‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 3)Chapitre 8 sur 35 · A M. LE BARON DE SLANE · texte numérisé non relu

A M. LE BARON DE SLANE

Perse. — Tauris, 6 janvier 1839.

Mon bien cher ami ,

Ce n'est pas en Orient que je puis vous oublier, vous qui m'avez confirmé dans l'amour de ce pays et de ses langues par vos leçons indulgentes et vos bons conseils . Recevez donc de moi un signe de souvenir, vous que je veux toujours aimer du fond du cœur, parce que je connais votre nature droite et dévouée. Cette lettre vous sera remise , je ne sais quand , par le digne ami qui a partagé toutes mes fatigues et mes aventures, depuis ma sortie de Constantinople. Je supprime donc ici toutes nouvelles qui me concernent , vous les recueillerez suffisamment de sa bouche. Il vous contera le but de son voyage, et vous serez promptement au courant. Ce vertueux prêtre lazariste se nomme M. Scafi ; il est d'origine romaine, et fait partie de notre mission française à Galata.

J'ai écrit plusieurs lettres à l'Académie des Inscriptions, qui a daigné s'intéresser à mon voyage. N'ayant reçu au-

cune nouvelle de France, je ne sais si elles sont parvenues; et je suis décidé à ne pas en envoyer d'autre, avant d'avoir appris si elle approuve au moins ma bonne volonté.

Vous qui êtes l'ami de MM. Quatremère et Mohl , ditesleur donc qu'ils feraient une bonne action , honorable pour la France, s'ils envoyaient, par l'occasion de M. Scafl, qui retournera promptement ici, un exemplaire ou deux du Shah-Nameh et de Y Histoire des Mongols. Je me chargerais de les faire remettre au Schah; et peut-être se montrerait-on reconnaissant de cette attention.

Comme je pense souvent aux agréables heures passées près de vous , dans le sein de votre aimable famille , dont je me regardais en quelque sorte comme l'enfant ! Aujourd'hui je suis éloigné par une distance inhnie; et je ne suis qu'un pauvre Adjem. Qui sait quand nous nous reverrons? Mon sort est entre les mains de Dieu , dont je ne veux suivre que la volonté. S'il m'accorde de revoir la France, après avoir passé par l'Orient, je me croirai uni à vous par des liens plus tendres et plus indissolubles, s'il est possible.

Adieu , cher ami , daignez me rappeler au souvenir de toutes les personnes si chères de votre patriarcale famille.

A EUGENE ***

Tauris, le 7 janvier 1839,

Cher Eugène,

M. Scafi te remettra cette lettre. Reçois-le comme ton Eugène, dont il a été le compagnon fidèle, dans la première partie de son voyage. Fais-lui connaître nos communs amis , défenseurs du catholicisme , à la cause duquel nous sommes dévoués : tels que MM. Decoux, s'il est û Paris, de Montalembert , Cazalès, Buquet, Combalot, Lacordaire, les rédacteurs de l'Université catholique et tous ceux que tu jugeras pouvoir être utiles au projet de notre université persane. Je supprime ici tout détail, toute protestation de l'amitié si vive, si sincère que je te porte. Le vertueux missionnaire me suppléera en tout cela. D'ailleurs tu recevras probablement encore de mes nouvelles par une autre voie, avant son arrivée. Surtout ne le retiens pas trop longtemps, et laisse-le revenir, en songeant que je suis seul et comme veuf, au milieu des infidèles.

Informe-toi près de M. de Slanc s'il a paru une grammaire pehlvique, ou quelque autre chose sur cet ancien dialecte de la Perse. Tu m'enverrais tout cela par le retour de mon ami , qui est déjà le tien.

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