TRADUCTION
A notre très Saint Père le Pape,
Vincent de Paul, supérieur des prêtres de la Mission fondée à Paris, maître Louis Callon, docteur en Sorbonne, Antoine Portail, François du Coudray, Jean de la Salle, Jean Bécu, Antoine Lucas, Joseph Brunet et Jean Dehorgny, des diocèses de Dax, Rouen, Arles, Amiens, Paris, Clermont et Noyon, présentent leurs humbles supplications et exposent les faits suivants :
Philippe-Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, marquis des îles d’Or, chevalier des deux ordres, conseiller du roi, capitaine de cinquante hommes d’armes, lieutenant général pour le roi de France ès mers du Levant, intendant général des galères royales, reçu récemment dans la congrégation de l’Oratoire de Jésus en la ville de Paris, et feu dame Françoise- Marguerite de Silly, alors son épouse, baronne de Montmirail, Trosnay et autres lieux, ayant considéré attentivement depuis plusieurs années avec ledit Vincent de Paul, alors leur aumônier et confesseur de ladite dame, que les habitants des villes étaient suffisamment pourvus de tout secours spirituel par les docteurs distingués et les religieux de bonne vie établis en icelles, alors que les pauvres gens des champs, privés
de ces mêmes secours, si abondants dans les villes, restent dans l’ignorance et la pauvreté, ignorant, jusque dans leur vieillesse, les mystères de la foi nécessaires au salut, et malheureusement meurent souvent dans les péchés de leur jeunesse, pour avoir eu honte de les découvrir à des curés ou à des vicaires qui leur sont connus et familiers ; ce considéré, pour remédier à un si grand mal, les susnommés ont pensé que les missions données jusqu’ici dans les bourgs et les villages situés sur leurs terres par ledit Vincent et d’autres ecclésiastiques connus pour leur probité et leur doctrine, sous le bon plaisir et avec le consentement des Révérendissimes Seigneurs évêques de ces mêmes lieux, devaient être continuées.
Grâce aux confessions générales, dont la pratique, répandue en bien des bourgs et villages à la gloire de Dieu tout-puissant, a provoqué le retour d’un grand nombre à la vertu et même la conversion de quelques hérétiques, et fait espérer davantage pour l’avenir, les missions ont été couronnées de tant de succès que lesdits seigneurs Emmanuel et Françoise, témoins de ces heureux fruits et désireux de perpétuer l’œuvre salutaire des missions, ont donné 45.000 francs en l’an du Seigneur 1625 pour l’entretien et subsistance de quelques prêtres résolus à vivre ensemble et à s’unir en congrégation, après avoir quitté, avec les titres et les emplois ecclésiastiques qu'on, a d’ordinaire dans les villes, l’espoir même de s’en procurer à l’avenir, et cela, pour faire profession de s’adonner, sous la direction dudit Vincent de Paul, au salut des pauvres gens des champs.
Cette fondation ayant été approuvée et confirmée par le très Révérend Seigneur archevêque de Paris, le susdit Vincent de Paul, établi supérieur par ce même archevêque, s’est associé et agrégé les prêtres susnommés, lesquels, pour se livrer plus facilement et plus utilement au bien spirituel des habitants des campagnes, ont renoncé aux bénéfices dont plusieurs avaient la jouissance dans les villes, et à d’autres charges qui les y retenaient, se sont réunis et forment ensemble la société connue sous le nom de Prêtres de la Mission ou de Missionnaires pour s’appliquer entièrement, sous la direction dudit Vincent de Paul, au salut des gens de la campagne, allant de bourg en bourg, de village en village, prêchant, exhortant, enseignant et en public et en particulier les mystères de la foi nécessaires au salut, que la plupart ignorent complètement, disposant les fidèles à faire une confession générale de toute la vie les entendant au tribunal de la Pénitence, convertissant les hérétiques, mettant fin aux procès, apaisant les haines, les discordes et les inimitiés, établissant la confrérie de la Charité où elle est nécessaire, pour le bien corpo-
rel et spirituel des pauvres malades. Ils remplissent leur pieux ministère avec grand succès, Dieu aidant, non seulement dans les bourgs et les villages situés sur les terres desdits seigneur et dame fondateurs (terres qu’ils doivent évangéliser tous les cinq ans), mais encore dans beaucoup d’autres parties de ce royaume de F rance, comme dans les archevêchés de Paris et de Sens, dans les évêchés de Châlons, en Champagne, de Troyes, Soissons, Beauvais, Amiens et Chartres, où ils exercent leurs emplois pour le plus grand bien du pauvre peuple, au grand contentement des très Révérends Seigneurs archevêques et évêques et à la satisfaction incroyable de tous, aux frais et dépens de ladite congrégation, ne recevant et n’attendant aucune récompense ou compensation temporelle.
Pour ces motifs, très Saint Père, et, parce que la perpétuité de cette pieuse entreprise paraît très utile au salut et à la conversion du peuple, plaise à Votre Sainteté approuver et confirmer ladite congrégation, et, autant que besoin est, l’ériger de nouveau, répandre sur elle Votre bénédiction et nommer ledit Vincent instituteur et supérieur général desdits prêtres, de ceux qui désirent s’adjoindre à eux et des personnes indispensables pour vaquer aux emplois domestiques dans la congrégation, dite de la Mission , à laquelle ils s’unissent pour mener ensemble la vie commune, à l’exemple des religieux, se mettre humblement et pieusement au service du Très-Haut, tendre avant tout et de toutes leurs forces à procurer leur propre perfection et le salut des pauvres gens des champs, allant de village en village pour les prêcher, les catéchiser, les exhorter à décharger leur conscience du poids des péchés de toute leur vie, entendre leur confession générale, préparer dignement les enfants à s’approcher pour la première fois de la sainte table, établir des confréries de la Charité pour le soulagement des pauvres malades, tout cela à leurs dépens et sans rien accepter des présents qu’on pourrait leur faire directement ou indirectement.
Daigne Votre Sainteté accorder à ce même Vincent, que Mgr l’archevêque de Paris a déjà choisi pour cette œuvre et que les seigneurs fondateurs ont désiré, permission, pouvoir et autorité pleine et entière d’établir ladite congrégation tant en la ville de Paris qu’en toutes les autres cités, bourgs, terres et lieux où les évêques la demanderont, et là seulement, notifier et imposer, en vue de procurer l’heureux état et bon gouvernement des personnes et des biens spirituels et temporels de cette même congrégation et des maisons que l’on établira, et avec le désir de les soumettre à l’approbation et confirmation du Saint-Siège, tous statuts, règlements et ordonnances licites, honnêtes et conformes aux saints Canons, aux
Constitutions apostoliques et aux décrets du concile de Tiente, obligatoires pour le supérieur, les prêtres, officiers, ministres et coadjuteurs des maisons, sous les peines à intervenir, et portant sur l’admission, le nombre, l’âge et les qualités de ceux qui seront reçus et admis dans cette congrégation, l’instruction, le gouvernement, la correction et les exercices, le mode et la forme des divins offices^ des prières, des oraisons et autres suffrages à réciter, et toutes autres choses utiles et nécessaires.
Que Votre Sainteté veuille bien accorder encore audit Vincent plein pouvoir de corriger, limiter, modifier et retoucher les règles, quand elles seront faites, publiées et édictées, toutes les fois que les dispositions et les changements des personnes, des choses et des temps le demanderont, comme il pourra paraître bon, de faire et établir de nouvelles règles, d’en imposer l’observance et la pratique et de faire et exécuter toutes choses générales et particulières qui se font et s’exécutent ordinairement en vertu du droit ou de la coutume, d’un privilège ou autrement, par les fondateurs ou les supérieurs, même généraux, des congrégations semblables et des ordres approuvés, quels qu’ils soient.
Plaise à Votre Sainteté approuver et confirmer, de son autorité et pour toujours, dès maintenant, que les maisons qui seront érigées ailleurs, en quelque lieu que ce soit, à l’instar de la maison susdite, par la maison de Paris et ledit supérieur général, dépendent d’eux en toutes choses.
Plaise à Votre Sainteté exempter le supérieur, les prêtres susdits et tous les membres de ladite congrégation de la juridiction de leurs Ordinaires et les faire dépendre du Saint- Siège apostolique, de telle sorte néanmoins que lesdites personnes soient tenues, en ce qui regarde les missions, d’obéir aux très Révérends Seigneurs Evêques et Ordinaires de leur résidence, d’aller où et vers qui ils seront envoyés, sans excuse ni prétexte, sauf pourtant le cas de maladie ou de fatigue excessive, provenant d’un travail antérieur et nécessitant quelque repos pour reprendre de nouvelles forces, toute liberté étant laissée au supérieur de la maison de choisir les missionnaires pour les missions, et au supérieur général de nommer et déposer les supérieurs et les officiers, même dans les maisons qui seront fondées dans la suite, de renvoyer de ces maisons ceux qui ne sont pas aptes, de transférer lesdits prêtres et autres d’une maison dans une autre et de les rappeler, en quelque lieu ou en quelque maison qu’ils soient, si Votre Sainteté l’autorise, pour une mission, ou si quelque nécessité l’exige.
Enfin qu’il soit permis, dès maintenant, à ces mêmes maisons, pour le jour où elles seront établies et érigées (comme il a été dit
ci-devant), d’accepter pour leur dotation, pour l’entretien dudit Vincent, du supérieur général et des prêtres qui les composeront, et pour les aider à supporter les charges qui leur incomberont, toutes choses en général et en particulier, ressources, biens, fruits, revenus et dons, déjà faits et encore à faire soit par ledit seigneur de Gondi et ladite dame Françoise-Marguerite de Silly, fondateurs, soit par les autres fidèles, pour être distribués, donnés et accordés auxdites maisons, de quelque manière que ce soit.
Qu'il soit permis audit Vincent et à tout autre supérieur général et aux prêtres qui font partie desdites maisons d’accepter librement, au nom desdites maisons, par lui-même, par un autre ou par d’autres, la possession corporelle, réelle et actuelle de tous ces biens et d’en garder à perpétuité les fruits, revenus et produits, d’en percevoir, exiger, lever, et récupérer les droits, revenus et intérêts, de les employer pour l’usage et l’utilité desdites maisons et même de les leur appliquer à perpétuité sans qu’il soit nécessaire de se munir de la permission de l’évêque du lieu, ou de tout autre.
Et pour augmenter la dévotion des fidèles, procurer le salut des âmes et porter les chrétiens à suivre les exercices donnés par les membres de cet Institut, lesdits prêtres supplient Votre Sainteté qu’elle ait pour agréable de leur accorder tous les pouvoirs qu’elle a coutume d’accorder aux religieux et aux prêtres séculiers que Sa Sainteté envoie en mission dans les pays infidèles, à savoir le pouvoir apostolique :
De prêcher, catéchiser, entendre les confessions, instituer la confrérie de la Charité en tous lieux, toujours cependant sous le bon plaisir de nos très Révérends Seigneurs Evêques ;
D'absoudre de toutes les censures ecclésiastiques et de dispenser des irrégularités occultes, de commuer les vœux et d’absoudre de tous les cas réservés à Votre Sainteté, même des cas marqués dans la Bulle In caena Domini ;
De disputer contre les hérétiques, d’absoudre ceux qui abjurent leurs erreurs, de lire les livres des hérétiques, d’appliquer l’indulgence plénière à tous ceux qui font une confession générale (pouvoirs demandés même pour ceux qui aideront les missionnaires en cas de besoin) ;
D’établir l’oraison des Quarante-Heures dans les lieux où ils le jugeront utile et d’appliquer l’indulgence plénière à ceux qui pendant ce temps se confesseront et communieront ;
De célébrer le saint sacrifice de la messe sur des autels portatifs, même avant l’aurore et après midi ; de diminuer ou de remettre entièrement les restitutions dues pour avoir encouru la simonie ;
De bénir les ornements d'église.
J. de la Salle, J. Bécu, du Coudray, A. Portail, Callon, J. Dehorgny, J. Brunet, A. Lucas, Vincent Depaul.
Donné à Paris, au collège des Bons-Enfants, le premier jour du mois d’août, Pan du Seigneur mil six cent vingt-huit.
fEntre 1626 et mai 1629 P]
Vous avez tort, ma chère hile, de penser que j’ai eu opinion que vous n’agréiez point la proposition de la demoiselle, pource que je n’y ai point pensé ; et je n’y ai point pensé, pource que je suis assuré que vous voulez et ne voulez ce que Dieu veut et ne veut, et que vous n’êtes en état de vouloir et ne vouloir que ce que nous vous dirons qu’il nous semble que Dieu veut et ne veut. Dites donc votre coulpe de cette pensée et ne lui donnez jamais entrée à l’avenir. Tâchez à vivre contente parmi vos sujets de mécontentement et honorez toujours le non- faire et l’état inconnu du Fils de Dieu. C’est là votre centre et ce qu’il demande de vous pour le présent et pour l’avenir, pour toujours. Si sa divine Majesté ne vous fait connaître, de la manière qui ne peut tromper, qu’il veut quelqu’autre chose de vous, ne pensez point et n’occupez point votre esprit en cette autre chose-là. Rapportez-vous-en à moi ; j’y pense assez pour tous deux.
Mais passons au petit frère Michel. Certes, ma chère fille, cela me touche ; ses souffrances me sont sensibles, et celles que vous avez pour l’amour de lui aussi. Oh bien ! tout est pour le mieux.
Lettre 29. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1. Nous voyons par le contenu de la lettre que Louise de Marillac n’était pas encore fixée sur sa vocation et que la congrégation de la Mission était presque à ses débuts.
Que vous dirai-je maintenant de celui que votre cœur chérit tant en Notre-Seigneur ? Il se porte un peu mieux, si me semble, mais toujours avec quelque petit sentiment de ses petits frissons. Au reste, Ton lui propose et l’on le presse d’aller à Forges2 et de partir demain, et M. le médecin le conseille, si une occasion d’aller en carrosse qui se présente, n’arrive autrement. Certes, ma chère fille, et cela me pèse plus que je ne saurais vous exprimer, qu’il faille tant faire pour une pauvre carcasse. Mais, si je ne le fais, nos Messieurs 3 se plaindront de moi, qui m’en pressent fort, pource qu’on leur a dit que ces eaux minérales m’ont profité les années passées en pareilles maladies. Enfin, je me suis proposé de me laisser faire en la manière qu’il me semble que notre bienheureux Père 4 le ferait. Si je pars donc, je vous dis adieu, ma chère fille, et me recommande à vos bonnes prières, et à vous de vous tenir en l’état ci-dessus. Vous ne direz point ceci à personne, s’il vous plaît, pource que je ne sais point si la chose réussira. Mon cœur n’a pu le celer au vôtre, non plus qu’à celui de notre Mère de Sainte- Marie 5 et à celui de Mademoiselle du Fay.
2. Forges-les-Eaux, bourg situé à six lieues de Neufchâtel (Seine- Inférieure). Cette localité possède trois sources d’eaux minérales ferrugineuses que l’on dit très toniques et très efficaces contre les engorgements abdominaux et les hydropisies. Louis XIII, la reine Anne d’Autriche et le cardinal Richelieu y allèrent en 1632.