ÉLOGE DE SAINT VINCENT PAR RANGOUZE
A Monsieur Vincent, général de la congrégation de la Mission.
Monsieur,
La vertu honore la naissance, égale l’humilité à la grandeur, la soumission à l’empire et la pauvreté aux trésors. Lorsqu’un homme s’e'st mis au-dessus des atteintes de l’envie par une éminente perfection, il n’y a personne qui ne l’admire. La vraie sainteté est estimée des esprits profanes. La dévotion sans faste contraint même les impies de la révérer. Dans le désir ardent que la plupart ont de posséder les richesses et les grandeurs, celui qui les sait mépriser et qui ne porte ses affections que dans les choses célestes doit être considéré pour un prodige. Ne vouloir être que ce que Dieu nous fait, ne désirer que ce qu’il veut, n’avoir point d’autre volonté que la sienne, ni d’autre fin que sa plus grande gloire, c est trouver les douceurs du paradis sur la terre et ren-
i3. 5* carnet, p. 24.
14* Madame de Hautefort.
i5. Madame Sénecé.
Lp U!Tn nt]39T) Lellr,’s tdnêgynques aux -princes et prélats de l'Eglise,
par le sieur de Rangouze, Paris, i65o, in-8, p. 79.
dre en quelque façon bienheureuse notre condition mortelle. Je ne doute point que Dieu n’ait plusieurs serviteurs qui sont cachés aux yeux du monde pour se défendre des mouvements de vanité qu’il inspire. Mais vous, Monsieur, vous paraissez seul de notre temps pourvu des qualités et des avantages qui vous peuvent exempter de cette appréhension. Votre probité n’est pas sujette au changement. Votre bonté est constante et assurée. Vous êtes dans la cour comme si vous en étez éloigné. Vous êtes humble parmi les grands, petit avec les petits, pauvre parmi les riches ; et ce qui est un miracle continuel, dans la pensée de ceux qui vous connaissent, c’est que vous agréez à tous, encore qu’ils viennent de différentes routes et qu’ils aient des desseins contraires. Le feu roi voulut rendre ses derniers soupirs dans votre sein ; la reine, à son exemple, vous ouvre les plus purs sentiments de son âme. Les ministres d’Etat ont une parfaite créance en votre' intégrité, qui ne peut être séduite, ni surprise en la distribution des biens d 'Eglise1, ni dans le choix de ses prélats. Un homme de bien reconnaît d’abord ceux qui lui ressemblent. A qui donc en pouvait-on mieux remettre la dispensation qu’à celui qui ne cherche autre récompense que la peine qu’il y prend? Vous avez relevé l’ordre de prêtrise à la gloire qui lui était due, établissant des communautés qui suivent par leurs missions, en prêchant partout, l’exemple des apôtres et des disciples ; que si ce n’est avec tant de miracles, c’est du moins avec beaucoup de zèle et de' piété, étant aussi malaisé d’enseigner la science de salut aux fidèles ignorants, que de jeter les premiers fondements de la religion chrétienne.
Dans cette heureuse condition, je ferais tort à mon ouvrage si je ne vous donnais^ séance parmi les prélats. Vous la choisirez telle qu’il vous plaira et me croirez, Monsieur, votre, etc.