‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 14 sur 500 · Hoqueton , casaque · texte numérisé non relu

Hoqueton , casaque

13. Cette description correspond presque trait pour trait à celles que

nous ont laissées d’autres esclaves libérés. Abel Boutin résume ainsi leurs témoignages ( op cil., p. 162) : « Durant toute la matinée, il

y avait exposition des captifs. Au dire des témoins oculaires, c’était l’heure la plus pénible de la captivité. Entièrement nus, sous les rayons ardents d’un soleil tropical, ils devaient se prêter à toutes sortes d’attouchements de la part des acheteurs. Ceux-ci les palpaient, comme sur nos marchés modernes on palpe bœufs ou chevaux. Ils examinaient leur conformation, la valeur de leur? muscles. Ils es-

défaire bientôt de moi, pour n’avoir rien de si contraire que la mer, et depuis par le pêcheur à un vieillard, médecin spagirique 14, souverain tireur de quintessences, homme fort humain et traitable, lequel, à ce qu’il me disait, avait travaillé cinquante ans à la recherche de la pierre philosophale, et en vain quant à la pierre, mais fort heureusement à autre sorte de transmutation des métaux. En foi de quoi, je lui ai vu souvent fondre autant d’or que d’argent ensemble, les mettre en petites lamines, et puis mettre un lit de quelques poudres, puis un autre de lamines, et puis un autre de poudres dans un creuset ou vase à fondre des orfèvres, le tenir au feu vingt-quatre heures, puis l’ouvrir et trouver l’argent être devenu or ; et plus souvent encore congeler ou fixer de l’argent vif en fin argent, qu’il vendait pour donner aux pauvres. Mon occupation était à tenir le feu à dix ou douze fourneaux ; en quoi, Dieu merci, je n’avais plus 15 de peine que de plaisir. Il m’aimait fort et se

sayaient leur force. Ils les faisaient marcher, courir ou sauter. Ils regardaient leurs dents, les paumes de leurs mains... »

A Alger, la vente se faisait par l’intermédiaire de courtiers. Ceuxci faisaient successivement le tour du marché, passant devant les arcades, et énuméraient les qualités, vraies ou fausses, des captifs... Ils terminaient leur harangue par le prix demandé : à tant de -piastres. Les acheteurs présents enchérissaient, et l’esclave était adjugé au plus offrant et dernier enchérisseur. Mais il y avait aussi des esclaves défectueux, infirmes, malingres ou vieux, qui n’auraient pu trouver acquéreur si on les avait mis individuellement en vente ; alors on faisait un lot d’esclaves, mi-robustes, mi-malingres, et le tout était adjugé selon la règle ordinaire. (A. Boutin, op. cit ., p. 166.)

Pierre Dan ( Histoire de Barbarie et de ses corsaires , Paris, 2e éd., 1649, in-8°, p. 285) évalue à sept mille le nombre des chrétiens en captivité dans la seule régence de Tunis, aux premières années du XVIIe siècle. Le maître avait sur son esclave droit de vie et de mort. Il pouvait le garder, le mettre en liberté ou le revendre. L’esclave était sa chose.

14. Les médecins spagiristes expliquaient les changements organiques du corps humain en santé et en maladie comme les chimistes de leur temps expliquaient ceux du règne inorganique. Paracelse fut, au XVIe siècle, le fondateur et le chef de cette école.

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