‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 273 sur 388 · L. Carnot · texte numérisé non relu

L. Carnot

(Copie, Arch. nat. , AFiia38, n" 179.)

162. BERGUES, 16 JlIN 1793. CARNOT AO COMITÉ BE SALUT PUBLIC.

Bcffjucs, le iC juin JygS, l"an n île la Ri'publiijuc.

l. CARNOT, RBPRSSBNTANT DV PBVPLB PRÈS L'âRUBB DU NORD, AUX RBPRÉSBNTAMS DU PBVPLB COMPOSAIT LE COUITÉ DE SA LOT PUBLIC.

Citoyens collègues,

Je suis seul ici depuis quinze jours, mon collègue Duquesnoy étant malade à Bétbune. Je suis obligé, en conséquence, de prendre des arrêtés seuls, pour que les choses puissent aller.

J'ai fait diverses courses pour reconnaître la situation de nos forces; j'ai été à Lille, que les ennemis paraissent vouloir cerner. Trop faibles pour entreprendre le siège d'aucune de nos grandes places, trop bien instruits par l'expérience pour les laisser derrière eux, ils cherchent à les surprendre, à les intimider, et à soulever les habitants par les ravages qu'ils font. J'espère que nous en serons vengés.

Je presse, en vain, le général O'Moran de nous porter sur Furnes et

UU CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [iCjiin 1793.]

Niciiporf, où il n'y a personne depuis notre expédition, où nous serions en mesure de tomber à l'improviste sur Ostende, Bruges et Dixmude, où nous vivrions aux dépens de l'ennemi, d'où nous pourrions, enfin, tirer des contributions, des bestiaux, des fourrages, du bois de chauffage, choses qui sont pour nous de la première nécessité. Le général O'Moran ne veut pas : il est d'une prudence qui me désespère, et que je nommerais pusillanimité, si je ne respectais ses talents militaires. Mais j'espère que Custine sera plus entreprenant; on l'attend au premier jour.

Dans ce moment, notre crainte est pour Bailleul et Armentières, postes essentiels, sans lesquels nous n'avons plus de communication avec Lille : nous venons d'y envoyer un beau bataillon de la Gôle-d'Or, que nous avons tiré de Calais.

Après-demain 18, nous comptons faire une fausse attaque sur Ypres, ou, du moins, envelopper le poste avancé de Poperingbe, afin de seconder La Marlièrc, qui essayera, en même temps, de faire une trouée dans les cantonnements ennemis, qui le resserrent chaque jour de plus en plus.

Je reviens, en ce moment, de Dunkerquc, où nos corsaires ont fait plusieurs prises très importantes par la nature des chargements : c'est du charbon, de l'avoine et des eaux-de-vie. Un vaisseau, qui nous apporte 3,ooo sacs de grains, achetés à Copenhague, a eu le bonheur d'échapper aux eimemis, et il vient d'entrer en rade. Ce vaisseau était avec deux autres, qui vont tâcher de gagner le Hâvre-de-Gràce.

Il paraît constant qu'il y a eu à Londres une insurrection , qui n'a été apaisée ou palliée que par la nouvelle qu'on y a reçue de la prise de Tabago'". Il n'en existe pas moins une grande rumeur dans ce pays, qui est décidément perdu si nous avons le bon esprit de ne point faire de paix et de n'avoir aucune correspondance ni directe, ni indirecte, avec lui.

Je ne cesserai de vous parler de l'armomenl que je vous ai proposé pour la Baltique; je vous conjure, au nom du sulut pul)lic, de le presser de toutes vos forces; les frégates devraient être déjà parties; je vous

('' ïabago, une des Antilles, avait été Les Français l'avaient reprise le a juin

enlevée aux Anglais par les Français en 1781 et l'avaient conservée. Attai|uée par

iG66, déclarée neutre en 17/18 et cédée les Anglais, Tabago avait succombé le

aux Anglais par le traité de Paris en 1768. i5 avril 1798.

[i6 jiiN 1793.] MISSION DANS LES DEPARTEMENTS DU NORD. 345

proteste que vingt vaisseaux de ligne ne feront jamais autant do mal aux Anglais que ces deux frégates, et vous aurez bien dus reproches à vous faire si vous négligez une opération si facile et si importante.

Les batteries flottantes que nous avons fait faire, pour empêcher l'accès de cette ville par la grève , sont en mer. Elles font un excellent effet. On peut répondre maintenant de Dunkerque, quelles que puissent être les forces ennemies.

On fait l'échange des soldats prisonniers; il serait bien plus essentiel de faire celui des matelots : je vous engage à vous en occuper très proniptcment.

La commune de Dunkerque est aux abois si vous ne lui faites rembourser la somme de 207,000 francs, qu'elle a avancée pour ses pauvres; depuis le 1" avril 1791, tous ses comptes sont entre les mains du ministre de l'intérieur, qui les oublie; mais pour peu ([u'il les oublie encore, la municipalité ne pourra plus aller.

Nous manquons de vinaigre''', et comme notre camp de Ghyvcide est au bord des marais (les moëres), nous en avons grand besoin. Je vous prie de presser le ministre de la guerre sur ce point '-'.

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