SUR L’ATTACHEMENT AUX BIENS TEMPORELS
Malheur, malheur, Messieurs et mes frères, oui,, malheur au missionnaire qui voudra s’attacher aux biens périssables de cette vie ! car il y sera pris, il demeurera piqué de ces épines et arrêté dans ces liens; et si ce malheur arrivait à la Compagnie, qu’est-ce qu’on y dirait après cela, et comment est-ce qu’on y vivrait? L’on dirait : « Nous avons tant de mille livres de revenu, il nous faut demeurer en repos; pourquoi aller courir par les villages ? pourquoi tant travailler ? laissons-là les pauvres gens des champs; que leurs curés en aient soin, si bon leur semble; vivons doucement sans nous mettie tant en peine. » Voilà comment l’oisiveté suivra l’esprit d’avarice; on ne s’occupera plus qu’à conserver et augmenter ses biens temporels, et à chercher ses propres satisfactions; et alors on pourra dire adieu à tous les exercices de la Mission, et à la Mission même, car il n’y en aura plus. Il ne faut que lire les histoires, et on trouvera une infinité d’exemples qui feront voir que les richesses et l’abondance des biens temporels ont causé la perte non seulement de plusieurs personnes ecclésiastiques, mais aussi de communautés et d’Ordres entiers, pour n’avoir pas été fidèles à leur premier esprit de pauvreté.
Entretien 64. — Abelly, of. cit ., 1. III, chap. xvm, p. 275.