‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 56 sur 138 · SERVICE DES MALADES, SOIN DE SA PROPRE SANTÉ · texte numérisé non relu

SERVICE DES MALADES, SOIN DE SA PROPRE SANTÉ

(Règles Communes, art. 12-16.)

Mes chères sœurs, la conférence que nous allons commencer sera aucunement différente des précédentes. Nous avons accoutumé de prendre pour sujet quelque vertu et de vous interroger, par la grâce de Dieu. Cela s’est fait avec bénédiction. L’autre manière dont nous avons usé, c’est que nous nous arrêtions sur une seule règle, qui servait pour tout l’entretien. Or, aujourd’hui ce sera d’une autre manière. Nous lirons les règles qui suivent, donnant seulement quelque instruction sur chacune. Jusqu’à cette heure, nous en avons usé comme je viens de dire, parce qu’il a été expédient; c’était des règles fondamentales et de très grande importance; et ainsi il fallait une plus grande explication. Mais celles-ci, quoiqu’elles soient nécessaires, n’ont pas besoin d’une si ample explication, parce qu’elles parlent d’elles-mêmes.

Nous en sommes à la 12e règle. Voyons ce qu’elle dit : « Leur principal soin sera de servir les pauvres malades, les traitant avec compassion, douceur, cordialité, respect et dévotion, etc. »

Voilà ce que dit la 12e règle, parlant des Filles de la Charité, c’est-à-dire que votre principal soin, après l’amour de Dieu et le désir de vous rendre agréables à sa divine Majesté, doit être de servir les pauvres malades avec grande douceur et cordialité, compatissant à leur mal et écoutant leurs petites plaintes, comme une bonne mère doit faire; car ils Vous regardent comme leurs mères nourrices et comme des

Entretien 85. — SV 3, p. 182 et suiv.

personnes envoyées de Dieu pour les .assister. Ainsi vous êtes destinées pour représenter la bonté de Dieu à l’endroit de oes pauvres malades. Or, comme cette bonté se comporte avec les affligés 'd’une manière douce et charitable, il faut aussi traiter les pauvres malades comme cette même bonté vous enseigne, c’est-à-dire avec douceur, compassion et amour; car ce sont vos maîtres et les miens aussi. Il y a une certaine Compagnie, je ne me souviens pas du nom, qui appelle les pauvres nos seigneurs et nos maîtres , et ils ont raison. Oh ! que ce sont de grands seigneurs au ciel ! Ce sera à eux d’en ouvrir la porte, comme il est dit dans l’Evangile.

Voila donc ce qui vous oblige à les servir avec respect, comme vos maîtres, et avec dévotion, parce qu’ils vous représentent la personne de Notre-Seigneur, qui a dit : « Ce que vous faites au plus petit des miens, je le tiendrai fait à moi-même 1. » De sorte donc, mes sœurs, que Notre-Seigneur est, en effet, avec ce malade qui reçoit le service que vous lui rendez. Et selon cela, il faut non seulement prendre garde à éloigner de soi la rudesse et l’impatience, mais de plus s’étudier à les servir avec cordialité et grande douceur, même les plus fâcheux et difficiles, n’oubliant pas de leur dire quelque bon mot, comme, par exemple, celui-ci : « Eh bien ! mon frere, comment pensez-vous faire le voyage de l’autre monde? » Puis à un autre : « Eh bien! mon enfant, ne voulez-vous pas bien vous unir à Dieu? Ne voulez-vous pas faire une bonne confession générale pour vous disposer à bien mourir? Ne voulez-vous pas bien aller voir Notre- Seigneur ? » Ainsi il faut toujours leur dire quelque chose pour les porter à Dieu. Il n’en faut pas dire beaucoup a la fois, mais peu à peu leur donner

i. Evangile de saint Matthieu XXV, 44.

l’ instruction qui leur est nécessaire ; comme à oes petits enfants qui sont à la mamelle, vous voyez qu’on ne leur donne a boire que peu a la fois. Or, vos malades sont des enfants en la dévotion, encore que ce soient de grandes personnes. Un bon mot qui part du cœur et dit dans l’esprit qu’il faut, leur suffira pour les porter à Dieu. Pourvu qu’il soit animé, il opère ce à quoi il porte. C’est pourquoi on appelle ces oraisons jaculatoires , qui sont comme autant de dards décochés qui blessent le cœur de Notre-Seigneur, surtout quand cela est fait par une bonne âme. Ainsi une bonne Fille de la Charité qui dit quelque bon mot à un malade, ah ! c’est un dard qui porte son cœur à l’amour de Dieu. Je vous tiens toutes bonnes, mais une bonne âme, qui aime bien Notre-Seigneur et la sainte Vierge, qui ne regarde autre chose, en ce qu’elle fait, que de plaire à Jésus-Uhrist, c’est une flamme d’amour qui entre dans le cœur de ceux à qui elle parie. Or, ce bon mot que vous devez leur dire doit tendre à les exciter à la patience, ou à faire une confession générale, ou à bien mourir, ou à bien vivre, s’ils reviennent en santé, et à leur enseigner les choses nécessaires à salut. Car, voyez-vous, mes chères sœurs, c’est bien quelque chose que d’assister les pauvres quant à leur corps; mais, en vérité, ce n’a jamais été le dessein de Notre-Seigneur en faisant votre Compagnie, que vous ayez soin du corps seulement; car il ne manquera pas de personnes pour ce sujet; mais l’intention de Notre- Seigneur est que vous assistiez l’âme des pauvres malades; et pour cela il faut faire réflexion sur vousmêmes : (( Comment est-ce que je me comporte en ma paroisse? Comment est-ce que je sers mes malades? Est-ce quant au corps seulement, ou des deux ensemble? Car, si je n’ai intention que d’assister le corps, hélas ! c’est peu de chose ; il n’y a personne, quelle

qu’elle soit, qui n’en fît autant. » Un Turc, un idolâtre peuvent assister le corps. Voilà pourquoi Notre- Seigneur n’aurait eu que faire d’instituer une Compagnie pour cette seule considération, la nature obligeant assez à cela. Mais, pour l’âme, il n’en est pas ainsi. Tous ne les peuvent pas aider en cela, et Dieu vous a choisies principalement afin de leur donner les instructions nécessaires pour leur salut. Faites réflexion sur vous-mêmes et dites : « N’ai-je regardé qu’à assister le corps en tout le service que j’ai rendu aux pauvres? Si je n'ai regardé jusqu’à maintenant qu’à donner la nourriture, des remèdes et autres choses qui regardent le corps, je ne me suis pas acquittée de mon obligation. Pardon, mon Seigneur, pour le passé! » Mes sœurs, ce n’est pas assez. Il faut faire résolution de joindre au service que vous rendrez au corps l’assistance des âmes pour l'avenir : « Oui, mon Sauveur, dorénavant je me veux appliquer à rendre à mes malades tout le service spirituel qu’il me sera possible, aussi bien que le corporel. »

Quelqu’une me dira : « Monsieur, nous avons trente malades à servir; le moyen de donner la portion à tous et de les instruire? » O mes chères sœurs, je réponds à celle-là quelle leur dise seulement un mot en passant, quelque parole de Notre-Seigneur, qu’elle tâche de s’élever à Dieu pour prendre dans le cœur de Notre- Seigneur quelque parole de consolation, pour dire à ce pauvre malade, par exemple : « O mon enfant, que vous serez heureux si vous souffrez votre mal patiemment ! O mon frère, vous avez bien du mal, mais le bon Dieu mérite bien que nous souffrions davantage pour l’amour de lui. Mon enfant, vous souffrez beaucoup ; mais que le mérite que vous aurez pour cela sera grand! Eh bien! mon frère, eh bien! ma sœur, aimons-nous bien le bon Dieu? Ne voulez- vous pas faire

une bonne confession generale? » Ainsi dire un mot selon le besoin qu’on volt. Et pour faire qu’il soit utile, il faut vous remplir de l’esprit de Notre-Seigneur, en sorte quon voie que vous l’aimez et que vous cherchez a le faire aimer. Celle qui sera ainsi remplie de 1 esprit de Notre-Seigneur ne peut que faire beaucoup de fruit. Mais, s’il y en avait entre vous qui ne fussent de la Chante que de nom et qui n’en eussent que la robe seulement, celles-là ne leur diront rien du tout; ou, si elles leur disent quelque chose, ce sera si froidement que cela ne les touchera point du tout. Et pourquoi ? C est que cette hile, qui n’a point de charité dans le cœur, ne parle que du bout des lèvres; ce qu’elle dit n’a point de force, parce que ce n’est que de la langue et point du cœur. Mais celles qui sont pleines de Dieu parlent avec affection, parce qu’elles portent Dieu dans leur cœur, et ce qui sort de ce cœur est un petit feu qui entre dans celui du mJaJlade; c’est un baume qui remplit tout' de sa bonne odeur.

Vous souvenez-vous de nos chères sœurs qui sont allées à Dieu? Ah! de quelle sorte parlaient-elles à leurs malades et même à leurs sœurs ! Il n’y en a eu aucune qui n’ait pratiqué cela. On les a vues servir les malades avec charité, leur parler avec douceur et humilité. Mes sœurs, souvenez- vous de cela. C’est la leçon de Notre-Seigneur : « Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur 2 » ; car vous ne profiterez de rien, si» vous agissez autrement. Mais avez-vous à donner quelque avis à vos sœurs, ou quelque instruction aux pauvres, que ce soit toujours avec humilité et douceur. C’est une semence qui porte son fruit. Mais avec rudesse et d’un esprit passionné vous ne ferez rien du tout. O mes sœurs, donnons-nous à Dieu pour

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