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va que parce que les principaux rédacteurs ont jusqu'ici travaillé à peu près gratis. M. Harel vous rendra compte du résultat de ses recherches et de ce qui concerne votre action ^ Je suis tout à fait en dehors de la partie administrative, et je ne puis môme habituellement m'occuper de la rédaction, vu mon éloignement de Paris.
On a fait des progrès, de grands progrès dans l'opinion, et néanmoins il est tout à fait mimaginable à quel point les esprits sont arriérés en beaucoup de lieux. C'est une rare espèce que nosgens^; comme M""^ Sganarelle, ils veulent être battus, eux; ilis se piquent d'être fidèles ; je le crois, certes, mais c'est au bâton : avec le bâton, on fait d'eux ce qu'on veut; le bâton est toujours pour eux chose respectable, chose indispensable : il vient de Dieu immédiatement, il est clair que c'est pour lui que les épaules ont été faites. Comment ne voit-on pas cela? 11 faut être bien aveugle, ou bien impie! Seulement, il y a le bâton légitime et le bâton illégitime : ceci est fondamental ; c'est Farcane du pur royalisme. — Eh ! comment cela? — Comment cela? vous le demandez? On ploie les épaules sous l'un, et le genou devant l'autre. Comprenez-vous, maintenant?
Mon cher ami, les hommes sont fous ; il y a longtemps que vous le savez : c'est une des premières choses qu'on apprend en regardant autour de soi, et c'est aussi ce qui dégoûterait du métier que nous faisons, si on ne considérait que soi et les autres. J'espère qu'en réfléchissant sur le système suivi à l'égard de la Religion, le clergé toulousain sentira le danger qui la menace, et ne sera pas le dernier à se lever pour la dé fendre. Au reste, elle n'a besoin ni de lui, ni de personne; mais malheur à ceux qui l'abandonneront!
Veuillez offrir mes respectueux hommages à M"^^ de Coriolis. Vale, et me ama.
* M. de Coriolis avait souscrit à une des actions du journal l'Avenir. Ceci résulte expressément de sa lettre à Lamennais, en date du 27 septembre 1850.
* Comme on va le voir, ce sont les légitimistes que ce mot désigne.
DE LAMENNAIS. lOà
Juilly, 14 janvier 1831.
Il y a un temps infini que je n'ai reçu de vos nouvelles, et je n'ai pu moi-même vous écrire depuis un assez grand nombre de jours, car je suis Irès-souffrant et plus que jamais accablé d'occupations de toutes sortes. Il faudra que je me rende la semaine prochaine à Paris, où je trouverai de nouvelles fatigues pour me préparer à notre procès qui sera appelé le 29. Le jugement par jury, dans les affaires surtout qui tiennent à la politique, étant ce qu'il y a au monde de plus incertain, il serait très-possible que ma première lettre fût datée de Sainte- Pélagie. Mais qu'importe? Dieu est là comme ailleurs, et là comme ailleurs, et plus qu'ailleurs peut-être, on peut défendre la cause du catholicisme el de la liberté. Que de choses j'aurais à vous dire là-dessus? Quels flots de lumière se répandent chaque jour sur l'avenir du monde ! Et qu'est-ce que cela fait que tant d'hommes, encore esclaves volontaires de leur amour-propre et de leurs préjugés, s'obstinent à fermer les yeux et à contrarier l'action de la Providence? Cette lumière en est-elle moins vive, et cette action moins puissante? Pendant qu'ils disent non, le fiât divin agite dans le monde les éléments de l'ordre nouveau, et l'œuvre d'en haut s'accomplit. Que fautil de plus?
Je pense que vous pouvez recevoir V Avenir, et que la défense ne vous atteint pas^ ; car, enfin, le roi^ a bien une autorité légitime, entière et pleine, sur l'intelligence de ses sujets; il aie droit imprescriptible de penser pour eux, de juger pour eux ; — mais vous n'êtes pas du tout ses sujets.
Nous attendons à chaque instant la nomination du Pape. Les uns disent Pacca, les autres Gregorio, el moi je dis celui dont le nom est écrit sur les tables du Pontificat éternel. Pendant que les hommes cherchent, Dieu a déjà trouvé.
* V Avenir, prohibé à Turin.
* De Piémont.
CORRESPONDA^•CE
Nous eûmes, il y a quelques jours, une très-belle aurore boréale. Les croyants aux prophéties qui continuent de courir, et qui font du mal dans les provinces, crurent que, pour le coup, c'était le bridement de Paris. A présent, ils assurent qu'il est renvoyé en février.
Que le bon Dieu vous console et vous bénisse durant cette nouvelle année ! — ce vœu-là sort d'un cœur qui est bien entièrement à vous.
Juilly, le 18 janvier 1851.
• Votre lettre, mon ami bien-aimé, est venue adoucir des souffrances très-vives, accompagnées d'une fièvre presque continue qui me fatigue depuis plusieurs jours. Je bénis de toute mon âme la divine Providence qui vous envoie, après tant de douleurs et de tant de sortes, ce soulagement inattendu^; c'en est un grand pour moi, car je ne saurais vous dire combien de fois, le jour et la nuit, songeant à vous, je combinais des plans, sinon de bonheur, au moins de repos; et ce n'était, hélas! que des rêves. Mais enfin la réalité est venue de Celui de qui tout vient, excepté le mal, et, encore une fois, je lui rends mille actions de grâces du fond de mon pauvre cœur à moitié flétri par l'âge et le chagrin.
J'aurais une infinité de choses à vous dire sur ce qui se passe en Europe. La vraie liberté, celle où est le salut, trouve ici des obstacles sans nombre et de tous les côtés; elle en trouve dans le Pouvoir; elle en trouve dans le clergé, dans les royalistes, dans les niais et dans les hypocrites de libérahsme; cependant elle fait des progrès, de rapides progrès, et d'ici à peu d'années vous verrez un étonnant changement dans le monde. Oh ! si l'on savait voir et prévoir, là !
Vous connaissez l'évêque de Saint-Brieuc. Bien entendu il
* M. de Senfft, rappelé de Turin à Vienne, allait recevoir une nouvelle mission diplomatique. Il fut ultérieurement envoyé à Florence.
est de l'avis du R . de S. ^ sur V Avenir; il vient de faire un Mandement contre lui ; mais ce Mandement ne changera pas l'opinion de son diocèse, qui est diamétralement opposée. Ce bonhomme n'y voit autre chose que « de se rendre agréable au gouvernement. » Or, conduit par cette idée fixe, que pensezvous qu'il ait imaginé? Il a renoncé au titre de Monseigneur comme trop féodal, et il veut qu'on l'appelle mon Uévérend Père en Dieu. Nous en avons une soixantaine à peu près de cette force. Vous qui les connaissez, vous ne devineriez pas jusqu'où va leur bassesse et leur servilité : ils vendraient l'Église, non pour trente, mais pour un denier. Eh bien, qu'ils la vendent donc ! — ils ne la livreront pas, du moins; je vous le jure!
Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de M™^ de Senfft ; <:e que vous me dites de sa santé m'inquiète.
ù20. - A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT.
Juilly, 14 février 1831.
Ce long voyage en cette saison, et souffrante comme vous l'êtes, me donne de l'inquiétude. J'espère, au moins, que vous n'êtes pas tellement pressée que vous ne puissiez prendre quelque repos en route ; vous en aurez sûrement besoin. Si ce n'était la fatigue, je ne vous plaindrais pas de quitter Turin; je ne vous plaindrais pas même d'aller habiter quelque heu tranquille, sous un beau ciel, dans mon cher Orient, et si je pouvais disposer de moi-même, je solhciterais le bonheur d'y être votre aumônier. Mais, hélas ! mes voyages sont finis ; je le sens au déclin de mes forces ; et des devoirs pénibles autant que nombreux ne tarderont pas à consumer le peu de vie qui me reste. Avec des goûts très-pacifiques, j'aurai passé mes jours dans une guerre continuelle, tant nous sommes maîtrisés par quelque chose de plus fort que nous ! Je vous envoie le recueil de notre procès qui a produit un bien immense ^
* Du roi de Sardaigne. Voir les noies précédentes.
^ Ce procès, ainsi que nous l'avons dit dans une des notes précédentes, s'était terminé par l'acquittement des trois prévenus.
Oh ! que notre chère France ressemble peu à l'idée qu'on s'en est faite, et qu'elle offre de ressources encore, si on savait les reconnaître et en user! C'est le gallicanisme qui nous a tués et qui nous tue encore. Dés que le cathoHcisme se montre tel qu'il est, tel qu'il fut dans les siècles de sa force et de sa grandeur, toutes les âmes se portent vers lui. Il ne dépendrait que du clergé d'opérer des merveilles, et de rapprocher de lui le plus grand nombre de ses ennemis, qui ne demandent qu'à oublier des fautes graves. Mais nous n'en sommes pas encore là, et la lettre du P. Ventura, que je vous envoie avec ma réponse, n'est pas propre à hâter ce moment ^ Il faut que ce pauvre homme ait perdu la tête. Les gaUicans se sont saisis, avec une joie enragée, de ses paroles, pour relever le courage de leur parti abattu. VAmi, la Gazette, gonflés d'espérance et de venin, sont, en quelques jours, devenus presque des crapauds-géants ; mais ils ont beau faire, leur temps est passé; il ne reviendra plus.
Donnez-moi de vos nouvelles. Deux mots me suffiront. Pourvu que je sache que vous vous portez bien, je serai content.