AEX REPRESEUTANTS DE PEUPLE COMPOSANT LE COMITE DE SALUT PUBLIC
Citoyens collègues,
Je reviens, en ce moment, d'Arras où est maintenant établi notre bureau central et où nous étions invités à nous réunir tous. Ce voyage m'a privé de l'avantage de voir ici le général Custine'*', où j'aurais pu lui donner des renseignements utiles ; il a visité les camps de Cassel et de Gliyvelde, et il y a laissé des impressions avantageuses de ses talents militaires et de son désir de l'ordre.
Dans la lettre qu'il vous écrit de Dunkerque, il vous renouvelle les plaintes que nous vous avons faites maintes fois, du manquement où nous sommes de poudre, de fusils, de sabres, de chevaux, etc.
Quant à l'importance qu'il attache à la ville d'Arras, je ne partage point du tout son opinion. Arras est une place essentiellement mauvaise par sa situation; mais il est de toute impossibilité aux ennemis
(') Le représentant Duquesnoy ne déplaisait pas seulement à (jadollp. On lit dans une lettre d'un agent secret du ministère des affaires étrangères, datée du a juin 1793 (Arch. des affaires étrangères , France , 3a3 , fol. a5) : «Le citoyen Duquesnoy, député, n'est pas aimé de la troupe et j'ai entendu quelques officiers qui paraissent disposés à lui fiiire mauvais parti.»
'^' Le général Ricliardot tomba en effet malade peu de temps après.
P' L'entéle et la suscriplion sont de la main de Camot, ainsi que les mots : Citoyens collègues. Il y a aussi une correction de lui dans le cours do la lettre.
(') Le 94 juin 1798, le général Cusline était venu à Borgnes avec le général O'Moran. Il avait assisté à la séance du directoire du district et avait prononcé un discours patriotique. Il avait affirmé sa ferme résolution (tde chasser de ia partie du territoire de la République qu'il est chargé de défendre les satellites des despotes et les hordes de brigands qui assaillissent nos frontières, et de réparer la trahison de l'infàmo Dumourioz. n (Arch. dép. du Nord, L, reg. du district de Borgnes, fol. 84.) Le a5, Custine visita Dunkerque. (Arch. mun. de Dunkerque, reg. du Conseil général de la commune, fol. 64.)
de l'enlever d'un coup de main; il leur est ])icn plus impossible encore d'en faire un siège régulier sans avoir pris Lille ou Douai; et dans le cas où ils voudraient tourner Lille, sans l'attaquer, ce serait sûrement par Bélhune et non par Arras qu'ils entreraient. Je crains fort que le générai ne se heurte à l'idée de porter ses grands moyens de défense sur Arras, aii lieu de les conserver à Maubeuge, le Quesnoy et Landrecies, où il me paraît plus (|ue probable que l'ennemi a ic projet de nous attaquer, s'il abandonne Valenciennes.
Je crois aussi que le général s'exagère le nombre des ennemis, lorsqu'il les porte à i/io,ooo. L'année dernière, lorsqu'il commandait l'armée du Rhin, il voulait que toute l'armée y fût; maintenant qti'ii est à celle du Nord, il veut qu'on reste sur la défensive absolue à celle du Rhin. Je vous avoue que je vois avec douleur qu'on paraisse renoncer à la diversion sur la West-FIandre où les ennemis n'ont personne, et qui nous offre un pays si abondant en denrées qui nous sont de la première nécessité. Les ennemis profitent de notre bêtise pour fortifier Ostende et pour y faire passer de nouveaux secours; aujourd'hui encore /12 navires, dont 89 à trois mâts, ont été signalés delà tour de Dunkerque, cinglant vers ce fort ennemi.
Plusieurs prises ont été faites par nos corsaires, et il en est entré une à Calais, estimée i,5oo,ooo livres.
Il résulte des relevés faits que l'armée du Nord est d'environ I 00,000 hommes en ce moment, et qu'il y a d'avance pour quatre mois de vivres et deux mois de fourrage'".