A JEAN BÉGU
Monsieur,
[20 ou 21 mai 1638 * 1.]
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Puisque vous avez tant de difficulté à la campagne, je vous supplie, Monsieur, d’aller faire la mission à Montmirail. Il faudra que vous fassiez la prédication du matin M. Abeline2, qui est à M. de Bayonne, fera le
Lettre 322. — Dossier de Turin, copie prise par Antoine Portail.
Lettre 323. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1. Sur le côté réservé à l’adresse sont écrits les mots : « Le mardi ou mercredi devant la Pentecôte 1638, mai. »
2. Plus connu sous le nom d’Abelly. Louis Abelly naquit à Paris en 1604. Dès les premières années de son sacerdoce, il prit part aux travaux apostoliques de saint Vincent, qui reconnut son mérite et en dit tant de bien à François Fouquet, évêque nommé de Bayonne, que celui-ci le prit pour vicaire général. Son séjour à Bayonne ne fut pas long. Il accepta une modeste cure de village aux environs de Paris et fut peu après (1644) chargé d’une paroisse de la capi-
grand catéchisme, et M. Le Breton, qui est encore à lui, fera le petit peut-être. Il n’a jamais été à la mission ; il est savant, fort pieux et a très bon esprit néanmoins ; c’est ce qui fait juger qu’il fera bien. J’en conférerai avec lui. S’il ne le fait, ce sera M. Boucher ou M. Cuissot ; vous en aviserez avec M. Lucas. Ils pourront partir demain pour être samedi à Montmirail. Il sera à propos que vous alliez donner ordre au logement. J’en écris un mot à M. Octobre, le concierge 3. Vous pourrez vous faire aider, si besoin est parfois, par M. Lucas pour la prédication du matin. Si Monsieur de Soissons 4 envoie quelqu’un pour l’octave du Saint-Sacrement, vous vous reposerez. Il faudra veiller aux accommodements qui seront à faire et assembler les dames de la Charité. Je vous enverrai un frère pour servir à Montmirail, Gallemant 5 ou un autre ; mais il faudra que vous preniez un peu de soin pour le vivre.
Je salue très humblement la Compagnie. M. Abeline
taie, la paroisse Saint-Josse, où il forma une communauté ecclésiastique. Il devint dans la suite directeur des sœurs de la Croix (1650), aumônier de l’hôpital général (1657), évêque de Rodez (1662). Il se démit de son évêché en 1666 pour raisons de santé et se retira à Saint-Lazare, où il passa, dans le recueillement et l’étude, les vingtcinq dernières années de sa vie. Nous avons de lui près de trente ouvrages de piété, d’histoire et de théologie. Les plus connus sont le Sacerdos christianus (Paris, 1656, in-8), la Medulla theologica (Paris, 1652- 1653, 2 vol. in-12), qui lui a valu de l’auteur du Lutrin l’épithète de moelleux, et surtout la Vie du V énérable Vincent de Paul. Il n’est pas seulement le parrain de ce dernier écrit, comme on l’a prétendu ; il en est réellement l’auteur. Sa tâche lui fut singulièrement facilitée par le frère Ducournau, qui recueillit et classa les documents. Il fit don à la maison de Saint-Lazare d’une propriété cju’il avait à Pantin et qui devint, depuis, la maison de campagne des étudiants Louis Abelly mourut le 4 octobre 1691 et fut inhumé, comme il l’avait désiré, dans l’église de Saint-Lazare, sous la chapelle des Saints-Anges. (Cf. Collet, op. cit., t. I, p. 5 et suiv.)