A LÉONARD BOUCHER
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus, dimanche passé, en m’en allant à la ville pour aller aux champs, la vôtre du io de ce mois, et revenant avant-hier soir un peu harassé, je n’eus pas l’esprit de pourvoir à vous envoyer quelqu’un pour l’assistance du bon M. Mouton. Je le fais ce matin et vous envoie Matthieu* 1, qui est plein d’ardeur et de charité, comme vous savez. Je vous supplie, Monsieur, de ne lui rien épargner. Il y a des apothicaires à Montmirail et de bons chirurgiens ; et pour le médecin, il faut l’envoyer quérir à Château-Thierry. Il y a un nommé M. Fournier, qui est bon médecin et de nos amis. Vous pourrez employer celui-là, si déjà vous n’en avez pris quelqu’autre. Et, pource qu’il sera en lieu plus commode à Montmi-
Lettre 318. — L. a. — Dossier de Turin, original,
i. Le frère Matthieu Régnard, né à Brienne-le-Château, aujourd’hui Brienne-Napoléon (AubeJ , le 26 juillet 159 2, entré dans la congrégation de la Mission en octobre 1631, reçu aux vœux le 28 octobre 1644, mort le 5 octobre 1669. Ce fut le grand distributeur des aumônes de saint Vincent en Lorraine et pendant les troubles. Il fut d’un grand secours au saint par son audace, son sang-froid et son savoir-faire. On trouve sa biographie au t. II des Notices, pp. 29-33.
rail, je vous prie de l’y faire transporter. Jecris à M. Octobre, le concierge, pour lui faire trouver logement. Je vous supplie, Monsieur, de ne le pas abondonner, si ce n’est qu’il se porte mieux, auquel cas vous pourrez achever la mission commencée ou vous joindre à M. Lucas, tandis que M. Mouton se reposera.
Je salue très humblement ledit sieur Mouton et l’embrasse en esprit avec un cœur tout attendri de douleur et douceur. Nous ne manquerons à prier Dieu pour lui, comme vous pouvez penser.
Je ne vous dis rien quant au reste de votre lettre touchant les Charités, sinon que je vois bien que nous ne sommes pas au temps de les rétablir. Notre-Seigneur le nous donnera plus opportun à la paix, s’il lui plaît.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
Vincent Depaul.
De Paris, ce 17 mars 1638.
Suscriftiion : A Monsieur Monsieur Boucher, prêtre de la Mission, à Montmirail.
319 — A LOUISE DE MARILLAG
[Mars 1638 * 1.]
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici une lettre de Barbe2. Je ne lui ai envoyé que ce
Lettre 319. — L. a. — L’original a été donnée en 1901 au cardinal Langénieux, archevêque de Reims, par M. Antoine Fiat, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission.
1. La présence de sœur Barbe Angiboust à. Saint-Germain-en-Laye ne permet pas de douter de l’année. D’autre part, la lettre est antérieure à la lettre 320.