‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 2)Chapitre 9 sur 28 · A M. LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

A M. LE PRÉSIDENT

DE l' ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.

Royaume de Perse^—Tébrii , ce 6 février 1889. MoffSIEUB LB PRESIDENT»

J'ai l'honneur de voas adresser, pour M. le ministre de l'instruction publique, une lettre que je vous prierai de soumettre d'abord à l'Académie, qui la présentera ensuite à Son Excellence, si elle le juge couvenable. Le silence que votre savante assemblée a gardé à l'égard des différents rapports que je lui ai envoyés m'a fait craindre que mes observations , fort incomplètes et rédigées à la hâte sous la tente , ne fussent pas dignes de votre attention. Aussi, ai-je pris le parti d'attendre votre réponse pour les continuer '.

' Ces mémoires on^ été remis à l'Académie qui s'est empressée de les soumettre à l'examen d'une Commission , dont le rapport favorable se termine par ces lignes :

f M. Bore va entreprendre de nouvelles excursions dans les pachaliks a de Mosoul et de Diarbekrj; il essaiera peut-être de pénétrer dans. le « Gurdistan. L'ardeur qui l'anime , sa capacité , les connaissances qu'il « possède font espérer qu'il recueillera de nouveaux et de précieux ren- « seignemento. En conséquence , votre Commission a Thooneur de vous « proposer, Messieurs, de témoigna er à M. Bore le vif intérêt que doivent « inspirer ses courageux efforts; elle vous propose en outre de conti- • nuer à diriger autant que possible ses explorations et d'employer tous « les moyens qui sont en votre pouvoir pour assurer le succès complei « de son entreprise. » {lYote de l'édii.)

Devant rester plusieurs mois à Tébriz , pour jeter tes fondements d une université persane , que j'ai Fintention d'établir, et dans laquelle je serai le premier et Tunique maître, jusqu'à l'arrivée de ceux qui viendront de France me remplacer, je puis facilement recevoir, par la voie de notre consul de Trébizonde, M. Outrey, les instructions nouvelles que vous jugeriez à propos de me donner relativement au pays où je me trouve. De plus, je désirerais connaître l'intention de M. le directeur de la Bibliothèque Royale sur le projet d'un échange de livres français avec des manuscrits persans , arabes ou turcs que j'expose dans ma lettre à M. le ministre de l'instruction publique. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il faudrait choisir des ouvrages remarquables par la beauté des planches et des dessins, qui devraient représenter soit des paysages, soit des perspectives de monuments , de modèles de machines et de métiers. Les monuments de Paris, par exemple; une belle édition de Buffon ; la description des manufactures des Gobelins et de Sèvres ; les galeries de Versailles : tous ces sujets nouveaux et qui plaisent à l'œil conviendraient aux Persans, qui aiment les arts et la peinture, sans partager aucun des préjugés des Sunnites , sous ce rapport.

Si vous le jugez convenable, Monsieur le Président, je pourrai vous envoyer la suite de mon voyage à Van, où j'ai copié toutes les inscriptions cunéiformes relevées par le docte et malheureux M. Schuitz , afin de pouvoir offrir dans ma copie un nouveau terme de comparaison aux savants qui ont eu la gloire de pénétrer les mystères de cette écriture. J'ai pris plusieurs informations sur le Gurdistan et sur ses dialectes , que j'espère pouvoir comparer avec

ceux de certaines provinces de la Perse , où l'on croit voir des traces d une origine zende et pehlvique.

Je suis déjà en état de vous donner une analyse comparée du système grammatical du chaldéen parlé dans les montagnes du Curdistan avec celui des saintes lettres et avec le syriaque proprement dit. J*ai rédigé une grammaire de ce dialecte et un petit lexique , où se trouvent beaucoup de racines arabes, curdes et même arméniennes. J'ai aussi composé une grammaire du turc parlé ici par les tribus des Quadjars et des Âsehars , lequel me parait être un dialecte de transition entre le djagatai y ou turc dit oriental , et la langue plus douce et plus riche parlée à Constantinople et dans toute l'Anatolie. Je viens de terminer une grammaire persane-française , à l'usage du collège que j'ai l'intention d'ouvrir le premier du mois Zilhidjdjé, et sur lequel j'ose vous prier d'attirer les regards de M. le ministre de l'instruction publique et des membres de l'Académie. C'est une œuvre tentée pour l'honneur national et dans l'intérêt de la civilisation et de la religion.

Mon voyage en Chaldée et en Syrie est nécessairemient ajourné; mais, avant de retourner en France, je suis toujours dans l'intention de l'exécuter et de chercher à remplir, en ce point, quelques-unes de vos précieuses instructions.

Daignez agréer l'hommage des sentiments de respectueux attachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être , Monsieur le Président,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

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