LE GÉNÉRAL IIOUCHABD AU MINISTRE DR LA GUERRE BOUCHOTTE
Dunlfcrquc, lo septembre «793, l'an i de la République.
Enfin les vœux de la nation sont remplis. Dunkerque n'a plus devant ses murs les soldats de la tyrannie. L'attaque du village de Hondschoote, qui s'est convertie en une bataille de la plus grande consécpience, a fini de mettre la déroute parmi nos ennemis, dans la nuit du 8 au g. Voyant que nous étions maîtres de Hondschoote , ils ont fait leur retraite de devant Dunkerque à minuit. Il en était tenq)s pour eux, car le général Landrin enti'ait à cinq heures dans Dunkerfjue pour se réunir à la brave garnison et pour leur livrei" cond)at; si ce l'enfort n'avait pas suffi, je m'y serais transporté moi-même avec io,ooo honmies et j'aurais recommencé le combat le soir même. Ils ont évité cette peine aux troupes de la République et se sont retirés sur Furnes , laissant en notre possession les bouches à l'en et munitions dont l'état est ci-joinl. Jamais bataille n'a été plus complète et mieux méritée : les troupes de la République, en général, se sont conduites avec la plus grande valeur. Je vous donnerai des détails une auti-e fois, car je suis horriblement jiressé et les ra[)ports ])arliculiers ne m'ont pas encore été envoyés : il y a eu de grands traits de valeiu- et sans ime seule circonstance je n'aurais rien à reprocher aux soldats dont le conunandemcnt m'est confié. Les mallieui's qui nous arrivent, je vous le ré])ète sans cesse, viennent presque toujours des administrations. Nous avons été souvent sans pain , sans eau-de-vie et sans ambulance. Il faut
scntiU une atloslation de la majorité de Le a 5 septembre 1798, Jourdeuil, ad-
ses frères d'armes qui lémoijpiàl fn sa fa- joint au ministre de la jjuerre, fil connaître
veur. C'est donc à lui de presser la levée au Comité de salut public que le ministre
de sa suspension el de produire un cerlifi- avait renvoyé le lieutenant-rolouel (iirar-
cal de ses frères d'armes, et dès lors il ira dot devant le tribunal militaire de l'ar-
reniplir les fonctions du nouveau grade au- mée des Ardennes. (Analyse, Arch.de la
quel il a été destiné.!! jjuerre, corr. gén.)
[losEPT. i7fj3.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 123
oublier tous ces maux maintenant et prendre des moyens pour qu'ils n'ai-rivent ])Ius. Berthelmy vous a rendu compte de la journée du 8 ^'K A loisir, je vous donnerai des rapports cii-oonstanciës.
Maintenant vous de'sirez sûrement savoir ce que je vais faire : j'ai beaucoup pensé à cela. Je ne pense pas qu'il l'aille me porter sur Furnes; c'est un pays abominable, où une pluie d'un jour enterrerait l'artillerie; en outre les ennemis y sont trop en force pour psj)e'rer de les y forcer; ils sont en aussi gi-and nombre que moi et ont pour eux tout l'avantage du pays. Il vaut mieux se mettre ici sui- la défensive et me porter le long de la Lys pour battre les Hollandais et couper toute relation entre les Anglais et Cobourg. Les Hollandais battus à Menin, je contiendrai les Anglais par un corps de 90,000 hommes le long de la Lys et je me trouvei-ai avec une armée de 3o,ooo hommes poiu- aller faire le siège du Quesnoy. Je regarde comme impossible que les Anglais puissent revenir après avoir perdu presque toute leur artillerie, leuj's magasins, etc.
Je retournerai aujom'd'hui à Hondschoote.
Le général Houchabd.
Je vous prie, citoyen ministre, de faire pari de cette lettre mal écrite au Comité de salut public '''.
(Oii(f. , Arcb. de la guerre , année du Nord.)
O Le (jcncral Bcrihciniy avait érril tie Hondsolioole , le 8 septembre 1 798 , à Boucliolle (ori(;. , Arch. de la guerre, armée du \ord): ïAvec 1 8,000 lionuues nous venons de forcer Hondscboolc, qui était détendu par i5,ooo ennemis, la plupart Anglais. Ils étaient bien rctrancbés cl re pays-ri est abominable pour la guerre; il est coupé de baies, de liois et de fiisscîs; on ne voit pas à quatre pas devant soi; on ne se bal pas, on se poignarde, c'est le mot. Il est aisé d'imaginer (pie l'avantage est dans un tel pays pour relui qui attend. Nous avoas pris aujourd'bui à l'eimcmi trois ou quatre drapeaux, rin(| pièces de canon , des bagages , tué beaucoup de monde et fait des prisonniers, dont plusieurs de marque, cntr*' autres un général lianovrien. L'affaire a été longue et très cliaude ; elle a été terminée avec la baïonnette , comme relli'S des jours précédents. Ce moyen est infaillible avec les sans-culotles. Toutes les troupes ont bien donné; nous
avons aussi des blessés, peu de tués. Parmi les blessés nous avoits des bommes de toul grade, depuis les soldats jusques et compris les généraux. Les citoyens Uelbn-I et Levasseurontété, dans toutes les affaires, soldats et rcprésenlanis du peuple. Aujourd'hui Lcvasscur a eu un cheval tué sous lui. Delbrel a couru la même chance et, (pioi<|u'il iiionliU un cheval hless»', il a été plus lieureux. La Convonlion coiuiail l'es- ])rit des soldats. Ils sont les sans-culoltes des armées. Un nonnné George, grenadier (voas saurez le nom de son régiment), ayant eu un bras emporté d'un boulet de canon, suivait les rangs et d'une voix de tonnerre chantait la CaiiiMgnole et du Ion le plus ferme criait : Vive la HépuhUque ! il ollrait son autre bras à la patrie. Les officiers et généraux blessés ont tenu la même conduite. 71 — Celle lettre fut lue à la séance de la Convention du 10 9eptend)re. ('* Cette lettre fui lue à la séance de la Convention du 12 septembre. Iji veille
SIGEAN, JO SEPTEMBRE l']f)^.
LE GÉNÉRAL GIACOMONI AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Analyse. — 11 foit connaîh-e la vx'ritable situation de rarinée des Pyrénées orientales, quelque affreuse qu'elle soit. Les approvisionnements manquent partout, notamment les foui'rages, malgré les efforts qu'il a faits j)our le ravitaillement. — ttL'élat physique et moral de l'aj^mée n'est jias consolant. Les chaleurs continuelles dans un pays malsain , les maladies ont affaibli sa force d'une manière afiligeante. Des malveillants, d'autant plus difficiles à découvrir qu'ils se masquent du patriotisme, soufflent dans toutes les armées l'espiit de découragement et de défiance , au point qu'il ne nous est presque plus permis de rien oser. 11 est urgent, citoyens représentants, il est urgent d'augmenter nos forces et de ne négliger aucuns moyens d'un |)rompt approvisionnement. Au reste, citoyens représentants, vous devez complei' siu' notre courage inébi'anlable. Nous saurons opposer à tout notre énergie et ce véiitable amour de la République qui place ceux qu'elle anime au-dessus des événements et des circonstances '''.»>
(Oi'ij;., Arch. de la guerre, armée des Pyrénées orientales.)
le ministre de la guerre Boucliotlc avait écrit en ces ternies au jjénéral Bouchard (minute autojjrapho, Arch. de la |;uerre, année du Nord) :
nii septembre.
ffLa Convention nationale a entendu avec satisfaction les nouvelles de Berthehny sur l'évacuation du territoire, le dégagement de Bergucs et Dunkcrque, et la perle qu'ont faite les ennemis; nous avons lieu d'espérer encore de plus grands succès et les sans-culottes menés [lar des sans-culottes auront raison. Vous vous préparez des souvenirs satisfaisants en travaillant de bon rceur à l'a (Tenu issement de la liherté; les edbrts de nos frères d'armes vous secondent, c'est à qui mieux.
itLc député Gossuin, revenu de Maubeuge, a rapporté au Comité de salut public et au Conseil exécutif que vous aviez donné l'ordre à Gudin de faire une entreprise avec 1 5,000 hommes pour le dégagement du Quesnoy le 7, et que Dedaye de Cambrai devait concourir en se portant avec 6,000 hommes sur Solesmes. Gudin
n'a pu faire son mouvement le 7; il l'a projeté pour demain 13. Dans ces entrefaites, le Conseil, craignant que Gudin, qui a demandé sa retraite et qui n'éprouvera aucmie diiriculté , ne puisse pas suffire , lui a adjoint Chancol conmie général de division. Je désire bien qu'ils aient les mêmes succès que vous et que la République soit partout triomphante.
trj'ai averti Belair, qui commande dans la Somme et l'Aisne, de se tenir en mesure dans ce moment-là. Du concert dans les opérations, tout comme il y en a dans les cœurs pour le système populaire, et tout ira bien.
«J'attends avec impatience des nouvelles ultérieures de vos mouvements et les détails des 6 , 7 et 8.
<t Salut et fraternité. ji
<■' Le 1 1 septemhre , le représentant Fahre annonça au (Comité le remplacement du général Puget-Barbantane par Dagobert, et ajouta : ttGiacomoni, qui remplit avec zèle la fonction de chef de l'élatmajor, la continuera, ji (Cf Aulard , III , 4 '1 a.)
[losEPT. J793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.
LES GÉNe'rAUX FATART ET YERGNES AU COMITE DE SALUT PUBLIC.
Analyse. — i° Le général Favart écrit de Lille au Comité pour le conjurer de faire remplacer les munitions de guerre qu'il envoie journellement au général en chef, à la division qui reste sous Lille et à Dunkerque. (Arch. du Nord, série 4, liasse 4i3, publ. pai' Foucai-t et Finot, ii, i/io.) — a" Le général Vergues écrit de Nantes pour se plaindre c[ue le représentant Can-ier ait i-equis le commandant temporaire île Saint-Maio de faii'e parlir deux bataillons j)ris sur les trois qui forment la garnison de cette ville, sans informer de ce mouvement le général en chef (Caudaux), qui cependant est seul responsidiie de la protection de la côte. De cette façon, Saint-Malo est complètement dégarni. (fU est inqmssibie d'y faij'e passer des tronjies prises dans l'armée agissante, puisque les opérations sont conmiencées contre la Vendée. Voilà donc une ville très intéressante exposée aux insultes des Anglais'"'.» (Orig. , Arch. de la guerre, année des Côtes de Brest.)
EONTENAY-LE-PEUPLE, 1 O SEPTEMBRE lygS. LES REPRÉSENTANTS BELLEGARDE t"^' ET FAYAU '" AU COMITÉ BE SALUT PUBLIC**'.
Fontenay-to-Pc'iipIc , 10 seplembre, l'an 11 de la Répùhl'que une et inctivislble.
LES HBPRBSSNTANTS DV PEUPLE RBDSIS À FOSTBXÀÏ i LBVRS COLLÈGUES COMPOSAUT LE COMITE DE SALUT PUBLIC,
Nous vous faisons passer, citoyens collègues , une lettre qui nous a été adressée hier par le général L'Échelle'''; vous y verrez que ce brave sans-culotte, à son
'" Le procurour de la coniinuno de Saint-Maio fil part dp s(>s inquiétudes au Coinitc de salut public, i|ui transmit sa lettre au ministre de la jjucrre le ao septembre.
'*' Dubois de Belle(;arde , députe de la Charente, avait été adjoint à la rommission près l'armée des (idtes de la Horhcllc In i4 aoùl 1793. (Cf. Aulard, VI, 5'i7.)
'*' Josepli-Picrre-Marie Fayau, députe de la Vendée, avait été chargé, en vertu du décret du 16 août 179.3. de la levée en masse dans les Deux-Sèvres. Il était à Niort quand il apprit, le 7 septend)re, la
défaite de Chantonnay. Il partit aussitôt pour Kontenay. (Cf. Aulard, VI, 3'io.)
'*' Celle lettre n'a été mentionnée dans le recueil de M. Aulard que d'après une analyse des Archives nationales.
"> Jean L'Erliclie, né » l'uyreaux (Charente) le •! avril 17G0 (acte de baptême pul)lié ]»r M. P. Hoissonnade dans son lli»toire de» voliminire» de la Charente, p. 3a), fils d'un uiarcliand, iiiaîlre d'armes à .Saintes au moment de la Révolution , chef du 1" bataillon des volontaires de la Charente le 17 octobre 1791, général de brigade à l'armée des Côtes de la