RONSIN
( Orig. , Arch. de la (juerrc , arince des Cotes de la Rochelle
GAVRELLE, 9^ AoCt 1 793.
LE GÉNÉBAL UOUCUARD AU COMITE I)E SALUT PUDLIC.
Au quartier général de Carrelle, le 19 août 1793, l'an i de la népiibll(]uc franfaise.
LB GBXBBAL BU CHEF ttOVCUÂBD AVX nBPKBSBSTiNTS DU PEUPLE COMPOSÀ\T LB COMITE DE S.ILVT PUBLIC.
J'ai effectué, citoyens représentants, la divei-sion dont je vous avais parlé ilans ma dernière dépêche avec un cor])s de i5,ooo hommes, les seules troupes disponibles que j'aie pu ramasser aux environs de Lille '*'. J'ai attaqué tous les postes avancés de l'ennemi; les villages de Ronc(j, Tourcoing, Rouhaix, Wattrelos et Lannoy ont été attaqués par nos troupes à 5 heures du matin. Tous ces j)osles ont été em|K)rtés après des fusillades terribles. Le jwste de Tourcoing était le principal ; ce gros village, enveloppé de bois épais et auquel on ne peut arriver que par une chaussée sur laquelle reniieiiii avait fait des retranchements garnis d'artillerie, renlerinait 4,5oo honunes d'infanterie hollandaise, dont deux régiments suisses. L'attaque s'en est faite en tirailleurs et a duré ({uatre heures. Nous y avons été cruellement maltraités, le fourré du l>ois et des haies ne nous j)ermeltant |)as de joindre l'ennemi. Nous avons eu près de lioo blessés, sans rompler les morts que je ne connais pas encore. L'ennemi doit avoir considérablement |)erdu.
L'attaque de Toiu-coing étant extrêmement longue, le camp de Menin a eu le temps de se porter sur Ronc(j et de le reprendre; un balailhm du Finistère, en se retirant, a lâchement abandonné ses pièces et canons. Nous avons pris un obusier dans Tourcoing. Une fausse attaque a été dirigt'e de Pont-à-Marcq sur le camp de
lôsc an TU (18 mars 1799), maire de Dreuv cil i8oi, chevalier de la L<^(fli)ii d'honneur, mort à Parts le g janvier i8ao. Le général July avait fait les ranipa{rncs d'Amérique de 1778 à 1783 et y avait reçu deux blessures, l'une à l'attaque Je Sainte- Lucie le 18 décembre 1778, et l'autre à la surprise de Saiiit-Eustaclic le 11 juin
"> Le i4 septembre suivant Ruiisin et les cuuimissaircs nationaux écrivaient de
Sauniur au ministre de la fpierrc pour accuser Joly de mollesse et de mauvais vouloir dans l'affaire du 1 9 septembre et conclurent en ces termes : it Nous croyons (|ue cet boimnc ne peut pas être employé dans les armées de la République, n (Orig. , Arcli. adm. de la guerre, dossier Joly.) Sur celte dénonciation Joly fut suspendu le 18 septembre.
''' (if. Koucarl el FiuoI, La défente nationale dam le Nord, II, 3a et suiv.
62 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [39 agît i-jtjS.]
Cisoiiiff. Nos troupes avaienl coniniencé à y îivoii' du succès; mais s'élant laissé» épouvanter par la cavalerie enncnile, nous avons eu le nialheur de pei'dre trois pièces de canon.
Après la prise de Tourcoing-, je complais rassembler toutes mes colonnes et marcher sur le camp de Menin ; mais les troupes se sont livrées dans le village de Tourcoing; à un tel excès de j)illage et d'ivrog-nerie , (pi'il m'a été iinjmssihie de lien faire et que j'ai été forcé de me retirer sur Mouveaux, dans la ci-ainte que l'ennemi, ne revenant en force, ne me ti'ouvât dans ce désordre épouvantable. Si les troupes, commandées par le général de brigade Duj)onl*'', avaient écouté sa voix, elles auraient eu un succès coin|)let; mais, après avoir emporté le village à la baïonnette, la vue de deux pelotons de cavalerie les a mis en désoi'dre et les a fait retirer, de sorte qu'il a fallu reconnnencer l'attaque. Plusieurs corps se sont fort bien conduits, he ci-devant régiment d'Auxerrois , après avou- entré dans le village ))ar la droite, en est sorti ])our se mettre en bataille. Je prendrai des connaissances exactes de la conduite particulière de tous les corps, afin de vous en rendre comjite.
Je vous le déclare , citoyens représentants , si dès l'instant il n'est pas pi'is des moyens sûi-s et prompts de réprimer le brigandage et faire rcnaiti-e la discipline et l'obéissance, il est inijiossible de conduire les ti'oupes à la victoire. Les dragons et un des représentants du ])euple, qui ti'availlaieut avec moi pour empêcher le pillage et faire sortir les ti-oupes du village, ont été couchés en joue par des volontaires. Assignats, lits, meubles de toute espèce ont été enlevés, malgré mes efforts et ceux des représentants du peuple, dans un village français que nous venions d'arracher des mains des satellites des desjiotes. Il est indispensable qu'un général en chef, et tout commandant une ex[)édition , ])uisse former dans l'instant, oii il le jugera convenable, un conseil de guerre composé d'un petit nombre d'officiers, sous-officiers et soldats, pour juger et exécuter sur l'heure les pillards et les indisci))linés '^'.
'') Pierre Dupont, né à Clial)anais (Cliarentc) le 4 juillet 1765, oITicier d'artillerie au service ilc Hollande de 1787 à 1790, sous-lieutenant au i a° d'inl'anlcrie le ai juillet 1791, capitaine au aW \c 1 :! janvier 1793, iieuteuanl-colonel le 18 septembre 1799, adjudant général chef de brigade le i5 mai 1798, général de brigade provisoire le a6 août 1798, confirmé le 3i octobre 1795, général de division le s mai 1797, comte de l'Kmpire eu juin 1808, arrêté après la capitulation de Bayleii le aa septembre 1808, destitué le 1" mars 18 la, ministre de la guerre du i3 mai au 3 décembre 181/1, destitué par Napoléon le 3 avrd i8i5, ministre d'Etat le 19 septembre 181 5, retraité le i3 avril i83a, mort à Paris le 7 mars i84o.
<'^' Le a septembre 1798, Houcbard donna les ordres suivants pour essayer de rétablir la discipline (Arch. delà guerre, armée du Nord, reg. XIH bis, fol. 83 v°) :
«Il est défendu, sous peine de suspension, aux oITiriers et sous-oUicicrs de mettre des malles et des ballots sur des cbariots; ces voilures ne sout destinées qu'à porter les edets de campement.
itII est défendu aux femnies de soldats de monter sur lesdites voilures, sous peine d'être barbouillées de noir, promenées à la tète du camp et renvoyées.
trll est défendu aux soldats de mettre sur les mêmes voilures leurs sacs, marmites, bidons et autres effets de campement , sous peine de quinze jours de garde de camp , et , s'ils récidivent , punis comme
[29AoÙTi7«j3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITK. 63
Nous avons fait envii'on i a o prisonniers , dont 5 officiers. J'en aurais fait plus de deux mille, si j'iivais eu un corj)s de 96,000 hommes. Cette attaque a produit le bon effet de jeter i'ëpou\anle chez les ennemis et de porter le camp de Lille plus en avant pour nous préparer aiu grandes attaques que je nie'dite aussitôt que les li'oupes de la Moselle seront arrivées.
La jM)sition actuelle des ennemis demande ([ue je change les projets d'attaque que j'avais médités. Les forces que les ennemis ont poi'tées devant Dunkerque me foiTcnt à dii'iger ma princi|)ale attaque du côté <le Menin, pour marcher de là, aj)rès avoir passé la Lys, sur le liane gauche des Anglais du côté d'Vpres. En conséquence je vais poster le plus |)romptemenl possible a 4. 000 hommes d'infanterie et 4,000 de cavalerie, pour' organiser une armée de 5o,ooo hommes, à la tôle de laquelle je me mettrai moi-même; les autres 10,000 honunes de l'infanterie de la Moselle et le reste de la cavalerie seront [>ortés sur Maid)euge et Cand)rai pom' attaquer Cobourg. Telles sont les dispositions générales que je puis vous présenter dans ce moment et qui j)ourronl varier suivant la position de l'ennemi.
Je fais au ministre le tableau du parc d'ai'tillerie. Il est instant qu'il me procm'c les objets que je lui ai demandés, et qu'il m'envoie surtout ah pièces de quatre dont je lui ai déjà fait la demande. Je lui écris aussi de m'envoyer de la jwudre, des obus de 6 ponces pour Lille et Manbeuge. Que le tout se rende en poste , car la chose presse.
Les derniei-s ra|>|>orts qu'on m'a envoyés de Dunkei-que disent que l'ennemi a fait sa |)remière parallèle, de sorte qu'il faudrait que sous huit jours je fusse eu mesure de pouvoir marcher avec les grandes forces que vous me destinez. Malheureusement le a' régiment de carabiniers ne sera pas encore arrivé. Cela me fait beaucoup de jieine; s'il y a un moyen de le faire avancer plus vite, je prie le ministre de reni|)loyer. Je lui reconunande de lîkher de m'envoyer au moins 3,000 chevaux d'artillerie. Nous avons beaucoup de pièces qui ne peuvent marcher, faute de chevaux. On estime à 5o,ooo hommes les troupes qui sont devant Diuikerque et Bergues. Quant à Cobourg, il tient toujours la foi-ôt de Mornial et enveloppe le Quesrioy '*'.
désobéissant aux ordre» donnés par le gé- refuser. On donnera une garde sullisanle
néral en chef. à l'admiiùstralinn.?)
ffLes balaillous ne pourront avoir, sous "' Le 3o aoùl, le minisire de la guerre
aucun prétexte, plus de cinq voilures des Bourhnllc invita Houchard à n-primcr le
charrois à leur suite, et il est défendu ex- brigandage des ln)upes et à serourir Dun-
presscnieiit aux chefs de donner des réqui- kenpie au plus lot : (rSerourez Uiuikerque,
silious pour avoir des voilures. Les chefs ue laissez pas lonil)er relie clef ini|)orlaule
seront responsables eu leur propre et prive de la nier dans les mains di> nos ciuieniis.
nom, et, s'il s'en trouve plus de cinq, le Détruisez leurs magasins, leurs muni lions,
chef payera 30 livres par jour au pmlil de enfin faites échouer leur campagne, et qu'ils
l'admiiiistralion des charrois. n'iiivcrnent pas sur notre territoire. Ayez
«Les ollicicrs de l'armée ue |Hiurront un succès, et les ennemis se détruLsenl
plus prendre individuellement leur viande; d'eux-mêmes, les alliés se dispersent et la
elle doit Hk délivrée à tous les olllrlers de paix esl demandée par le peuple an(fiais.»
la même compagnie ensemble. L'adminis- (Minute, Arch. de la guerre, armée du
tralion des viandes est autorisée à la leur Nord.)