Commune de l’arrondissement d’Etampes
eux, en leur faisant dire leur Pater, qui me fit passer la ■petite tristesse que pavais eue la matinée de mon départ. Toutes les heures que ma montre sonnait , soit dans le carrosse , ou dehors , nous disions un Ave Maria, en nous remettant en la présence de Dieu et demandant l' accomplissement de sa sainte volonté.
A Etampes , notre premier coucher. Passant devant V église, je m'y fis descendre et envoyai voir où était V Hôtel-Dieu 3 qui se treriva très loin. J'y fus pourtant à pied avec seulement ma fille et mon laquais. Je m' adressai a une jeune religieuse , qui se treuva être la supérieure . Je me mis auprès d'elle à V entretenir , pendant que mon laquais était allé acheter quelque chose pour donner aux malades ; et comme je lui parlai de la nécessité d'un directeur , elle me regarda au visage. J'étais faite avec un collet bas , sans vertugadin 3, comme une servante. Elle me dit : quelle femme êtes-vous ? Etes-vous mariée ? J’ ai tant oui parler d'une Mademoiselle Acarie 4, mais je pense que vous en êtes une autre ; et commença à me dire comme elle avait eu volonté d'être aux hospitalières , que Von l'avait choisie pour être supérieure de six religieuse s , qui sont là sans réforme , mais que depuis deux ans elle n'avait encore rien fait. Je V encourageai fort. Elle me dit qu'il faudrait qu' elle vînt à Paris. Je lui offris ma maison. J'avais bien désir de prier Dieu pour elle. A l'hôtellerie , j' entendis dire que l'hôtesse avait une grande affliction de son fils. Je passai mon aprèssoupê à l' entretenir , puis donnai le sujet d' oraison et V examen a l'ordinaire.
Le lendemain , à la dînée , à An ger ville 5 , je ne treuvai point d' H ôtel-Dieu. Je fus à l'église pendant que le dîné s'apprêtait , après lequel je descendis , où je treuvai quantité de pauvres. , qui m' attendaient^ et aussi des enfants et grandes personnes ? qui faisaient de l'étonné. Je commençai par leur faire faire le signe de la croix , dont la plupart ne le savaient pas faire , et me firent grand pitié. Ils me semblèrent de bonne affection.
Je fus coucher à Artenay 6, où je fis grand catéchisme à
3. Bourrelet que les femmes mettaient sous leur jupe pour la faire bouffer.
4. Barbe Avrillot, devenue par son mariage Madame Acarie et par son entrée en religion Marie de l’Incarnation, fondatrice des Carmélites réformées de France, femme célèbre par ses vertus et ses miracles, qui lui valurent en 1791 les honneurs de la Béatification. Elle était morte à Pontoise le 18 avril 1618, âgée de cinquante-trois ans. Sa vie, écrite en 1621 par André Duval, docteur en Sorbonne, a tenté la plume de bien d’autres biographes jusqu’à nos jours.