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BILLET DE L’ÉLECTION DU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL

(9 octobre 1659)

Je soussigné, Vincent Depaul, très indigne prêtre et supérieur général de la congrégation de la Mission, déclare qu’une de nos constitutions, qui regarde l’élection du supérieur général de notredite congrégation qui me doit succéder, m’obligeant de proposer deux prêtres d’icelle avant mourir, qui me sembleront avoir les qualités requises, pour être l’un d’eux choisi par ladite congrégation, ou, quoi que ce soit, par ceux qui seront élus des assemblées provinciales pour assister à la générale après ma mort, si elle n’aime mieux en élire un autre de ladite congrégation ; je déclare donc qu’il me semble que Messieurs Alméras et Berthe, prêtres d’icelle, ont les qualités requises à cet effet, sauf le meilleur avis des électeurs, et que j espère que celui qui sera élu réparera les fautes que j’ai faites en cette charge, desquelles je

Document 122. Registre des assemblées, copie de janvier 1661. (Arch. de la Mission.)

demande très humblement pardon à Dieu et à ladite congrégation, étant prosterné en esprit à ses pieds, et la remercie très humblement de la charité qu’elle a eue de me supporter en la vue des abominations de ma vie et de ma mauvaise conduite. Je certifie de plus que j’ai observé exactement ce que ladite constitution marque qu’il faut que le supérieur général observe au choix qu’il fait des deux personnes qu’il doit nommer à ladite congrégation ; que j’ai fait celui-ci pendant ma retraite, que j’ai commencée le second jour de ce mois et que j’espère achever le dixième du même mois d’octobre mil six cent cinquante-neuf en notre maison de Saint-Lazare, et en suite ma confession annuelle; que j’ai célébré la sainte messe à cet effet et immédiatement après protesté, en la présence de Monsieur Portail, mon premier assistant, que je nomme ces deux personnes à la Compagnie, Messieurs Alméras et Berthe, à l’effet que dessus, en la vue de Dieu seul et sans aucune inclination ni affection particulière que je sente pour eux, et que je me suis comporté en ceci comme je voudrais avoir fait au moment du jugement formidable que Notre- Seigneur fera de moi au sortir de cette vie.

En' foi de quoi j’ai écrit et signé la présente de ma main propre et apposé notre sceau, et l’ai mise en un coffret à deux serrures différentes, lesquelles j’ai scellées de quatre de nos cachets sur les quatre coins d’un papier, qui marque que c’est là le coffret dans lequel j’ai mis cette déclaration, et ledit coffret dans un autre plus grand; et ai donné l’une desdites clefs audit sieur Portail et ai gardé l’autre pour être mise, incontinent après mon décès, entre les mains du plus ancien prêtre de la maison où je mourrai, et ledit coffret ouvert en la présence de ladite congrégation assemblée pour procéder à ladite élection.

Fait audit Saint-Lazare, le neuvième jour d’octobre mil six cent cinquante-neuf.

Vincent Depaul,

indigne prêtre, supérieur général de la congrégation

de la Mission .

123. — LETTRES PATENTES POUR CONFIRMER L’UNION DU PRIEURÉ DE SAINT-LAZARE A LA MISSION

(Mars 1660)

Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut.

Notre cher et bien amé Vincent de Paul, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission, nous a très humblement fait remontrer que notre très honoré seigneur et père le roi Louis XIII, d’heureuse mémoire, leur avait fait la grâce de leur octroyer ses lettres patentes, en date du mois de janvier 1632, confirmatives du concordat et traité d’union de la maison et prieuré de Saint-Lazare, sis au faubourg Saint-Denislez-Paris, à la congrégation des prêtres de la Mission, pour l’exécution de laquelle les sieurs prévôt des marchands et échevins de cette même ville de Paris auraient donné leur consentement par acte du 24 mars audit an, et les religieux, abbé et couvent de Saint- Victor, avec les curés de la ville et faubourgs de Paris, ayant formé opposition à ladite union, la Cour du Parlement, par son arrêt du 21 août audit an, aurait ordonné que, nonobstant lesdites oppositions, elle verrait lesdits concordat, lettres patentes et consentement de ville, et par arrêt du septième septembre ensuivant, ordonne que lesdits concordat, lettres et actes seraient registres ès registres de

Document 123. — Arch. nat. M 212, original.

ladite Cour, pour jouir, par lesdits prêtres de la congrégation de la Mission, de l’effet y contenu, et qu’ils se retireraient par devers le sieur archevêque de Paris pour obtenir des lettres d’union et établissement à perpétuité de leurdite congrégation en ladite maison de Saint-Lazare, aux charges et conditions y mentionnées; lesquelles lettres d’union auraient été octroyées par ledit sieur archevêque, en date du dernier décembre, confirmées par autres lettres patentes du feu roi, en date du mois de janvier 1633, registrées ès registres du Parlement le 21 mars ensuivant, en la Chambres des Comptes et Cour des Aides le onze octobre 1633 et neuf janvier

Lesquels concordat et acte le suppliant désirant être homologués en Cour de Rome et y obtenir de Sa Sainteté la confirmation de ladite union et établissement à perpétuité desdits prêtres de la congrégation de la Mission en ladite maison de Saint-Lazare, il en aurait fait faire les diligences en ladite Cour de Rome, et après que l’affaire aurait été diligemment examinée par la Congrégation des cardinaux, sur leur rapport et avis, le Pape Urbain VIIIe en .aurait signé la supplique, en date à Rome, des Ides de mars, Pan douzième de son pontificat, qui est, selon notre supputation, le 1 5e mars

1635, sur laquelle les Bulles n’ayant point été expédiées de son temps, ni du temps de son successeur Innocent Xe, le suppliant ,a obtenu de nouvelles Bulles de notre Saint- Père le Pape Alexandre septième, à présent séant, expédiées et datées à Rome, à Saint-Pierre, l’an de l’Incarnation de Notre- Seigneur 1655, le 14 des Calendes de mai, an premier de son Pontificat, qui est, selon notre supputation, le 18 avril de la même année 1655; par lesqueles Bulles Sa Sainteté veut que la grâce faite par son prédécesseur Urbain VIIIe, sorte son plein et entier effet du jour de sa date, mande et ordonne à l’of-

ficial de Paris, député en cette partie, d’approuver, suppléer, corroborer et confirmer ladite union, unir, annexer et incorporer même de nouveau ladite maison et prieuré de Saint-Lazare à la congrégation desdits prêtres de la Mission, aux clauses, charges et conditions y mentionnées, requérant humblement nos lettres patentes sur ce nécessaires.

A ces causes, étant pleinement informé de la probité, capacité, vie et bonnes mœurs et fidélité desdits prêtres de la congrégation de la Mission; considérant les grands biens et notables services qu’ils ont rendus et rendent continuellement à l’Eglise et au public par les instructions qu'ils donnent aux jeunes ecclésiastiques dans les séminaires, retraites et ordinations, et les bénédictions particulières que Dieu verse sur leurs travaux dans les missions qu’ils font à la campagne, allant de village en village, dans les pays éloignés et jusques aux Indes ; à quoi ils emploient et consomment chacun leurs biens et revenus, leur santé et leur vie, sans en recevoir aucun salaire, ni espérer autre récompense que de Dieu; désirant d’assurer et perpétuer la continuation de tant de saints exercices, si utiles et nécessaires à l’Eglise et au public, et afin de témoigner à nos bien amés ledit sieur Vincent de Paul, supérieur général, et autres prêtres de ladite congrégation de la Mission, le dessein que nous avons de les maintenir, leur conserver et augmenter les grâces et privilèges accordés et concédés par nous ou nos prédécesseurs rois en faveur de leurdite congrégation, après avoir fait voir à notre conseil lesdites Bulles, sentence et procès-verbal de fulmination d’icelles, en date du vingt-un juillet mil six cent cinquanteneuf, fiait par Nicolas Porcher, prêtre, docteur de Sorbonne, vice-gérant en l’offici alité de Paris, commissaire à ce député en cette partie par notre Saint-Père le Pape

Alexandre VIIe, à présent séant, et qu’il ne s’y est rien trouvé qui soit contraire aux saints décrets, sacrés conciles, droits et libertés de l’Eglise gallicane et coutumes de notre royaume;

Nous avons, de nos grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, loué, agréé, approuvé et confirmé, et par ces présentes, signées de notre main, louons, agréons et approuvons la susdite union et confirmation d’icelle union et incorporation ci-devant faite de ladite maison et prieuré de Saint-Lazare à ladite congrégation des prêtres de la Mission, aux charges et conditions y portées; voulons et nous plaît que lesdits prêtres de la congrégation de la Mission et leurs successeurs jouissent à perpétuité de ladite maison de Saint-Lazare, droits, fruits, profits, revenus, émoluments et dépendances quelconques, suivant et conformément auxdites Bulles.

Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre Cour de Parlement à Paris, que ces présentes ils fassent registrer avec lesdites Bulles et procès-verbal de fulmination d’icelles, et de tout ce contenu en icelles jouir pleinement et paisiblement et à perpétuité lesdits prêtres de la congrégation de la Mission et leurs successeurs, sans leur faire, ni souffrir leur être fait aucun trouble ni empêchement quelconque.

Et afin que ce soit chose ferme et stable, nous avons fait mettre notre scel à ces présentes.

Donné à Aix, au mois de mars, l’an de grâce mil six cent soixante et de notre règne le XVIIe.

Par le roi.

De Loménie.

Louis.

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