AUX SOLDATS DE L'ARMÉE DU NORD
Paris, le 7 juillet i793, l'an 11 de la République française, une et indivisible.
LE MINISTBE DE LA GUEBRE À SES COXCITOÏESS DAXS LES ABUÉES.
Citoyens ,
La Convention nationale a terminé la Conslitution; déjà elle a été présentée à plusieurs sections du peuple français, qui l'ont acceptée avec transport; bientôt elle sera le vœu d'une imposante majorité qui sent le besoin d'un bien commun , et tous les fonctionnaires publics , principalement les militaires , ne feront plus que remplir un devoir sacré en s'y tenant élroitenient attachés.
Citoyens, vous avez combattu pour soutenir la liberté, et elle devient stable par la Constitution ; vous avez travaillé pour le bonheur de vos concitoyens, et ils vous font sentir le fruit de vos travaux par l'existence de la Constitution que vos courageux efforts ont <lonné le temps de créer.
Fermes et fiers vis-à-vis vos ennemis, que vous attaquerez toujours avec l'énergie des hommes libres , calmes et remphs de fraternité envers vos concitoyens , qui vous rendent abondamment tous ces bons sentiments, et qui, loreque la
vous ne serez pas moins indignes que nous, cl auquel vous vous liàlcrez de remédier. Les soldats des camps près de Lille cl d'autres camps vieniieul à la ville el y vendent leur pain de muni lion pour aclieler du pain plus délical. C'est déjà un mal qu'ils ne s'accoulumenl pas à la frugalité, mais ce u'esl pas le plus grand. Le pain se vend à si bas prix qu'on le donne aux chevaux, aux bestiaux el mémo aux porcs. N'est-ce pas all'reux <|ue laudis que nous sommes incjuiols sur les sulisislanres, lorsque nos
places ferles ne sont pas encore approvisionnées, lorsque les contingents ne sont pas encore fournis, lorsque l'aristocralie des riches fermiers nous déiobe leurs (p'ains, lorsque tout nous présente l'apparence au moins de la (Usetle, on voie le pain jeté aux animaux. Vous avez, citoyen général, rétabli avec la'il de succès toutes les autres parties de la discipline que nous ne douions pas que ces abus soient réprimés aussitôt que dénoncés.
rUnitRT.L, DlUEM, DesACT.-
[Sjcil. 1793.] MISSION DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD. 381
guerre sera terminée, s'empresseront de vous recevoir avec les vertus hospitalières (lu nouveau régime, vous ne devez entrevoir qu'un avenir heureux et consolant.
Citoyens, soyez toujours unis au peuple français, dont vous faites partie, et qui n'oubliera pas vos services; soyez toujours unis à la représentation nationale, qui est la seule forme de gouvernement que nous voulions connaître, et vous verrez la prospérité se répandre sur toute la nation, et vous vous direz que cette représentation est la vôtre, puisque vous aurez contribué en partie à la créer.
J'espère , d'après les ordres que j'ai donnés, qu'il vous sera envoyé une assez grande quantité d'exemplaires de la Constitution, pour que chacun puisse en recevoir et l'apprendre facilement.
J. BoiCllOTTK.
(Impr., avec la (îrilTe de Bouchotte, Arch. nat., AF ii i8â, 11° 55.)
19/1. AHRAS, 8 JUILLET l']f)^- CABNOT ET SES COLLÈGCES AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
Arras, le 8 juillet «793, l'an 11 de la République, une et indivisible.
IBS BEPnÉSEXTAMS DU PEVPl.H E.WorÉs PHKS L'ÀRMÉE DU XOnO AU COMITÉ DE SALIT PUBLIC.
Citoyens nos collègues,
De toutes parts on nous accable de demandes de grains, do toutes parts on nous parle de mouvements populaires prêts à ëclorc si les marchés ne sont pas approvisionnés; partout on crie famine. Nous sommes pei"suadés qu'elle n'est (pie factice; ([ue les cultivateurs avides cachent leurs grains, dans l'espérance de le vendre plus cher après l'expiration du maximum, peut-être même dans l'espérance de le vendre pour de l'argent monnayé à l'ennemi, s'il avançait. Cependant le peuple est victime de l'avidité des fermiers égoïstes et de la négligence des administrateurs, qui n'ont pas mis hors du commerce les grains requis et qui ont confié l'exécution des visites domiciliaires à des hommes intéressés à fermer les yeux. Nous avons cédé, non pas aux cris, non pas aux menaces de ces administrateurs, mais aux besoins trop réels du peuple. C'est pour ce peuple, c'est pour lui seul que nous venons de permettre aux administrateurs du district de Péronne, l'un des plus fertiles de France, de disposer de 600 quintaux de grains, sur ceux qui proviennent des redevances dues aux émigrés et autres biens natio-
382 CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [Sjta. 1798.]
naux. Nous vous envoyons notre arrêté; vous y trouverez plus en détail nos motifs et les conditions que nous avons imposées aux administrateurs.
DeSACY, L. CAnNOT, DuilKM, Bof.LRT.
(Oiijj. , Ardi. liât., AFii i48, n"-jli.)