‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 111 sur 138 · SI U V · texte numérisé non relu

SI U V

tiens les paroisses de Paris, aux Forçats et aux Enfants troiu es, mais vous n avez point encore eu d’emploi pareil à celui-là.

Les moyens qui vous aideront et que vous devez prendre pour bien taire cet œuvre, c’est, mes chères sœurs, qu il faut renoncer à tout, à pays, parents et à vousmemes. Notie- Seigneur nous dit en l’Evangile que nous ne sommes pas dignes de lui si nous avons attache à quelque cnose. Il laut se dépayser pour être tout à lui.

Le deuxième, c'est 1 humilité, car vous allez combattre j.e démon de ce pays, qui est 1 orgueil ; le démon qui domine en de lieu-là, c’est un démon d’orgueil, de colère d emportement et de suffisance. Voilà les vices de ceux de ce lieu-là. Vous y verrez des personnes qui sont presque toujours en colère, qui s’emportent à la moindre occasion, et vous devez combattre cela par la douceur. Après, ce sont des esprits suffisants, qui aiment beaucoup à parler. Vous allez donc pour faire la guerre à cela. Or les contraires ne se détruisent que par leurs contraires.

Le troisième moyen, c’est qu’il faut quitter ici votre esprit et demander à Dieu celui de Notre-Seigneur, car il ne faut rien moins. Mes filles, ne portez pas le vôtre, laissez-le à la garde du bon Dieu. Eh! que serait-oe si vous portiez votre pauvre esprit !

Le quatrième moyen que vous devez prendre est la mortification, pour supporter les défauts l’une de l’autre; car vous, ma sœur qui êtes la plus vieille, vous devez croire que vous en êtes toute pleine; et vous, ma sœur qui êtes la plus jeune, il faut que vous vous persuadiez que vous en êtes toute remplie, et de très grands, intérieurs et extérieurs. Vous voulez être supportée avec tout cela, que l’on passe par-dessus vos promptitudes et que l'on vous excuse; il faut donc faire le même à l’endroit de votre sœur. Vous voulez qu’elle vous aime et

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quelle vous estime, pource qu'étant votre sœur, vous croyez qu’elle vous doit cela. Ainsi il faut que vous lui rendiez le réciproque, non seulement en la supportant en ses défauts, mais même en ne souffrant pas de pensées contre l’amour que vous lui devez. Voilà ce qu'il faut, mes sœurs : être fidèles vous-mêmes pour ne pas laisser entrer de pensées en votre esprit, qui puisse fâcher votre sœur, si elle le savait. Il faut donc vous munir de ce moyen-là du support et de la mortification, si vous voulez faire quelque chose.

La mortification encore, mes sœurs, pour ne point dire de paroles qui tendent à la louange ou de la Compagnie ou de vous. N’allez pas dire que vous avez été choisies à l’exclusion des Filles de la Croix, de celles de la place Royale et de tant d'autres sur lesquelles on aurait pu jeter les yeux. Non, il n’est pas expédient; il ne faut jamais rien dire qui tende à vous faire estimer, ams vous donner à Dieu pour porter le mépris qui vous pourrait arriver, car, comme il y a là des esprits suffisants, ils pourront dire : « Eh quoi ! est-ce là ces filles venues de Paris desquelles on faisait tant d'état! Eh! elles n’ont point d'esprit! Quoi! des personnes ainsi faites ont été tant désirées! » Ainsi, mes sœurs, vous montrerez la mortification par votre exemple à ces âmes-dà.

Vous aurez encore besoin de mortification, si Monseigneur de Cahors ne trouvait pas que vous vous acquittiez bien de votre devoir en l’administration de l’hôpital . pour recevoir humblement ses avis et ses corrections; car cette grande austérité qu’il a pour lui-même peut-etre le rend un peu sévère. Ce seigneur, c’est une personne qui ferait conscience de dire une parole de complaisance.

Voilà donc, mes sœurs, pourquoi vous devez vous donner à Dieu pour obtenir de sa bonté la grâce de combattre le démon d’orgueil, qui règne puissamment en

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cette ville; et, pour cela, il faut avoir l’esprit de Notre- Seigneur. Lorsqu'il vint au monde pour détruire l’orgueil, il y vint avec humilité, inconnu et sans faire rien paraître de ce qu’il était. Mes filles, c'est votre patron, et vous devez l’imiter. Et comme Notre-Seigneur, lorsqu’il connut la volonté de Dieu son Père pour le salut des hommes et vit tous les maux qu’il devait endurer pour nous, depuis le plus petit jusques au plus grand, dit à son Père : « Je me soumets à tout cela, puisque c’est votre volonté )), et passa par-dessus toutes les difficultés qu’il prévoyait dans l’office de Rédempteur, duquel il s'acquitta si fidèlement qu’il dit en la croix : « Tout est consommé; je remets mon esprit entre vos mains », ainsi, mes sœurs, représentez-vous que vous trouverez des difficultés dans l’œuvre que vous allez faire. Si je vous disais autrement, je vous tromperais. Notre-Seigneur n’at-il pas dit à ses apôtres : « Voilà que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups. »

Allez donc, mes filles, en cette confiance que l'esprit de Notre-Seigneur sera avec vous. Je ne vous dis point ce que vous y aurez à faire, smon que vous suivrez exactement les ordres de Monseigneur de Cahors, que vous pourrez apprendre ou de lui-même ou de Monsieur Cuissot, supérieur d’un petit séminaire, qui est là.

Reste, mes sœurs, à vous parler du chemin. Vous irez d’ici par le coche d’Orléans jusques à Bordeaux.

Et sa charité les adressa à une personne de sa connaissance pour leur donner adresse d’une conduite jusques à [Agen], où devait demeurer un des messieurs du séminaire qui était en leur compagnie, quoique dans un autre coche. Et ensuite il les instruisit de la manière dont elles devaient se conduire sur les chemins, leur recommandant particulièrement la modestie et la pratique de leurs règles, beaucoup de silence, se retirer en leur particulier aux hôtelleries pour ne point manger à table

d hôte, les avertissant aussi d adorer le Saint Sacrement, passant par devant les églises, saluant les bons anges de toutes les âmes des villes et villages qui les habitent. Et ensuite il leur donna sa bénédiction, pleine d’affecuon et de zèle, à son ordinaire, qui fait bien paraître que sa charité demande à Dieu les grâces dont nos sœurs

ont besoin pour accomplir sa volonté aux lieux où il les appelle.

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