LOUISE DE MAEILLAC A SAINT VINCENT M onsieur
Il y a environ trois semaines qu'étant chez M ade mois elle du F ay , je trouvai une occasion par laquelle je vous écrivis ; mais je crains que mes lettres aient été perdues. Le principal sujet était un avis que je vous demandais pour mon fils. Mais maintenant , Monsieur , je ne suis plus aux mêmes ternies; car , soit que Dieu ne le veuille pas tout présentement en la résolution de se faire ecclésiastique , ou que le monde s’y soit opposé , ses ferveurs sont de beaucoup diminuées ; et lui trouvant un si grand changement en l'esprit , j'en ai parlé librement à la Mère supérieure , qui m'a conseillé de le mettre simplement pensionnaire avec ces bons ecclésiastiques pour les raisons que je vous dirai , si Dieu me fait la grâce de voir votre retour , dont j'ai un grand besoin.
Certainement votre absence ne me fut jamais plus sensible , pour les besoins que j'ai eus depuis ; en quoi il faut que j'avoue ma faiblesse , vous assurant , mon Père , que, si Dieu me fait la grâce me souvenir du passé , je n'aurai pas sujet de me glorifier. Je demande force de l'aide de vos prières , pour l'amour de Dieu , et vous remercie très humblement de la peine que vous avez prise de m' écrire et des témoignages de l'honneur de votre souvenir. Je ne le mérite pas , et Dieu est bien bon de me souffrir. Or, mon très cher Père , offrez ma volonté à la miséricorde divine , car je veux, moyennant sa sainte grâce , me convertir et me dire véritablement, M onsieur , votre très humble servante et indigne fille en N otre-Seigneur.
Ce ig janvier 1628.
Mademoiselle du F ay est toujours dans ses infirmités cor-
Lettre 21. — - L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original. 1. Au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
porelles et a fresque toujours été au lit depuis quinze jours, sans fièvre néanmoins ; elle désire bien votre retour.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne sais comme je m’étais imaginé, ces jours passés, que vous étiez malade, si bien que je vous regardais toujours en cet état. Or, béni soit Dieu de ce- que votre lettre m’a assuré du contraire !
Que vous dirai- je maintenant de votre fils, sinon que, comme il ne fallait pas se beaucoup assurer sur le sentiment qu’il avait de la communauté *, qu’aussi il ne faut pas se mettre en peine pour le dissentiment qu’il en a maintenant ? Laissez-le donc et le livrez entièrement au vouloir et non-vouloir de Notre-Seigneur. Il n’appartient qu’à lui à diriger ces petites et tendres âmes. Il y a aussi plus d’intérêt que vous, pource qu’il lui appartient plus qu’à vous. Lorsque j’aurai le bonheur de vous voir, ou plus de loisir qu’à présent de vous écrire, je vous dirai la pensée que j’eus un jour et que je dis à Madame de Chantal sur ce sujet, dont elle fut consolée et délivrée, par la miséricorde de Dieu, de quelque peine semblable à celle que vous pouvez avoir * 1 2. A notre première vue donc ; et si votre autre peine vous peine, écrivez-le-moi, je vous ferai réponse.
Lettre 22. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de la rue des Bernardins, 15, à Paris, qui le tiennent de M. Duby, ancien curé de la paroisse. Il aurait appartenu autrefois aux religieux de l’abbaye de Saint-Victor.