CHAPITRE IL
DES ▲OMINISTRATIOIfS. .
Les ouvriers ne peuvent être occupés, soit dans leurs propres ateliers , soit dans ceux de la République , que de leurs travaux particuliers; il faut que l'on ait soin pour eux de la préparation, du choix et du rassemblement des matières premières; il faut que les matières leur soient distribuées, que leur travail soit reçu, que leurs salaires leur soient payés, que les procédés nouveaux leur soient transmis; il faut enfin qu'il s'établisse une juste proportion dans les travaux , et qu'on puisse rendre de l'activité aux parties de la fabrication qui , pour quelque cause que ce soit, éprouveraient des ralentissements, et par conséquent retarderaient la confection des armes. Tout cela doit être le but de l'administration , et parce que tous ces objets sont extrêmement variés et distincts, le Comité de salut public a pensé qu'il devait y avoir trois administrations : une centrale, chargée des objets généraux; une seconde, chargée de ce qui est relatif à la fabrication des canons; une troisième, de ce qui regarde celle des autres pièces du fusil.
Enfin, outre ces trois administrations, chacun des magasins a un chef responsable.
Administration centrale.
L'administration centrale est chargée des approvisionnements de tous les genres : elle s'occupe de la préparation, du choix et du rassemblement des matières ; elle passe des marchés avec tous les fournisseurs et elle en presse Texécution ; elle reçoit les soumissions de tous ceux qui veulent entreprendre ou des pièces séparées, ou des fusils complets; c'est à elle que s'adressent tous les ouvriers qui demandent du travail ; elle surveille les procédés de la fabrication et elle s'occupe de leur perfectionnement.
Elle entretient la correspondance avec le Comité de salut public, avec le àiinistre de la guerre, mais pour éviter les abus, ce n'est point
elle qui fait la recette des matières ni celle des ouvrages ; elle ne paie rien , elle n'a point de caisse.
Pour remplir toutes ces vues, le ministre de la guerre Ta composée de huit républicains zélés, dont les uns sont très exercés dans la comptabilité des matières et finances , les autres ont la connaissance de la nature et du prix des matières, d'autres enfin sont au fait de tous les détails de la fabrication.
Cette administration a déjà passé un grand nombre de marchés, tant pour acquisition de matières que pour distribution de travail.
Administration des canons.
Le canon est la partie la plus importante de l'arme; une administration |)articulière est chargée de tout ce qui regarde la fabrication.
Elle reçoit les lames à leur arrivée des forges, et elle les distribue ensuite aux canonniers.
Elle reçoit les canons forgés et les distribue ensuite aux foreurs et aux émouleurs.
Elle reçoit les canons forés et blanchis.
Elle fait la recette des culasses.
Elle distribue les canons et les culasses aux équipeurs.
Elle reçoit les canons équipés et en fait faire l'épreuve.
Elle reçoit les baïonnettes.
Elle distribue les canons éprouvés et les baïonnettes aux ajusteurs mouleurs, et elle fait la recette des fusils montés.
Elle paye les matières et les ouvrages dont elle fait la recette.
Elle est composée de cinq citoyens au fait de la comptabilité et des détails de la construction.
Administration des platines et des pièces de garniture.
La fabrication de toutes les autres parties du fusil est conduite par une administration particulière.
Elle reçoit les pièces séparées des platines, au sortir de la forge.
Elle les distribue toutes assorties aux platineurs , et en reçoit les [datines montées.
Elle reçoit les différentes pièces de garnitures toutes blanchies.
Elle reçoit les bagaeties.
Elle reçoit les bois de fusils bruts.
Elle distribue tous ces objets assortis aux ëquipeurs-monteurs.
Enfin elle paye aussi toutes les matièfes et tous les ouvrages dont elle fait recette.
Elle est composée, comme la précédente, de cinq membres pris parmi les citoyens exercés dans la comptabilité et parmi ceux qui connaissaient la fabrication.
Administration des magasins.
Chacun des magasins de fer, d*outiis et de charbon est administré par un garde-magasin responsable et par un nombre de subordonnés suffisant pour opérer les recettes et les délivrances, pour mettre de Tordre dans la distribution des matières et dans la comptabilité.
L'affluence tant des fers neufs que de ceux qui proviennent de la démolition des grilles inutiles est si grande, que le local qui avait été désigné pour ces objets ne peut plus suffire .
Le Comité de salut public vient de destiner la ci-devant église des Jacobins-Saint-Dominique pour le magasin des fers neufs; ils y seront à couvert et en sûreté. Les différentes chapelles présentent les compartiments tout faits pour classer les fers suivant leur nature et leurs échantillons. Quant aux vieux fers, qui par leurs formes ne sont pas susceptibles du même arrangement, ils resteront dans le jardin de la maison Maupeou; là on séparera le fer aigre de celui qui, par sa nature, peut servir k la fabrication des armes, et on le vendra pour les besoins du commerce et pour les objets auxquels il est propre.
Telle est l'organisation de la fabrication extraordinaire des fusils à Paris. L'expérience y apportera vraisemblablement quelques changements; le génie des artistes de Paris introduira, dans les procédés de la fabrication , des perfectionnements dont on rendra compte successivement, et tous les mois il sera publié et affiché un état des approvisionnements en tous genres, et de la quantité d'objets qui se fabriqueront alors par jour, et du total des objets qui, jusqu'alors, auront été fabriqués.
MAUBEDGB, ÙO BROMAIRB AN II (lO NOTBMBBB lyQS).
M^MOIBB DU GAPITAINB GOBOBLLIBR AO GOMITlf DB SALUT PUBLIC,
SDB LA BATAILLB DB WATTIGNIBS BT LB DlfBLOGUS DB MAUBBUGB^^^
LIBBBTI^.
^ALITli.
0BSEMfÀTI0M8 DV BéPVBUCÀiN LOUIB^JOSEPH-STÀKiSLÀS COBDELUEB^^^ CAPITÀfWK âO 9* BàTàILLOH de 8E!irE~ET-MÀBNB, AIDE DE CAMP DO oiniBAL SOK PBÈBE , EUE LES
jovee/es des aâ, aS et ù6 rBEDiuiAiBE {iS, 16 etîj octobbe, fiEoi style)
LUE II* DE LA BiPUBLIQUE UNE ET IHDlflSlBLE , CONSACBEES AV DiELOCVS DE MAO- BEOGE, AOX «EPBisEHTAETS DO PEUPLE MEMBBE8 DO COMtri DE SÀLOT PUBUC DE LA COEfENTtON NATIONALE.
Le peaple français, entièrement livre è {^examen de la conduite du gënéral qui conduisait ses phalanges sar le blocas de Maubeoge, attendait de jour en jour Tagrëable nouvelle de la liberté de cette cite, nonqu*il en doutAt, mais par crainte de la suite d'une horrible trahison qui jusqu'ici a contrarie le succès des armes de la République.
Ce peuple franc et encore trop crédule, emporté à ses jouissances patriotîqurs par la nouvelle agréable de la prétendue défaite de Tennemi, ne songe plus à examiner si on lui dit la vérité ou si on lui en impose; il suffit qu'on lui annonce que Maubeuge est libre pour qu'il prodigue des louanges h ses représentants et au général en chef.
Je conviens cependant qu'il ne &ut jamais chercher k étonner la masse des ré-
(*) Ce document, quoique envoyé seulemenl par le capitaine Gordellier au Comité de salut public dans ie moii de novembre 1793, est publié ici parce qu*il complète la série des pièces cooceroant la victoire de Waltigoies. L'auteur y critique rivement la conduite militaire du général en chef Jourdan dans les journées des 1 5 , 1 6 et 17 octobre 1 793 , et il ne ménage pas davantage le représentant du peuple Duquesnoy et son frère le général, qui, dit-O, ne sont pas plus républicains Tun que Tautre. On sent, dans ce récit partial, que le capitaine Gordellier sert les rancunes et la jalousie de qudques officiers de Tentourage de Jourdan. — On remarquera que le nom
de Carnot ne figure pas dans ce document (') Louis-Joseph-Stanislâs Gordellier, né i Faremootier (Seine-et-Marne) le 7 avril 1767, dragon au régiment de Ségur du 1 0 novembre 1 787 au 1 0 février 1 789 , capitaine de garde naâooale le 1 & juiDet i 789, volontaire au l' bataillon de Seîne-el-Mame le 98 avril 1799 , caporal le 3o avril 1799, capitaine le h mai 1791, aide de camp du général Gordellier, son frère, le 5 septembre 1793, adjudant général provisoire le 16 brumaire an 11 (6 novembre 1793), confirmé le 95 ventèae an n (1 5 mars 1 796 ), réformé le 96 prairial an m (i3 juin 1 795 ), capitaine au 1 o' dragons le 1 9 thermidor an VIII (7 août 1800).
pnMicams par des dëtaib, qui, quoique vrais, doivent lui être cachés peudant la révolution, pour son propre salut et celui de son pays, mais ie Comité dn salut poUie de la Convention, ce centre sacré des vertus républicaines, ne doit-il pas être instruit de la vérité ? *
Maubeuge, fl est vrai, est débloqué au sud et à Test; Tennemi de la liberté et de réalité a repassé la San&bre au sud-ouest de cette cité et s*est retiré dans la forât de Mormal ; nos phalanges ont marché sur lui avec leur intrépidité ordinaire, et ce n'est qn*)i leur valeur que la République doit le succès de cette expédition, car la mancenvre qui a été employée est seule cause que Tennemi n*a pas été coopé; die a semblé dire k cdui-eî : «rPour m*aitirer la confiance, il faut que je débloque Maubeuge; fais le sacrifice de te retirer, tu as trois passages, cdui de Hautmont, celui de Pont-sur-Sambre et cdui de Berlaimont; je. les laisse libres par mes opérations; ne finquiète pas; au surplus, voilà le mauvais temps; tu ne peux guère compta sur le succès d*un siège qui est presque impossible actudlement.ff
Malgré cette facilité donnée & Fenoemi, ainsi qu'il sera prouvé ci-après, celui-d fut vigoureusement poursuivi par les soldats de la Répidblique de droite et.de gauche, de sorte qu'il en perdit la carte au point que, faisant sa retraite, il coupa le pont de Hautmont, ayant encore une colonne de 3,ooo hommes à faire passer, laquelle fut forcée de venir par Beriaimont, ayant trouvé pareillement le pont de Pont-sur-Sambre démoli.
G'e^t par la disposition de l'attaque que je vais rapporter que je me charge de prouver la mauvaise manœuvre du général en chef, qui me parait même concertée avec le représentant du peuple Duquesnoy, puisqu'il lui a prodigué ses éloges, ainsi qu'à Duquesnoy, général de division, qui sûrement n'est pas plus républicain que son firère.
Pour peu qu'on ait la carte sous les yeux, ou qu'on connaisse le terrain, on verra que l'ennemi ayant passé la Sambre, entre la forêt de Mormal et la route de Landredesà Maubeuge, pour cerner cette dernière viUe au sud, si on iiit parvenu à lui intercepter ce même passage par une colonne formidable et de l'artillerie, il ne serait pas échappé un de ces esdaves, même Cobourg, qui n'a repassé la Sanabre que dans la nijiit du 16 au 17.
Cette opération n'était pas cependant diffidie; il ne s'agissait que d'avoir pour colonne de gauche une division de 18 ou 90,000 hommes d'infiinterie, 1,900 hommes de cavderie, 8 pièces de 19 d'artillerie Infère et deux ou trois obusiers, qui en auraient fait le service à l'aide de qudques pièces de 8 de pareille artillerie; de diriger ses forces par Levai -sous-Beriaimont, Saiot-Vaast, Moncbeaux et Saint-Rémy-Chaussée, en suivant la ligne de Landredes k Maubeuge et se déployant k propos.
La République, je n'en doute pas, aurait perdu de ses en£Euits , tant par le feu des pièces de pontion, qui étaient sur les hauteurs, que par celles des batteries qui sont tant sur la rive de la forêt qu'auprès du moulin k vent de Berlaimont; ces dernières auraient pu être inquiétées par des pièces de podtion qu'on aurait placées dans l'embranchement des chânins couverts d'Aulnoy, Berlaimont, Levai, etc., et qui auraient été hors de danger en les faisant soutenir par un corps
A88 œRRESPONDANCB GÉNÉRALE DE CARNOT.
de ea^alerie, qui anrait fourni des vedettes pour ëdairer et rendre eompte da mouvements qu'aurait pu fiure f ennemi an delà de b Sambre. On aurait encore ajoute à ces dispositions ce que ]a prudence et les manoBuvres de rennemi anraîenl nëcessitë.
La patrie, dts-je, aurait pu perdre de ses enfants, mais les tyrans de TEorope auraient perdu tous les esclaves qui avaient passe la Sambre, ainsi que le train de son armée, qui notait pas peu de chose; et je certifie qu^après un tel désavantage ib auraient évacué nos pbces et notre territoire de ce cÂté. Peut-être même b commotion de ce grand coup se serait-db fait entendre jdus loin où die aurait porté la terreur.
Le i5, k dix heures du matin, tontes nos colonnes étaiMit au delà des haies d*Avesnes, ma» b division b plus bible de Tannée, puisqu*dle n*était pas composée de 6,000 hommes d*iobnterie et ioo de cavalôie, aux ordres du géaéai GordelKer, qui devait les recevoir immédbtement du géiéral Fromentin, ^t justement à b gauche sur les hauteurs en deçà du Val-sous-Beriaimont, Saint-Vaast, Moncheaux et Saini-Rémy-Ghaussée. Cette divuîon n*avait aucunes pièces d'artillerie que cefies des bataillons et avait en sa présence des pièces de 1 3 et de 1 7 et des obusiers. Cependant die tenta ,** dans la journée, de diarger à b baionoelfe; elle passa de Tautre cAté des vilbges susnommés, mais Tinfériorité de ses pièces et un mouvement rétrograde, bit sans ordre par le régiment de cavalerie qoi soutenait Taile gauche, la força, après une charge assez vigoureuse, de se repUer avec d*autant plus do raison qn*elle se serait trouvée battue en flanc par des pièces de 97 que lennemi avait disposées pendant la charge.
La colonne ayant été ramenée en assez bon ordre à b première position et sans presque de perte, et, d'après Tordre qu'elle reçut de charger de nouveau avec celle de Fromentin, qui était à sa droite, et sous les ordres généraux de cdui-d (ce qui était contre toute règle), die marcha avec une nouvdle intrépidité. L'artillerie commença d'abord à jouer. Pendant ce temps Fromentin tira à sa droite toute b cavalerie des deux divisions, de sorte que la gauche, qui en avait le plus besoin, s'en trouva dépourvue. E31e en fut étonnée, mais encore bien plus lorsqu'dle vit b colonne de Fromentin faire sa retraite. Le général Corddli^ en demanda la raison; on lui dit que Fromentin n'avait plus de munitions. Cette nouvelle l'indigna; il fit cependant faire bonne contenance à sa division pendant que je m'informai auprès de l'aide de camp de Fromentin (je ne suis pas bien certain si c'est cet aide de camp ou un autre citoyen auqud je m'adressai) s'fl bisait remplir ses caissons, et fus fort étonné lorsque cdui-«i me dit que le pare de réserve était au moins à deux lieues. Dans le bit, soit de b bute de Tétat-major général ou de Fromentin, qui commandait en chef les deux divisions, je crois que ce parc était resté à Avesnes.
Alors Tennemi, qui vit rétrograder les caissons, nous chargea vigoureusement Les uAtres étaient presque vides et ne durèrent pas assez pour favoriser notre retraite. Cet accident mit de b déroute dans la colonne de gauche, qui avait vu ceUe de Fromentin faire sa retraite; die n'avait plus de cavalerie pour b soutenir, mais heureusement die a été conduite par des pentes et des chemins couverts par dessus lesquels le boulet passait, de sorte que l'ennemi ne nous tua que fort
pea de monde en comparaison de ce qu'il am^it io&illiblement tuë sans cette sage pradence.
Le 16 et le 17, les colonnes de gauche ont insensiblement gagné du terrain, ce qui a beaucoup génë Tennemi dans sa retraite ; mais elle n*ont vu ni représentants, ni génërd en chef, ce qui ne s'accorde pas avec les belles phrases du citoyen Duquesnoy.
Je ne peux donc pas, d*après tous ces événements, m'empécher de croire qu'ils sont le firuit d'une manœuvre concertée. Peut-être mon répvd>licanisme m'aveuglet-il; je le souhaite et pour ma patrie et pour les chefs qui ont combiné l'attaque. Cependant je leur reprocherai avec fondement de ne pas avoir assemblé tous les généraux, même de brigade, pour leur faiire part du plan d'attaque et recevoir les observations que leurs lumières auraient pu leur dicter, d'avoir même rejeté celle d'un général ^^^ qui se trouva par hasard chez Jourdan et qui vodait que l'on mit la division la plus forte à la gauche, parce que, disait-il, c'est elle qui doit sonffiîr la retraite de l'ennemi. A plus forte raison aurait-on rejeté sa proposition, s'il eût dit : Cut eelk qui doit la couper,
La conduite tenue depuis les journées des i5 , 16 et 17 est en qndque sorte le flambeau qui vous éclairera , citoyens , sur la justice de mes observations. Voyez : tandis que plusieurs divisions de l'armée sont enfouies du cêté de Beaumont pour, disait-on, passer la Sambre, et que le représentant du peuple Duquesnoy et tout Tétat-major général se faisaient (par économie) faire des bottes à 1 5 francs la paire, l'ennemi s'étendait sur notre gauche, égorgeait nos républicains k Marchîennes et présentement est en présence de Cûnbrai et peuMtre encore plus avancé. II but avoir joué à colin-maillard pour ne pas avoir vu sa marche, on que des intérêts particuliers aient occupé chez l'étranger.
Aujourd'hui on nous dit que la division qui était passé la Sambre et qui a été aux portes de Villerot a été obligée de revenir parce que les chemins sont impraticables. Je le crois bien, mais il ne fiadlait pas y aller pour le savoir. Pauvres soldats de la patrie, comme vous vous êtes promenés I aussi arrivez-vous aux hêpitaux par i^ons.
Voilà, républicains, mes observations. Je souhaiterais bien, pour le salut de ma patrie, qu'dles portassent k &ux, mais je crains bien qu'eUes ne soient que trop justes. Des personnes, plus éclairées que moi dans l'art de la guerre, pourront dérider si elles le sont, mais en vrai républicain j'ai cru devoir vous dire ce que je pensais.
A Maubeuge, le 90 brumaire l'an n* de la République une et indivisible.
CORDBLLIEB TolDë.
P.-S. Je suis bien loin de chercher h inculper le représentant Bar ^'^ ; son républicanisme parait trop bien prononcé et sa conduite est digne d'âoges.
( Orig. aut. , Arehifet de U gaerre, armée da Nord. )
(*) Il 8*agit vraisemblablement de son du Nord et il signa avec Gamot et Dufrère le général Gordeilier. qaesnoy une des lettres annonçant le dé-
W Le représentant Bar était à l'armée blocus de Maubeuge.
ARRAS, uh RRUMAIRB AN H (l& IIOTBMBRB fj^i). IffllOlBK DO G^niBAL
lyAYAlNB AU COMITE DB SALUT PUBUG 8UB LA CAMPAGNB DB LA FLANDRE MARITIIIB^^^
Arrat, le %h Itmaaira aii n* d« la Bépulilîqae
LE BininAL DE DIVtStOB D*ÀWAtNE AU COMtri ÙE EàVOT PUBLIC.
Qtoyens,
Cest avec confiance que j'expoae & vos lumières un dëteil de ma eoodnite et les inculpations dont je crois devoir vous dânontrer la &nssetë.
L*ordrë d'attaquer Tennemi sur le point de la frontière, qui m'aurait para convenable depuis Arleux jusqu'à Dunkerque, m'ëtant parvenu le is octobre, le soir à lo heures, le lendemain i3, je convoquai un conseil de guerre à Bergues. Comme on le verra par le procès-verbal de ce conseil, le gâiâ«l Souham est celui qui a presque seul opiné pour que Ton base porter une forte colonne de Lille sur Ypres, et ensuite par ses opérations et sa correspondance on verra que c'est lui qui a fait son possible pour que cette conquête n'ait pas lieu.
Le SI octobre, j'ai fidt attaquer depuis Arleux jusqu'à Bailleul. Dans cette attaque le général Ransonnet avait ordi« d'attaquer Marchiennes qu'il a pris le même jour, après un combat opiniâtre.
Le général Proteau^'^ devait attaquer Orchies; Osten devait le seconder avec une partie de sa colonne partie de Pont-à-Marcq. Il devait maintenir la gauche du camp de Gysoing avec la première partie, et avec la deuxième sur Orchies.
Ces deux opérations n'ont pas réussi, comme cdle de Ransonnet; et cda, je crois, par la foute du général Proteau, qui, avec la garnison de Douai et ses cantonnements de Flines, n'a pas mis assez de vigueur.
(*) Ce mémoiro justificatif complète celui que le général D*Avaine avait adreasé le 9 brumaire an ii (3o octobre 1793) au Comîië de salut public et qui est publié À la page 687. Le général, alors enfermé dans la prison d'Arras, expose sa conduite militaire et répond A toutes les accusations portées contre lui par les généraux Jourdan et Soubam et par les représentants Duquesnoy et Isoré ; il essaie de se disculper d*avoir, par ses lenteurs, empêché Jourdan de profiter des avantages de la victoire de Wattignies.
(*) Jean Proteau, né à libourae (Gironde) le 8 octobre 1768, enrMé au régiment de Foix le a 5 mars 1769, sei^gent le 6 septembre 1775, sergent -major le i3 mai 1783, sous-lieutenant de grenadiers le 1 o juin 1 786 , fieutenant le 1 5 septembre 1789, capitaine le i** mai 179a, commandant temporaire de la |dace de Douai, général de brigade à rarmée du Nord le 3 septembre 1793* tué dans le combat sur le canal de Louvain le 1 5 jofllet 1 79&. (Cf. Jacques Gharavay, Las gàèéramg morte pour la patrie, p. sa.)
Le lendemain, Ransoonet s'est troavë attaque de tous cAtës dans Marchiennes. Proteaù lui a envoyé i,,5oo hommes pour ie dégager, mais Tattaque d'Orchies n'a pas eu lieu. .
Trop âoigné de ce point , je n'ai pu en savoir la cause ; ils se sont rejetés les uns sur les autres, en disant qu'il n*y avait personne d'eux qui avait le commandement en chef de ces trois brigades. Ds n'en avaient pas besoin : chacun avait son point 6xé ponr attaqner et, après s'ttre rendus maîtres des postes qui élaient devant eux, as devaient réunir leurs forces pour attaquer les autres postes ennemis du cAté d'Hasnon et se retrancher k chaque pas qu'As avançaient
La division du générid Souham devait attaquer le même jour la droite du camp de Gysoing et tous les postes ennemis sur la droite et la gauche de la chaussée de Menin, gagner toute la rive de la Lys et se présenter devant Haliuin pendant qu'une autre colonne se ferait un passage sur la Lys, soit par Wervick, Comines on même par le pont Rouge. Cette colonne était destinée k prendre en revers tous les petits postes ennemis le long de la haute Lys au-dessus de Menin, tandis que des petits corps se pr^nteraient en face ducAté droit de la même rivière, moyen de faire des prisonniers et de prendre du canon.
Cette même colonne a eu ordre d'attaquer Menin par les postes d'Ypres et de Bruges, tandis que le général Souham les forcerait à Hallain. Cette attaque n réussi selon mon attente; l'ennemi, se voyant pris sur ses derrières, a cédé le terrain, où on a fait 900 prisonniers et pris 6 à 7 pièces de canon, selon le rapport que m*en a fait le général Souham.
Une autre partie de cette division s'est rendue, le même jour, maîtresse du MonIrCastrd et de Mouscron, ne pouvant l'être de Courtrai le même jour; c'était là où il devait borner ses conquêtes pour le moment, mais renverser tons les ouvrages des ennemis et se fortifier, comme je l'ai ordonné partout.
La colonne que j'ai fait passer par la rive gauche de la Lys pour se porter sur les derrières de Menin, était assiu^e dans sa marche qui ne pouvait être inquiétée sur les derrières, parce que j'ai rassemblé une colonne formée des garnisons d'Armeotières, Nieppe, le Seau et BaiUeul, qui se portait en même temps sur Neuve- Église et Messines. Ce dernier poste a été opiniâtrement défendu par renncmi, mais que ne peuvent pas des républicains!
Le lendemain a a octobre, après avoir reçu les bataillons de la nouvelle levée que j'ai fait venir des villes de la deuxième ligne, pour garnir mes postes, j*ai fait marcher une colonne du cantonnement de Steenwoorde , qui s'est emparée de Poperinghe. Le lendemain, celte colonne s'est portée sur Vlamertinghe; après une résistance de l'ennemi , une partie de la colonne de Menin est venue faire sa jonction avec cdle de Vlamertinghe. Cette jonction nous a coûté quelques braves frères d'armes, par tous les retranchements qu'il a fallu forcer.
Dès le lendemain, j'ai poussé un petit corps de troupes à Elverdinghe, une lieue derrière Ypres, sur le canal de Boesinghe, pour observer l'ennemi qui pouvait venir de son camp de Dixmude.
Le même jour a a , une colonne partie d'Hondschoote et une du camp de Leffrinckoucke devant Dunkerque se sont portées sur Fumes. Celle d'Hondschoote devait tourner cette ville, mais l'ennemi avait rompu les postes; sans cet accident, nous
prenions toute la garnison de Fumes et nous n*y avons fait que 55 priaonnien.
Le gênerai Vandamme s^est porté de suite, en poursuivant {*ennemi, entre Fumes et Nieuport et le général Gougelot s'est porté avec son corps vis-à-vîs de Dixmude, où il serait entré si Tennemi n*avait brûlé le pont
Après avoir évité l'inondation que Tennemi a poussée où étaient nos batteries devant Nieuport, on a pris d'autres positions et nous avons continué de jeter des obus et des boulets rouges dans cette ville. L'ennemi a fidt deux sorties; il a âé repoussé chaque fois avec perte.
Voilé quelles étaient nos conquêtes les premiers jours. C'était dans cel instant et le jour de la bataille de Menin que le général Souham devait m'envoyer au moins 3,ooo hommes pour attaquer Ypres du cûté de Menin, qui a une hauteur garnie de bois, tandis que mes colonnes de Vlamertinghe l'auraient attaqué par ta chaussée de Vlamertinghe. J'avais, pour cet effet, fait venir des arsenaux de Saint- Omer et de Dunkerque des obusiers de siège , des pièces de gros calibre et les grilles à rougir les boulets; mais ce n'a été que le ag au soir, que 9,000 hommes sont arrivés h Sautefort (?), entre Menin et Ypres, ft peu près demi-chemin , et c'est de là que le chef de brigade Daendels, qui les commandait, m'a prévenu de son arrivée; et, le 37, le général Souham lui a envoyé les ordres de se re{dier sur Menin et m'en a prévenu quand cela a été fait.
Je n'en ai été prévenu en premier que par une lettre que ledit commandant Daendds a écrite au général Bertin, commandant k Vlamertinghe, lequel m'en a fait part et l'a gardée, parce que cette lettre dit : crJe me retire d'après les ordres que j'ai reçus du général Souham, et nous sommes tous convenus qoe le siège d'Ypres était une folie.»
Le 37, lorsque j'arrivai de Poperinghe, je me préparai à partir à Lille pour y trouver le représentant du peuple Isoré; mais il était arrivé à Casse! , et, après être convenu avec moi de la nécessité de faire un effort sur Ypres, il m'a dit de faire l'ordre positif qu'il remettrait lui-même au général Souham pour qu^il Euse partir à l'instant, après son arrivée, i,ooo ou au moins 3,ooo hommes sar Ypres, avec les munitions nécessaires que je lui indiquerab.
Dans la même conférence, il me montra la nécessité de donner des ordres an général de division Maisonneuve ^*^ qui venait d'arriver à Arleux, pour lui dire de
(0 EmiDanuel-Michel-Bertrand-GtBpard Ncuhaas, dit Maii(mneuv9, né à Laodau (Ba88e-Ai9ace)ie 19 septembre 1767, enrôlé au régiment de Champagne-Infanterie le 16 août 1775, caporal au régiment d'Austraaie-Inlknterie le a 8 noTembre 1779, sergent le 3 juillet 1789, retraité pour LleMures le 9 3 mai 178À, boosoontrôlear de l'hôpital militaire de Sarrelouis le 8 mai 1 786 , centenier de la garde nationale sédentaire de Metx le 9 juillet 1 789 ; capitaine aide-major le 99 novembre 1789, commandant des fédérés de la Mo-
selle le lâ juillet 1790, sous-lieatenant au régiment provincial d^artillerie de HeU le i5 février 1791, heutenant-coloiid eo premier du s* bataillon des volontaires de la Moselle le i& aoiït 1791, général de brigade i Tannée des Ardennes le 3o juiBel 1793, général de division à Tarmée du Nord le 3o septembre 1793, admis à la retraite le 98 janvier 179&, pensionné le 19 janvier 1796, commandant Tarroodissèment de Bilcbe le 7 janvier 1 798 , commandant d'armes de la {daoe de Bitcfae le 93 septembre t8oo, membre de la L^on
prendre le commandemeot des trois brigades de Pont-à*Marcq, Douai et Atleux, afin que ces trois généraux qui y commandaient ne se rejettent pins sar le manque d*un chef, et l'engager à faire de nouveaux efforts sur Orckies.
J'ai reçu la réponse de ce général , où il explique ses moyens , ses forces et celles de Tennemi, mais je n'ai pas eu le temps de lui répondre.
Quelle a été ma surprise de recevoir le même jour une lettre de ce représentant, qui m'annonce qae je ne dois pas attendre des troupes de la division du général Souham, que l'ennemi, pendant qu'il était venu vers moi, avait attaqué vivement cette division et nous avait repousses de Mauray et du Mont<]lastrel, mais que Menin était conservé, et que les généraux se préparaient à reprendre ces deux postes et profiteraient de l'ardeur des troupes pour se jeter de volée sur Goortrai. Ma surprise fut bien plus grande encore lorsque, le s8, le même représentant m'écrivait que l'ennemi venait de reprendre Menin, que cependant rien n'était affligeant, que l'ennemi menaçait cette division d'importance, que tout était en mouvement et que la déroute commencée bier était beureusement arrêtée, et dit : trJe dis adieu pour le moment à Gourtrai; peut-être allez-vous en dire autant à Ypres. Je désire que le général Vandamme s'en tire bien.n Le restant de cette lettre se trouvera dans ma coiTespondance, où ma conduite sera mise au grand jour.
H est aisé de sentir quel parti il me restait h prendre; l'ennemi, maître de Menin, le devenait en même temps de toute la rive gaucbe de la Lys et pouvait entrer sur le territoire de la République par Armentières , Nieppe , le Seau et Baillenl, et nous coupait la retraite du corps d'observation que j'avais contre Ypres, du côté de Menin. Aussi me suis-je dépêché de fiaiire marcher le corps pour prendre les postes d-dessas et arrêter l'ennemi, qui serait venu conunettre ses horreurs ordinaires.
Le lendemnio, j'ai fait retirer les tronpes qui étaient devant Ypres et Vlamertioghe et à Boesingbe. Ges retraites se sont faites en si bon ordre que l'ennemi n'a jamais osé sortir d'Ypres pour nous inquiéter. Toute la grosâc artillerie était retirée dans nos anciens retranchements avant que les troupes ne se mettent en mouvement.
Gomme j'ai prêché Texemple, d'après les ordres que j'ai donnés h tous les généraux de fortifier leurs postes, qu'As auraient pris, j'ai mis Poperingbe en état de défiense, comme on le verra par le plan qui sera dans mes papiers, et nous sommes toujours maîtres de cette place.
J*ai dA bire rentrer Clément les troupes qui étaient devant Dixmude et Nienport en conservant Fumes, mais je ne sais si les pluies continuelles auraient permis de le garder par la difficulté de la retraite à cause des mauvais chemins.
d'honnenr le 11 décembre i8o3 et ofiicier vembrc i836. Le général Maûonneuve
le lA juin 180&, chevalier de TEmpire le avait fait sur mer les campagnes des Indes
93 juillet 1810, chevalier do Saint-Louis sous Snflren de 1780 h 1789; il avait eu
le 99 septembre 181 A, mis en non acti- le bras gauche emporté et la jambe gauche
vite le 1" septembre 18 15, retraité le fracassée au combat naval du 3 septembre
7 avril 1816, mort A Nancy le 99 no- 1789, sur le vaisseau k HSro»,
i9& CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.
J'ai Dommë depuis RaiUenl josqa^à Daukerqae des eommissaires des disincis des oomiUfs de surveiilaDoe et des soôétës populaires pour procéder à l^ealèvement de tout ce qui est compris dans le décret du 1 9 septembre et des otages à prendre dans les endroits où h contribution en espèce ne pourrait se remplir.
Mon arrestation m*a privé du plaisir de suivre ces olgets et d*en rendre compte au Comité de salut public
Vous voyei, citoyens, par tout ce qui est dit cnlessas, ee que j*ai &it etce que nous aurions pu faire, si tout le monde travaiflait avec xèie à la cause eooounune et non par un intérêt sordide.
Voici donc, citoyens, les motifs réels de mon arrestation et [de] ma suspension.
Le général Soubiam, bouffi d^orgueil de la petite victoire qu*il avait ene k Menin ou je ne sais par quelle autre manie (car je ne puis le soupçonner d*avoir des intentions scélérates), doit avoir écrit souvent au général eacbef qn*ii était CmOc de prendre le camp de Maulde et même Tournai, tandis que rennemi n'éUii pas encore repoussé de Courtrai, de Cysoing et Orchies, qui étaient des conquêtes iatsables lorsque Tennemi était en déroute et ignorait les forces que nous avions pour Tattaquer.
Dans la lettre du général Jourdan, en date du s6 octobre, il me fait une espèce de reproche de n avoir pas commandé en personne , et de ne pas occuper jkas longtemps les troupes de la division Soubam^ qui disait en avoir besoin sur le camp de Cysoing pour soutenir le général Ransonnet, qui allait se trouver avec des forces considérables devant lui.
Le général en chef, occupé de grandes aflhires pour ses projets contre Tennemi, avait sans doute oublié qu*il m'avait déféré le commandement de vingt lieues d'étendue, qu'il avait approuvé mon plan d'opération, qu'il m'avait retiré depuis BaiUeul jusqu'à Hondsdioote onze mÛle hommes. Dans l'approbation du pian et dans son contenu il n'était point question du camp de Hàulde. La même lettre du général en chef dit bien : «rLes troupes que vous aves détadiées de l'armée du général Soubam peuvent empêcher la réussite sur Cysoing et c'est sur ee point important que je tourne toutes mes vues. 1»
Le général Jourdan avait donc oublié qu'il avait apfMX)uvé l'opération générale, que je n'en avais pas extrait des troupes au général Soubam , qu'il n'avait que les deux mifle hommes qu'il avait envoyés deux jours après l'ordre entre Henin et Ypres, et qu'il les avait retirées avant qu'elles n'aient pu être ul3es; conséquemment il est frcile de voir que le général Soubam a subtilisé la bonne foi du géiéral en chef en lui frisant croire que j'occupais les troupes.
D'ailleurs, il est encore plus facile de voir par ces lettres qu'il avait plutêt envie que je lui obéisse que de suivre les ordres que j'étais autorisé à lui donner. Par beaucoup de ces lettres, il me dit de lui envoyer tontes les troupes qui ne sont pas employées à la prise de Nieuport et Ostende.
C'est pour n'avoir pas rempli les vues très dangereuses du général Soubam et toutes les lettres qu'il a écrites au général en chef, je le répète, en le trompant, que celui-ci m'ordonne par sa lettre du s 8 de céder le commandement de la frontière dont il m'avait chargé, et de recevoir dorénavant les ordres de lui.
Une heure après l'arrivée de cette lettre , un officier et un gendarme m'annoncent
ma sospenâon avec Tordre de me conduire à Arras, Voici le contenu de rarrétë du représentant da peuple Duquesnoy ^^^ :
Cet arrêté, s'il n'était point accompagné de termes insultants (par mauvaise foi), je Taurais dû prendre pour une félicitation à poursuivre les objets convenus en travaiflant de toutes mes forces au bien de la République, puisque toutes mes vues et toute l'activité dont je suis capable se portaient sur cette Flandre maritime, et que le seul qoi a cherché et qui y a mis des entraves, connue il est prouvé par tous mes papiers et dans ce mémoire, est celui à qui on a donné mon commandement.
A prénnt, citoyens, il me reste à voua faire voir à quoi^Tambition ou Tineptie dn général Souham exposait les intérêts de la République en exposant la précieuse frontière depuis Armentières jusqu'à Dunkerque, en voulant à toutes forces que je lui envoie toutes les troupes qui n'étaient pas occupées h la prise de Nieuport et Ostende. Tous mes postes, depuis Dunkerque à Armentières, ne se seraient trouvés gardés que par qudques soldats malades, qui étaient restés dans les anciens cantomiements, pour garder les équipages, contenir et animer les bataillons de la levée en masse que j'avais fait avancer pour garder nos retranchements et en imposer à l'ennemi par le nombre qui était censé former la deuxième ligne ; lesquelles troupes ne pouvant à tous égards servir que de cette manière, ne sachant pas se servir de leurs armes, puisqu'dies ne sont pas encore instruites et que de plus ils désertent par ào et 5o pour s'en retourner chez eux.
Ce n'était pas avec de pareilles troupes que je pouvab répondre de la frontière , et je me serais cm bien coupable si j'eusse adhéré aux propositions du général Souham. D restait à l'ennemi devant cette fixNitière plus de so,ooo hommes depuis Ypres, Dixmude, Nieuport, Ostende et tous les postes intermédiaires. La moitié suffisait pour faire une trouée et nous enlever Bailleul , Cassel , Hondschoote et même Beiges, avec tous les bourgs et villages qui sont entre cette ligne et nos retranchements sur l'extrême frontière, et par là nous êter tout espoir de réduire Nieuport et Ostende et voir enlever bu fuir en désordre les troupes occupées au siège de Nieuport et celles du camp d'observation devant Dixmude.
Supposons que les dangers n'eussent point existé; pour lors, je n'aurais de ma bible division pu extraire, y compris tout ce qui était devant Ypres, à Poperinghe et Vlamerdngfae, que 7,000 hommes.
Souham, avec son camp de la Maddeine, ses cantonnements et ce qu'il avait extrait de la garnison de Lille, avait à peu près 99,000 à 93,ooo hommes. Pour garder la frontière, conmie il le devait, il aurait Mu qu'il en laissât la moitié au moins, en commençant par la prise du camp de Cysoing, Orchies et par conséquent Coortrai.
n Mait laisser du monde suffisamment sur la gauche du cAté de Courtrai et sur la' droite du cAté d'Arieux et de Marchiennes. Je laisse à tout le monde qui VQitadra prendre la carte à juger si nous avions encore assez de troupes pour forcer
(*) Cf. le texte de cet arrêté à la page 69a, oote 1.
les postes ennemis, sans presque de eavalerie, tandis qoe Tennemi en avail bemeoup et oocopait les postes suivants :
A la Clef-d'Or, entre Marchiennes et Saint-Amand, loo hommes d*in£uilene, une pièce de canon et de la cavalerie dans le village de Requit (?) ; Aoo hommes de cavalerie au Nouveau- Jeu, entre Orchies et SaintrAmand; ils ont pratique une tranchée profonde et deux pièces de i s en batterie gardées par 5o hommes et au Moulin de la Vallée, 900 hommes, tant troiqMs l^pères qu*in&nterie, qui patrouillent les bois d*Hasnon.
Il serait trop long de vous expliquer tous les postes et retnnchements qu*ils ont tant à Hélesmes, Hasnon, Fenain, Vatinette, au Calvaire, près et dans les bois de Coutiches et jusqu^à Saint-Amand, où ils ont travaillé sans rdAche, ainsi qu au camp de Maulde, où il y avait une quantité de prisonniers occupés k de nouveaux ouvrages, et un camp de a,5oo hommes k pique, an Hué(?), entre Maulde et Tournai , prêts i s'avancer au besoin. Voilà ce qn il fidlait vaincre, et surtout avant que Tennemi n*ait reçu a5,ooo i 3o,ooo hommes, qoe leur esclave Beanlieu a conduits de leur grande armée qui est devant celle de notre général en chef. Je laisse à juger de Tabsurdité de cette entreprise en mettant en balance nos risques de toute la frontière et la certitude de frire périr un grand nombre de nos braves frères d*armes sans pouvoir conserver une telle conquête, en supposant qu'eiie eut été entreprenable , car, tant que Tannée du g&iéral Jourdan ne pourrait débusquer 1 ennemi du Quesnoy, Valenciennes et Condé, notre entreprise n'aurait été que momentanée, sans aucun succès certain.
Voyons maintenant quds auraient été nos avantages, si je n'avais pas été contrarié dans la plan unanimement adopté par le conseil de guerre, par les représentants du peuple TruUard, Isoré et Beriier, par le général en chef et le ministre de la guerre. Il fallait, pour cela, que le général Souham commençât par assurer les postes qu'il avait pris à l'ennemi par des bons retrandiements, comme je le lui avais recommandé et ordonné, et tandis que nous étions à repousser les postes avancés devant Ypres, m'envoyer les troupes demandées et par là exécuter son dessein mentionné dans le conseil de guerre, sans donner le temps aux ennemis de se reconnaître , en les attaquant de tous côtés.
Après cette première ville prise, je lui renvoyais les troupes; l'ennemi en sentait bien l'importance par les travaux qu'il y avait à frire. Après cette conquête, je me rendais maître du camp de Dixmude presque sans coup tinr; étant alore maître du canal de Boesinghe, d'ïpres et Fumes, j'attaquais par cette partie et par le corps du générri Gougdot , qui aurait pu , par notre appui , jeter un pont sur la rivière de l'Yper; de là, après avoir renversé les ouvrages de l'ennemi et les avoir tournés à notre défense, nous pouvions, avec les deux corps, nous porter en toute sûreté sur Ostende, détruire les écluses de Plasscuendaele et par ce moyen mettre à sec le canal d'Oslende à Bniges et êter la navigation de cette ville , ainsi que celle de Nieuport Cette ville n'aurait vraisemblablement pas tenu , si la garnison avait su Ypres, Dixmude, Hannon (?) et Ostende bloqués et mis à flamme, comme eux Tétaient.
Je savais qu'à Ostende on avait déjà été les grosses pièces d'artillerie qui étaient sur la plate- forme et presque toutes celles du rempart, qu'on avait embarquées. Les deux cêtés de la ville par le pavé et par le droite du canal étaient très faibles.
et c'est bien entendu sar ces deux points que je devais Tatlaquer. Nous étions là dans la Flandre niaritinie et dans les points les plus éloignés des secours que Tennemi pouvait y porter.
Avant leur arrivée, nous aurions été maîtres de la vifle ou nous Taurions réduite en cendres , et , si nous y étions entrés , j*avais pris la précaution de demander h Dunkerque, par le général Vandamme, des matelots pour tous les petits vaisseaux qui pouvaient naviguer le plus près de la oAte chargée du plus riche butin. Je bisais couler à fond, dès Fentrée du port jusqu'au passage du bac, tous les gros navires, et je consumais par les flammes les autres et les magasins que nous n'aurions pu emporter.
Cette expédition n'avait pas les d^vantages du projet du camp de Maulde, et c'est de cette manière que j'aurais cru avoir fidt plus de mal h nos ennemis qu'on ne leur en avait fait depuis la guerre.
Ces deux villes réduites, je pouvais disposer de is,ooo hommes, avec lesquds je me portais sur Bruges, où ils conunençaient déjà à faire évacuer tous leiu*s malades sur des bateaux qui les ont conduits à Gand et à Anvers.
Là, je crois que je me trouvais bien sur maligne parallèle avec Menin et Courtrai et je conservais toujours ma retraite par Dixmude sur Hondschoote h Fumes et sur Poperinghe. Les retranchements et les fortifications que j'ai fait construire dans cette dernière ville, sous la direction d'un habile ingénieur et dont le plan est joint à mes papiers, font que nous conservons cette place sur le territoire ennemi.
Si tout le monde avait exécuté mes ordres, nous n'aurions pas fait des retraites avec déroute dans les autres divisions.
Voilà, citoyens, ce que j'ai fait : en fiiire davantage, tel a été mon désir. Si les entreprises que je m'étais proposées n'ont pas réussi, ce n^est pas ma fiiute; j'avais cependant pris des moyens pour qu'elles aient lieu.
Je viens de voir à l'instant dans le Journal des homtneê Ubres^^^ le sujet de mon arrestation et suspension; cependant ce n'est pas celui mentionné dans l'arrêté du représentant du peuple Duquesnoy. Dans la dénonciation faite par le citoyen Hébert contre le représentant Duquesnoy, ce dernier dit m'avoir suspendu de mes fonctions parce que j'ai été écuyer des haras de la maison d'Autriche. Si cela était, il n*avait pas besoin, dans son arrêté, de m'accabler de l'injure d'homme de mauvaise foi ou inepte, et encore, dans l'une ou l'autre de ces allégations, je ne croyais pas qu'un représentant f&t envoyé à l'armée pour destituer personne sur de simples soupçons. On ne perd point un homme sans l'entendre ou prendre des informations certaines, à moins qu'il ne soit pris en flagrant dâit
J'accuse, d*aiileura, de bux l'assertion du représentant Duquesnoy; je prouverai que je n'ai jamais été l'esclave du tyran d'Autriche, ni écuyer, ni son serviteur
(') N* 376, 91 bnimaire an 11. Le /o«r- semblable mesure envers le général D'A-
naldêêhomimê libreê reproduisait le compte vaine, qui fut ëcuyer dans les haras de la
rendu de la séance de la Convention du maison d'Autriche , et le commandant d'ar-
90 brumaire, dans laquelle le représentant b'ilcrie Gillet, qui fut aussi attaché à la
Duquesnoy expliquait les raisons des desti- maison d'Autriche en qualité de garde du
tntions des généraux et disait : «r J*ai pris corps v
nu • 39
UirBIIIBtIB lATiORlLC.
en aucune manière, ni jamais touche aucune solde de cette race proatitaée* J'ai ëtë, à la vëritë, ëcuyerHdirecteurdes haras, nomme h cet eflfet par mes concitoyens, pas même par les États de Flandre, mais par les administrateurs des chftldlenies de Gand, Saint-Nicolas et Alost, où j*ai fait près de dix-neuf ans ma demeure. Je pourrais donner des preuves de ce que j'avance si nous retournions dans la Belgique. Je pourrais prouver qu'après être sorti du service de France et y avcnr bit la guerre , y ayant servi depuis Fànnëe &8 jusqu'à 63 ^^\ j'ai refuse desemplois mSitaires; que j'ai toujours ëtë du comité secret révolutionnaire; que , pendant la révolution de la Belgique commencée en 1787, laqudle a éclaté en 1789, j'ai été un des premiers à exercer mes concitoyens au maniement des armes; que j'ai toujours été à la tête des troupes qui ont osé me suivre au passage de l'Escaut, avec lesquelles je suis venu dans le pays de Waeis et de là prendre la ville de Gand, où il a Mu se battre cinq jours et quatre Duits sans discontinuer, pour en expulser les satellites du tyran d'Autriche, après y avoir fiiit prisonnier le 1*' bataillon de der- &yt et 99 officiers. Après cette prise, toute la Flandre s'est trouvée libre; que de là j'ai toujours ou commandé les corps d'armée aux avant-postes dans les Ardennes et, pour abr^fer ce récit , après notre trahison j'ai conduit l'arrière-garde et ai pièces de canon jusqu'à Gand; de là, j'ai passé avec toute ma famille en France à la fin de 1 789.
Après cela, peut-on douter de mon civisme? peut-on supposer un seul instant que j'aie voulu trahir? Ne sait-on pas qu'une mort infâme (si je retoumaiB dans mon pays avec mes deux fils, qui servent comme moi la République avec wAe) serait mon partage et terminerait une vie que je consacre tout entière à la République firançaise, qui est devenue ma précieuse patrie.
Si cela n'était pas suffisant, qu'on s'informe de moi dans le pays que j'habite depuis plusieurs années (Melun), que l'on fasse parier les sociétés populaires; elles vous diront de quelle manière je me suis comporté dans le service de la garde nationale et avec quelle exactitude je m'en suis acquitté. Ce n'est que d^uis l'époque glorieuse et à jamais mémorable du 10 août que le général Santerre m'a &it avoir l'inspection des chevaux de la République, et en septembre même année, le ministre Servan, qui voulait corriger les abus de l'administration des remontes générales, me nomma premièrement commandant du dépAt de Lunéville, et peu de jours après me donna la commission d'inspecteur.
Ce service m'ayant conduit au commencement de février de la pr&enie année dans la Belgique, je me déterminai à reprendre le service et, le 19 du même mois, je reçus ma conmiission de général de brigade, qui m'a été confirmée par un décret de la Convention en date du 7 mars. Depuis ce temps, je n'ai pas quitté les armées.
Je ne prolongerai pas ce mémoire par des &its que je pourrais ciler, en commençant depuis la trahison de l'infftme Dumouriez , la retraite déshonorante du camp de Famars, tandis que nous étions à nous battre dans le bois de Bonne- Espérance, la position que l'on m'a &it prendre le lendemain à Hélesmes, et enfin
t^) Cette lettre fixe à 1763 Tépoque où D'Avaine quitta le service de France; celte date doit être ajoutée aux états de service du fanerai publiés à ia page 10, note A.
jttsqu'uu camp de GavreOie, ayant d*aller prendre le commandement h Casad. Plorieura députes pourront rendre compte de ma conduite, entre autres les ciloyeni Hie Laooste et Peyssard.
Mon but est rempli,. citoyens; je crois la vérité assez évidente; je Tai pour ainsi dirQ montrée au doigt. Il est impossible mAme que les hommes les moins clairvoyfints ne la recoonaisseqt pas ; tous ceui donc qui verront ce mémoire seront forcés de dire : «11 a voulu le bien, il Ta fiiit, et, pour sa i*écompen8e, on le desr titue.*
Peu m'importe, citoyens, Tinjustice des hommesr; peu m'importe que Ton eialte mes vertus républicaines, si Ion ne me rmà pas justice. Mon seul.désii' dans ce moment, et ce qui me tient le plus h cœur, c*est qu'après avoir examiné attentivement ce mémoire vous sachiez m^apprécier et me connaître; c'est ee qu'attend de vos lumières et de votre équité cdui qui est bien fraternellement '
Davauti ^^\
(Qrig., Areh. de la guerre, année du Nord.)
a6-d8 OCTOBRE 1798.
BiciT DE JOUBDAN SUB LES livliNBMENTS MILITAIRES.
Le général en chef, en se portant sur la rive gauche de la Sambrei sacriGait son armée et compromettait le salut de la France; en refusant d'obéir, il portait sa tête sur Técha&ud. Bien déterminé à prendre le parti que lui dictait son patriotisme, il chercha néanmoins à prouver par quelques tentatives aUx commissaires de la Convention près l'armée que les ordres du gouvernement étaient inexécutables, dans l'espérance qu'ils le feraient révoquer.
Les Autrichiens avaient construit un si grand nombre d'ouvrages en faee de Maubeuge qu'on ne pouvait songer à déboucher par cette place. La proximité de la forêt de Mormal et les hauteurs dominantes de la rive gauche ne permettant pas davantage d'effectuer le passage de la Sambre au-dessus, il ne restait qu'k essayer de la franchir vers la partie inférieure. Le s6 octobre, le général en chef porta son quartier général à Beaumont et donna à la division Bdland l'ordre de venir le joindre; il renforça en même temps les autres divisions du reste de la garnison de Maubeuge et fit entrer dans la place celle de Cordeflier. L'ennemi apercevant ces dispositions opéra un mouvement sur sa gauche et s'établit en force entre Merbes et Thuin.
Le t8 , les divisions Duquesnoy, Bailand et Desbureaùx s'avancèrent sur h Sambre et engagèrent leurs troupes l^res avec celles de l'ennemi. 4^endant ce
(*) CeUe lettre est signée Daoainê, sans apoelrophe, coDtrairement à Todhographe «dinaire.
eombat, legënëral en chef, accompagne de DaqoesDoy, commiaaaire de la GoovratioD, dont le coarage ^pJait cdoi da premier grenadier de rarmëe^'^ reoonnat h position des alliés. Le commissaire étant convenu qn^il y aurait de la témérité à entreprendre le passage de la rivière en présence des forces qoi en défendaient rapproche, les divisions se retirèrent et campèrent dans Tordre suivant : Desimreaux à Bossus, Duquesnoy à Estrée, et Balland k Montignios-Saint-Chrislophe; les avant-postes à Ham-snr-Heure.
La supériorité du nombre et l'avantage de la position qu'avait Tennemi n*étaieal pas les seuls obstacles à vaincre. Le dénuement des troupes dans une saison plnvieuse, la rareté des vivres et des fourrages, les chemins du pays d^entre Sambreet-Meuse difficiles en tout temps, impraticaUes à cette époque pour les équipages de pont, Tartillerie et les convois, présentaient des difficultés clément insurmontables.
( Areb. d« la gaorre , méoMiref aatographai et inédits du général ioardao. )
(*> On voit qoe ropinion de Jourdan sur la bravoure du reprëtenUinl Duquesnoy ii*avait pas varié.
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