‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 110 sur 388 · CARNOT ET DUQUESNOY AU COMITÉ I)K SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

CARNOT ET DUQUESNOY AU COMITÉ I)K SALUT PUBLIC

Arras, le as avril 1798, l'an 11 de la République.

Citoyens collègues,

Nous vous envoyons copie de plusieurs arrêtés particuliers que les circonstances nous ont fait prendre.

A Béthune, où est en garnison le 3° régiment de dragons, nous avons fait venir au directoire du district les officiers de ce corps'"; ils sont convenus qu'il avait été écrit une lettre à Duniouriez, signée par plusieurs d'entre eux; mais ils ont dit qu'alors sa trahison ne leur était pas connue; qu'à l'instant où ils ont eu connaissance, ils ont abjuré leur erreur, ils ont protesté de leur patriotisme, de leur républicanisme, et aucun citoyen présent n'a rien eu à leur reprocher. ]\ous avons donc suspendu notre décision ii leur égard, jusqu'à ce que nous nous trouvions réunis à nos collègues qui sont à Lille , pour en délibérer en commun. En attendant, nous avons fait rassembler le corps entier et nous lui avons fait renouveler son serment de fidélité à la République.

Vous avez fait, citoyens, une chose très utile en défendant la formation d'aucun corps militaire nouveau. Nous éprouvons encore beaucoup de difficultés pour le complètement de la ci-devant troupe de ligne et à plus forte raison pour celui des corps belges, bataves, etc. Il faudrait , s'il était possible, supprimer ces mille et un corps étrangers et ordonner que sur-le-champ tous les officiers de la ci-devant troupe

'" Le 3' régiment de dragons avait été comme ayant crié dans le quartier: irll

précédemment en garnison à Bcrgues, où nous faut un roi; au diable la République!)!

il avait excité les soupçons des autorités; (Arch. dép. du Nord,L, reg. du district

plusieurs cavaliers avaient été dénoncés de Bergues, fol. 39.)

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de ligne seraient tenus, sous peine de destitution, d'endosser l'habit de garde national '".

Du reste le recrutement et l'incorporation dans les bataillons nationaux sont à merveille ; on travaille à force dans toutes les villes à fabriquer des habillements et équipements; l'armée prend un air d'opulence, les subsistances s'accumulent, grâce aux mesures que nous avons prises pour proscrire l'agiotage et l'accaparement des denrées. Nous allons former un comité central à ce sujet pour les quatre départements du Nord, de l'Aisne, du Pas-de-Calais et de la Somme; vous verrez que nous saurons trouver et des grains et des fourrages, pourvu que vous nous laissiez faire justice des compagnies voraces que jusqu'ici le pouvoir exécutif a employées et qui ont volé l'année dernière plus de quatre cents millions en laissant périr nos armées de misère.

Débarrassez-nous des catins qui suivent l'armée et tout ira bien'^': notre position est bien respectable, l'esprit public fait des progrès

'■' Cf. l'anAlé pris à ce sujel par Camot et ses eollt'guos le .5 mai 1798.

W Camot et Duquesnoy avaient déjà, le J 6 avril , réclamé énergiquement un remède à cet état de choses. Les commissaires du Conseil exécutif provisoire, de leur côte, signalaient cette situation alarmante. J. Defrenne écrivait de Lille au ministre de la guerre Boucholte le 37 avril 179.3 (Arcli. nal., AK 11 33, 183) :

«La grande quantité de femmes qui suivent les armées est effrayante; ce sont autant de bouclies inliniment coûteuses à la République, surtout dans un moment où ce n'est qu'avec difficulté et avec beaucoup d'argent que l'on parvient à approvisionner les armées. Nos soldats s'en ressentent, s'énervent et finiront par n'être plus propres à rien , si l'on ne prend sur cet objet des mesures convenables aux circonstances. 1

Pierre (iadollc n'est pas moins affirmalif dans sa correspondance avec le ministre de» affaires étrangères Le Brun. On lit dans une lettre de lui , écrite de Dunkerquc, le 39 avril 1798 (Arch. des affaires étrangères, France, 3a'i, fol. i.'>9):

p Ici je remarque que des bataillons de

volontaires se font suivre par 30 à 33 chariots, lorsqu'ils sont en mouvement, et que ces chariots sont tellement remplis de femmes, de berceaux et d'enfants, qu'il ne reste plus de place pour les malades ou équipages des soldats. Ailleurs j'apprends que 80 gendarmes étaient suivis de 30 à 60 femmes, dont plusieurs avaient des mœurs discordantes avec les pures villageoises chez lesquelles elles vivaient. . . n

La Convention rendit enfin, le 3o avril 1793, un décret, dont voici les principaux articles :

«Art. I. Dans la huitaine du jour de la promulgation du présent décret les généraux , les chefs de brigade , les chefs de bataillon et tous autres chefs feront congédier des cantomiemenis et des camps toutes les femmes inutiles au service des armées.

ffll. Seront au nombre des femmes inutiles celles qui ne sont point employées au blanchissage et à la vente des vivres et boissons.

«XI. Les femmes qui servent actuellor ment dans les armées seront exclues du service militaire; il leur sera donné un passeport et 5 sols par lieue pour rejoindre leur domicile.

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rapides et l'ennemi renonce, je crois, à nous entamer sur cette partie de la frontière,

\j. (IaIIKOT, DCQIESNOY.

François Coûtant, du district de Bapnume, émigré et ayant porté les armes contre sa patrie, vient d'être condamné à mort en cette ville par une commission militaire, conformément à la loi du y octobre. Il sera exécuté demain matin. Il a été découvert par lo citoyen Demulier, accusateur public, et il était convaincu d'assassinat sur la personne d'un volontaire à Béihune'".

(Orig. nul. de Carnot, Arcli. nat., AF ii alSa, n' i85,)

ffXIl. Les femmes reconnues pour les épouses des militaires acluellement à l'armée et qui ne seront point ou blancliisseuses ou vivandières seront tenues de se retirer à leur domicile; il leur sera donné 5 sols par lieue.»

Le décret de la Convenlion ne fut exécuté à l'armée du Nord que vers la lin du mois de juin. Un ordre du ay de ce mois porte (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg. XI 11 bis, fol. /la) :

ttLes femmes au nombre de six par bataillon de neuf compagnies et de ([uatre par régiment de cavalerie, que la loi du 3o avril autorise de conserver à l'armée en qualité de blancliisseuses et de vivandières, seront, aux termes de celte loi, pourvues dans les vingt- quatre heures d'une lettre des chefs de corps respectifs auxquels elles sont attachées , visée par le commissaire des guerres de la division.

Elles se rendront immédialement chez le chef de la gendarmerie de la division pour y faire inscrire leur nom et y recevoir une médaille qu'elles seront tenues de porter d'une manière très apparente, sous peine d'être arrêtées et congédiées.

trLes généraux divisionnaires voudront liien envoyer aux commaiulaiils de la gendarmerie nationale altarbée à leur division

respective les médailles qui leur seront adressées avec le présent ordre, pour être par eux distribuées ainsi qu'il vient d'être dit ci-dessus, n

'■' On lit en tête de celte lettre : trReçu le 3 mai, reg. n° 3o'i.7) — Le Comité de salut public ne répondit que le 17 mai (Minute, Arch. nat., AF ii 288, n° 19):

ff Nous avons reçu , citoyens collègues , la lettre que vous nous avez adressée en date à Arras du a a avril dernier, où vous nous donnez en particulier des détails sur le complètement des corps lielges et batavcs, sur la nécessité de faire prendre l'uniforme national aux officiers dos troupes de ligne, de faire quitter l'armée à la multitude des femmes qui la suivaient.

V Sur le premier objet un projet de décret doit être incessamment proposé à la Convenlion et nous espérons (|ue la loi assurera dans celte partie les intérêts de la République et l'organisalion de ces corps inicressants.

tr a" Il a déjà été prononcé sur la nécessité oii sont les officiers des ri -devant troupes de ligne de substituer les couleurs nationales à l'ancienne bigarrure. On s'occu[>e sans relâche de ce qui conrerne les soldats el sous peu celte réforme iiiiporlantc sera opérée.

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ARRAS, 9 9 AVRII. 1 y

ARRETE HE CARNOT ET DE DUQl'ESNOY.

Nous, représentants de ia Nation, députés par la Convention nationale aux armées du Nord et des Ardennes, informés qu'il se trouve en ce moment trois places vacantes dans le conseil général du district de Bélhune, et considérant que les travaux dont ce corps administratif est surchargé en éprouvent un retard préjudiciable dans ces circonstances importantes, arrêtons que provisoirement ces trois places vacantes seront remplies par les citoyens François Clément, d'Aire, Robert Caron fils, de Bouvigny, et Dugarin le jeune, d'Hersin.

Fait à Arras le 99 avril 1793, l'an 11 de la République.

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