‹ Correspondance et Voyage à l'étranger;Chapitre 16 sur 48 · Nom d'un jardin public très à la mode alors · texte numérisé non relu

Nom d'un jardin public très à la mode alors

200 COnRESPONDANCB DE DOSTOÏEVSKI

jours à Paris. D'acconJ; mais 1» ce que j'ai vu pendant ces dix jours confirme mon idée, et 2» il y a certains faite qu'on peut observer et comprendre en moins d'une ou deux heures el qui caractérisent très nettement des côtés entiers de l'esprit social.

Viendrez-vous à Paris? Retenez ceci : venir à Paris pour trois jours cela n'en vaut pas la peine, el lui consacrer deux semaines, si vous n'êtes (fu'un touriste, ce sera ennuyeux. On peut venir ici pour aiTaires. Il y a beaucoup à voir et à étudier. Je suis obligé de rester encore quelque temps à Paris, c'est pourquoi je veux, sans perdre de temps, l'examiner et l'étudier autant que c'est possible à un simple touriste comme moi.

Je ne sais pas si j'écrirai jamais 1 Si j'en avais un grand désir, pourquoi n'écrirais-je pas sur Paris? Mais voici le malheur : je n'en ai pas le temps. Pour écrire une longue lettre de l'étranger il faut trois jours de travail ; où les prendrais-je ces trois jours. Mais on verra.

Encore une chose, Nicolas Nicolaïevitch ; vous ne sauriez croire combien ici la solitude saisit l'âme, quelle sensation pénible et angoissante elle provoque ! Vous, vous êles célibataire, et vous n'avez personne à regretter particulièrement. Mais tout de môme, on sent qu'on s'est détaché de la patrie, qu'on s'est arraché de la vie ordinaire, de ses propres intérêts, de sa famille ! Il est vrai que jusqu'à présent, tout a été contre moi à l'étranger; le mauvais temps, le séjour au Nord de l'Europe; et des merveilles de la nature je n'ai vu que le Rhin et ses rives. Ça, en effet, est une merveille ! Que sera-ce quand je descendrai des Alpes dans les plaines de l'Italie ? Ahl si nous pouvions le faire ensemble ! Nous verrions Naples, nous nous promènerions à Rome, peut-être caresserions-nous une jeune Vénitienne, en gondole. (Hein 1 Nicolas Nicolaïevitch!) Mais « rien, rien, le silence... », comme dit dans le môme cas Popristchine Ч

Au revoir, Nicolas Nicolaïevitch. Je ne vous dis rien de mes impressions de voyage. On ne peut tout dire dans une lettre, et partiellement, je ne le puis pas. Et quelles sont mes impressions ! Je ne suis à l'étranger que depuis dixneuf jours !

1. Le héros du célèbrerécit de Gogol : Les Mémoires d'un fou.

Je VOUS embrasse de tout cœur. Salut de ma part au charmant Tiblen ' (que je ne sais pourquoi, ces derniers temps, je commence à affectionner tout particulièrement), et à son aimable femme. Comment va sa sanlé?

A propos, si vous allez à Moscou, ma lettre ne vous trouvera peut-être pas à Pélersbourg. En tout cas je l'envoie à la rédaction du Vrémia *. Adieu. Non, au revoir. Il n'est pas possible que nous ne nous rencontrions pas à l'étranger. Je ne me le pardonnerais jamais. Je vous serre fortement la main. Le salut de ma pari à toutes nos connaissances.

Gomment s'est conduit voire chat mal élevé ?

Addio 1 Voire

Dostoïevski.

Au même.

Rome, 18/30 septembre 1863.

Cher et bien-aimé Nicolas Nicolaïevitch,

Mon irère, dans sa dernière lettre que j'ai reçue il y a neuf jours, à Turin, me disait que vous aviez l'intention de m'écrire. Mais voilà deux jours que je suis à Rome et pas de lettre de vous. Je l'attends avec impatience.

Maintenant je vous écris non pour vous narrer des impressions de voyage, ni pour vous communiquer les idées qui ont pu me venir en tôle pendant ce temps ; tout cela viendra quand je serai chez vous, quand nous causerons de toutes ces choses. Maintenant je m'adresse à vous avec une demande très importante, et je vous préviens que j'ai besoin de toute votre bonne volonté, de tous les sentiments amicaux (permettez-moi de m'exprimer ainsi), que vous m'avez, me semble-t-il, témoignés plusieurs fois.

En accédant à ma demande, littéralement vous me sauverez de beaucoup d'ennuis très pénibles. Voici la chose : De Rome j'irai à Naples ; de Naples (douze jours après cette date), je retournerai à Turin, c'est-à-dire que j'y serai dans quinze jours. A Turin, ma bourse sera épuisée, et je me trouverai littéralement sans le son.

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