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Concierge du château de Montmirail

Lettre 308. — L. a. — Original à la Visitation de Troyes, original.

Voici encore la plume d’un remerciant, pource que votre charité nous donne toujours des nouveaux sujets de ce faire, par tant d’actes de bonté que de jour en jour le Saint-Esprit vous va suggérant pour notre bien et celui des âmes de votre diocèse. Vous ne vous êtes pas contentée, ma chère Mère, de proposer, de conduire et de mener à chef notre établissement avec tant de soins, de sollicitudes et de travaux quasi continuels ; vous y avez ajouté l’offre de votre maison pour notre logement et l’exercice des ordinands. O ma chère Mère ! que cela me touche le cœur et qu’il me fait voir l’état d’une âme vraiment chrétienne et religieuse arrivée au point de la plus haute perfection à laquelle l’un et l’autre de ces états peut élever une âme dans l’exercice de la vraie charité ! A Dieu en soit la gloire, ma chère Mère, qui s’est ainsi plu de vous élever à un état d’une si grande bonté, et à nous la reconnaissance éternelle de tant de bien que vous nous faites incessamment, et à vous, ma chère Mère, un degré de gloire au ciel répondant à la bonté que Notre-Seigneur a mise en votre chère âme ! Voilà la reconnaissance et les souhaits que vous peut faire l’âme du monde qui vous est la plus obligée, ma chère Mère, et qui vous tient le plus pour sa très chère et très aimable mère.

Je vis hier l’un des deux petits logements du devant de la maison de Monseigneur b De vérité, il serait expédient qu’on les eût tous deux à cause des vues et autres servitudes. Mais quoi ! le logement que nous avons besoin à Troyes presse encore davantage, si me semble. Comment ferions-nous pour cela sans les secours de ce qu’il plaît à Monseigneur de nous donner ! S’il n’était

i. René de Breslay, évêque de Troyes (1604-1641), avait à Paris,

dans la grande rue du faubourg Saint-Michel, une maison, qu’il offrait à saint Vincent pour les besoins des missionnaires de Troyes. (Cf. lettre 292, note 1.)

vendu que le prix qu’il vaut, baste ! Mais l’on l’offre pour 6.000 livres, quoique je crains que l’on aura peine d’en trouver deux cents de louage ; car il n’est point loué. Un père capucin l’avait pris et y avait mis une bonne lemme dévote pour y retirer quelques pauvres personnes nouvellement converties ; mais je ne sais comme cela se fait qu’il n’y a plus personne que cette bonne femme et deux pauvres filles, qui s’en vont. D’un autre côté, de marchander avec notre bienfaiteur, ô Jésus ! ma chère Mère, il ne le faut pas. C’est pourquoi, sauf votre meilleur avis, je pense, ma chère Mère, qu’il en faut demeurer là 2.

Monsieur le commandeur n’a point jugé nécessaire de ratifier la fondation de Monseigneur, pource que mondit seigneur ne le désirant qu’à cause du contrat qui avait été passé auparavant sous seing privé entre ce bon seigneur et moi, il dit que, rendant l’original de ce contrat, qu’il avait, et moi ayant renvoyé le nôtre, et que tous deux étant déchirés, il n’est point besoin qu’il ratifie. C’est, ma chère Mère, ce que je vous supplie très humblement de faire. entendre à Monseigneur et que je n’ai point vu personne témoigner avoir plus de satisfaction de l’action qu’il a faite pour le bien de son diocèse que M. son neveu Bault. Certes, ma chère Mère, la bonté avec laquelle il m’a reçu et traité avec nous n’est pas imaginable.

Voilà tantôt notre mission de la cour achevée. Les pauvres missionnaires y ont travaillé incessamment, depuis le matin j usques au soir, à prêcher, catéchiser et à entendre la confession générale, depuis le matin jusques au soir, et sont si las qu’ils n’en peuvent plus.

Nous ferons reposer et refaire un peu ceux qui sont

2. Les prêtres de la Mission s’établirent d’abord au village de Sancey, dans une maison louée à Sébastien Gouault, bourgeois de Troyes. Comme le local était peu spacieux, le commandeur leur

destinés pour Troyes, pour s’y rendre la veille du dimanche de la Passion 3, auquel temps Monseigneur a trouvé bon qu’ils commenceront à travailler par l’exercice des ordinands. Et moi qui importune trop ma chère Mère et toute bonne, je finirai en la suppliant très humblement de nous bien donner à Dieu et de le prier qu’il nous pardonne tant de fautes que nous commettons incessamment dans le dessein qu’il nous a confié, et suis à la sainte communauté de ma très chère Mère et en l’amour de Notre-Seigneur, ma très chère Mère, très humble et très obligé et obéissant serviteur.

Vincent Depaul.

Ce bon docteur que M. Gallemant avait fait son successeur à la cure d’Aumale 4 travaille aux mémoires ou la vie de ce bienheureux, et un autre prêtre ou deux.

De Paris, ce 25 février 1638.

Suscrïption : A ma R. Mère ma R. Mère de la Sainte- Trinité, prieure du monastère des Carmélites du faubourg de Troyes, à Troyes.

[1638, vers février 1 *.]

Béni soit Dieu de ce qu’il a pris cette petite âme en état qu’on a sujet de croire qu’elle est bien heureuse !

acheta la maison située à l’angle droit du faubourg Croncels et de

la rue des Bas-Clos, à Troyes. C’est là qu’ils se transportèrent le 25 août 1640.

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