‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 172 sur 191 · DE L'ÉTABLISSEMENT DES ATELIERS ET DES MAGASINS · texte numérisé non relu

DE L'ÉTABLISSEMENT DES ATELIERS ET DES MAGASINS

Pour l'établissement des ateliers et des magasins, etc., comme pour beaucoup d'autres parties de cette vaste entreprise, tout était à créer; mais aussi on avait la ressource des bâtiments nationaux disponibles, dont le Comité de salut public s'est fait donner un état par le directoire du département de Paris. Ces bâtiments sont distribués dans toute l'étendue de la ville: ils sont à de très grandes distances les uns des autres: si un seul architecte eût été chargé de leur examen, de la destination qu'on pouvait leur donner et des constructions nécessaires pour cet objet, il aurait éprouvé des retards funestes.

Pour accélérer cette suite d'opérations et avoir le nombre d'architectes suffisants pour les diriger, on a pris la liste des Jacobins, des électeurs de lyga et des membres de la commune du lo; on a fait le relevé de tous ceux qui y étaient désignés comme architectes, on les a convoqués et on a partagé le territoire de Paris en autant d'arrondissements qu'il s'est trouvé de membres présents.

On les a adressés à la manufacture établie dans la maison Bretonvilliers, pour y prendre les renseignements sur les détails des objets nécessaires aux ouvriers, et on les a chargés, chacun en particulier, de parcourir l'arrondissement qui lui était attribué, pour juger de la destination qu'il était convenable de donner aux bâtiments. Ces architectes ont été adressés au ministre de la guerre pour lui soumettre leurs opérations et obtenir de lui les pouvoh's nécessaires pour mettre de l'ensemble dans toutes ces dispositions, et proportionner avec sagesse le nombre des ateliers de chaque espèce. Tous les architectes ont été chargés de correspondre avec un ingénieur en chef nommé par le ministre de la guerre, et qui, en même temps qu'il devait exercer une surveillance générale sur tous les travaux relatifs à l'établissement des ateliers, en devait presser et accélérer la confection.

Enfin, pour environner cet ingénieur de toutes les lumières qui lui étaient nécessaires, le Comité de salut public a donné ordre au ministre de la guerre et à la manufacture de la maison Bretonvilliers de nommer quatre canonniers, quatre platineurs, quatre ajusteurs et

PIÈCES JUSTIFICATIVES. /i63

monteurs, chargés, avec les régisseurs des ateliers, de donner à cet ingénieur la connaissance de tous les objets de détail qui lui étaient nécessaires.

On va exposer rapidement le tableau du nombre , de l'emplacement et de la destination des ateliers de tous les genres qui s'élèvent en ce moment à Paris pour la fabrication des fusils.

Forges à canon.

Le canon de fusil se forme d'une lame de fer de dimensions déterminées, que l'on roule à chaud, et que l'on soude ensuite au marteau. La fabrication de ces lames exige des martinets qu'on ne pouvait établir en nombre suffisant aux environs de Paris sans sacrifier des moulins à farine, ou sans établir des chutes d'eau par le moyen de machines à feu, ce qui aurait consommé du charbon de terre nécessaire aux autres parties de la fabrication. On a pensé qu'il était bien plus convenable de faire venir ces lames toutes fabriquées des forges qui sont placées sur des cours d'eau , qui sont ou qui peuvent être facilement garnis de martinets nécessaires, dont l'approvisionnement en combustibles est moins coûteux qu'à Paris, et dont les ouvriers sont exercés à un genre de travail analogue , ou peuvent en prendre promptement l'habitude.

Il n'en était pas de même pour forger les canons; cette opération exige un grand nombre d'ouvriers qu'il serait peut-être impossible de rassembler dans les forges et même de former avec assez de rapidité , tandis qu'à Paris, où l'on manie déjà le fer avec tant d'adresse et où l'émulation et le besoin qu'a chaque ouvrier de l'estime de ses pairs peuvent enfanter des merveilles, il est facile de convertir promptement en excellents canonniers tous les bons forgeurs.

On s'est donc déterminé à élever à Paris 268 forges, et en les distribuant en grandes masses sur les places publiques et dans les promenades susceptibles de les recevoir, le Comité de salut public a eu pour objet d'inspirer au peuple la confiance qu'il doit avoir dans ses ressources, et de le rendre lui-même le surveillant des entraves de tout genre que cette grande fabrication pouvait éprouver.

De ces forges, i4o sont placées sur l'esplanade des Invalides; 54 sont adossées dans le jardin du Luxembourg, au mur qui le se-

parc du terrain des ci-devant Chartreux; et 66 entourent la grille de la place de l'Indivisibiliti^ '^'.

Lorsque les ouvriers seront cxerci^s, chaque forge produira k canons par jour, ce qui donnera en tout i,o39 canons, et pour attendre que l'on ait atteint ce degré de rapidité, l'administration a reçu des soumissions pour un certain nombre de canons tout forgés, qui seront envoyés à Paris des différentes forges des départements; et déjà plusieurs forgerons de Paris ont passé des marchés pour en forger chez eux, et le nombre en est déjà porté à 1,210 par mois.

Foreries.

Lorsque le canon est forgé, on le met de calibre et on en adoucit l'intérieur dans les usines, au moyen d'alésoirs gradués qu'on y fait passer de force successivement, et qui sont mis en mouvement par une machine.

On a pensé qu'il était possible d'établir sur la Seine et dans les lieux oii le courant est le plus favorable, cinq grands bateaux garnis chacun de deux tournants, et montés de 16 foreries, ce qui fait 80 foreries; et en supposant que chacune d'elles ne pût aléser que 1 9 ou i5 canons par jour, 1,000 canons subiront cette opération. Le Comité de salut public s'est adressé pour l'établissement de ces usines à un charpentier célèbre de la ville de Paris; il l'a envoyé dès le 96 août (vieux style) à la manufacture de Charleville, afin d'y prendre les renseignements et les dimensions dont il avait besoin ; cet artiste en a profité; il a perfectionné et simplifié quelques-unes des parties des machines, et la Convention a sous les yeux les dessins et les plans de ces établissements; les bateaux ont été achetés dès le mois d'août; on a travaillé sans relâche à leur radoub et à l'établissement des foreries; et dès ce moment un des bateaux est en place près le pont de la Tournelle et prêt à recevoir les ouvriers; enfin, à mesure que les forges fourniront des canons bruts, les foreries pourront les aléser et suivre la marche des opérations.

C Déjà un (jrand nombre de forges est Pa:is, qui ont cependant réussi, quoiqu'ils

en activité au Luxembourg et à la place de ne fussent pas exercés à ce genre de travail;

l'Indivisibilité. Plusieurs sont occupées par des canons parfailement forgés par eux

les canonniers de Maubcuge et de Charle- ont été déjà présentés au Comité de salut

ville; d'autres le sont par les forgerons de public. (Note du rapport.)

Emoukries.

Au sortir de la foreric le canon doit èfro blanchi en dehors et mis de l'épaisseur convenable au moyen de la meule ; c'est encore sur des bateaux placés sur la Seine, garnis de tournants mis en mouvement par le courant de la rivière, que se fera cette opération. Les bateaux sont préparés; les meules sont achetées: aa sont déjà arrivées, 178 autres sont déjà en route, et elles ne tarderont pas à être montées'".

Un artiste célèbre s'occupe de l'exécution d'une machine au moyen de laquelle le canon sera conduit sur la meule et réduit à l'épaisseur convenable, sans exiger de l'attention de la part des ouvriers; en sorte que ce travail, qui dans les manufactures exige un artiste exercé, pourra être exécuté par des ouvriers d'une intelligence ordinaire, et qui ne seront point obligés de faire un long apprentissage.

Equipage de canons.

Lorsque le canon est foré et blanchi, il faut le garnir de sa culasse, forer la lumière et souder les tenons : toutes ces opérations se feront dans un même atelier, où il y aura le nombre de forges et d'établis nécessaires, et qui est |)lacé dans les écuries de l'émigré Broglie, faubourg Saint-Germain. Les culasses seront faites en ville par des ouvriers qui les fabriqueront dans leurs propres boutiques, et qui, pour cet objet, ont passé des marchés avec l'administration centrale, dont il sera parlé ci-après; on est déjà assuré d'une fourniture de 7,53o culasses par mois.

Ainsi, au sortir de cet atelier, les canons seront entièrement (inis, et il ne sera plus question que de les éprouver, pour les livrer ensuite aux équipeiirs-monteurs.

Epreuves des canons.

Les canons, avant que d'être livrés aux équipeurs-monleurs, doivent être éprouvés deux fois, d'abord à charge simple , ensuite à charge

"' (^<'8 moules n'étaienl pas poiii' uii possible, les ijrèi des environs de i'aiis.

premier approvisioiinemciil: il falhiil s'as- Ln naturaliste a clé cliargé de faire la

surer les moyens d'en enlreleiiir la consom- reclierclie des grès propres à cet usage, et

malion, en employant pour cela, s'il était de faire tailler des meules pour essai.

IHrailItllll «ATlOKiLC,

double; ainsi, pour éprouver 1,000 canons par jour, il en faudra charger et décharger 2,000; et en supposant que le banc d'épreuves puisse porter 200 canons, ce sera dix décharges par jour qu'il faudra exécuter. Le bruit et la commotion qu'occasionneront ces décharges exigent que le banc soit placé loin des habitations. Les fossés de l'Arsenal présentent, par leur enfoncement et leur éloignement de toute habitation, un emplacement très favorable; personne ne sera exposé à des dangers, personne ne sera même incommodé d'une manière fâcheuse, et tous les citoyens de Paris seront journellement avertis, par le bruit des décharges, de l'activité des travaux de la fabrication. Les ordres pour l'exécution de ce banc d'épreuves sont donnés, les travaux sont commencés, et en attendant qu'il soit en état, on fait usage d'un autre banc plus petit, et qui est déjà tout construit dans la maison Bretonvilliers.

Ateliers d'ajusteurs et retapeurs de platines.

La fabrication des platines peut être regardée comme composée de deux parties distinctes : la première consiste à forger les pièces séparées ; la seconde à les limer, ajuster et monter, de manière que la platine soit prête à être mise en place.

La première de ces opérations sera faite dans la boutique même des particuliers, qui se chargeront de forger chacun une certaine pièce, d'après les modèles qui leur seront fournis. Les ouvriers de Paris, accoutumés à forger des pièces difficiles , n'auront pas besoin d'un long apprentissage pour forger très bien les pièces de platine dont ils se seront chargés; en forgeant toujours la même pièce ils contracteront une habitude et ils inventeront des procédés qui rendront leur travail moins pénible et leurs salaires plus considérables; en opérant chez eux, ils prohteront des secours de leurs femmes, de leurs enfants, au travail desquels ils donneront de la valeur; ils ne perdront pas un temps précieux à aller à leur ateher et à en revenir; ils ne seront pas privés des douceurs de leur ménage ; c'est par ces considérations que le Comité de salut public n'a point ordonné l'établissement d'ateliers pour cet objet.

Quant à la seconde partie qui consiste à limer, ajuster, tremper les pièces et à monter les platines, elle doit être exécutée par un nombre

immense d'excellents ouvriers de Paris accoutumés à manier la lime pour des objets qui exigent une grande précision, tels que les horlogers en montres, en pendules, en horloges d'églises, les ouvriers en instruments de mathématiques, etc., mais qui, n'ayant encore jamais exécuté de platines, auront besoin de quelques jours d'apprentissage, et surtout de voir travailler les ouvriers exercés à ce genre d'ouvrage, d'étudier leurs procédés et d'apprendre les formes que les pièces doivent avoir. Ce but ne pouvait donc être bien rempli que dans de grands ateliers, où les procédés se communiquent avec une grande rapidité, et où l'émulation excite à faire mieux et beaucoup plus vite qu'on ne ferait en particulier. Ces ateliers sont distribués dans les différents quartiers de Paris.

Une grande partie des platineurs de la manufacture de Maubeuge est déjà placée dans le couvent des ci-devant Chartreux; les boutiques garnissent tous les cloîtres; les cellules sont habitées par les ouvriers, et ce local, jadis consacré au silence, à l'inaction, à l'ennui et aux regrets, en retentissant du bruit des outils, offrira le spectacle de l'arse-* nal le plus actif et présentera le tableau touchant d'une population heureuse.

Il y aura dans ce local a4o ouvriers.

Dans la maison de l'émigré Bachy 3oo

Dans celle de Montmorency, rue Feydeau 120

Dans le marché aux poissons a 00

Total 860

Chacun de ces ouvriers, lorsqu'il sera exercé, montera une platine par jour.

Des ouvriers sont déjà répartis dans tous les ateliers, indépendamment desquels il y a déjà des marchés passés avec les ouvriers de Paris, pour quatre ou cinq mille platines par mois.

Fabrication des pièces de garnitures.

La confection des pièces de garnitures n'a pas la même importance que celle des platines; ces pièces n'exigent pas la môme précision, et elles sont fabriquées, comme les culasses, dans les ateliers particuliers de Paris, qui passent avec l'administration des marchés pour les

pièces qu'ils veulent entreprendre; les ouvriers s'empressent de faire des soumissions, et l'adminislration a déjà passé i 83 marchés pour cet objet. Cependant, comme parmi les ouvriers de Maubeuge il s'est trouvé un assez grand nombre de forgeurs et limeurs de pièces de garnitures, on s'est trouvé obligé de leur destiner un atelier; c'est l'église des cidevant Carmes de la place Maubert. Cet atelier offrira des forges et un local aux ouvriers qui n'ont point de boutiques à Paris, et qui voudront entreprendre ce genre de travail.

Des baguettes et baïonnettes.

Les baguettes et baïonneltes se donnent à l'entreprise; elles se fabriquent en grande partie hoTs de Paris et dans les lieux qui offrent en matières premières et en usines les ressources avantageuses. L'administration a déjà passé des marchés pour 38,^70 baïonnettes et 48,108 baguettes par mois.

Ateliers d'équipeurs-monteurs.

Toutes les pièces qui doivent composer un fusil étant fabriquées et éprouvées, on les livre avec un bois bnil à dos ouvriers particuliers qui se chargent de les monter et de mettre le fusil en état de servir. Tous les ouvriers de Paris accoutumés à travailler le bois avec précision, tels que les ébénistes, les sculpteurs, les menuisiers, etc., seront bientôt en état d'entreprendre ce genre de travail; d'abord ils feront lentement et bien; mais, réunis dans de grands ateliers oii ils profiteront de l'expérience des ouvriers exercés, dont ils copieront les procédés, ils atteindront bientôt la rapidité nécessaire.

Un (le cps ateliers sera placé dans le cloître et dans quelques salles des Jacobins de la rue du Bac et

pourra contenir 200 ouvriers.

Les écuries de ci-devanl Monsioiu', aoo

La maison de l'émigré' d'Ain 80

Celle de Tcssé 1 00

Les Ursulines, rue Sainte-Avoie 100

La maison d'Egniont 200

Total 880

(ies 8Ho ouvriers ])ourront monter chacun un fusil par jour'''.

Indépendamment des ateliers d'ajustage et montage, les ouvriers do Paris passent tous les jours des marchés avec l'administration pour monter des fusils chez eux , en sorte que l'espèce d'ouvriers la [)lus rare dans les autres manufactures sera vraisemblablement la plus abondante à Paris, où l'on montera non seulement les fusils dont toutes les pièces auront été fabriquées dans cette ville, mais encore ceux qui n'auront pas pu l'être dans les autres manufactures.

L'administration a passé en outre des marchés avec des ouvriers de Paris pour monter chez eux 2,900 fusils par mois : elle attend, pour en passer davantage, qu'il y ait dans les magasins des approvisionnements plus considérables.

Àtelicm de rltabiltofre.

Dans les magasins de l'administration il y a un assez grand nombre de fusils qui ont besoin de diverses réparations. Le (lomité de salut public, persuadé que les ouvriers seraient employés d'une manière plus utile et produiraient plus tôt des fusils capables d'un bon service si on les occupait à ces réparations, y a destiné deux ateliers particuliers, l'un dans l'île de la Fraternité, l'autre aux Capucins Saint- Honoré. Le prfmier contient aoo ouvriers, le second i5o. L'ouvrage y est payé à la journée. Ces ateliers peuvent être regardés comme des lieux d'apprentissage pour la fabrication des différentes parties du fusil.

Magasins.

Pour fournir à la grande consommation de fers, d'aciers, de charbon et d'outils, à laquelle la fabrication d'armes doit donner lieu, on ne pouvait pas s'en' reposer sur les voies ordinaires du commerce; il fallait empêcher que l'imprévoyance, la cupidité et même la malveillance ne donnassent une direction contraire à la circulation de ces objets et n'exposassent la fabrication à des interruptions désastreuses

O Trois des alpliers ci-dessus sont déjà maison d'E(;iiionl, et Irois cent soixanlecn activité : celui des Jacobins, celui dos quinze fusils sont déjà sortis de ces aIclici'S. écuries du ci-devanl Monsieur et celui de la ( Note du rapport. )

par le manque de matières premières. Pour prévenir ces inconvénients, on a établi dans Paris des magasins où les ouvriers trouveront à prix fixe U's objets qui leur seront nécessaires ; et pour prévenir les abus auxquels cette gestion pourrait donner lieu, ces objets ne seront délivrés que sur les bons que donnera l'administration, d'après les engagements que les ouvriers auront contractés avec elle.

Le magasin des fers et aciers est placé dans la maison de l'émigré Maupeou ;

Celui des outils, dans la maison d'Esclignac;

(Jelui du charbon de terre , dans les cours de l'abbaye Saint-Germain.

Ces magasins reçoivent tous les jours les objets auxquels ils sont destinés, et qui proviennent soit des marchés passés avec l'administration, soit des réquisitions que le Comité de salut public a faites.

Emplacement des adminlstraliotis.

La fabrication des canons de fusil sera conduite par une administration particulière, qui dans son local doit avoir :

Un magasin pour les lames de canons.

Un magasin pour les canons forgés.

Un magasin pour les canons forés et blanchis.

Un magasin pour les canons équipés.

Un magasin pour les canons éprouvés.

Une salle d'armes pour les fusils montés et prêts à servir.

Enfin un emplacement pour les bureaux.

La maison des Feuillants a présenté des ressources pour tous ces objets; l'administration y est déjà établie; les magasins sont disposés, et ils se garnissent tous les jours des objets auxquels ils sont affectés; et la salle qu'occupait jadis l'Assemblée nationale est destinée à être l'entrepôt général des fusils achevés, en attendant qu'ils soient envoyés aux armées.

La fabrication des platines, pièces de garnitures, baguettes et baïonnettes, sera dirigée par une autre administration particulière, qui a besoin dans son local d'un beaucoup plus grand nombre d'appartements séparés; mais, si l'on excepte les bois de fusils qui exigent un grand emplacement, tous les autres objets sont d'un petit volume et peuvent être rassemblés dans de petits espaces.

La maison de l'ancien évoque de Metz, rue de Tournon, a offert des ressources suffisantes; l'administration y est établie, et les objets s'y emmagasinent tous les jours.

Enfin les deux administrations précédentes, occupées des détails de la fabrication, des recettes et dépenses en matières et en argent, ne pourraient être chargées du soin des approvisionnements de tous les genres, de recevoii* les soumissions et passer les marchés avec les fournisseurs et les ouvriers. Une administration centrale, distincte des deux autres, est chargée de ces soins généraux; elle n'a aucun magasin, il ne lui faut qu'un local pour ses bureaux; elle est placée quai Voltaire. n° h ; elle est en grande activité, et c'est à elle que s'adressent journellement tous ceux ([ui ont quel([ues engagements à contracter avec la République pour la fabrication des armes de Paris.

' CHAPITRE ir.

DES HATIÈRRS.

Les matières de l'approvisionnement sont :

1° Les lames à canons.

3° Les fers d'échantillons.

3" Les aciers.

4° Les bois de fusils.

5° Les charbons de terre.

6° Les outils.

On va exposer, d'une manière succincte, les mesures prises pour chacun de ces objets en particulier.

Des lames à canoiis et des fers d'échanlillons.

La fabrication extraordinaire devant s'élever à 36o,ooo fusils dans l'année, et chaque lame à canon devant peser (j livres, la consommation du fer, pour cet objet, sera de 3,a/io,ooo livres; la consommation du fer, pour les autres parties du fusil, sera à peu près les deux fiers de la précédente; ainsi, la consommation totale annuelle sera environ de six millions de livres.

Pour assurer un aussi grand approvisionnement, le Comité de salut

publie a fait faire le dépouillemenl de toutes les forges et fourneaux compris dans les domaines nationaux, et j)rovenant tant des biens du clergé que de ceux des émigrés; ce dépouillement a été fourni avec beaucoup de soin par l'administration générale des domaines, qui le complète à mesure que de nouveaux renseignements lui parviennent.

Parmi les établissements, on a choisi ceux qui sont placés dans les départements du Cher, de l'Ailier, de la Nièvre, de la Haute-Saône, quelques-uns de la Gôte-d'Or et de la Haute-Marne, parce que les fers qu'ils produisent sont les meilleurs de leur nature et les plus propres à entrer dans la fabrication des armes, et parce que leur situation permet de transporter les fers à Paris.

Des ordres ont été adressés aux directoires de départements, à ceux de districts, aux municipalités dans l'arrondissement desquels ces forges se trouvent placées, et des circulaires ont été écrites à tous les maîtres de forges pour arrêter, au compte de la République, tous les fers qui se trouvaient en dépôt dans les magasins et dans les dépendances de ces usines, pour expédiera Paris tous les fers d'échantillons convenables, pour convertir en lames tous ceux qui, par leur nature et leurs dimensions, en étaient susceptibles; enfin pour continuer les travaux, toujours pour le compte de la République, en proportionnant la confection des lames à celle des autres fers, d'une manière conforme aux besoins de la fabrication des armes de Paris. La correspondance annonce que ces ordres sont exécutés avec zèle et que la mesure aura du succès.

Des commissaires du Comité de salut public ont été envoyés dans les déparlements pour remplir le même objet. l\ y en a dans le département de l'Allier, dans ceux du Cher, de la Côte-d'Or et de la Haute- Saône : ils ont la mission d'établir, de hâter, de presser la fabrication et l'envoi , et de procurer à l'administration les renseignements et les détails de localités qui leur sont nécessaires pour traiter de la manière la plus avantageuse à la République.

Ces commissaires ont déjà envoyé, pour essai, des lames qu'ils ont fait fabriquer; on en a fait des canons; les épreuves ayant été avantageuses, l'administration a fait des commandes proportionnées aux facultés de chaque forge.

D'ailleurs, des manufactures particulières d'armes ont passé des marchés avec le ministre de la guerre pour livrer à l'administration de

celles de Paris un nombre assez considérable de lames et même de canons forgés; et les fabriques nationales ont reçu ordre de presser tous les travaux, sans s'occuper des proportions de leurs assortiments, et d'envoyer à Paris ce que chacune d'elles aurait de trop pour chaque partie du fusil.

Indépendamment de ces mesures, dont le but principal est d'assurer l'approvisionnement pour l'avenir, Paris pouvait être regardé comme un grand magasin abondamment garni de tous les objets ordinaires de consommation , et qui pouvait fournir à un premier approvisionnement. Pour employer à la fabrication des armes tous les fers qui se trouvaient dans cette immense, cité, le Comité de salut public a chargé, par une circulaire, tous les commissaires aux accaparements des différentes sections d'arr(5ter, pour le compte de la République, tous les fers compris dans les magasins de leurs arrondissements. Les propriétaires de ces fers se rendent à l'administration centrale des fusils, qui traite avec eux de tous les fers propres à la fabrication des armes, et quatre arbitres nommés par le département, par la municipalité de Paris et par l'administration centrale de Paris, ont régli; les prix des objets jusqu'à répo(|ue de la loi sur le maximum. Cette mesure a eu l'effet qu'on en attendait et les magasins se remplissent.

Enfin, les ordres ont été donnés pour (|ue tous les fers inutiles dans tous les bâtiments nationaux lussent transportés dans les magasins; on y réserve ceux qui sont propres à la confection de quelques parties des fusils; le reste sera vendu au profit de la Ri-publique.

De l'acier.

Le sol de la France est un des plus riches de l'Europe en fers d'excellente nature et propres à être convertis en acier. Les fers que produisent, en grande abondance, les déparlements du Cher, de l'Allier, de la Nièvre, de la Haute-Saône, de l'Isère, de l'Ariège, etc., c'està-dire presque tous les départements du centre et des parties méridionales de la Républi([ue, le disputent en qualité aux fers les plus estimés; mais l'ignorance profonde dans laquelle on avait laissé les ouvriers consacrés aux travaux des forges, et les ménagements qu'avait un gouvernement despotique pour les préjugés de tous les genres.

tilli CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.

pour ceux même qui ne semblaient pas lui être directement utiles, avaient empêché la fabrication do l'acier de prendre un développement conforme aux besoins; et la Nation française, dont l'industrie faisait la plus grande consommation de cette substance, était, et pour l'acier et pour la plupart des outils, dans la dépendance de ses rivales, c'est-à-dire de l'Angleterre et de l'Allemagne, dont les gouvernements sont aujourd'hui ses plus mortels ennemis.

La composition de l'acier n'était pas même connue des nations qui en font le plus grand commerce; les procédés étaient partout différents, partout empiriques, et les fabricants faisaient un secret de celui qui leur réussissait.

Des citoyens français, dans ces derniers temps, ont déchiré le voile qui couvrait ce mystère, en faisant voir de quelle substance l'acier est composé; ils ont indiqué ce qu'il y avait d'utile dans les différents procédés, et nous pouvons aujourd'hui partout faire de l'acier, et partout lui donner la qualité qu'exige l'usage auquel il est destiné; mais le résultat de leurs recherches était consigné dans une collection dont le prix empêche qu'elle ne .soit entre les mains de tout le monde. Le Comité de salut public leur a ordonné de publier un petit ouvrage qui mît tous les maîtres de forges à portée de fabriquer les aciers de différentes qualités; cet ouvrage est imprimé, au nombre de quinze mille exemplaires, et on le distribue partout où il peut être utile; bientôt les aciéries de tous les genres répondront aux besoins, et les grands efforts auxquels nous obligent nos perfides ennemis, nous auront encore fourni les moyens de nous affranchir de l'espèce de tribut auquel nous nous trouvions assujettis envers eux par notre propre insouciance.

Depuis quelques années, il s'était étabU à Amboise une fabrique d'acier de cémentation; tout y avait été monté pour en verser dans le commerce une assez grande quantité et pour en convertir une grande quantité en outils de toute espèce; mais d'abord le défaut de connaissance des véritables procédés , peut-être même les préjugés contre lesquels il a fallu combattre, ont retardé la faveur que cette fabrique devait naturellement prendre; ensuite les tentatives infructueuses, les pertes auxquelles sont exposés les premiers établissements l'avaient mise dans un état de gêne qui la paralysait. Le Comité de salut public a fait venir les administrateurs; il a eu des conférences avec eux; il

a pris connaissance des obstacles qui retardaient le travail et leur a procuré les secours nécessaires; ils ont passé des marchés considérables avec le ministre de la guerre , et la fabrique d'Amboise sera incessamment dans la plus grande activité. Une semblable fabrique s'élève à Paris; déjei l'administration en a reçu un premier essai qui paraît répondre à l'espérance qu'on en avait conçue, et des marchés ont été passés pour se procurer cette matière.

Une autre fabrique d'acier est établie depuis longtemps à Souppes. L'administration a traité avec les entrepreneurs pour que la fabrication prenne tout l'accroissement dont elle est susceptible et pour l'acquisilion de ce qu'elle pourra fournir.

Indépendamment de ces aciéries de cémentation et de toutes celles que la publication des procédés pourra faire établir, la République possède encore un grand nombre d'aciéries de forges, dont les produits, moins coûteux, sont estimés et propres à la confection de plusieurs parties du fusil. Les environs de Rives ont à cet égard la plus {frande réputation. Le directoire du département de l'Isère et la municipalité de Rives ont été chargés d'arrêter, pour le compte de la fabrique de Paris, tous les aciers que l'on ne prouverait pas être destinés h des manufactures d'armes, et de les envoyer à Paris.

Le Comité de salut public les a même autorisés à prendre tous les moyens pour accroître la fabrication; afin d'éviter les retards qu'entraînent les lenteurs d'une correspondance avec des parties éloignées, il a chargé un représentant du peuple d'employer les pouvoirs dont il est revêtu à lever toutes dilTicullés qui pourraient se présenter, et déjà une grande quantité d'acier est expédiée de Rives et est en route pour Paris.

Pour former de pareils établissements dans des départements plus voisins et avec lesquels les communications sont plus promptes et plus faciles, le Comité de salut public a déterminé plusieurs maîtres de forges des départements de la Nièvre et de l'Allier à se consacrer à ce genre de travail; il en a envoyé quel(|ues-uns à Rives prendre la connaissance des détails de la fabrication, et, d'après leur zèle et leur intelligence, il ne doute aucunement de leurs succès.

Enfin, pour former le premier approvisionnement, on a pris pour l'acier la même marche que pour les fers.

Les commissaires aux accaparements, dans fontes les sections, ont

^i76 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.

fait la recherche de tout l'acier qui élait en magasin et chez les débitants; les déclarations ont été communiquées à l'administration centrale des fusils, qui a retenu tout celui qui était propre à son objet, et les prix en ont été fixés par les arbitres jusqu'à la loi sur le maximum. Cette mesure a eu l'cfl'et désin'', et les magasins de la République s'emplissent tous les jours.

Des bois de fusils.

Les magasins de la ville de Paris contieimcnt déjà 5o,ooo bois de fusil provenant en grande partie de la manufacture qui s'établissait à la maison Bretonvilliers. L'administration a passé des marchés pour 900,000 qui ne tarderont pas à être livrés. Les commissaires envoyés dans les départements du Cher et de l'Allier, où les noyers sont abondants, ont été chargés d'en faire débiter : ainsi on est tranquille sur ce genre d'approvisionnement.

Des outils.

L'espèce d'outils dont la consommation journalière sera la plus considérable, celle qui devait être particulièrement l'objet de la sollicitude, parce qu'elle n'a été jusqu'à présent procurée en grande partie que par le commerce avec l'étranger, ce sont les limes.

Dès que le décret pour la grande fabrication d'armes fut porté, le Comité de salut public prit des arrangements avec la fabrique d'Amboise et traita avec elle pour tout ce qu'elle avait de limes, tant à Paris qu'à Amboise. Les limes sont arrivées et elles ont fait le premier fonds des magasins. Les secours et les encouragements que cette fabrique a reçus la mettront à portée d'augmenter son produit: le choix du fer assurera la qualité de ses aciers, et la communication avec les artistes les plus distingués perfectionnera encore sa maind'œuvre.

L'administration centrale a pris d'ailleurs des arrangements avec l'aciérie de Nantes et avec celle de Souppes, qui l'une et l'autre étaient habituées à fabriquer des limes; et ces fabriques, assurées du débit, vont encore donner une plus grande activité à leurs travaux.

Mais ce que l'on n'apprendra certainement pas sans intérêt , c'est que ,

depuis le décret du 3 3 août, il s'est ëlevé à Paris deux fabriques de limes qui rivalisent par la beauté et la perfection du travail; les limes qui se fabriquent journellement dans l'une d'elles Ip disputent avec tout ce que les nations étrangères ont de plus parfait.

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