CABNOT ET DUQUESISOY AU COMITE DE SALUT PUBLIC
Dunkerque, le iC mai 1798, l'an 11 de la Republique.
LES REPRÉSEXTAMS DE LÀ XATIOy,
DÉPETÉS DE LA COUVEXTIOX KATIOXALE À L'ARM Ée DV KORD ,
AVX REPliÉSEXTAyrS COMPOSAXT LE COSIlTlî DE SALUT PVBLIC.
Citoyens nos collègues,
Nous roçûmes hier au soir, par un courrier extraordinaire, votre lettre du 1 2 mai <'>, par laquelle vous proposez un coup de main sur Ostende et sur Bruges. Depuis plusieurs jours nous nous occupons de ce projet, comme d'un moyen propre à faire diversion et forcer peutêtre les ennemis d'abandonner le blocus de Condé, mais il n'est pas sans difficulté et le général O'iMoran, qui est très circonspect'-', y a
directoire du district de Bcrgues, on leur avait proposé de nommer le maire et le procureur dt la commune et ils avaient pris un arrêté conforme. (Arcli. dép. du Nord, L, reg. du district de Bergucs, fol. 60.)
"' On lit dans le procès verbal de la séance du Comité de salut public du 19 mai 1793 (Cf. Aulard, IV, 128): trll a été arrêté que le ministre de la guerre enverra un courrier extraordinaire à Dunkerque pour faire une altaquc sur Bruges et Ostende, pour faire une imursion, bniler les vaisseaux, magasins et établissements des ennemis, et que le même courrier portera une lettre du Comité aux représentants du peuple. I)
^'1 Le général O'Moran était, comme on l'a déjà vu , suspect aux municipalités. >i ous en donnons une nouvelle el 1res curieuse preuve dans la délibération suivante du district de Bergues, en date du a mai 1798 (Arch. dép. du Nord, L, reg. du district de Bergues, fol. 5a) :
«Le citoyen Bartbel, con)inandant de cette place (Bergues), s'étant rendu à la séance, a dit que la place de Bergues est dans un état de dénuement qui ne laisse
qu'un faible espoir de défense à opposer à l'ennemi. Il a encore dit que conférant avec le général O'.Moran sur l'état et situation de cette place et lui observant qu'il est instant de la pourvoir de divers objets indispensables, notamment de canons, il vit avec surprise ce général, en s'emportant, lui répondre : tt F . . . , partout où je vais , ttje n'entends parler que de canons.» Et sans rien (bre de plus , après que le citoyen commandant lui eut observé que l'on avait pourtant raison de lui parler de canons, puisque c'était avec l'artillerie que la République avait remporté ses victoires et que ce ne pourrait être que par ce moyen qu'on pourrait s'en procurer de nouvelles , il partit précipitanraienl et avec bumeur.
(T D'après les pourparlers qui eurent lieu hier en assemblée des ingénieurs , commandants et officiers d'artillerie, des commissaires de la nmnicipalité et le conseil de cette administration, en étant résulté que l'état de cette place est inquiétant et qu'il est plus que temps de prendre des mesures promptes pour le rendre respectable, toutes ces circonstances ont donné ouverture à une discussion sur ce qu'il convenait de faire préliminairement. On a observé d'un côté
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résisté assez longtemps par la crainte de compromettre l'honnem' des armes françaises. Cependant nous avons tant insisté cpi'il a été résolu de faire une attaque. Le projet en est rédigé, et ce soir, il sera discuté dans un conseil militaire.
Les objections sont que, le pays étant très coupé, nos troupes seront longtemps retardées par les postes ennemis, ([u'il aura le temps de rassembler ses forces qui, d'après les rapports les plus sûrs, sont de 6,000, tant à Ostende qu'à Bruges et au sar de Gand, que les nôtres sont peu aguerries, qu'étant dispersées dans des cantonnements, qui ont près de quinze lieues d'étendue, il sera difficile de les réunir sans laisser des points à découvert, que nous n'avons point d'effets de campement, que nous manquons de canons et de chevaux d'artillerie.
quo i'iiiactioii dans laquelle on est resté à l'égard de la place de Bergues est l'eflet do la malveillance; d'un autre côté que ce pays-ci étant menacé, on ne voit pas que le (général O'Moran fasse des dispositions capables de dissiper les inquiétudes ; d'autre part on a dit que, d'après l'expérience des Irabisons des pi-incipaux olTiriers des armées, il ne serait pas hors do propos d'indiquer au ministre ceux dont l'administration pourrait attester le civisme. Un membre en ce moment a rendu compte de quelques démarches- ou débats qui ont eu lieu entre l'administration et le général O'Moran, et il a remis sur le bureau une lettre des membres du Comité de salut public à cette administration en date du atj avril dernier contenant approbation de ce qu'elle avait mis en usage à l'égard de la sommation du général auti-irhien et des mesures qu'elle avait prises et qu'elle se proposait de prendre par rapport aux soupçons (|ue le général O'Moran laisse concevoir sur son compte. Enfin on a fiiit rapport que les trou[)es cantonnées commettent des excès contre les habitants, sans que le général ait pris aucuns moyens de les réprimer et en prévenir de plus grands, et qu'il était cjuestion de lever le camp de Cassel , ce qui mettrait le pays à découvert et à la merci de l'ennemi. "Délibérant sur le tout, le procureursyndic entendu, il a été arrêté provisoire-
ment que les citoyens De Carren , Lequesne , Josselin et Coulier, administrateurs, commissaires nommés à cet efTet, conjointement avec le commandant, les ingénieurs chefs d'artillerie et deux députés de la municipalité deBergues, se concerteraient sur les mesures à déterminer pour mettre la place de Bergues en état de défense respectal)le , que pour régler leurs opérations les citoyens Josselin et Coulier se rendraient à Dunkerque pour conférer avec les agents militaires sur l'état actuel de cette dernière place, de laquelle conférence ils retiendraient l'tat pour servir de règle ou de renseignement sur celui qu'il conviendrait de former pour Bergues.
ttQue Icsdits citoyens Coulier et Josselin étant à Dunkerque feront procéder, de concert avec la municipalité et les chefs militaires de Dunkerque et de Bergues, à l'épreuve des canons qui se trouvent siu" l'estran, sur le port, parc et magasins des particuliers, et au choix de ceux qui seraient jugés utiles à la défense de la place de Bergues.
tr Délibéré ultérieurement qu'il serait écrit au ministre pour lui annoncer que le citoyen de Brugncres, colonel du régiment ci-devant Auxcrrois, a mérité la confiance des citoyens de ce pays-ci qu'il a habité et où il a donné les plus grandes preuves de connaissance et de civisme.-'
250 COKRESPONDANŒ GÉISÉRALE DE CARNOT. [1611411793.]
qu'Ostende , à ce qu'on dit , a un fossé plein d'eau de 6 o pieds de largeur, et que, pour peu qu'on veuille s'y défendre, nous ne pourrons y pénétrer, et qu'en supposant les citoyens prêts à capituler, la garnison anglaise qui s'y trouve ne le voudrait pas, qu'il est impossible d'exécuter l'opération avec assez de célérité pour faire main basse sur les vaisseaux qui sont dans ce port, qu'enfin ayant aujourd'hui une excellente position défensive il est imprudent d'en sortir pour une attaque qui ne peut produire aucun avantage solide, peut attirer sur nous une réaction terrible, et que la disposition de quelques-uns de nos soldats au pillage peut donner lieu à des représailles funestes à notre pays.
Les raisons pour sont que les coups de mains sont nécessaires pour aguerrir et encourager nos troupes, que la discipline s'y rétablit sensiblement depuis que nous faisons punir rigoureusement les pillards, qu'il est honteux de rester sur la défensive, lorsqu'on a 10,000 hommes disponibles, contre 6,000, qu'enfin, si l'effet de l'opération est d'attirer les ennemis, ce ne pourra être qu'en lâchant prise à Condé, ce qui est notre but principal. Ce soir il y aura un résultat; nous vous en informerons.
Hier nous fîmes la revue des troupes qui sont en garnison à Bergues. Les recrues sont très belles; la police commence à s'établir très bien.
Nous avons un peu réparé l'injustice du Conseil exécutif à l'égard du commandant temporaire de cette place''', qui a 87 ans de services distingués. Nous lui avons conféré le grade de général de brigade; nous désirons que cela soit confirmé.
Vous trouverez encore ci-joint un autre arrêté par lequel, pour hâter l'envoi des troupes dont on a besoin dans les déparlements de l'Ouest, nous avons décidé de faire partir un bataillon tout organisé, qui est très bon, très bien armé et qui a fait la guerre'^'. On pourra y incorporer a 00 hommes sans inconvénient'^'.