‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 365 sur 388 · L. Carmot · texte numérisé non relu

L. Carmot

(Orig. aul., Arch. mun. de Dunkerqup, A 36, pièce n' 3o. — Copie, Arch. de la guerre, armée âa Nord et des Ardennes. )

23;2. CASSEL, 'J AOÔT i']Ç)3. CARNOT AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Cassel, le a août 1798, Tau 11 de la Répiililiquc.

L. CAKHOT, nEPRt'sEyTA\T DV PEUPLE, EAFOKi' Pltès L'AIIMÉE DV XORD , AUX REPHÉSEtlTAflTS DV PEUPLE COMPOSAXT LE COMITE DE SALVT PUBLIC.

Vous aurez partagé, citoyens collègues, la douleur et l'indignation qu! ont animé tous les habitants de la frontière du Nord, en apprenant l'infâme capitulation de Valenciennes , d'une ville de premier ordre, ayant quatre enceintes l'une sur l'autre, sans la moindre brèche, renfermant une quantité prodigieuse de subsistances, faite en un mot pour tenir au moins un an. On assure même que le siège n'était pas encore commencé, c'est-à-dire que les ennemis n'avaient pas encore mis le pied sur les parties externes de la fortification, qui sont les glacis. Il est impossible que nos collègues Cochon et Briez, renfermés dans celte place, aient donné les mains à cette ignominieuse capitulation. La perte est affreuse, sous tous les rapports; cependant, la frontière demeure encore très bien couverte par Bouchain et Cambrai. Je crois que les ennemis vont se porter sur Maubeuge, à moins que la pénurie de subsistances dans laquelle ils savent qu'est Lille ne les engage à cerner cette dernière ville. On a, cependant, fait les plus grands efforts pour l'approvisionner; mais Dumouriez avait emmené toutes les productions de ces départements dans la Belgique. Je crois que vous devez, sans perdre un moment, ordonner que les femmes, les enfants et les chevaux inutiles se retirent sur les derrières, à Arras, au moins. Je l'ai déjà écrit à Lesagc-Senault, qui est à Lille en ce moment; mais il

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n'osera peut-être pas prendre cette mesure sur lui , et moi j'ai ici des affaires de la plus grande urgence, qui ne me permettent pas d'y aller. Je viens de faire marcher la force armée dans toutes les communes des districts de Bergues et d'Hazcbrouck, pour enlever tout ce qui n'est pas rigoureusement nécessaire aux habitants, jusqu'à la récolte, afin de faire filer sur Lille, qu'il faut sauver, à quelque prix que ce soit. Je vous envoie mon arrêté, pris hier à ce sujet. Nous sommes, nous-mêmes, dans les places de la division de Cassel, épuisés par les envois prodigieux que nous ne cessons de faire. Il n'y a pas pour plus d'un mois de vivres à Bergues, Dunkerque, Cassel, Saint-Omer, Calais et Gravelines ; nous attendons la récolte avec la plus vive impatience ; elle promet beaucoup. Les avoines, surtout, manquent absolument.

Des avis particuliers annoncent que les ennemis en veulent maintenant à Bergues, Cassel et Dunkerque, et qu'ils ont déjà près de 96,000 hommes sur celte frontière. Si nous eussions marché sur Ostende, quand je le voulais, nous n'en serions pas là, et Valenciennes serait probablement encore à nous. On assure que le projet des ennemis est tout simplement d'enlever la première ligne de nos places de guerre, pour couvrir la Belgique; il faut que nous périssions tous plutôt que de souffrir cet opprobre. Malheureusement, les ennemis ont des intelligences partout. L'esprit de Dunkerque est bon; cependant le décret sur les accaparements indispose beaucoup le commerce.

J'ai reçu, à ce sujet, des avis qui m'annonçaient que le projet de plusieurs négociants de ce pays, et même de l'intérieur, est d'envoyer à Hambourg, sur des vaisseaux neutres, leurs denrées, pour les soustraire à l'effet de la loi. J'ai cru que je ne devais pas permettre qu'on pût l'éluder ainsi, et quoique les plus vives réclamations m'aient été faites, fondées sur ce que la loi n'est pas officiellement connue, j'ai arrêté provisoirement le départ des vaisseaux chargés de sucre et autres denrées semblables qui étaient près de partir. Je vous envoie la lettre que j'ai écrite aux officiers municipaux, à ce sujet, après une première, qui n'était qu'une sorte d'invitation. Je vous prie instamment, citoyens collègues, de prononcer, sans retard, sur ce point important, afin d'éviter la rumeur qui pourrait avoir lieu, si l'affaire restait indécise.

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