servir les plus misérables, les plus abandonnés et les plus accablés de misères corporelles et spirituelles. Et premièrement, ils doivent être touchés au vif et affligés dans leurs cœurs des misères du prochain. Secondement, il faut que cette misère et compassion paraisse en leur extérieur et sur leur visage, à l’exemple de Notre-Seigneur, qui pleura sur la ville de Jérusalem, à cause des calamités dont elle était menacée. Troisièmement, il faut employer des paroles compatissantes, qui fassent voir au prochain comme on entre clans les sentiments de ses intérêts et de ses souffrances. Enfin, il faut le secourir et assister, autant que l’on peut, dans ses nécessités et dans ses misères, et tâcher de l’en délivrer en tout ou en partie, parce que la main doit être, autant que faire se peut, conforme au cœur.
Entretien 61. — Abelly, o-p. cit ., 1. III, chap. xi, sect. n, p. 123.