SUE LA FIDÉLITÉ AUX RÈGLES
(Règles Communes, art. 43.)
Mes cheres sœurs, voici la teneur de la dernière de vos règles : « Elles feront un grand état de tous ces règlements et ensemble de toutes les louables coutumes qu’elles ont observées jusqu’à maintenant, regardant tout cela comme des moyens donnés de Dieu pour mieux se perfectionner et se sauver plus facilement. C’est pourquoi elles s’affectionneront et étudieront à les bien mettre en pratique. »
Mes sœurs, ce dernier article de vos règles vous recommande de faire un grand état de toutes vos règles et des saintes coutumes de la maison, c’est-à-dire de faire grande estime de tout ce qui s’y est observé jusqu à présent. Or, la première raison pour laquelle vous devez observer ces règles, c’est parce qu’elles ont été inspirées de Dieu, de sorte que vous les devez regarder, non pas comme règles d’hommes, mais comme règles données de Dieu et inspirées de Dieu à ceux qu’il a choisis pour vous diriger.
Voilà donc la première raison pour laquelle vous les devez regarder comme règles que Dieu vous a données;
Entretien 99. — Ms. SV 4, p. 3 i5 et suiv.
car il faut que vous sachiez qu’il n’est pas au pouvoir de l'homme d’avoir une bonne pensée, si Dieu ne la lui inspire. C’est pourquoi, quand on regarde les règles, non seulement les vôtres, mais généralement parlant, il faut les regarder, non comme pensées et ordres des hommes, mais comme venues de Dieu, qui les a inspirées pour la bonne conduite des communautés. Suivant cela, vos règles, mes chères sœurs, sont données de Dieu pour vous, et vous les devez garder comme venues de Dieu et non pas des hommes. Ainsi, quand vous venez entendre lire vos règles, il faut dire : « Je m’en vais écouter Dieu parler », et recevoir ce que la règle dit, comme si Dieu parlait à votre cœur. Voilà donc le premier motif qui vous doit faire estimer vos règles
La seconde raison pour laquelle vous devez en faire état, c’est, mes chères sœurs, que toutes vos règles tendent à vous faire de bonnes chrétiennes, bonnes servantes de Dieu et bonnes Filles de la Charité. Après cela, elles tendent à vous faire des saintes, parce que tout ce qu’elles conseillent sont des choses qui concernent les commandements de Dieu, pour vous les faire mieux observer, et les conseils évangéliques. Bref elles tendent à vous faire parvenir à la sainteté. Donnez-moi une sœur d’entre vous qui observe bien ses règles, je vous dirai ce que le défunt Pape disait : « Que l’on me rapporte qu’un religieux ou religieuse ou personne de communauté a bien gardé ses règles, je le canoniserai. » Quelle puissante raison, mes sœurs, pour vous faire observer vos règles! Car, suivant cela, si une Fille de la Charité est exacte à ses règles, nous pouvons dire qu elle vivra et mourra à la façon des saints qui sont dans le ciel. Ah ! quelles belles vertus vous pratiquerez, si vous gardez vos règles ! Ne vous ressouvenez-vous pas de celles qui ont paru en nos chères défuntes, mais bienheureuses défuntes, de cet ardent amour vers Dieu,
de ce désir de servir le prochain? Ne vous semblait-il pas; entendant faire le rapport de ce qu’elles avaient fait, que ce sont les memes choses que nous lisons dans la vie des saints r 1 our moi pl me semblait et que ce que nous avons lu dans la vie des saints et dans la vie de Jésus-Christ même est ce quelles ont pratiqué, de sorte qu on voyait en elles quelque participation de la divinité. Car, voyez-vous, mes sœurs, les vertus des chrétiens, de ceux qui ont foule le monde aux pieds pour l’amour de Dieu, c’est une participation des vertus qui sont en Notre-Seigneur ; au moyen de laquelle ces personnes humbles, qui ont tout quitté pour le service de Dieu, participent à l’esprit de Dieu; et cette participation est celle que Notre-Seigneur leur a donnée de son humilité. Et ainsi des autres vertus. De sorte que, quand vous voyez pratiquer quelque vertu à une sœur et quelle lait cela par rapport à Notre-Seigneur, nous disons de cette personne qu’elle vit de l’esprit de Notre- Seigneur Jésus- Christ. Or, mes filles, vos règles vous mettront en cet état de perfection, si vous en aimez la pratique. Oh ! voyez combien vous les devez estimer et aimer, pour ne pas manquer à pas une.
Je sais bien qu’il y a quelquefois deux règles qui se combattent l’une l'autre. La règle de l’ordre de l’emploi de la journée vous appelle à l’oraison le matin, et l’ordre de l’assistance des pauvres vous ordonne de les aller visiter et de leur porter les médecines. Que faut-il faire en ce cas? Voilà deux règles du bon Dieu. Selon ce que je viens de vous dire, si j’observe l’une et que je laisse l’autre, je ne fais pas ce qu’il veut que je fasse. En ce cas, la sainte obéissance accorde tout cela et veut que vous laissiez l’oraison pour aller servir vos pauvres, comme il vous a été enseigné tant de fois; et alors c’est quitter Dieu pour Dieu. Or donc, quand ü vous semble que vous ne pouvez pas observer une règle
sans laisser une autre régie, il n’en faut point faire de scrupule; car cela s’appelle quitter Dieu pour Dieu. Mais, hors ce qui a été dit, qu’il arrive contradiction entre deux règles, il n’est pas loisible de la laisser; comme, quand la cloche sonne et vous appelle à l’oraison, il faut tout quitter, car c’est Dieu qui vous dit : « Venez, mes filles. » Voilà pourquoi il faut obéir au son de la cloche comme à la voix de Dieu, dans la croyance que, quand vous serez venues à la chapelle, Notre- Seigneur vous regardera et prendra plaisir à vous considérer. Car vous êtes ses épouses, et, en cette qualité, il prend plaisir à vous voir, comme un père en prend à voir son enfant; ne voyez-vous pas comme un père qui a des enfants quitte toute chose pour le plaisir qu’il prend en ses enfants? Et pourquoi? Sachez que, d’autant plus une fille sera exacte à l’observance de ses règles, d’autant plus elle approchera de la sainteté. Mais ressouvenez-vous que vos règles doivent être entendues de telle sorte que vous devez vous croire obligées de les garder et ne pas penser à acquérir d’autres vertus que celles qui y sont comprises. Cela vous rendra saintes. Oui, mes soeurs, vous êtes assurées que, si Dieu vous fait la grâce cle bien garder vos règles, vous arriverez à une grande perfection. On ne verra qu’ardeur d’amour pour Dieu, qu’ardeur de charité pour le prochain, que le désir d’être méprisées. Vos règles tendent à ces vertus-là.
Cela posé, mes sœurs, ne voulez-vous pas bien faire résolution et dire à ce moment : a Oui, Monsieur, de tout mon cœur je me donne à Dieu pour les observer; de tout mon cœur je me résous à n’en laisser pas une. » Que s’il arrive qu’il en faille omettre, ce sera pour la rencontre de deux règles et pour la charité. Je veux croire que vous le voulez bien, que vous avez toutes cette intention, et d’autant plus volontiers que vous savez qu’il ne faut point autre chose pour arriver à la perfection. Courage,
mes filles! Si vous êtes fidèles à cela, Dieu vous fera la grâce de faire de grandes choses à son service; oui, Dieu fera par la Compagnie des choses dont on n’a jamais ouï parler, si vous êtes fidèles à ce qu’il demande de vous.
Ne le voyez-vous pas déjà? Avait-on jamais ouï dire que des hiles allassent servir de pauvres criminels? Avait-on vu des hiles se donner au service des pauvres enfants abandonnes de leurs peres? C’est ce qui se voit, et Dieu prend plaisir à le voir. Or, si les pères prennent plaisir à voir leurs enfants, qui seront peut-être méchants et les ennemis du père, à combien plus forte raison Notre-Seigneur aimera-t-il une âme qui fait ce qu’elle peut pour lui plaire. Souvenez-vous donc, mes chères sœurs, que, comme les pères prennent plaisir à ce que font leurs enfants, ainsi Dieu se plaît aux actes de vertu que vous faites, de sorte que, comme chères épouses de Notre-Seigneur, il prend plaisir à vous voir souvent à l’oraison. Il voit comme hune est occupée à considérer sa bonté, sa sagesse et ses autres perfections, comme elle s’élève à lui par des actes d’amour. « C’est de tout mon cœur, mon Sauveur, que je vous aime; et parce que je ne puis vous aimer comme vous méritez, je vous offre l’amour que votre Père a pour vous. » Il voit comme l’autre tremble à la vue de ses chutes et comme elle cnerche les moyens de s’en relever. Ah ! il regarde cela avec plaisir. Quand quelqu’une y manque par nonchalance, paresse ou autrement, oh! voyez-vous, mes sœurs, c’est un déplaisir que vous lui donnez, qui ne se peut exprimer. Mais, hors cela, c’est une belle harmonie. Tout ce que l’on fait à l’oraison plaît tant à Dieu qu’il vous attend là pour cet effet. Non seulement ce qui regarde l’exercice de l’oraison est une harmonie qui plaît à Notre-Seigneur, mais tout ce que vous faites donne du plaisir à Dieu, quand vous observez vos règles. Et
voyant dans quel esprit vous faites votre travail, la confiance que vous avez en lui, il regarde cela avec tant de plaisir qu’il semble qu’il n’en a pas de plus grand. Pourquoi? C’est qu’il se voit là-dedans; il voit ces vertus en vous. Ainsi il ne peut qu’il ne vous aime; car nous aimons une chose qui nous ressemble. Et quand une fois une personne est arrivée à oe degré, Dieu prend un plaisir en cette âme-là, d’autant qu’il voit en elle les traits de ses divines perfections, qu’il y a mises par sa grâce, de son amour, de sa bonté et de sa sagesse. Le Fils y voit sa conformité à la volonté de Dieu son Père et prend son plaisir là dedans.
Mes chères sœurs, cela posé, ne voulez-vous pas bien vous donner à Dieu pour garder vos règles? Je crois que c’est votre résolution. Tandis que vous garderez vos règles, vous serez si agréables à Notre-Seigneur qu’il prendra plaisir à vous voir. Pourquoi? C’est que, quand vous accomplissez vos règles, vous accomplissez toujours la volonté de Dieu. Car vous êtes assurées qu’il n’y a règle, tant petite soit-elle, qui ne soit agréable à Dieu. Quel sujet de consolation pour vous de savoirque non seulement l’oraison est recommandable à Dieu, mais encore toutes les plus basses occupations, quand elles sont selon les règles, comme laver les pieds aux pauvres, baiser la terre, voir un malade, aller vider un pot ! Tout cela est si agréable à Dieu qu’il préfère quelquefois ces moindres choses à de plus grandes, principalement si elles sont faites en la manière qu’il faut; et les saints estiment que l’observance des plus petites règles est plus agréable à Dieu que celle des plus grandes. Accomplissez vos règles; elles vous rendront saintes. Mais a-t-on ouï dire jusqu’à maintenant que des filles se soient données à Dieu pour servir des fols que leurs pères chassent de leur maison pour les renfermer dans les cachots? Continuez, mes filles, continuez. Vous ne
voyez pas ce que Dieu veut faire de vous; nous ne voyons pas ce qu'il prétend de la Compagnie. Nous voyons bien ce qu'il a fait jusqu’à présent; mais, au reste, nous ne savons pas ce qu’il veut de vous et de celles dont il veut se servir en des choses que vous et moi ne voyons pas, pourvu que vous gardiez les règles qu’il vous a données.
Mais, Monsieur, que ferons-nous pour cela? Mes sœurs, il faut que vous ayez une copie avec le temps, imprimée ou autrement, et que vous en lisiez tous les jours quelque article. De plus, il faut les porter sur vous; et quand vous serez arrêtées en quelque lieu pour attendre votre sœur, prendre vos règles dans votre poche et les lire. Celles qui ne savent pas lire, in nomine Domini , elles se souviendront que Notre-Seigneur est leur règle et qu’il sera leur lecteur ; de sorte donc qu’il ne faut point laisser passer un jour sans en lire quelque article.
Ah! si vous étiez dans la pratique d’un monastère de Paris que je vois quelquefois ! Je ne vois jamais ces filles qu elles n’aient un livre à la main ; et je crois que c’est leurs règles.
Monsieur, pourquoi les relire tant de fois ces règles que l’on sait par cœur ? Car il est à croire quelles les savent. — Ah ! mes sœurs, c’est que l’esprit de Dieu est caché là dedans. Ainsi elles ne se lassent point de les lire et relire, et Dieu donne de nouveaux coups de dévotion, pour les- pratiquer, aux âmes qui le craignent. Les Capucins les lisent fort souvent. Pourquoi? Est-ce qu’ils ne savent point leurs règles? Elles ne sont pas plus amples que les vôtres, et partant ils les savent. Ainsi il semble qu’il ne serait pas nécessaire de les relire; néanmoins ils les lisent tous les vendredis, parce qu’ils espèrent qu’en les entendant Dieu leur donnera toujours plus de lumières pour les observer. Ainsi il faut vous mettre en
cette pratique, et, au bout de l’an que vous ferez vos retraites, les parcourir toutes pour voir si vous n’y manquez point. Ai-je observé celle-là? Oui, par la grâce de Dieu.. Si on y a manqué, il faut s'humilier et faire pénitence des fautes qu’on remarque avoir faites contre les règles. Il y en a qui ont dévotion, de trois en trois mois, plus ou moins, quand elles font la communication au supérieur, ou qu’elles se confessent, de demander pénitence de l’inobservance des règles, et Dieu fait la grâce à ces filles de croître de vertu en vertu. On dit : « Comme une telle sœur est exacte à ses règles ! » Car cela se voit dans la maison; comme, au contraire, on voit celles qui ne les observent pas. Les filles, qui gardent bien leurs règles, vous les voyez récolligées et la vue basse; mais celles qui n’en tiennent compte, c’est tout au contraire. C’est pourquoi, mes sœurs, d mandez à Notre- Seigneur la grâce de les observer.
Mais, Monsieur, il y a grand’ peine d’en venir là. — Mes sœurs, j’ai toujours ouï comparer la peine qu’on a à l'observance des règles à celle de porter un anneau au doigt, parce qu’on est accoutumé à cela. Or, quand une personne est accoutumée à l'observance de ses règles, elle n’a pas plus de difficulté qu’on en a à porter un anneau. Quand je vois chez nous qu’on se lève à quatre heures, qu’on va à l’oraison, que de là on se prépare à dire la messe (la matinée se passe presque à cela) je dis en moi-même : « Mon Dieu ! on n’a point de peine au bien, quand on y est habitué. » Ainsi celles qui se sont accoutumées à la pratique des règles, les font sans difficulté; et si elles ont peine, c’est qu’elles ne goûtent pas l’esprit de Dieu, qui est là dedans. Allez-moi dire à un mauvais prêtre, comme je suis : « Avez-vous de la peine à dire l’office? » il vous répondra : « Oui, je le trouve bien long. » Demandez à une bonne Fille de la Charité comment elle accomplit les règles qu’on lui a baillées,
elle vous dira qu’elle le fait sans difficulté. S’il y en a quelqu’une qui y trouve trop de peine, c’est qu’elle n’y est pas encore bien habituée. Mes sœurs, demandez bien à Dieu la grâce, principalement demain, jour de sainte Mark Madeleine, de bien garder vos règles et donnezvous à Dieu pour cela, comme aussi pour l’ordre de l’emploi de la journée,, que je m’en vas vous lire, parce que voilà vos règles achevées.
Voici 1 ordre de 1 emploi de la journée...
(Ce qui a ete dit de i emploi de la journée en cette conférence est joint a un autre entretien dudit emploi, fait le sixième octobre suivant.)
O Seigneur, ô Seigneur, qui vous êtes fait cette pauvre Compagnie de pauvres filles, vous avez voulu naître d une pauvre fille, quoique de race royale, et vous voulez qu’elles fassent comme votre père saint Joseph faisait; vous désirez qu’elles se conforment à ce que vous et votre mère avez fait sur la terre; nous vous supplions, Seigneur, de faire la grâce à cette Compagnie de filles qu au moment où elles recevront la bénédiction, elles soient excitées efficacement à entrer dans cette pratique. Faites-nous donc la grâce d’observer nos règles, comme vous avez observé celles que votre Père vous a données. Q Seigneur, jamais nous ne voulons faire autre chose. I\os chères sœurs ne désirent pas les abolir, mais les observer; elles ne veulent pas les abréger, mais les augmenter; elles désirent observer vos commandements et vos conseils en gardant leurs règles. Faites-leur donc cette grâce. Nous vous la demandons pour l’amour de Notre- Seigneur et pour l’amour de sa sainte Mère, pour 1 amour de sainte Marie Madeleine, votre chère amante; que, comme elle a été fidèle à garder les règles que vous lui avez données, elles le soient à celles que vous leur avez fait donner. O Sauveur, faites-nous cette grâce pour l’amour de sainte Marthe et encore de sainte
Jeanne de Cusa, en sorte qu elles n’aient point d’autre plaisir que de les observer. C’est ce que je vous demande de tout mon cœur, et, de votre part, je donnerai la bénédiction.