‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 46 sur 500 · LE COMMANDEUR DE S1LLERY* 1 A SAINT VINCENT · texte numérisé non relu

LE COMMANDEUR DE S1LLERY* 1 A SAINT VINCENT

[ Entre 1625 et iôjo2.\ Monsieur mon Révérend et très cher Père ,

Je ne doute Joint que , connaissant , comme vous faites , le cœur de votre chétif fils } que vous ri1 ayez voulu , Jar votre tant aimable et si cordiale lettre , le remplir de tant de douceurs de votre exubérante bonté , qiFencore qu'en matière de cordialité il ne cède à fer sonne , vous l'obligez néanmoins à vous rendre les armes et à vous reconnaître , ainsi qu'il fait très volontiers en cela et en tout , Jour son maître et son sujêrieur. Et de vrai , il faudrait être bien rude et bien agreste Jour ne Jas

Lettre 25. — Abelly, oj. cii ., t. I, chap. xxxn, ire éd., p. 149.

Le texte d’Abelly doit être préféré, semble-t-il, à celui qu’on lit dans la Vie de l'illustre serviteur de Dieu Noël Brulart de Sillery, Paris, 1843, in-12, p. 30.

1. Noël Brulart de Sillery, chevalier de Malte et commandeur de

Troyes, est l’une des plus belles conquêtes de saint Vincent. Après avoir rempli à la cour les plus hautes charges, après avoir été le premier écuyer de la reine, puis son chevalier d’honneur, ambassadeur extraordinaire en Italie, en Espagne et plus tard à Rome auprès

des Papes Grégoire XV et Urbain VIII, il renonça à la vie publique, quitta le magnifique hôtel de Sillery, vendit ce qu’il avait de plus somptueux, licencia la plus grande partie de son personnel et vint habiter une modeste maison près du premier monastère de la Visitation. C’était sur la fin de l’année 1632. Saint Vincent, son

directeur, avait su opérer ce miracle. Quand il vit le commandeur

détaché de tous les biens du monde, il lui apprit à faire bon usage de son immense fortune. Il le conduisit dans les prisons, les hôpitaux et l’initia à la charité sous toutes ses formes. Noël Brulart de Sillery prit la soutane en 1632 et reçut les ordres sacrés et la prêtrise en 1634. Il dit sa première messe le jeudi saint 13 avril 1634 dans la chapelle des soeurs de la Visitation. Sa vie de prêtre fut courte, mais toute de charité. Il donna beaucoup aux congrégations religieuses, plus particulièrement à la Visitation, aux prêtres de la Mission, au monastère de la Madeleine, aux jésuites et au Carmel. Il essaya sans succès d’organiser un séminaire dans la maison du Temple à Paris. Dieu le rappela à lui le 26 septembre 1640, à l’âge de soixante-trois ans. Saint Vincent l’assista à ses derniers moments et fit lui-même la cérémonie des obsèques. Cf. Vie de l'illustre serviteur de Dieu Noël Brulart de Sillery ; Histoire chronologique, t. I, pp. 290-307 ; Contribution à l'Histoire du monastère de la Visitation Sainte-Marie du faubourg Saint-Antoine au xvne siècle , par Martin Fosseyeux, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de- France , 1910, pp. 184-202.

2. Le commandeur de Sillery était déjà sous la direction de saint Vincent en 1630 ; d’autre part, sa conversion date de 1625.

-fondre tout en dilection pour une charité si amoureusement exercée par un si digne et si débonnaire père envers un fils qui ne lui sert qu'à lui donner de la peine. M ais il n'y a remède. ]e reçois humblement et volontiers la confusion de toutes les pauvretés et faiblesses que vous supportez en moi , après vous en avoir , en toute révérence et soumission , requis pardon. ]e vous promets bien , mon très cher Père , que c' est à bon escient que fai bonne envie , moyennant la grâce de N otre-Seigneur , de m'en amender. Oui certes , mon unique Père } il m'est avis que je ne me suis jamais senti touché pour ce regard jusques au point où je me trouve. Oh ! que si nous pouvons et venons à travailler efficacement à un bon amendement de tant de misères dont Votre Révérence sait que je suis rempli et environné de tous côtés , je suis assuré qu'elle en recevra des consolations indicibles . Et quand ce bien n' arriverait pas si promptement ou si notablement que votre piété le désire , je vous conjure , mon bon Père , per viscera misericordiae Dei nostri in quibus visitavit no^i oriens ex alto 3, que votre bonté ne se lasse point et ne veuille jamais délaisser ce pauvre fils ; vous savez bien qu'il serait sous une trop mauvaise conduite s'il demeurait sous la sienne.

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