‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 36 sur 138 · Marguerite Chétif et Radegonde Lenfantin · texte numérisé non relu

Marguerite Chétif et Radegonde Lenfantin

solation, au lieu que, si vous alliez parmi des méchants, cela serait bien plus rude.

Une troisième raison, c’est que vous êtes choisies pour cela, car, mes sœurs, Dieu vous a élues pour cela; il n’a pas choisi ma sœur que voilà, mais il vous a choisies vous, et non pas d'autres. Eussiez- vous pensé à cela, ma sœur, vous à la Miséricorde, et ma sœur à Orléans? Qui eût dit cela? Oh ! sans doute c’est Dieu qui l’a fait, car vous ne l’eussiez jamais pensé; mais vous pouvez croire, ma sœur, que votre vocation a été bien examinée et que le reste vient de Dieu.

Le deuxième point, mes chères sœurs, c’est ce que vous allez faire. Vous allez faire ce que le Fils de Dieu a fait sur la terre, car il n’est venu que pour donner la vie au monde, et vous, vous allez donner la vie à ces pauvres malades tant du corps que de l’âme. Quel bonheur d’aller jeter ces fondements et d’aller établir la Charité dans une si grande ville et parmi un si bon peuple! L’on vous a demandées pour un an, ou pour six mois, ou peut-être pour toujours. Quoi qu’il en soit, il va avec vous une bonne fille, qui est toute pleine de charité; vous l’honorerez beaucoup et vous vous porterez toujours au bien envers les pauvres.

La première chose que vous ferez sera d’aller saluer M. l’évêque nommé d’Arras 1 pour demander sa bénédiction et recevoir ses ordres. Vous prendrez aussi la bénédiction de' M. l’official et ensemble saluerez un bon gentilhomme qui est là, et Monsieur le gouverneur, à qui vous direz que vous allez pour recevoir leurs ordres. Vous demeurerez toutes deux seules et non pas avec personne. Vous verrez ce qui vous sera proposé pour établir la Charité si désirée, que ce soit pour toute la ville, ou bien pour chaque paroisse; ce qui, à mon avis, serait

i. Etienne Moreau (1656-1670).

bien le mieux. Je 1 3.1 vu à. I3e3.uva.is, ils voulurent 3U commencement faire ceüa; ils l’établirent pour toute la ville; cela dura quelque temps, mais cela ne réussit pas, on la mit en toutes les paroisses, et cela est bien mieux qu’il n’était. Vous verrez leurs desseins et leur direz comme vous avez accoutumé de faire ailleurs. Et en cas que œ soit en une paroisse a la fois, vous choisirez la meilleure pour commencer, avec l’avis de M. l’évêque, et puis après à une autre, et enfin vous verrez. Ne vous chargez pas de beaucoup de malades a la fois tout d’un coup; huit ou dix seulement suffisent. Vous ferez en tout comme vous avez accoutumé de faire ici.

Outre cette bonne fille qui va avec vous, il y en aura d’autres qui pourront aller avec vous aux malades; vous les laisserez faire, mais ne vous chargerez pas de beaucoup à la fois. Deux suffiront; chacune la sienne; c'est assez. Mais vous ne les souffrirez pas en votre chambre pendant vos prières. Vous leur direz et à cette bonne fille, dès le commencement, que vous avez vos petits règlements et qu’il est nécessaire que vous soyez seules. Vous garderez le mieux que vous pourrez tous vos petits règlements, n’était que le service des malades vous en empêchât; et en cela c’est quitter Dieu pour Dieu.

La sœur dit :

Mon Père, nous sommes tellement accoutumées à cela que le plus souvent nous ne faisons point d’oraison qu’en allant et venant, ou à la messe.

~ Oui, ma fille, il faut la faire à la messe, quand le service des malades vous en a détournées, ou reprendre 1 après-dmee, a l’heure la plus commode.

\ ous prendrez pour votre confesseur M. Canisius (c’est b confesseur des religieuses Brigittmes) et aurez grande confiance en lui. S’il est malade et aux champs, vous nnnrs dori rez , et nous vous manderons à qui vous irez. Te M11s (ri prie, mes sœurs, écrivez à Mademoiselle Le

Gras, si vous pouvez, toutes les semaines, et à moi souvent.

Vous suivrez donc, mes sœurs, en tout l’avis des personnes que je vous ai entes, pourvu qu’il n’y ait rien contre vos règles.

Vous trouverez là un prêtre de la Mission2. Vous prendrez aussi ses ordres, pourvu qu’il n’y ait rien contre vos exercices. Et s il vous disart quelque chose à faire contre vos règles et les choses que vous avez accoutumé de faire ici, vous lui direz : « Monsieur, cela n’est pas selon nos pratiques; je vous prie de nous excuser. » Enfin vous ne ferez rien contre vos saintes coutumes.

La sœur dit :

Mon Père, je suis bien incapable de faire tout cela, cai je m en reconnais très indigne et crois que je ne pourrai faire que beaucoup de fautes. Il faudra bien que Dieu agisse et travaille pour nous.

L autre sœur ayant témoigné le même sentiment, notre très honoré Père leur répondit :

Dieu vous bénisse, mes sœurs ! Les moyens que vous avez pour bien faire ce que Dieu demande de vous, c’est d’être dans les sentiments que vous dites, penser que vous ne pouvez rien faire de bien, que vous gâtez tout, croyant que vous ne ferez rien et ne serez capables de rien sans la grâce patieuhere de Dieu. Voilà, mes sœurs, un grand moyen : c’est une grande humilité de vousmêmes.

Le deuxième moyen, c’est la charité premièrement et l’union entre vous. O mes sœurs, grande charité et support ! Car il arrivera que vous pourrez avoir entre vous quelque chose qui vous fera peine; mais, mes chères sœurs, supportez-le ; et s’il vous arrive de vous donner quelque mécontentement l’une à l’autre, aussitôt il faut

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