‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 23 sur 191 · CARNOT PROPOSE L'ENVOI DE DEUX COMMISSAIRES DANS LE NORD · texte numérisé non relu

CARNOT PROPOSE L'ENVOI DE DEUX COMMISSAIRES DANS LE NORD

[A la séance de la Convention du 97 août 1798, Garnot prend la parole en ces termes :] >

Vous savez que Dunkerque est assiégé; vous savez avec quelle vigueur les citoyens et la garnison de cette ville ont répondu à la sommation qui leur a été faite de rendre la vHle. Ils demandent que la Convention leur envoie deux de ses membres pour soutenir le coui'agc des habitants de ce pays. En conséquence, le Comité de salut public vous propose d'envoyer dans le département du Nord le» citoyens TriUlai-d « et Berlier '''.

[La proposition de Carnot est décrétée *''.]

LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Analyse. — Il annonce (pi'il a donné l'ordre de tenir prêtes à partir pour l'armée du Nord quatre brigadi's complètes des équipages et charrois.

(Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord.)

(') Carnot assiste à la séaiico du Comité (cf. Aulard, VI, 137) et écrit de sa main un arrêté portant de remettre 4oo,ooo livres aux administrateurs du district de Calais.

(») Narcisse Truilard , né à Scurre (Côlcd'Or) ie 39 octobre 1788, oflicier du génie, député de la Cote-d'Or à la Convention, commissaire du Directoire, mort le la décembre i8o5.

'" Théophile Berlior, né à Dijon (Coled'Or) le 1" février 1761, avocat, député de la Côle-d'Or à la (;onvenllon , membre du Comité de salut public le 1 5 fructidor an lu (1" septembre 179a), député au Conseil des Ciiiq-Ccuts, conseiller d'Etat

sous l'Empire, comte le 96 avril 1808, mort à Dijon le la septembre i84i.

(*) La minute du décret est écrite cl signée par Carnot (Arch. nat., C a66). — Carnot avait choisi deui do ses compatriotes pour remplir cette délicate mission. Les représentants Truilard et Berlier arrivèrent à Dunkerque le 4 septembre 1798, et ils se rendirent au conseil général de la commune où ils présentèrent leur commission. On les mit aussitôt au courant de la situation de la ville. (Cf. Foucart et Finot, 11, 88.) On pourra consulter dans le recueil de M. Aulard la correspondance de ces deux députés avec le Comité de salut public.

[i-jKotr 179.3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.

GAVRELLE, a 7 AOUT i'jfj^- LE GÉNÉRAL BERTHELMY À L'ADJUDANT GENERAL HOCHE.

Au quartier général de Gavrelle, le 3-] août 1793, l'an 11 de la République,

LB GEKERàL DB brigade, chef de L'ETàT-MAJOR de L'ARMEE i L'ADJCDAyT GÉNÉRAL IIOCUE '''.

Ce que vous me mandez est bien étonnant , citoyen. Le chef de l'état-major général de l'armée est à proprement paHer le donneur d'ordres. Ceux des généraux Souham ''' et O'Meara n'auraient pas dû être méconnus du Conseil de guerre , et la résistance d'O'Meara est bien certainement la conviction des soupçons fondés sur lui. Je lui donne un nouvel ordre d'évacuer la ville dans le délai d'une heure; il recevra ma lettre en même temps que vous celle-ci : répondez-moi s'il s'y conforme. Le général Barthel est coupaitle de n'avoir pas donné à Souham ses ordres et ses instructions par écrit, et c'est au moins de sa part une insouciance coupajjje. Il faut que Souham entre sur-ie-chamj) en activité, qu'il voie les troupes, (pi'il élève leur couj'age , qu'il recherehe minutieusement tous les ofliciers qui n'auraient pas le patriotisme et le nerf nécessaires pour bien défendre leur poste. Tous les moyens de défense qu'il prendra seront bons, poin-vu qu'il arrive à son iiut. Il faut qu'il se concilie , avec la confiance des troupes , celle des habitants de Dunkerque; mais il faut en même tenq)s qu'il se prémunisse contre une condescendance trop aveugle '*'. Les Anglais ne se sont pas portés sur Dunkerque sans y

'" Bi'rtlielmy exorçait ces fondions auprès du général Houchard. Il avait, le a6 juin 1798, refusé d'être employé à l'aruiée du Rhin cuinnie |;énéral de brij^adc. (tJc désirerais, écrivait-il à Bouclioltc, rester à l'année de la Moselle pri's le général Huucliard, avec lequel j'ai constamment si'rvi pendant cette guerre. J'ai l'habitude du travail avec lui, et j'ai la conviction intime d'être plus utile dans le poste cl le grade que j'occupe actuellement que je ne pourrais l'être avec le grade de général de brigade. Je suis assez jeune pour attendre et, si dans un autre temps je parviens au même rang, je l'aurai mieux mérité et je serai plus en état d'en remplir les devoirs.'? (Orig. , Arch. adni. de la guerre.) Berthelmy suivit, en effet, Houchard à l'armée.du Nord et, dans l'espace de dix jours, fut nommé, grâce à son chef, adjudant général chef de brigade et général de brigade ( 20 et 3o juillet 1 793 ).

<•' Hoche , adjudant général chef de bataillon depuis le i5 mai I7g3, venait d'être acquitté par le tribunal criminel de Douai le 90 août et envoyé à Dunkerque. (Cf. Etienne Charavay, Lazare lloclie, p. 3.)

'" Joseph Souham , ne k Luliersac ( CoN rèie) le 3o avril 1760, enrùlé au régiment des Cuirassiers du roi le 17 mars 178a, congédié k la fin de 1786, élu lieutenant-colonel en second du 9" bataillon des volontaires de la Corréze le i5 août 1799, lieutenant-colonel en premier le 19 septembre 1799, général de brigade le 3o juillet 1 793 et de division le 1 3 septembre suivant , comte de l'Empire le 4 juin 1 8 1 o , retraité le 1 1 juin i833, mort à Caris le a 8 avril 1887. — iSoubaui remplaçait à Dmdcerquc le général O'Meara.

'" Lie 33 août 1793, Berthelmy avait écrit à Souham la lettre suivante, conçue

5/1 CORRESPONDx\NCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [98 août 1793.]

avoir envoyé préalablement des émissaires et sans s'être assurés de l'aristocratie de la ville. Lisez ma lettre à la société populaire, prémunissez tous les sansculottes contre les ai-istocrates de leur ville. J'engage les représentants du peuple d'en faii-e sortii- toutes les personnes suspectes.

Le pénéral O'Meara est supendu de ses fonctions'"'. Le Conseil exécutif lui en transmet l'ordre par le général Houchard; peut-être lui est-il déjà parvenu. O'Meara est L-landais d'origine, et c'est lui pi'écisément qui se trouve placé à Dunkerque pour défendre cette place contre ses concitoyens. O'Meara , par-dessus tout, est m-istocrate, et il est déjà connu du Conseil exécutif et du Comité de salut public. Dites-le au conseil de guerre.

Le déserteur qui vous est arrivé est, je le gagerais, pour ainsi dii'e gagné par le duc d'York, pour venir exagérer ses forces, augmenter son parti et disposer en cas d'événement à une capitulation. Je vous donne l'ordi'e d'envoyer ce désertem- sur-le-champ à vingt lieues des frontières et de l'armée , de le faire escoi-ter par la gendarmerie nationale et de le mettre en lieu de sûreté , en se faisant expédier un reçu par un commandant militaire quelconque. Vous userez de la même mesure envers tout autre déserteui', aussitôt que vous en aurez reçu leur déclaration. Vous les ferez |;artir sans qu'ils puissent connnuniquer avec les habitants. Tout parlementaire qui se présenterait de la part de l'ennemi sera aiTêté aux premiers avants-postes , oîi on prendi-a sa dépêche en lui donnant reçu. Dans aucun cas il ne poiura pénétrer dans la ville et jamais il ne sera admis à rien communiquer de bouche. Le commandant Souhani , à qui vous l'emettrez cette lettre après l'avoir lue , la gardera et elle lui servii-a d'ordre et de l'ègle dans sa conduite pour les cas qui sont prévus. Prénumissez-vous contre les attaques de vive force ; vous devez être continuellement en surveillance et , si vous recevez bien l'ennemi la première fois qu'il se présentera , cela le rendra circonspect. On est diablement fort derrière de bons retranchements et quand on le veut bien on n'y est pas forcé. De la vigueur, toute celle dont vous êtes susceptible , et tout ira bien !

Souham! La devise du 1" bataillon de la Corrèze sera la vôti-e; point de quai'-

dans les termes les plus pressants (copie cerlifice par le général Souham, Arch.

nat., W agt), n° 260) :

Quartier générai de Gavrelie, le a'i août i-gS, i^ao 11 (le ia République française.

«Au général de brigade Souiinm, ffll vous est ordonné, citoyen général, de partir sur-le-champ et en poste pour arriver sans perdre de temps au camp de Cassel , près Dunkerque , où vous prendrez les ordres du général de division liarlhel. rVous aurez à défendre le camp retranché de Dunkerque et vous pouvez vous y couvrir de gloire. Il est moins question de faire de savantes dispositions mililaires que d'y montrer le nerf et le courage dont

vous êtes également susceptible. Prévenez vos troupes, rappelez-ieur qu'elles se battent pour la liberté, et vous en obtiendrez tout ce que vous >oudrez. Vous aurez avec vous l'adjudant général Hoche, dont vous pouvez tirer le plus grajid parti; H se rencontrera sans doute chez le général Barthel. Vous recevrez les instructions particulières de ce général. Si l'ennemi se présente devant votre camp retranché et qu'il y soit bien reçu, alors, si vous le voyez plier, il faut devenir audacieux et profiter de voire première réussite. Mais c'est trop vous on dire ; parlez et marchez nuit et jour.

itREnTiiEmy." '" Depuis le 35 août 1798.

[sSaoôt 1793.] CORRESPONDANCE MIMTAIRE DU GOMITK. 55

lier avec les tyi-ans, point de capilulalion. H ne faut pas survivre à la honte; on menrt alors un million de l'ois. Du sang et toujours du sang.

Le général de brigade, chef de l'étnl-major de l'armée, Berthelmv.

(Ori(î. , Arcli. de la giicno, armée An Nord.)

LK COMITÉ DR S\LUT PUBLIC AU céNI^RAL HOUCHARD.

(litoyen géïK'ral,

Paris, le aS août 1793.

D'après les faits importants que vous nous avez communiqut^s sur les mouvements de l'ennemi , nous ne pouvons douter (|u'ils n'attachent la plus haute importance à la conquête des villes de Bergiies et de Dunkerque. Il est aisé de sentir, en effet, que Pitt n'a pas d'autre moyen de soutenir son crédit chancelant et de consoler sa nation des frais énormes de la guerre et de la perte totale de son commerce. Si nous sauvons ces deux villes, la révolution la plus complète est inévitahle en Angleterre. Si nous les perdons, le plus affreux découragement parmi nous en sera la suite infaillihie. Ce n'est donc pas précisément sous le point de vue militaire ([u'il faut envisager l'attaque dirigée sur ce point si important de notre frontière, c'est principalement sous le point de vue politique. Il faut sauver avant tout Bergues et Dunkenpie, parce qu'il faut sauver avant tout l'honneur de la nation (lui est là. Portez-v des forces immenses; que l'ennemi soit chassé de la Flandre maritime; qu'il en soit chassé, à quelque prix (jue ce puisse

■" Camot est présent à la séanre du Comité. (Cf. Aulard, VI, i4o. ) On trouve qniilre arrt^lés écrits par lui : i° traitement (li's roinniissaires eti\ovés dans les départements pour la roiiversion des clorhes en canons; a° versement de 5o milliers de poudre dans les places de Sclielestadt , Belfort et liunin^ie; .3° étalillssement d'ateliers à for({e |)our la faliricalion des armes sur l'esplanade des Invalides; '1° versement

de 60,000 livres à la municipalité de Gravelines. — I>e m«^me jour, 58 août, Carnot proposa à la Converilion nationale, au nom du Comité de saint public, et fil adopter un projet de décret en vertu duquel tontes les terres et matières salj>étrées dans l'étendue de la flépulilique sont mises à la disgiosition du Conseil exécutif provisoire, et le prix du salpêtre est fixé à a 4 sous la livre.

56 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [28 août 1798.]

t^tre. C'est le moment, citoyen général, de juslifier le choix glorieux qne la nation a fait en vous confiant le commandement de sa principale armée, et nous espérons que vous ne démentirez pas la haute réputation que vous ont méritée vos talents et vos vertus républicaines'''.

(Minute aut. de Carnot, Arch. de la guerre, armée du Nord. — Registre de Carnot, arch. de la famille Carnot.)

LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AUX D^FENSEUnS DE BERGUES ET DE DUNKERQUE.

Paris, 28 août 1798, l'an 11 de la République une et indivisible.

LES nEPnésEUTANTS DU PEVPLE COMPOSANT LE COMITÉ DE SALUT PVBLIC i TOUS LSS BRAVES QUI DBFBIVDBIVT LES VILLES DB BEROVES ET DE DUNKERQUE.

Frères et amis ,

Lorsque l'armée du tyran des Anglais se dirigea vers vos murs, Pitt, inépuisable en perfidie, fit précéder sa marche par la plus atroce calomnie; il annonça que vous ne vouliez pas vous défendre. Il espérait ainsi ralentir l'intérêt que la République met à la conservation de vos boulevards. Il a été trompé dans ses calculs : le courage que vous avez montré depuis le commencement des attaques dirigées contre vous donne aux bataillons de l'armée du Nord le temps de venir à votre secours. De notre côté, nous employons toutes les ressources qui sont en nos mains pour vous seconder. Sauver les places de Bergues et de Dunkerque, c'est renverser le ministère perfide qui a égaré le peuple

O Le même jour, Boucliotle éorivil à Iloufhard : «Les nouvelles que nous avons reçues ici, général, nous apprennent que les Anjflais ont des desseins sur Dunkerque et qu'ils y attachent une importance qui leur fera faire des efforts marqués pour s'en emparer. Ils espèrent que , mail res de celte place, ils auraient l'une des clefs de notre territoire et pourraient influer à leur j;ré nos affaires intérieures. Il importe de

faire échouer ce projet cl de réduire à zéro les calculs politiques de Pitt. Dunkerque manqué, la campagne est perdue pour eux. Celle circonstance mérite toute votre méditation; votre patriotisme, votre courage et votre expérience y verront la possibilité de rendre de grands services à la Répul)ll([ue et de vous préparer des souvenirs satisfaisants pour ravenir.n (Minute aut. , Arch. de la guerre, armée du Nord.)

[a8ioÛTi793-] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 57

anglais, c'est briser la coalition des tyrans, c'est consolider à jamais la Rt^publique.

Laz. Carnot, C.-A. Prieuii, B. Barère, Hérault.

(Orig. aul. do C.irnol, Arcb. niun. île Dunker(|ue, A 34, pièce ii° 3'4.)

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