AU CAMP DE CÉSAR
Citoyens nos collègues,
Nous no devons pas ressembler aux jjénéraux et aux ministres des inonarcliies, qui dans les revers s'imputent iTcipro(juenient les fautes des particuliers cl les malheurs communs. On s'aigrit et les fautes se multiplient''*.
Vous observez que fincerlilutlo des administrations sur les limites de leurs pouvoirs les rend d'ime circonspection très nuisible dans les temps de crise.
La Convention nationale leur a donne tons les ])ouvoii'S nécessaires au développement de leurs forces , de leurs moyens et de leur énergie , puisqu'elle les a encouragées et invitées à employer toules les mesures de salut public qui seront en leur pouvoir, eu vous les présentant et à la charge d'obtenir votre approbation.
Il est vrai que nous applaudissons à la vigueur de leurs mesures et que nous les prions do ne pas contrarier les opérations de l'administration générale ou du Conseil exécutif.
Ne faut-il pas que tous les mouvements particuliers se coordonnent dans le mouvement général ? Ne faut-il pas que toutes les forces particulières reçoivent une direction uniforme ?
Vous vous plaignez de ne savoir vous-mêmes îi quoi vous en tenir et quel parti prendre. Nous vous recommandons, dites-vous, do ne pas vous mêler d'administration ni d'opéralions militaires, mais vous ajoutez que nous devons pour c«la faire marcher les généraux et les ministres. Vous nous dites de faire que les soldais ne vous assiègent pas de plaintes évidemment h'gitimes.
Citoyens, que ])OUVons-nous faire de plus que ce que nous avons proposé pour vous investir d'une grande autorité et d'une haute considération ?
Tout est soumis à votre pouvoir; tous les fonctionnaires civils et militaires vous doivent compte de leur conduite et sont soumis à votre surveillance. Vous avez le pouvoir de suspendre provisoirement tous les agents, loi-sqiie vous jugez qu'ils n ont pas rempli leurs deviiirs ou qu'ils ne méritent pas la confiance publitpie.
Le Comité de salut publie avait proposé de vous déléguer le pouvoir de destituer les agents. La Convention a décidé que le pouvoir de prononcer la suspension était suffisant et remplissait le même objet.
Veuillez bien , citoyens nos collègues , relire le plan de suneillaucc et de correspondance que nous avons présenté à la Convention nationale et qu'elle a adopté. Vous observerez que nous ne confondons pas l'administration et les opérations
"' Cf. le texte de la lettre des représentants à la date du 26 mai 1798.
[a8 MAI 1793.] MISSION DAÎSS LES DEPARTEMENTS DU NORD. 281
militaires. Vous avez une influence nécessaire immédiale et très active sur toutes les parties de l'administration.
11 vous est recommandé d'observer, de surveiller les opérations militaires. Le général est le principal objet de votre surveillance, mais c'est à son occasion que nous vous avons dit et que nous croyons toujours devoir dire que le général doit être libre dans ses conceptions, qu'il ne doit pas être influencé, qu'il doit toujours être l'agent responsable et (ju'il cesserait de l'être, si les représentants du peuple décidaient les attaques et les batailles.
Mais vous ne devez pas perdre de vue qu'un général (jui voudrait trahir sa patrie, qui ne serait jias digne de la confiance publiijue et dont les talents ne répondraient pas à ce que la nation en doit attendre, est, comme tous les autres fonctionnaires civils et militaires, soumis à l'exci'cice de l'autorité dont vous êtes investis.
Un général digne de commander l'armée doit jouir d'une haute considération, mais il faut le fra])per de la suspension dès qu'on s'aperçoit (juc l'intérêt de la Républi(pie l'exige.
Vous êtes à l'armée un conseil d'Etat ; vos fonctions consistent à j)lacer à côté du général et de l'année tous les moyens nécessaires pour assurer le succès des opérations militaires, ù disposer du recoure à la Convention nationale dans tout ce (pii exige de la célérité. Vous êtes les représentants de la Nation et un grand conseil exécutif pour mettre l'année et le généi-al en état d'exécuter toutes leui-s opérations. Vous devez les laisser agir librement, mais vous devez suspendre tous les fonctionnaires suspects.
Quant à l'administration , vos pou\oirs embrassent tout : l'administration civile, i'aihninistration militaire, les commissaires des guerres, les payeure des années, les administraleui-s des départements vous doivent compte de l'exercice de leui-s fonctions.
Vous devez juger toutes les niesiu-es que l'on vous propose, en autoriser ou en défendre l'exécution.
La Convention nationale veut (pic l'on prenne dans les déparlements tous les grains, toutes les denrées, toutes les marchandises et tous les effets nécessaires à la subsistance, a l'habilloment, ii l'armement et au canqienient des troupes de la Républicpio. La coiiqiagnie centrale des subsistances et de rhabillemeiit de Paris ne fournira que ce que vous ne pourrez pas vous procurer dans les départements de votre arrondissement.
Vous êtes autorisés d'encourager les manufactures, d'assurer aux fabricants, aux manufacturiers des délwucliés poui- la vente de tout ce qui peut sortir de leurs fabriques et servir à l'armée.
Vous nous aviez annoncé qu'il conviendrait de faire faire dans le département du Nord tous les ouvrages de cliarronnage ; nous nous sommes enq)ressés de seconder vos vues et vous avez tous les pou\oirs (pie vous pouviez désirer.
Vous avez éprouvé des difliculti's jiour les payements; vous n'en éprouverez certainement plus. Nous avons pour\u à tout, nous avons assuré tous les payements et tous les genres de services. Lorsque vous prévoyez (|ue \ous ne trouverez pas de fonds pour des dépenses ordonnées, vous devez en faire dresser un état, l'en-
282 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [28 mai .79.3.]
voyer au Comité des finances et à la Trésorerie nationale. On n'exige qu'un avertissement qui ])récè(le de huit jours les besoins pour faire jiarvenir les fonds à leur destination ou pour faire payer à Paris les ordonnances que vous viserez. Nos instructions contiennent tous les détails nécessaires. Vous remarquerez que nous nous sommes moins a])pliqués à limiter vos pouvoirs qu'à régler la manière de les exercer, afin que l'exécution soit toujours sûre et uniforme.
C'est dans les grandes circonstances, citoyens, que nous devons nous teniiunis et serrés. Que les é\énements n'altèrent jamais notre union.
Le ministre de la guori'e est cliai'gé de faire ^larvenir à Cambrai et an Qnesnoy 5o à 60 milliers de poudre. Nous lui avons transmis un extrait de tous les objets f|ue vous demandez par votre lettre du 2 G.