‹ Correspondance générale de Carnot (volume 2)Chapitre 72 sur 147 · LE GENERAL HOUGHARD AU MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LE GENERAL HOUGHARD AU MINISTRE DE LA GUERRE

Paris, le 19 septembre 1793, Tao 11 de la Républiqae françabe.

Citoyen ministre ,

Je vous envoie Texposé de ma conduite depuis mon arrivée à Tannée du Nord ; je vous prie d'en prendre lecture et de m'en obtenir une audience du Comité de sdut public. Je n'ai aucune connaissance dans ce pays-ci ; il n'y a que vous qI^ puissiez m'obtenir les moyens de me justifier. J'ai Tàme pure, la conscience nette et sois fort de mon innocence. Les choses que l'on m'impute sont de toute fausseté. J'ai toujours été un sans-culotte des plus dévoués à la République. Jamais je n'ai rien demandé. On m'a forcé de prendre les différentes places que j'ai occupées. Je n'ai jamais eu d'ambition, et l'intrigue a toujours été loin de moi. Vous saviez ma répugnance pour le commandement, et je ne devais pas ni*attendre, potir le prix de trente-huit années de services, dont dix ans de guerre, avec six blessures, d'être en prison k l'Abbaye. Faites que je puisse rentrer dans ma famille et sous la surveillance de ma municipalité, et on verra que je suis toujours digne d'être un bon citoyen de la République française.

Bouchard.

expose de la conduite du general houghard.

Le général Houchard est arrivé à l'armée du Nord le 9 aoàt, au même instant où on a destitué de cette armée vingt officiers généraux et le chef de l'état-major.

(') Cr. une lettre d*Ysabeau au Comité de la Gironde à la Convention , proscrit le

salut public en date de la Réole, 98 sep- 51 juin 1793, s'était réfugié à Bordeaux,

tembre 1798. (Aulard, VIT, 106.) Il y fut arrêté le ai décembre 1793, jugé

^ Jacques-Antoine Grangeneuve, né à aussitôt par une commission militaire,

Bordeaux le A décembre 1761, député de condamné à mort et décapité.

[99s«PT* 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 229

Je ne croîs ps qu'il y ait une position plus cruelle que celle où se trouvait ce générai à son début à cette armée. Aucune connaissance de sa position, une armée tout étonnée d^une retraite précipitée qu'elle venait de &ire. Deux jours après est arrivé le général Berthelmy pour chef de Tétat-major; notre premier soin fut de prendre une exacte connaissance des forces et de la position de Tannée pour Torganiser; c'est ce qui fut fait : on forma les brigades et les divisions; on y attachait les généraux qui étaient restés , et les nouveaux à mesure qu^ils arrivaient.

Je reçus la nouvelle du renfort qui venait des armées du Rhin et de la Moselle, et je me disposai tout de suite à aller au secours des villes de Dunkerque et Bergues, qui étaient investies et menacées par une armée combinée de cinquante mille An^ais, Hanovriens, Hessois, Autrichiens et émigrés. L'armée de la Mo* selle arrivait successivement depuis le i"de septembre jusqu'au 6 que sont arrivées les dernières troupes qui ne furent pas de l'expédition.

J'avais conçu deux projets pour la levée du si^ de Dunkerque : le premier était d'aller sur Menin battre le contingent des Hollandais, de là marcher sur Ostende ou Fumes, suivant les circonstances, pour couper la communication à l'armée combinée des Anglais et pour les combattre; le second était de partir de Cassd pour aller battre le camp sur Hondschoote. Je préférai ce dernier; le pre* mier demandait plus de temps pour son exécution et la ville de Dunkerque était pressée ; Tartillerie des ennemis était airivée , et on la mettait en batterie.

Je dirigeai toutes les forces sur Cassel, et je m'y rendis le 3 septembre au soir pour disposer tout. Le 5, au matin, les ennemis attaquant tous nos avantpostes pour savoir ce qu'il y avait derrière; ils n'ont fiiit replier qu'un seul poste.

Voilà le projet que j'avais formé pour délivrer la terre de la liberté des armées des tyrans. Après avoir fait lever le siège de Dunkerque , d'dler écraser les Hollandais; de là me porter sur le camp' de Gysoing, d'écraser les Autrichiens, et de là me porter sur Bouchain pour combattre Cobourg. Fait à fait que j'avançais et que j'aurais battu tous les corps détachés des ennemis , je me grossissais et j'arrivais sur Cobourg avec 70,000 hommes; et si ce projet eût été exécuté dans son entier, la terre de la liberté était purgée. Tout le plan aurait eu lieu sans la malheureuse affiiire de Cambrai , qui devait seulement se borner à fairô de fausses attaques vers le camp de Solesmes , pour empêcher ce camp de secourir celui de Gysoing.

Revenons actudlement aux mouvements. L'armée assemblée près de Cassel se montait à 3o,ooo hommes; elle fut divisée sur quatre colonnes. Les flanqueurs de gauche, aux ordres du général de division liandrin, marchaient sur Wormhondt, que les ennemis occupaient en force; ils avaient un camp de six mille hommes derrière à Wilder. lia colonne du centre marchait sur Houtkerque ; les flanqueurs de droite avec l'avant-garde sur Poperinghe aux ordres du général Hédouville. La colonne du centre était aux ordres du génénd Joûrdan, et je me tenais à celte colonne avec les représentants du peuple , Levasseur et Delbrel , qui ont été présents à tont et qui me rendront la justice que je réclame d'eux. Une quatrième colonne de douze mille hommes est partie de Bailleul pour

230 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [agsBPT. 1793.J

dler sur ia ville dTpres, s*emparer d'elle ou la brûler, aux ordres du gënëral Dumesny.

Tous les gënëraux avaient leurs instructions. Les colonnes partirent deux heures avant le jour, le 6 septembre; la colonne du centre força le village de Houtkerque, les ennemis qui Toccupaient se retiràrent par le chemin de Poperinghe. Le gënénd Coland les suivit, et je voulais que la colonne du centre prit cette direction, pour de là nous porter sur Proven, on les colonnes devaient se rëunir pour marcher sur Hondschoote. Le général Ernouf , qui connaissait par> faitement le pays, en qui j'avais de la confiance pour ces mouvements, me dit que si je prenais cette direction, je laissais derrière moi , sur mon flanc gauche , un poste considérable des ennemis et qu'il était de la prudence d'attaque ce poste. Il fut résolu que le général Jourdan marcherait sur Herxeele, et le général Çolaud sur Proven. Je suivis ce dernier. L'ennemi s'étant jeté dans la grande mrét de Saint-Six, alors je dis au général Colaud d'occuper la tête du village de Proven, que j'dlais me rendre à Herzede pour voir où en étaient les choses.

A mon arrivée, je trouvai une partie du vSlage de forcée; le reste le ht un quart d'heure après. Je me disposai à suivre les ennemis qui s'étaient retirés sur Bambecqne, où ils occupaient un poste très avantageux, la rivière devant eux, avec le pont gardé. En arrivant à poiiée, l'attaque commençait par une canonnade très vive; une grosse pluie survint, les soldats manquaient de cartouches. Je me décidai, d'après les avis du génénd Berthelmy et des représentants du peuple, d'enlever ce poste au bout de la baïonnette. Je donnai l'ordre et je fis battre la charge; les ennemis se retirèrent et prirent le chemin de Rexpoede. La pluie continuant avec grande force, je voulais rester à Bambecqne, pour laisser reposer les troupes : il était cinq heures et demie ; on me dit que l'ennemi était en déroute et se retirait en désordre. J'observai qu'il était dangereux d'arriver dans Rexpoede k la nuit, qu'on ne pouvait taire que de mauvaises dispositions à cause de l'obscurité; que, d'ailleurs, nous nous trouverions placÀ entre les deux camps des ennemis qui viendraient à coup sûr nous attaquer, que l'avantage était pour eux , connaissant parfiiitement la position, et nous pas. On ne s'est pas rendu à ces considérations; je croyais devoir les faire. Il fut décidé de marcher à Rexpoede; nous y arrivâmes de nuit. Je fus avec le général Ernouf fiûre les dispositions pour passer la nuit; les dispositions étant fiiites, je me rendis à la maison où étaient les représentants du peuple; je leur témoignai mes inquiétudes. A onze heures les ennemis vinrent attaquer la tête du village; je fis porter deux pièces de huit, je fis battre la cbaige, je portai une partie des troupes à lappui des points attaqués, et je mis le reste en bataille derrière le village, pour ne paa être tourné par l'ennemi. Nous restAmes dans cette position; j'envoyai au général Hédouvâle une ordonnance, ainsi que l'adjudant Coquebert, pour que ce général vint me renforcer : les deux émissaires furent pris par les ennemis. L'attaque se ndentit vers une heure, et l'ennemi se retira. On me dit que les deux pièces de huit étaient démontées à la tête du village; j'envoyai deux compagnies de grenadiers avec l'adjudant général Ernouf pour idler rdever les pièces , ce qui fut exécuté : je fb alors porter tous les cuissons et canons derrière le village, sur le ^emin de Bambeoque, étant très persuadé que les ennemis viendraient atta-

qoer une heure avant le jour, ce qui arriva. L*attaque fut vive : nos troupes se replièrent, et Temienii entra dans le village, ce qui me dëcida k prendre la position de Heneele par Bambeeque, où nous restâmes environ une heure. Les soldats manquaient de pain; ils en demandaient, quoiqu'Ss en eussent eu pour deui jours; mais, dans un temps de pluie et ayant passe la nuit sur pied, le soldat avait consomme son pain; Teau-^e-vie n'étant point arrivée, le soldat était mécontent, et je partageais ses peines; je les fis mettre en bataille à la hauteur de Herxede, pour attendre le pain; une partie des troupes qui étaient à droite se mirent en marche malgré moi, en disant qu'ils étaient poursuivis par Tennemi, ce qui était faux; mais ils se servirent de ce moyen pour exécuter leur retraite. Plusieurs bataillons étaient déjà partis : j'envoyai le général Berthelmy après. Le représentant Ddbrei le voulut suivre; on peut leur demander Fincroyable peine qu'ils avaient de ramener les troupes; ils y parvinrent cependant. Dans ce moment, nous entendîmes une canonnade en avant de nous; j'envoyai voir ce que c'était : on me dit que c'était le général Hédouville qui attaquait et poursuivait l'ennemi par la route de Bergues. Le pain arriva tard, l'après-midi, et l'eaude-vie. Je me disposai à laisser reposer les troupes et à partir avant le jour pour attaquer Hondschoote. Les troupes se mirent en marche à trois heures du malin. Le général Colaud se dirigeait sur le même point par un autre chemin.

La colonne du centre arrivée à un endroit qu'on appelle les Cinq-Chemins, qui n'était plus qu'à un quart de lieue de Hondschoote, je crus que les ennemis s'étaient retirés, voyant que ce poste n'était pas occupé. Le commandant Vandamme couvrait mon flanc gauche et marchait par Killem. En arrivant près de Hondschoote, les ennemis étaient en bataille derrière leurs retranchements. Je fus les reconnaître : ils avaient leur droite appuyée à un moulin à vent , sur l'élévation duquel ils avaient une batterie de canons ; leur gauche était appuyée de même avec des redoutes. J'avais fait arrêter la colonne pendant que je faisais ma reconnaissance; je fis mes dispositions d'attaque; j'envoyai le général Berthelmy pour diriger la colonne du général Colaud, et je ne voulais attaquer que lorsque ce général serait arrivé; mais les troupes sur notre gauche commencèrent l'attaque, et successivement toutes les troupes y prirent part à mesure qu'elles furent mises en bataille. Une grande faute que les ennemis avaient commise et qui a tourné à notre avantage, c^est de n'avoir pas occupé le poste des Cinq-Chemins; une autre d'avoir coupé et élagué toutes les haies devant leurs retranchements à environ cent toises, de manière que nos troupes sont arrivées à couvert jusqu'à cette dislance; ils se sont emparés des haies et fossés et ont combattu dans cette position. Le combat durait déjà depuis près de deux heures, lorsque la colonne du général Colaud arriva : je fus à ce général lui donner les ordres de se mettre en bataille à la droite du chemin, de manière à pouvoir prendre la position à revers, et je portai sa cavalme tout à fait sur la droite, dans une position où elle aurait pu agir. Le combat devint toujours plus rude; une redoute fut prise deux fois par nos troupes et reprise par les ennemis. Le feu avertit le général Ledaire qui était à Bergues; il sortit avec trois mille hommes, descendit le canal et attaqua dans cette partie; c'est ce qui décida le combat à notre avantage. Après avoir riopné l'ordre à toutes les attaques de marcher à la baïonnette, ce qui fut exécuté,

S32 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [99 sept. 1793.]

et à troifl heures et demie les troapes étaient à Hoodiehoote, je me portai auMÎtAl en avant de la ville, avec quelques bataillons et quatre pièees de eanoo ; j'envoyai un bataillon avec les hussards du deuxième n^giment à la poursuite des ennemis; ils les poursuivirent jusqu'au ddfc du village de [Houthem] où les ennemis avaient rompu le pont derrière eux.

Je Gs mon possible pour rallier tous les bataillons en avant de Hoodsdioole. Il était cinq heures du soir : les troupes, extrêmement fatiguées du long combat, avaient besoin de repos paur pouvoir manger. J'aurais bien désiré pouvoir me porter entre Fumes et la Grande-Moêre, je n*y serais arrivé que de nuit; et la triste expérience que j'avais faite de la nuit de Rexpoëde me détermina à rester dans la position de Hoodschoote, et de marcher le malin deux heures avant le jour pour prendre cette position. Une autre considération bien majeure, c'est que le général Dumesny ne put prendre la ville d'Ypres; il me manda que les ennemis étaient plus nombreux que lui et qu'il avait été forcé à la retraite sur Bailleul. Si je me fusse porté sur Fumes, je risquais de me dire prendre à revers par les ennemis dTpres. L'armée des Anglais était le double j^us forte que la nôtre. Après avoir réfléchi sur tous ces moyens, je me suis déterminé à renforcer la division du général Dumesny par cdie du général HédouviUe, avec ordre de marcher, conjointement avec le général Rem, sur Menin et d'écraser les dix mille Hollandais qui y étaient. Cette division partit le 9; je restai avec le reste des troupes deux jours de plus à Hondschoote, pour que les Anglais ne pussent pas porter du secours aux Hollandais. J'arrivai le la au soir à Lille, et le i3 le reste de l'armée, pour aller attaquer le camp de Cysoing. Dans la nuit du 1 a au i3 , je reçus un courrier de la municipalité de Cambrai qui m'annonça la malheureuse aflbire de la sortie de cette garnison; elle me peignit sa malheureuse position et le danger qu'elle courait, de sorte que je renonçai à mon projet et me déterminai è aller au secours de ces deux places qui étaient menacées : j'y fis surle-champ jeter quatre bataillons; je voulais aussi en fiiire entrer à Bouchain, mais les ennemis s'étaient emparés de la communication. Je parvins pourtant à foire entrer de nuit deux bataillons dans cette dernière place.

On a su le résultat de l'expédition de Menin. J'avais donné ordre que l'avantgarde se portât sur Courtrai. Ce mouvement a été retardé, je ne sais comment, et cela a donné le temps au général Beanlieu de s'y porter dans la nuit du 1 3. Le 1 A , le maréchal Cobourgest accouru avec 5o,ooo honunes, la ville du Quesnoy s'étant rendue le 1 1 ; sans ces deux malheurs de la prise du Quesnoy et du désastre de Bouchain et Cambrai , nous étions maîtres de la campagne, et les ennemis étaient forcés de se retirer de la terre de la liberté.

Voilà l'exposé de l'expédition de la levée du siège de Dunkerque. Un général ne peut pas répondre de la réussite de tous les projets. Je laisse aux militaires les plus sévères à trouver qu'il y ait de ma faute, encore moins de la trahison de ma part. Mes opinions ont été prononcées dès le commencement de la Révolution , et , si je n'étais pas républicain par principes, je le serais par reconnaissance. Aucun militaire n a combattu plus que moi pour la cause de la liberté. Je n'en parierai pas, parce que les faits existent; et on ne me ravira pas du moins mon droit aux succès que les ormes de la République ont remportés sur le Rhin. Ici on m'attribue

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ies faales, et aux autres les succès. Je ne puis être re&ponsable d^aucune faute des autres. Si le géaëral Landrin n*a pas exécuté les ordres que je lui ai donnes de faire une sortie vigoureuse de Dmikerque, ce n'est pas de ma fiaiute. Si le gënéral Hëdoa ville n*a pas fait ce qu'il devait faire à Menin, je ne le sais pas, ce n'est eneore point de ma faute.

Le Comité de salut public a désiré la levée du siège de Dnnkerque ; elle a eu lieu : j*ai battu les ennemis à Hondschoote. Je suis ftché de ne pas avoir jeté les An^is dans la mer : je Taurais fait également si je l'avais pu. Le Comité de salut public m'a écrit de ne pas m*exposer à une affiûre décisive; elle aurait pu le devenir, si je m'étais porté entre Fumes et la Grande-Moêre; ayant devant moi 5o,ooo ennemis et la k i5,ooo sur mon flanc droit, c'est alors que j'aurais été UAmable si j'avais reçu nn écbec, et non pour l'avoir évité. Je réclame le témoignage des représentants du peuple Levasseur et Delbrel, qui me rendront jus* lice sur ma conduite et sur la vérité de cet exposé.

Le représentant Rarère, dans son compte qu'il rend à la Convention ^^\ dit, en parlant de Taflàire de Dunkerque, que quatre faite rendent Bouchard coupable: le premier, de n'avoir pas jeté les Anglais dans la mer après leur déroute. Il aurait bilu savoir s'ils eussent été d*humeur à se laisser jeter à la mer par un nombre de Français in^rieur de la moitié ^'\ Le second, de n'avoir pas taillé en pièces les Hollandais. J'avais donné les orflres pour cela; je ne pouvais pas être partout, je

(') Dans la séance du 96 septembre 1793. (Cf. MoniUwr, XYII, ^hh et 7^8.) Robespierre se fit aussi Taccusateur de Bouchard au sein de la Société des Jacobins. {M&mttiir, id., 77t.)

14 Dans son interrogatoire, subi le i5 bmniaire an 11 (5 novembre 1793), Bouchard donna sur sa conduite à Hondwboote tes eiptications suivantes (Arch.

oat., W 396, n* 95o) :

«D. Pourquoi, à t^aflaire de Hondsrboote, rommandaul à l*amiée du Nord, aves-vous abandonné nos bataillons et les succès de la victoire de cette journée célèbre par la valeur de nos soldats?

«JL Je n*ai point abandonné les bataillons, puisque j*ai resté constamment avec «01, que moi-même j*ai posté les balaillous au delà de la ville de Hondschoote, sur le chemin par où les ennemis s^élaicnt retirés. La majeure partie des troupes était répandue dans la ville, et qu*on ne put faire sortir; j^ai envoyé à la poursuite de Tennemi un Iwtaillon dlnfanterie avec les hussards du 9* régiment, en attendant quon puisse sortir les troupes de la ville.

J'ai même, pour cet effet, de Tautre côté de la ville, fait assembler les commandants rie bataillons pour les exhorter à rassembler toutes leurs troupes, parce que je craignais que les ennemis ne revinssent sur leurs pas dans un pays extrêmement couvert de bois, où Ton ne voyait pas k quinze pas devant soi. On vint me dire dans ce même moment que les ennemis s'étaient retirés en partie vers un vieux couvent. Je fus reconnaître ce rapport, qui se trouvait faux. Dans ce même moment, je reçus une ordonnance du 9' régiment de hussards qui viol me dire que les ennemis avaient coupé le pont derrière eux sur le canal, à une li<.*ue de là. B était alors quatre heures et demie du soir, et je ne pouvais plus me porter à la poursuite des ennemis, à cause de rapproche de la nuit

<rD. Pourquoi n'avei-vous pas fait prisonnière toute Tannée anglaise et hollandaise?

rtR. Si je Ta vais pu, je Taurais fait, et je me réserve encore de prouver pourquoi je n'ai pas pu le faire, n

^U CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [99 sbpt. 1793.]

ne peux donc pas être responsable. Le troisième, de n^avoir donne qn^un mouvement partiel k 1 armëe, d'avoir laissé tailler en pièces dans un ravin la garnison de Cambrai. Je ne peui Mre responsable de ce malheur, puisque je n'avais donne d'autres ordres h cette garnison que de faire une ferme attaque, et non d'aller se fourrer dans un ravin à Avesnes-le-Sec, qui est à trois lieues et demie de la garnison. On ne peut pas mâcher tout à un gënéral; il faut qu'il se conduise militairement et qu'il ne s'expose pas. Le quatrième, d'avoir abandonné Menin et d'avoir laissé attaquer l'arrière-garde, et d'avoir gardé le silence sur cette aflaire. Je réponds que je n'étais pas à Menin, que j'ai dcmné des ordres. Je ne puis répondre des fautes d'antrui. J'ai écrit au ministre de la guerre à qui j'ai rendu compte de l'affaire de Menin , avec prière de commnniquer ma dépêche au Comité de salut public.

Je serais d'ailleurs très aise de me justifier devant le Comité de salut puUic, devant des militaires, la carte a la main. Tous les faits que le représentant Barère allègue ne sont sûrement pas des trahisons. Si j'étais connu de lui, il n'aurait aucun doute sur mon entier dévouement h la République. Je suis aussi un général sans-culotte et qui ai combattu depuis h Révolution en vrai sansH»ilotte. Jamais je n'ai intrigué; jamais je n'ai désiré être autre chose qu'un capitaine de dragons, que trente-huit ans de services m'ont valu. On m'a forcé de prendre les emplois que j'ai exercés; je n'en voulais point, parce que je n'ai pas d'ambition, que je ne veux être qu'un citoyen français. Et ce titre, le seul qui me flatte, ne peut m'être refiisé, par mou éternel .dévouement pour la cause de la liberté et du peuple ^^\

HOOCHAR0.

(Orig., Areh. de la guerre , armée da Nord.)

(1) Hoochard prolestait constamment de 80Q innocence. Le 9 octobre 1 793 , il écrivit à sa femme, qui habitait chez son père, à Sarrebourg, la lettre suivante, dont je possède Toriginal autographe :

«A Parit, le • octobre 1793, Tan u de la République.

9 Je ne sais, mon amie, pourquoi je ne reçois pas de tes nouvelles. Ce silence m'inquiète et me tourmente. Tu peux m*écrire avec assurance; je suis simplement en état d'arrestation, jusqu'à ce qu'on ait trouvé des motifs d'accusation contre moi. Si j'étais obligé de rester ici jusqu^â ce qu'on en ail trouvé, je reslerais élemeliement. On en voulait a ma place , et il fallait me donner des torts ou du moins en supposer pour

me l'ôter. On [ne] me connaissait pas; on n'avait simplement qu'à me dire : Vous [ne] nous convenex plus; j^aurais remis à un autre le commandement de l'armée. Je doute que celui qui me remplace reraptira les fooclions avec plus de zèle et de dévouement pour la République que moi. Je cois qu'on trouvait que j'étais trop heureux à la guerre, qu'il y a des hommes assez ennemis de leur patrie pour désirer que je l'eusse été moins. Toutes les horreurs que les journaux onl vomies contre moi sont des calomnies. Il fallait me donner des torts pour qu'on ne puisse pas dire : Mais pourquoi ôte-t-on ce général? El cette prétendue correspondance avec les princes étrangers consiste en trois lettres du prince de Nassau. Dans une, je l'avais prié de faim

[Sosirr. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 235

69. PABIS, 3o SBPTEMBBB 1798 ^^K LB COMITE DB SALUT PUBLIC AU MINISTBE DB LA 6DBBBB BOUGHOTTB.

Anah/êe. — Envoi d'une lettre des représentants Trullard, Berlier, Hentz et Duquesnoy concernant la nomination du général Garrion ^'^K R II est plus que temps de purger de tous les hommes à masque nos armées trahies depuis si longtemps. 9 — On lit, en tête de ces mots, de la main de Bouchotte : « 5' division. Suspendre Garrion. »

(Orif., ng. par Caroot et Saint-Jott, Areh« adm. de la gai^rra, doMÎer Garrion. — Minote, Areh.iMt, AF n aSS.)

prendre les aangnats dans Tétendue de son pays où il y avait des troupes de la Repu- Mique; les deux autres sont au sujet des pompes à feu que je lui ai demandées pour la garnison de Sairelibre, qui n*en avait pmnt et qui en aurait eu besoin si cette viBe eât été assiégée, et qu*ii m*a accordées.

«VoiU cette fameuse trahison. Tavais d^aiOeurs montré ces lettres aux représentants du peuple près Tarmée de la Moselle , qui m'avaient conaeilié de les garder, parce que le prince de Nassau prenait dans ses lettres les qualités de duc de Diliqgi et cette qualité pouvait servir un jour contre hiL Tai mis ces lettrés dans une chemise et j'ai mis sur ie revers : LtUm dêêprineeê krwmgfn, pour pouvoir les trouver facilement quand on en aura besoin. Tu vob bien, mon amie, qu'il n'y a pas de quoi s'alarmer de cela. On pourra voir mon registre, on y trouvera la vérité. Si j'avais été on monstre capable de trahir ma patrie, anraisje gardé des lettres, les aurai»-je mises en évidence dans des chemises étiquetées et à la vue de tout le monde?

Cette seule réflexion aurait dû convaincre quiconque aurait ie bon sens que ce sont des lettres de nulle valeur; mais il fallait donner et trouver des torts k quelqu'un qu'on destitue, et il iallait faire voir au loldat que c'est une trahison pour m'dter sa

confiance, afin qu'il ne soit pas fatigué de ces continuelles destitutions. Nous sommes ici i9 généraux en prison.

« Adieu , mon amie ; ne me laisse pas plus longtemps dans l'attente de tes nouvelles. Je pense qu'on aura aussi cherché à égarer le peuple de Sarrebourg; mais, quand il apprendra ma justification, il me rendra son estime. Adieu. Mon adresse est : Au citoyen Bouchard , aux prisons de l'Abbaye , à Paris.»

A la même époque, Houchard écrivait de la Conciergerie à l'avocat et défenseur officieux Montroui la lettre suivante, dont je possède l'original et ddnt je publie le texte avec son orthographe défectueuse :

(rJe suis détenu, citoyen, à la consiergerie et soubsonné. Je suis l'homme du monde ie plus inocent. Je vous serés obligé de vouloir vous charger de la defiendre. Fait moi le plaisir de venir me voir ce soir, si il étoit possible.

9 Fofrs eoNcttoyifiy frHovcaAaB.7i

('} Gamot assiste à la séance du Comité (cf. Aulard, VU, i3o). Il rédige de sa main un arrêté sur les mesures à prendre pour la garde du représentant Antiboul.

(*) Cf. le texte de cette lettre des représentants, datée du 1 5 septembre 1 793, \ la page lilg.

S36 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [3o arr. 1793.J

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