‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 43 sur 191 · LE COMITÉ I)E SALLT PUBLIC AU REPRÉSENTANT LEGENBRE DE LA NIÈVRE · texte numérisé non relu

LE COMITÉ I)E SALLT PUBLIC AU REPRÉSENTANT LEGENBRE DE LA NIÈVRE

Paris, le 8 septembre 1793, l'an 11 de la République.

Votre lettre, mon cher coHègue, nous jette dans une grande perplexité'''. Vous dites que vous n'êtes point partisan des établissements nationaux, et c'est parce (jue nous sommes pénétrés du même principe ([ue nous avions jugé convenable de ne point mettre en régie la manufacture de Moulins. Nous ne prétendons pas pour cela que cette manufacture en soit moins florissante; nous ne voulons qu'éviter les voleries et le gaspillage , et nous ne voyons pas comment en venir à bout avec une régie. Au lieu, si c'est une entreprise particulière, l'Etat ne paye que ce qu'il reçoit.

Nous sentons qu'un grand établissement national pourrait être agréable au département de l'Allier, mais nous sommes représentants de la nation entière, et, en partant de votre principe que les établissements nationaux sont nuisibles à l'Etat, ce serait donc sacrifier l'intérêt particulier. 11 doit, d'ailleurs, être indifférent aux ouvriers de travailler pour des régisseurs ou pour des entrepreneurs. Les habi-

''' Camol csl présonl à la séance du Comité. (Cf. Aulard, VI, 35i.)

t'I Franrois-Paul Le(jeii(lre, né à Dnnzy (Nièvre) le aS janvier 1739, avoral, député de la Nièvre à la l.'onu-nlion el au Conseil des Cinq-Cenis, proscrit en 1816, mort à Constance (Suisse) le a 6 décembre

'^' Lefjendn- de la Nièvre avait déjà rempli une mission auprès des manufactures d'armes de Paris (t^i juin 1793).

Ia' 9 3 août 1793 il avait élé désijjné pour aller faire exécuter la levée en masse dans les déparlemenls de la Nièvre et de l'Allier. Le 1" septembre, il écrivit de Moulins au Comité de salut public une lellre où il annonça son arrivée dans celle ville. irLi manufacture d'armes à feu, disait-il, ne fait rien par la faute des enlrepriMieurs, qui ont cependant reçu des fonds de la Ri'publi(iue jusqu'à la somme de 3oo,ooo livres.

el il y pour toute fabrication aciievée cinquante ou soixante fusils. Les ouvriers sont à la veille de manquer de subsistances. Je crois «>tre obligé de prendre le parti de déclarer l'établissement national pour qu'il puisse être utile à la République, parce que je vois que, si nous ne recourons pas à ce moyen, c'est peine perdue de slinniler des hommes (|ui n'ont pas l'intention el la volonté de faire. Je vous préviendrai des mesures que je prendrai ultérieurement , mais je vous j)ri(? de me seconder de toutes vos forces.» Il attend, ajoutaitil, le uiailn* canonnier Leclerc de Paris et il espère leur expédier avant quinze jours des lames ou maquettes de fusil. Il compte (|ue Monije el Hassenfralz (inend)res de la conmiission des armes) vont lui envoyer le citoyen Clouet pour faire les essais d'étoffe pour l'arme blanche. (Orif;. . Arch. nal., AF 11 168.)

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tants du pays ne peuvent donc rien gagner à la mesure que vous pro-

aosez

Nous ne voyons pas aussi sans inquiétude que l'établissement que vous désirez paraisse fait pour l'avantage particulier du citoyen Villeneuve, ci-devant marquis, auquel on attribue l'inertie dans laquelle est demeurée jusqu'à ce jour la manufacture de Moulins'-'. Cette inertie, vous l'attribuez à l'entrepreneur, et il pourrait se faire ([ue l'un et l'autre y eussent contribué. Quel est donc le moyen d'éviter et la paralysie de celte manufacture, d'une part, et le gaspillage, de l'autre? 11 nous paraît que c'est de dire aux entrepreneurs : «Faites des fusils, faites-en le plus que vous pourrez, nous les prendrons tous au prix courant; et si vous n'en fournissez pas une quantité déterminée et suffisante, la nation rentrera dans ses bâtiments et vous lui rembourserez les avances qu'elle vous aura faites. »

Réfléchissez donc de nouveau, cher collègue, sur cet objet important. Nous attendons votre réponse pour prononcer définitivement; mais, nous vous en conjurons , écartez toute considération particulière et locale.

Nous vous rendons grâces de l'activité que vous mettez à nous rechercher du salpêtre, des maquettes et lames de canon de fusil. Nous attendons le plus grand effet de vos opérations. Ne perdez pas de vue que nous ne pouvons faire un pas sans vous.

A expédier : Laz. Carnot.

(Minute aut. de Carnot, Arcb. nat. , AF ii 168.)

W Dès le i5 juin 1793, le Comité de salut public s'était préoccupé de cette manufacture d'armes de Moulins et du cidevant mar<[uis de Villeneuve. On lit à ce sujet dans le procès-verbal de ce jour (cf. \ulard, !V, .^71) : «Lecture faite d'une lettre des conunissaires à l'établissement central de construction d'artillerie du département de l'Allier, par laquelle ils demandent, vu les circonstances urgentes qui les enjpèclienl actuellement de se transporter à Paris, qu'il soit sursis à l'exécution de l'ordre donné au citoyen Villeneuve et à son départ jusqu'à la lin de leurs opérations. Le Comité arrête que ce sursis demeure quant à présent accordé, à la charge par

lesdits commissaires de donner, trois jours après la réception du présent arrêté, connaissance au Comité de l'époque à laquelle le citoyen Villeneuve se rendra à Paris; sauf, en cas de silence, de prononcer la levée dudit sursis et d'arrêter ce qu'il appartiendra. »

''' Le ci-devant marquis de Villeneuve fut mis en arrestation; mais, sur le rapport d'Amar, membre du Comité de sûred' générale, constatant que les dénonciations laites contre lui étaient de véritables calomnies, la Convention décréta la mise en liberté de ce citoyen le 16 du premier mois de l'an 11 (7 octobre i7i)3). — Cf. Moniteur, XWU, t:>.

LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC À DELACROIX, LOUCHEt'"' ET LEGENDRE

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REPRESE!VTA!NTS DANS LA SEINE-INFERIEURE

La découverte que vous avez faite, citoyens coiiègues, d'une fonderie près de Rouen est des plus intéressantes'^'; vous êtes autorisés à lui donner toute l'activité possible et à favoriser l'établissement de la manufacture des fusils; nous vous invitons de ne pas négliger ces grands moyens de défense. Nous vous observons seulement deux choses : la première, c'est que, voulant établir une grande manufacture d'armes à Paris, il faut ([ue les mesures que vous pourrez prendre ne contrarient point cet établissement; la seconde, c'est que nous pensons (ju'il ne faut point de régie en ce genre, mais des entreprises. Il faut que l'entrepreneur soit sftr qu'on lui achètera toutes les armes qu'il pourra fournir, en (|uel(jue nombre qu'elles soient, au prix courant, lorscju'elles auront subi les épreuves convenables; mais point de privilèges, ni de conseils d'administration, (jui ne sont cnie des moyens de gaspillage. (Cependant, s'il était nécessaire desimpies avances faites sans cautionnement, nous pensons (pie cela n'aurait aucun inconvénient. Nous vous le répétons, la loi du 9 3 août vous donne A cet égard toute latitude possible de pouvoirs, et vous êtes investis de la confiance.

(Minute aut. de Carnot, Arrli. nat., AP 11 &11.)

''I OUe pièce n'est pas daléc, mais comme elle répond à une lettre reçue par le Comité de salut publir le 7 septembre, j'ai rni pouvoir la classer au 8 septembre,

''' U)uis Loucbot, né à Lonjjpré (Somme) le ai janvier 1733, professeur au collège de itodez, député de l'Aveyron à la Convention.

^'> L.ouls Le(»endre, né à Versailles le sa mai 1733, marchand Imurber, députe de Paris à la Convenii<in, membre du (Conseil des Cinq-Cents, mort à Paris le 1 3 décembre 1 797.

''1 Legcndre et Loucbet avaient été envoyés, le i5 août 1793, en mission dans le département de la Seine-Inférieure pour rechercher les causes de la disette des sul)sistanres. Delacroix (d'Eure-et-Loir) leur fui adjoint le 29 du même mois. (Cf. Aulanl, VI, I et 170.)

l') Uelacroix, Louchcl et Lefjendre avaient annoncé au Comité de salut public, par une lettre datée de Rouen, le () septembre 1793, qu'ils avaient découvert à Rouen une excellente fonderie de canons. (Cf. Aulard, VI, 3oC.)

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOÏ. [8hkpt. 179.3. J

AO. PARIS, 8(?) SEPTKMItllK 1793.

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