‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 50 sur 191 · LE GENERAL EN CHEF ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE GENERAL EN CHEF ROSSIGNOL

AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Au quartier (jénéral à Sauinur, le g septembre 1793, l'un 11 de la République française une et indivisible.

LE CÉkÉRAL Efl CHEF DE L'AhMEE DES COTES DE LÀ ROCHELLE '^' AV.t ClTOYEflS COMPOSANT LE COMITE DE SALVT PUBLIC.

Citoyens ,

Je viens de faire ciiasscr l'ennemi des iiutles d'Erigné et rétablir les communications du Pont-de-Gé, et assurer la route de Brissac. L'avanl-garde , chargée de cette expédition, s'était portée dès la nuit du 7 près de ce point '''. Trois coups

<"' Jean-Antoine Rossignol, né à l'aris le 7 novembre 1757 (d'après son brevet de général de brigade) ou en 175g (d'après ses Mémoires), lils d'un fadeur à la messagerie de Lyon, apprenti orfèvre, engagé au régiment de Royal-Roussiiion à Dunkerque le lit août 1776 sous le nom de Francœur, congédié le i4 aoiit 1788, ouvrier orfèvre, assiste à la prise de la Bastille, entré dans la compagnie des volontaires nationaux de la Bastille et officier provisoire en septembre 1789, fusilier dans la garde nationale le 90 aoilt 1791, puis sergent, capitaine de gendarmerie en août 1799, lieutenant-colonel de la 35' division de gendarmerie lo g avril 1798, adjudant général chef de brigade le 1 0 juillet 1 798 , général de brigade le 1 a et de division le i5, commandant en chef de l'armée des Côtes de la Rochelle le 9 4 et confirmé le 97 juillet, suspendu par les représentants Bourdon de l'Oise et Goupilleau de Fonlenay le 9 9 aoiit I7g3, rétabli dans ses fonctions par la Convention le 98 du même mois, général en chef de l'armée des Côtes de Brest le 1" octobre 1798, destitué le 28 floréal an n (17 mai 1794), décrété d'arrestation le i5 thermidor ( 2 août I7g4) et le 5 prairial an m (24 mai 1795), mis en liberté le 3 brumaire an IV (95 octobre 1795), arrêté le 33 floréal an iv (11 mai 1796) comme

complice de Babeuf, acquitté par la liautecour de Vendôme le 7 prairial an t ( 96 mai 1797), déporté aux îles Seychellesen vertu de l'arrêté consulaire du i4 nivôse an ix (4 janvier 1801), mort à l'ile d'Anjouan en avril 1802. Rossignol a laissé des Mémoires, dont M. Ch.-L. Chassin a donné une partie dans sa Vendée patriote (cf. t. I, p. 483 et l.ll et III), et que M. Barrucand publie dans la Revue blanche.

'-' Rossignol avait été nommé général en chef de l'armée des Côtes de la Rochelle le a 4 juillet. Le 81 du même mois il écrivait aux représentants du peuple : (r Je voudrais pouvoir sauver ma pairie, qui m'est plus clièrc que tous les grades que la République m'a jusqu'à présent conférés. Mon peu de capacité pourrait, tout en voulant le bien, occa.sionner le mal, sans le vouloir; mais je saurai mourir dans le combat et non sur l'échafaud.» Rossignol terminait sa lettre en demandant des breiets de général de division pour Ronsin et pour Sanlorre, puisque les sans-culottes remplacent enfin les intrigants et les traîtres. (Cf. Etienne Charavay, catalogue Benjamin Fillon, n° 9772.)

"> Cette expédition eut lieu le 7 septembre 1798 et fut conduite parles généraux Salomon et Turreau. (Cf. Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans, 11, ia5.)

de canon étaient le signal convenu pour prévenir les troupes du Pont-de-Cé de l'arrivée de l'armée , et poiu- qu'aussitôt elle i-acconiinodât le pont , afin d'opérer la jonction des deux armées et attaquer les brigands en queue , pendant qu'on les chargerait en tête. Un peu de lenteur fut apportée h cette opération du côté du Pont-de-Cé, ce qui retarda la victoire qui se décidait déjà en notre faveur; car l'ennemi . pi'ofilant de cela , fit une vigoiu-euse résistance et débusqua d'une hauteur très avantageuse une |)artie des bataillons qui l'occupaient; mais bientôt cette position fut prise d'après les ordres du général Turreau '''. Danican '*', colonel des hussards du 8', s'y porta avec intrépidité , chassa l'ennemi , et par cette action décida absoliiinenl la victoire en notre faveur. L'ennemi fut rej>oussé deux lieues au delà; il perdit au moins i5o hommes, sans compter les prisonniers. Les repaires des rebelles furent incendiés , les moulins des royalistes et les communes d'Ei'igné et Murs furent livrés aux flannues, les bestiaux saisis. On n'épargna qu'un moulin a|iparlenant à un patriote. Le 92' régiment de chasseurs, les gendarmes

"' Louis-Marie Turreau, ne à Evrcux (Eure) le 4 juillet 1756, surnuméraire aux gardes d'Artois en 1786, commandant d'un halaillon de garde nationale en 1791, élu chef du 3' bataillon de l'Eure le 16 septembre 179a, adjudant général chef de brigade, général de brigade le 3o juillet 1 7g3 et de division le 1 8 septembre suivant , commandant en chef de l'armée des Pyrénées orientales le 1 6 septembre 1 793, envoyé à l'armée de l'Ouest le lA brumaire an II (4 novembre 1793), suspendu le 9 4 floréal ( 1 3 mai 1794), commandant de la place de Bellisie le 1" prairial (ao mai 1794), dastilué le ai fructidor (8 septembre), arrêté le 7 vendémiaire an m (a8 septembre 1794), acquitté le i" frimaire an I» (aa novembre 1794), employé à l'année de Sambre-el-Meuse le a a fructidor au ï (8 septembre 1797) et à celle d'Italie en frimaire an vui (décembre 1799), commandant du Bas- Valais le 5brumaire an 1(37 octobre 1801), ministre aux Etats-Unis de i8o4 à 1811, baron de Linières le 1 3 mars 1 8 1 a , commandant la ai' division militaire le 3 4 mars i8i3, commandant par iutérim la rive gauche de la Seine le 27 juin 1 81 .ï , admis à la retraite le 4 septembre suivant, mort à Conrhes (Eure) le 10 décembre 1816.

Il a laissé des hlémoiret sur la guerre de Vendée.

'•! Louis-Micbel-Augusle Tbévencl, dit

Daiiicaii, né à Paris le a8 mars 1764, fds d'un employé aux aides, volontaire de 1" classe sur la frégate l' Amphilrite du 7 juin 1779 au 7 février 1781, engagé au régiment de Barrois-lnfanterie le 36 novembre 1783, congédié par grâce le ai avril 178(5, engagé au régiment de Quercy-Cavalerie le 17 décembre 1786, congédié par gr;icc le 30 septembre 1787, admis dans la compagnie des gendarmes de la Reine le 5 décembre 1787, réformé avec le corps le 1" avril 1788, entré dans la garde nationale parisienne non soldée le 1 4 juillet 1789, lieutenant dans la légion du Midi le aâ juillet 1792, lieutenantcolonel du coqjs des éclaireurs le 1" octobre 179a, chef de brigade le a8 mai 1793, général de brigade à l'armée de l'Ouest le 3o septembre 1793, suspendu de ses fonctions le 37 novembre suivant, réintégré et employé à l'armée des Côtes de Brest le sa avril 1794, démissionnaire le 1 1 septembre 1 796 , un des chefs des sections royalistes le 1 3 vendémiaire an iï ( j octobre 1795), condamné à mort par contumace le 3g (ai octobre 179.5), réfugié siKiessivement à Hambourg, en Suisse, en Piémont et en Angleterre, mort à Itzehoe (duché de Holslein) le 17 décembre i848. Danican avait publié à Londres en 1 796 un livre intitulé : Let brigand» démaïquét ou Métnoiret pour tervir à l'hiitoire du lemp» prêtent.

118 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [y sept. 179.3.]

nationaux, les hussards et plusiexu-s bataillons se sont parfaitement bien distingués. L'ennemi a été mis dans une déroute comj)lète.

Après cette expédition , l'armée est revenue à Rrissac , où il a été laissé un poste assez considérable pour [)rotéger cet endroit. Il a été laissé également des troupes au Pont-de-Cé. Déjà le soldat , tout glorieux de ce succès , voulait continuer sa marche sur l'ennemi et ne lui donner aucune relâche; mais la nouvelle que je reçus de la défaite de la division de Tuncq''' à Chanlonnay '*', m'obligea de donner des ordi'es aux généi-aux de l'avant-garde de l'expédition du Ponl-de-Gé , de faire entrer promptement l'ai-mée à Doué , afin de poi-tei' des forces à celle de Thouarcé. Mes ordres furent exécutés aussitôt : une très grande partie de l'armée rentra ; les généraux ne conservèrent que 9,000 hommes environ, avec a, 000 hommes de contingent, pour faire le lendemain l'expédition arrêtée le joiu- entre eux au Pont-de-Gé. Le 8 , cette petite armée se ])orta en partie à Thouarcé , repaire des rebelles , où ils avaient lem's forces et leui' comité , où se formaient les noyaux de leurs rassemblements ; l'autre partie de l'armée resta au chemin coupé de la croix , pour protéger la retraite , en cas qu'on fût obligé de la faire. Le connnandement de cette expédition fut confié à Danican , colonel des hussards , et à l'adjudant général Salomon '''. A peine l'armée fut-elle arrivée que l'action s'engagea. On tua

'■) Augustin Tuncq, né à Conteville (Somme) le 37 août 1766, fils d'un tisserand, volontaire au réjjiment de Provence le 7 février 1767, sergent le 1" janvier 1768, a déserté le 3o juin 1770, cavalier de la maréchaussée de Guyenne le 8 mars 1778, démissionnaire le 19 octobre suivant, archer-garde dans la compagnie du prévôt général des monnaies le i3 mars 1774, capitaine de grenadiers dans la garde nationale de Clialou en août 1789, capitaine dans la légion des Pyrénées le

16 septembre 179a , adjudant général lieutenant-colonel le 16 février 1798 et chef de brigade le 1 1 mai suivant , général de brigade le 19 juin 1798, employé à l'armée des Côtes de la Rochelle le a8 du même mois, suspendu le i3 août 1798, maintenu dans ses fonctions et nonmié général de division provisoire jiar les représentants le 1 4 et conlirmé le 1 7 août , mis en arrestation le 13 septembre 1798, mis en liberté et réintégré dans son grade le

17 août 1 79/1 , employé à l'armée des Côtes de Brest le 6 août 1796, autorisé à prendre sa retraite le t" janvier 1 796, employé à l'armée de Rhin et Moselle du h mars au 17 septembre 1796, arrêté à Plialsliourg le 7 mars 1797, acquitté par le conseil de

guerre le 8 août, admis au traitement de réforme le 9 septembre 1797, employé dans la iS" division miblaire le ai août 1799, réadmis au traitement de réforme le a 1 décembre suivant, mort à Paris à l'hôpital du Val-de-(}ràce le 9 février 1 800, des suites d'une chute de cheval.

'*' Cf. sur cette malheureuse affaire le rapport du général Lecomle au général Cbalbos dans Savary, H , 117. — Le Comité de salut public mit le général Tuncq en arrestation le 13 septembre 1798 (cf. Aulard, VI, 444) et écrivit à Bourbotle : «L'événement de Chantonnay était de nature à hier votre surveillance sur le général Tuncq. Vous avez pris à son égard des mesures dictées par la prudence. 11 est en état d'arrestation; s'il est coupable, la loi le punira.» (Cf. Aulard, VI, 433.)

'■'' Charles - Augustin Salomon, né à Bourg (Cbarente) le a8 février 1744, fils d'un trésorier de France à la généralité de Limoges , garde du corps du roi le 1 2 décembre 1 760 , sous-lieutenant au régiment de Jarnac- Dragons le 18 octobre 177a, lieutenant le 5 mars 1780, capitaine au 8* cbasseurs à cheval le a5 janvier 179a, lieutenant-colonel le 1" septembre 1798, chef de brigade le 1 7 brumaire au n

plusieurs brigands sur les ponts; les autres prirent la fuite; on les poursuivit très loin, puis on revint à Thouarce', oii l'on mit le feu au comité qui se tenait à la cure. Toutes les rues étaient tapissées de proclamations de Louis XVII. Après avoir pi'évenu les femmes , les enfonts et les vieillards de prendre leurs effets et de se retirer auprès de l'armée , le feu fut mis à ce repaire , (pii fut entièrement détruit. Il fut mis également à des genêts et des haies, ainsi qu'à la maison du ci-devant inai'(|uis de Maillé-la-Tour-Landry, qui sei-vait de retraite aux chefs des hrigands et où ils tenaient aussi leur comité '"'. Cette maison était au milieu des bois. Les femmes, les enfants et les vieillards furent traités conformément aiu décrets, avec tous les égards possibles. Il n'est pas un citoyen qui ne se soit empressé de porter des secours à ces malheureitx.

L'ennemi avait enlevé de cet endroit toutes les provisions en disant aux habitants qu'ils allaient les portei- plus loin, qu'ils venaient de nous battre aux buttes d'Erigné et avaient brûlé j)lusieure de nos communes, qu'ils en allaient encore brûler d'autres , ce pourquoi il leur fallait des vivres.

Après cette nouvelle expédition l'armée est rentrée dans Doué. Le soir mênie j'ai fait donner aux femmes, aux enfants et aux vieillards de Thouarce tous les secours dus à l'humanité. Je les ai logés et mis en subsist;uice provisoirement, jusqu'à ce que le Comité de salut public ait tracé la conduite que je dois tenir à cet égai'd.

Ces deux journées ont dû produire un bon effet , en jetant la ten-eui' et l'épouvante chez l'ennemi et en mettant en garde contre eux les auti'es comnumes, et en leur faisant partager notre haine. L'armée, en général, a montré beaucoup rrintréj)idité. Nous allons lâcher de réparer, par une marche sinudtanée et par une sorte d'invasion dans le pays ennemi , les revers qu'a éprouvés la division de Tuncq. La Vendée n'existera plus ou nous périrons.

Le général en chef.

Rossignol.

P.-S. Je |)rie le Comité de salut public de li-arer la conduite que je dois tenir relativement aux citoyennes de Thouarce qui se sont réfugiées à Saunuir. J'observe que nos subsistances pourraient en souffrir, s'il nous en arrivait un grand nondire.

(Orig. , Arcb. de l.i gneire. amiée des Crties de la Rochelle. — Publ. par le Moniteur du 1 5 septembre 1 793 '". )

(7 novembre 1798), autorise à prendre sa '" Cette lettre fut tue dans la séance de

retraite le 17 jjcTiiilrial au m (C avril la Convention du i'^ septcmt)re. Le texte

17(19). publié par le Moniteur (»st incotuplet du

■'' Le I a soplondire . noiirlH)l(i' annonça pusl-s<riplnni cl a plusieurs erreurs de lec-

an Comité de salul puliljc lu prise de re lure : tmtipii désignées, au lieu de buttes

f;entilhomine, de sa l'cinuie et de ses en- d'Erigné; Dainian , au lieu de Danicaii;

l'aiils. ((>r. Aulard, VI, li'.Mi.) Tlimiar», nu lieu de Thouarce.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [iosept. 1798.]

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