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XIII. — Une excursion à Ax

Alors, nos promenades et nos excursions recommencèrent de plus belle. Un jour, l'un de nous proposa d'aller à Ax faire une visite à mon oncle le Chevalier. Cette idée fut accueillie avec acclamation. On nous entasse pêle-mêle dans une voiture dont le contenu était plus large que le contenant. Léon s'empare des rênes ; le bon Père trône sur le siège à ses côtés ; la route est délicieuse ; on rencontre à chaque pas de jolis coteaux couronnés de villages, des creux de rochers où se cachent de blanches maisonnettes.

Là. un clocher s'élance d'une toull'e d'arbres ; plus loin, c'est un château ruiné sur la cime d'un roc aride ; partout, ce sont des ombrages, des cascades, des troupeaux, des croix sur le bord du chemin. Et pour que rien ne manquât à notre enchantement, tous les clochers étaient en branle pour sonner l'angélus, et le souvenir de Marie remplissait ce gracieux paysage. La salutation angélique fut récitée à l'unisson. Le bon Père était encore plus ravi que nous : chaque fois qu'il apercevait une église, il nous faisait admirer la bonté de Dieu qui venait se placer là. sur ce chemin, nous attendant depuis longtemps pour nous bénir au passage.

De petits pauvres suivaient notre voiture comme un

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essaim de mouches. Ils firent une heureuse diversion au désœuvrement de la petite Marie qui, depuis une heure, assommait sa tante Mathilde et lui arrachait ses beaux cheveux, sous prétexte de la coilTer à la mode. La douce Mathilde la, laissait faire :

« Elle a trouvé là, disait-elle en riant, une belle occupation ; au moins, pendant ce temps, elle ne tracasse personne. »

« Savez-vous prier Dieu ? » demanda la petite fille au cortèg-e dég"uenillé qui suivait en courant.

Pour toute réponse, l'un d'eux se mit à réciter Y Ave Maria sans respirer. Ace nom de Marie, le bon Père vida ses poches où. par extraordinaire, se trouvaient ce jourlà quelques sous.

Après avoir roulé bien longtemps, nous arrivâmes enhn au bout de notre course. Les trois heures, qui venaient de s écouler, nous avaient paru cinq minutes. Mais, arrivés à Ax, je n y trouvai, pour ma part, d'autre plaisir que celui d'embrasser mon oncle qui fut agréablement surpris de notre visite. Là, se trouvait aussi le brillant essaim de nos belles d'Ussat qui étaient venues de leur côté pour croquer un copieux déjeuner, tirer le pistolet et fumer quelques cigares. Il fallut sid^ir leur conversation sans intérêt, leurs fades compliments et leur ennuyeuse présence.

Le bon Père en prit la fuite ; nous allâmes courir la ville qui me paraît noire, triste et maussade, au milieu de cette campag^ne toute brillante de soleil ; c'était un vilain tableau dans un beau cadre.

Le temps me parut long: j'étais ennuyée, fatiguée ; je soupirais après le moment du départ. Pour comble d'in-

fortune, notre équipage était trop lourd pour nos chevaux ; je dus me séparer de mes chères compagnes, et m'installer dans une des voitures de ces belles dames qui m'offrirent une place avec une grâce infinie. Je les ennuyai sûrement beaucoup, quoique je fisse de grands efforts pour monter mon esprit à leur diapason.

Dans un détour du chemin, l'équipage s'arrêta un moment povir nous donner le temps de visiter une délicieuse solitude. Deux ou trois allées d'énormes hortensias bien fleuris, sous des arbres séculaires, conduisaient à un. précipice où mille cascades se précipitent, tourbillonnent", remontent en blanche écume et se réunissent pour devenir plus loin un joli ruisseau bien tranquille et bien pur. Oh, le beau petit coin du monde ! Il y a là tant depaix, de calme, de fraîcheur, de recueillement, que l'envie vous prend sur le champ de s'y faire ermite.

Mes belles dames ne perdirent pas l'occasion de faire du sentiment. L'une voulait rester là avec de blancs moutons, une houlette garnie de rubans roses, et sûrement un berger ; mais celui-ci était sous-entendu. L'autreparlait de vaches, de beurre, de clair de lune : toutes tournaient à l'idylle et je riais sous cape de leur sensiblerie. Ah ! je voudrais bien les y voir une semaine seulement, avec leurs blancs moutons, leurs vaches et leur lune î Qu'est-ce donc que la solitude, si Dieu et sesanges ne la remplissent pas !

CORALY DE GAIX

!XIV — Une visite au château et aux châtelains de Gudane.

Un autre jour, nous allâmes à Gudane '1 1. Voilà bien encore un désert enchanté ! Une imagination un peu romanesque pourrait facilement se croire transportée aux alentours de quelque vieux manoir dépeint par Walter Scott. Rien ne manque à l'illusion : ni le château aux grandes salles et au large foyer, ni le site sauvage, ni les bois toulTus, ni la forge bruyante où je me crus dans l'antichambre de l'enfer, ni la gracieuse châtelaine, ni la jioble hospitalité du châtelain ; de tous les coins, l'on croit voir surgir des fantômes ou des héros. Mais lorsqu'on voit de près les douces vertus chrétiennes que cache cette retraite enchantée, le roman disparait aussitôt pour faire place à une réalité bien autrement intéressante. C'est la vie et les aventures de ces héros de l'Evangile qui font peu de bruit dans le monde, mais -dont les anges écrivent l'histoire avec des caractères ineffaçables. Cette visite à Gudane sera toujours un de mes gracieux souvenirs.

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