‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 483 sur 500 · Ou plutôt La Rose, près d’Aiguillon · texte numérisé non relu

Ou plutôt La Rose, près d’Aiguillon

pour cela, selon la grâce que Notre-Seigneur lui a donnée toute spéciale, a pensé qu’il ferait bien d’en amener en France le plus qu’il pourra. Il en emmena cent le mois passé, entre lesquels il y avait quarante-six Files, demoiselles et autres, qu’il a conduites et nourries jusques en cette ville, où l'on en a déjà placé la plupart ; et en attendant, l’on les nourrit en une maison où l’on a pris soin des enfants trouvés de cette ville. Quelques bonnes dames 5 font des merveilles pour nous aider en cela. Tout cela posé, vous voyez bien, Monsieur, qu’il nous est impossible de vous envoyer du secours pour le présent ; ce sera quand nous le pourrons. Nous en allons faire partir douze ou treize pour envoyer en ces lieux-là.

Voilà des nouvelles qui vous consoleront ; mais en voici une qui contristera bien votre cher cœur ; c’est la nouvelle de la mort de notre bon feu M. de la Salle, qui alla à Dieu le jour de saint Denis 6, entre trois et quatre heures du matin, en suite d’une fièvre pourprée, en laquelle il a été si attaché à la volonté de Dieu qu’il n’en est pas sorti un moment, de sorte qu’il se peut dire que sa mort a répondu à sa vie. Un jour avant mourir, il tira sa chemise, pour mourir nu, avec tant de propreté que chacun a admiré comme quoi un corps qui ne remuait plus il y avait deux jours, avait pu faire cela. Et en effet, je lui demandai pourquoi il s’était mis nu, et il me ht une réponse non articulée, que je n’entendis pas ; mais M. Dehorgny nous dit qu’il croyait qu’il l’avait fait pour imiter saint François7 ou, pour mieux dire, Notre-Seigneur, pource qu’il le vit, l’année passée, fort touché de cet acte de saint François, le jour que l’on en lisait la vie.

Page 1