M DCCC XCVII
AVERTISSEMENT
Le tome III de la Correspondance générale de Camot comprend la correspondance militaire du Comité de salut public, du 16 août au 3i octobre 1793.
Camot avait été adjoint, le ik août 1798, au Comité de salut public, pendant qu'il revenait de conférer avec le général Houchard. Le 1 6 août, il prit la direction des affaires militaires. Il ne l'abandonna que deux fois, du 3 5 au 28 septembre, pour porter des instructions au nouveau général en chef de l'armée du Nord, Jourdan, et du 6 au 20 octobre, pour faire exécuter le plan de campagne qui aboutit à la glorieuse victoire de Wattignies et au déblocus de Maubeuge.
Au point de vue militaire, le Comité de salut public correspondait directement avec le ministre de la guerre, avec les généraux en chef et avec les représentants du peuple près les armées. Il recevait aussi de nombreuses lettres des généraux de brigade et de division, des chefs d'élat-major, des commandants de place, des fonctionnaires militaires de tout ordre, qui s'adressaient au Comité pour les affaires publiques ou pour leurs intérêts privés. Enfin il examinait les dépêches et les rapports adressés par les généraux au ministre de la guerre et transmis par celui-ci au Comité.
La correspondance du ministre, des généraux et du personnel des armées était remise à Carnot; les lettres des représentants en mission, distribuées à d'autres membres du Comité,
UrUHKBU SATIORALS.
lui revenaient aussi quand les questions militaires primaient les questions politiques.
Carnot retenait les dépêches les plus importantes el confiait à ses secrétaires les lettres administratives, en ayant soin d'écrire en tête un canevas de réponse.
Ensuite il rédigeait les minutes des réponses aux lettres réservées et les communiquait à ses collègues; après approbation, il recopiait de sa main les plus confidentielles et s'en remettait pour les autres à ses secrétaires.
D'autre part, il examinait les minutes préparées, les corrigeait et parfois même en refaisait le texte. Il les rendait ensuite aux secrétaires, mais non sans avoir le plus souvent mis sa signature comme un visa au bas de ces brouillons.
Les lettres mises au net passaient à la signature. Les accusés de réception et les documents administratifs ne comportaient que deux signatures, avec la mention : Les membres du Comité de salut public chargés de la correspondance y et Carnot y apposait la sienne , en compagnie de Prieur (de la Gôte-d'Or) , ou de Billaud- Varenne, ou de Collot-d'Herbois.
Les lettres militaires ou confidentielles étaient revêtues des signatures de plusieurs membres du Comité et expédiées par des courriers spéciaux.
La besogne personnelle de Carnot consistait donc, outre la confection des plans de campagne et la rédaction des instructions et des arrêtés concernant les armées, à lire la correspondance militaire et à y répondre ou faire répondre (*l
'*' Carnot assistait l'égulièremeot aux séances du Comité et j'ai mentionné en note sa pi*ésence d'après le recueil Adard. Il rédigeait un certain nombre d'arrêtés, dont les originaux sont aux Archives nationales et dont le (exte a
été reproduit par M. Aulard. J'ai mentionné ces arrêtés autographes pour montrer la part de travail de Carnot et sa féconde activité. A la Convention on n'ignorait pas que Carnot tenait souvent la plume. Dans la séance du
AVERTISSEMENT
ni
(je Ministère de la guerre était alors occupé par Bouchotte; Né à Metz le 25 décembre lyB/i^^), entré au service comme soldat en 1778, capitaine en 1788, lieutenant- colonel le â6 janvier 1793, Jean Bouchotte était commandant temporaire de Cambrai quand Dumouriez livra aux Autrichiens le ministre de la guerre Beurnonville. Le k avril 1793, sur la proposition du Comité de défense générale (^î, la Convention procéda à l'élection, par appel nominal, du successeur de Beurnonville, et l'unanimité des suffrages se porta sur Bouchotte (*).
Le nouveau ministre prit séance au Conseil exécutif le 11 avril W et choisit les six adjoints chargés de diriger les six divisions de son département^^). Malgré des plaintes formulées
18 septembre 1793, Hérault-Sëchelles ayant déclare qu'un décret présente n'émanait pas du Comité de salut public et en ayant appelé à Prieur et è Camot, Jeanbon Saint-André s'écria :
<r Hérault a tort d'en appeler i eux, car le projet de décret est écrit de la main de Carnot.» (Cf. Moniteur, XVII,
^'> Cf. t. II, p. io4,notei.
^«> Cf. Aulard, III, 87 et 63. — C*est Barère qui lut le projet de décret , au nom du Comité de défense générale.
w Cf. Moniteur, XVI, 64. — Bonchotle écrivit de Valenciennes , le 7 avril 1793, au ministre des aflEedres étrangères Le Brun, chargé de l'intérim de la guerre, pour lui annoncer son acceptation. {Moniteur, XVI, 94.) Cette lettre tai lue dans la séance de la Convention du 9 avril.
t*) Cf. Aulard, m, 190.
^^^ Ces six adjoints, acceptés par le Conseil exécutif sur la proposition de
Bouchotte, dans sa séance du 16 avril (Aulardf III, a84), étaient les suivants : 1" division, Bouchotte, commissaire des guerres; a* division, Ronsin , commissaire ordonnateur en chef de l'armée de la Belgique; 3* division, Aubert, commandant temporaire à Cambrai; 4* division, Prosper Sijas, chef aux bureaux de la guerre; 5* division, Français, juge au tribunal de Lille; 6' division, Xavier Audouin, commissaire des guerres.
Le 5 mai, Aubert, nommé adjudant général chef de brigade, et Français, appelé à l'administration de la r^e de l'habillement, furent remplacés par le chef de brigade MuUer et par Deforgues , chef de bureau du Comité de salut public (cf. Aulard, III, 619).
Le 7 juillet, Muller, ayant donné sa démission pour se rendre à l'armée des Pyrénées occidentales, fut remplacé par Dnpin , chef de bataillon au corps du génie (cf. Aulard, V, aoi).
contre lui et même une disgrâce moineutanée, il était resté en fonctions, et c'est avec lui que Carnot et le Comité furent en relations constantes de correspondance.
Le Comité de salut public transmettait au ministre de la guerre copie des lettres se rapportant à l'administration ou contenant des réclamations (^). Bouchotte, de son côté, donnait des explications ou en demandait, et envoyait copie de certaines dépêches de généraux (^l II ne craignait pas de défendre ses bureaux contre les attaques fréquentes dont ils étaient l'objet W.
Carnot et Bouchotte étaient tous les deux dans la force de l'âge, et ils avaient une égale et prodigieuse faculté de travail. Tous deux étaient essentiellement des hommes de cabinet, acharnés à une besogne toujours croissante et voulant tout voir et tout faire par eux-mêmes. Bouchotte n'avait pas l'envergure d'esprit de Carnot; il s'attachait plus aux détails qu'à l'ensemble et n'exécutait pas toujours avec assez de promptitude et de vigueur les plans du Comité. Mais, quoi qu'il en soit, c'était un travailleur infatigable, qui rédigeait lui-même
Enfin le s aoàt 1793 , Gauthier, chef de la 9* division, remplaça Ronsin, nomme général de brigade , et Didier Jourdeuil, chef de bureau, Deforgues, nommé ministre des affaires étrangères (et Aulard,V,448).
Donc , an moment où Carnot entra au Comité de salut public, les adjoints an ministre àe la guerre étaient : pour la 1'* division, Bouchotte; pour la a*, Gauthier; pour la 3*, Dupin; pour la 4*, Sijas; pour la 5*, Joardeoil; pour la 6% Xavier Audouiu.
^') Cf. comme type la lettre du Comité à Boucholte en date du 17 août 1 793 , à la page 7. — 11 faut observer
que ni le Comité, ni Bouchotte ne se dessaisissaient des originaux des lettres qu'ils recevaient, mais en envoyaient seidement des copies, le plus souvent certifiées conformes.
^'^ Les généraux en chef correspondaient directement avec le Comité et avec le ministre de la guerre. Souvent ils envoyaient h Tun et k Tautre en même temps les mêmes nouvelles, avec plus ou moins de détails. Parfois aussi ils écrivaient seulement au ministre, en le priant de transmettre leur lettre au Comité.
^') Cf. la leltic de Boucholte au Comité, du 19 aoàt 1793, à la page â4.
AVERTISSEMENT. v
les minutes de sa correspondance et annotait de son écriture droite, fine et serrée, le volumineux courrier qui chaque matin emcombrait sa table (^). C'est à lui aussi qu'incombait la nomination des généraux, et les nombreuses suspensions prononcées alors par les représentants ou par le ministre rendaient cette tâche aussi ardue que délicate (^).
En somme, Garnot trouva dans Bouchotte un collaborateur un peu lent, mais exact et fidèle, pour la réorganisation de larmée et la défense nationale.
Les généraux en chef correspondaient directement avec le Comité. Les armées de la République étaient, dans la période daoùt à octobre 1798, au nombre de dix, à savoir : 1® larmée des Alpes et d'Italie, commandée successivement par Kellermann et Doppet; 2^ l'armée des Ardennes, commandée par Ferrand sous les ordres de Jourdan; 3® l'armée des Côtes de Brest, commandée par Canclaux et Rossignol; 4** l'armée des Côtes de la Rochelle, devenue bientôt armée de l'Ouest, commandée par Rossignol et L'Echelle; 5^ l'armée d'Italie, commandée par Brunet, Carteaux et du Merbion; 6® l'armée de la Moselle, commandée par Balthazar Schauenburg, de Launay et Hoche; 7** l'armée du Nord, commandée par Houchard et Jourdan; 8** l'armée des Pyrénées occidentales, commandée par de Prez de Crassier et Léonard Muller; 9° l'armée des Pyrénées orientales, commandée par Puget-Barbantane, Dagobert, d'Aoust et Turreau; 1 0° l'armée du Rhin, commandée par Alexandre de Beauhamais, Landremont, Carlenc et Pichegru. Il y avait de plus l'armée révolutionnaire, dont Ronsin, ancien adjoint de Bouchotte, était général en chef.
^*> Carnot était presbyte, el Bou- ^'^ Cf. le remarquable tableau que
chotte ëtait myope. L'inspection de M. Arthur Ghuquet a fait de Bouchotte
leur écriture rëv^ les différences de et de son administration dans Honi-
leur œil et de leur nature. schoote, chap. i.
Des chefs d'état-major, comme Giacomoni (armée des Pyrénées orientales), Laroche (armée des Pyrénées occidentales), Demont (armée du Rhin), des généraux de division et de brigade en activité ou suspendus, des commandants de place, des adjudants généraux envoyaient aussi des lettres particulières au Comité.
Cet ensemble, qui s'accroissait encore d'une partie de la correspondance des représentants près les armées, constituant la correspondance militaire du Comité et le lot particulier de Carnot, on trouve donc dans le présent recueil :
1° La correspondance du Comité de salut public avec le ministre de la guerre, les généraux et le personnel militaire, et les réponses de ceux-ci (*'.
a^ La correspondance particulière de Carnot avec les généraux et avec ses collègues.
3® Les lettres du Comité aux représentants près les armées, dont les minutes ont été écrites ou corrigées par Carnot.
La correspondance des représentants avec le Comité ayant été publiée par M. Aulard , je me suis borné à signaler les pièces nécessaires à l'annotation. Toutefois j'ai reproduit intégralement quelques dépêches intéressantes pour l'histoire militaire, qui n'avaient été qu'analysées dans le Recueil des actes du Comité de salut public W.
^^' Je n*ai pu trouver, ni aux archives du Mluistère de la guerre, ni aux Archives nationales, de registre contenant le texte du au moins le rësumë des lettres adressées par le Comité de salut public au ministi-e de la guerre et aux généraux. C'est là une lacune fâcheuse, qui se trouve comblée partiellement par les lettres du ministre et des gêné* raux au Comité.
^*^ On trouvera de cette façon jour par jour le travail de Carnot et du Comité pour la i)artie militaire. J'ai continué à donner des notices sommaires sur les généraux , à mesure qu^ils apparaissaient dans la correspondance.
Les dates des états de service ont été contrôlées sur les documents conservés dans les archives administratives du Ministère de la guerre.
AVERTISSEMENT
J'ai publié in extenso tous les documents importants et j ai seulement analysé les autres. J'ai aussi donné, à titre de pièces justificatives, mais à leur ordre chronologique, quelques lettres adressées au ministre de la guerre et communiquées par lui au Comité. Telles les lettres de Jourdan écrites avant, pendant et après la bataille de Wattignies, et destinées autant au Comité qii'au ministre.
Enfin j'ai jugé opportun de réunir tous les documents se rapportante la bataille de Wattignies, qui est un des épisodes les plus glorieux de notre histoire militaire et de la vie de Carnot(^).
Les sources de mon travail ont été surtout, comme pour les deux volumes précédents, les archives historiques et administratives du Ministère de la guerre et les Archives nationales (^l Le recueil de correspondance, où Carnot a fait copier toutes les lettres et tous les arrêtés qu'il considérait comme son œuvre personnelle, m'a été des plus précieux. Grâce à ce répertoire, qui a été mis gracieusement à ma disposition par M™° veuve Hippolyte Carnot, je suis assuré de ne pas omettre de document capital. J'ai d'ailleurs retrouvé dans les archives publiques la plupart des originaux des lettres dont ledit recueil nous fournit les copies, et j'ai pu ainsi vérifier l'exactitude du texte.
^'^ J'ai publie, en Pièces justificatives , le rapport de Carnot sur la manuCacture extraordinaire d'armes établie à Paris, bien qu'il fût du i3 brumaire an II (3 novembre 1793), parce qui!
explique et complète les lettres de Carnot relatives à la fabrication des armes.
^*^ Toute la correspondance militaire adressée au Comité de salut pu-
blic était numérotée, puis inscrite avec une courte analyse sur un registre , actuellement conservé aux archives historiques du Ministère de la gueiTe. — Les dossiers de la série AF 11 des Archives nationales , qui conceroent les représentants en mission, l'administration de la guerre et le personnel des armées , m ont fourni un grand nombre de documents.
EnGn j'ai usé des Mémoires autographes et inédits de Jourdan , conservés au Ministère de la guerre ^^K
Etienne Gharavay.
^'^ Je ne saurais trop renouveler ma gratitude k M""* Hippolyte Camot et à M. le capitaine Sadi Carnot qui m'ont ouvert leurs archives de famille avec tant de libéralité; à M. le commandant Margueron, chef du bureau des Archives historiques du Ministère de la guerre , et à MM. Brun et Martinien ; à M. Léon Hennet, sous-chef du bureau des Archives administratives du Ministère de la guerre; k M. Gustave Servois, directeur des Archives nationales.
et è ses collaborateurs MM. Emile Compardon , Rocquain et A. Tuetey; à mes amis MM. A. Aulard et Arthur Cbuquet; et enfin h M. Albert Sorel, que je suis heureux d'avoir pour commissaire responsable. Je tiens aussi à exprimer mes remerciements k M. le Directeur de rimprimerie nationale , et à M. Ilëon , chef du service des travaux typographiques, et à ses collaborateurs, qui m ont facilite ma tâche avec la plus parfaite obligeance.
COMITÉ DE SALUT PUBLIC
CORRESPONDANCE MILITAIRE k DATER DU 16 AOÛT 1793.
[Le 1 9 aoàt 1 798 le représentant Gossuin s'exprima en ces termes au début de la séance de la Convention :
ffDéjà six puissances coalisées ont envahi une partie des départements du nord; d^à Condé et Vdenciennes sont en leur pouvoir; Cambrai est cerné et dles marchent en ce moment sur Péronne. Nos forces sont encore supérieures à cdles de Tennemi, mais elles ne sont pas commandées; nous n*avons pas de généraux. Le ministre de la guerre n*est qu'un mannequin , qui ne fiait rien par lui-même. D ne prend conseil que des clubs; il s'adresse aux Jacobins, il les trompe et leur dit : Je suis patriote. Pendant ce temps l'ennemi s'avance et le ministre ne fiût rien pour l'arrêter.
ffje demande que les membres du Comité de salut public, le ministre de la guerre et tous les ministres se rendent dans l'assemblée; que le Comité déclare s'il croit le ministère capable de sauver la France. S'il en est autrement, il &ut s'occuper de choisir un ministre capable; les circonstances l'exigent impérieusement; enfin il fisiut prendre des mesures pour que l'ennemi ne passe pas Péronne. Je demande aussi que les membres absents du Comité de salut public soient remplacés. Prieur et Saint-André sont en commission , Hérault est au fisiuteuil et les autres sont obligés de se rendre à l'assemblée. Il faut, au reste, que le ministre rende compte, séance tenante, de ce qu'il a fiut et de ce qu'il peut fiûre pour sauver la patrie, i»
Delacroix (d'Eure-et-Loir) appuya la proposition de Gossuin, mais demanda que le Comité de salut public flt un tableau de la situation actudle de la République et donnât son opinion sur le ministre de la guerre Bouchotte. «r Quant aux autres ministres, je ne crois pas leur présence nécessaire; il doivent rester à leur poste, n Malgré l'insistance de Gossuin sur la nécessité de la présence de tous les ministres, la Convention adopta la proposition de Delacroix.
avMHsua unoRAu.
2 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [i6 aoôt 1793.]
Dans la journée, Barère fît, au nom du Comité de salut public, le rapport exigé par le décret du matin. Il paria de Bouchotteen termes élogieux. «rSi vous voulez, dit-il, savoir Topinion particulière du Comité sur Bouchotte, il vous dira qu'il reconnaît en lui un républicanisme assuré, une exacte probité, un honmie considérablement laborieux ; mais il vous dira aussi que jamais l'administration de la guerre n'a présenté des travaux si immenses, d Puis il donna connaissance des lettres reçues sur l'état des armées et dit : «r J'ajouterai que le Comité a arrêté un plan de campagne et que le militaire qui Ta rédigé est chargé de le porter au général Houchard. ji
Ce militaire était Camot, récemment rentré de sa mission dans le Nord^^\ et qui venait en effet de repartir pour exposer au général Houchard le plan de campagne qui avait pour objectif de délivrer Dunkerque et de reprendre les autres villes occupées par l'ennemi ^^.
Le i3 août, Hérault-Séchelles, qui présidait alors la Convention, rappela que le Comité de salut public devait être renouvelé en entier; mais Delacroix (d'Eureet-Loir) s'écria : ttCe serait une calamité publique que de renouveler en entier, ou même en partie, un comité dont les membres tiennent dans ce moment le fil de tous les plans militaires. Je demande que les membres actuels du Comité soient proi'Ogés à un mois. it La Convention décréta aussitôt cette proposition.
Le 1 & août, Barère fit adjoindre au Comité de salut public Camot et Prieur de la Cêle-d'Or^'\ et les deux nouveaux membres, dont le premier venait de rentrer à Paris ^*\ assistèrent aussitôt k la séance du Comité ^'^ Camot fut spécialement chargé des opérations militaires et du personnel des années, et Prieur, des armes, des munitions et des hôpitaux. Ils entrèrent aussitôt en fonctions et dès le 1 6 août Camot rédigea la correspondance qui lui incombait.
Le Comité de salut public se composait donc, au ti août 1798, de onze membres : Barère, Camot, Couthon, Hérault de Séchelles, Jeanbon Saint-André, Robert Lindet, Prieur de la Côte-d'Or, Prieur de la Mame, Robespierre, Saint- JustetThuriotW.]
(•) Cf. 1. 11, p. 447.
(') Camot était reparti ie 11 août. (Cf. t II, p. 45i.)
'>^) La minute du décret de la Convention, écrite de la main de Barère, est ainsi conçue : «rLa Convention nationale, après avoir entendu le rapport du Comité de salut public, lui adjoint les dtpyens Camot et Prieur de la Côte-d'Or.» (Oriç., Arch. naU, C a6â.)
(*) Cf. t. U, p. A5a.
W Cf. Aulard, V, 546.
W Le Conseil exécutif provisoire se composait alors des six ministres suivants : Gohier, pour la justice; d^Albarade, pour la marine; Deforgues, pour les afibires étrangères; Garai, pour Tintérieur (remplacé le ao août 1793 par Paré); Bouchotte , pour la guerre ; Destouraelles, pour les contributions publiques.
[16 AoÔT 1793.] œRRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.
1. Paris, 16 aoôt 1798 ^^\ le comite de salut public au ministre de la guerre boughotte.
Paris, le 16 août 1793, Tan 11 de la République française.
LES RSPniSEItTÀNTS DU PBUPLB , MEMBRES DV COMETE DE SÀLOT PVMLiC, ÀV CITOYEN MINISTRE DE LÀ GVEBRE»
Citoyen ministre,
Le citoyen Vergnes ^^\ général de brigade et chef de Tétat-major de Tannée des GAtes de Brest, nous a envoyé copie de la lettre qu'il nous a adressée en date du li de ce mois, relative aux officiers du régiment du Gap, dernièrement débarqués à Auray, qui s'obstinent à entrer dans le a' bataillon du 106* régiment, malgré l'arrêté des représentants du peuple délégués près cette armée, qui les place dans le 1" bataillon. Par cette lettre, il paraît encore que les soldats de ce corps regardent ces officiers comme des contre -révolutionnaires, puisqu'ils ont fait contre eux une dénonciation qui contient une foule de faits très graves. Nx)U8 vous prions instamment de prendre cette affaire en considération : elle nous paraît très urgente, vu les circonstances actuelles où les ennemis de la liberté emploient tous les moyens de lui nuire. Vous voudrez bien nous informer sans délai des mesures que vous aurez prises pour maintenir l'exécution de l'arrêté des représentants du peuple et ramener à la loi des hommes qui veulent s'y soustraire. Par
(') Gamot assiste à la séance du Comité de salut public (Aulard, YI, 9). Le même jour, le Comité de la guerre charge Guillemardet et Chéteauneuf-Randon dVxaminer une macbine de guerre présentée par le citoyen Gnirard, de Nancy, et de se concerter à ce sujet avec Camot et Prieur de la C^te-d'Or. ( Arch. nat , AF 11 1 h.)
(*) Jacques -Paul Vergnes, né à Tonneins (Lot-el-Oaronne) le 19 avril 1765, élève à fécole du génie de Ménères le 3i janvier 1773, lieutenant le 18 jan*
vier 1775, capitaine le 19 mars 1786, ad» judant général lieutenant-<!olonel le 1 5 novembre 1 799 , et colonel le 51 février 1 793 , général de brigade le 5 mai 1793, chef d'état-major de Tarmée des Côtes de Brest, suspendu de ses fonctions le s 3 vendémiaire an 11 (i4 octobre 1793), admis au traitement de réforme le i3 novembre 1800, préfet de la Haute-Sadne en mai 1809, retraité le 11 juin 1811, mort è Marmande (Lot-et-Garonne) le la février t8&i.
& CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 Aoftr 1793.]
cela seul, ils se rendent très suspects et donnent beaucoup de poids aux griefs dont ils sont accusés ^^\
Les membres du Comité de salut public, L. Cabnot, Saint-Jost, Thuriot.
(Orjg. , ktth. d« k guam, armée des Cdtes de Brest)
LE MINISTRB DE LA GUERRE BOUGHOTTE AU GOMrT^ DE SALUT PUBLIC.
Analyse. — Prière de lui envoyer sur le champ l*expëdition de Tarrété pris par le Comitë pour la répartition des trois mille hommes tu^és des armées du Rhin et de la Mosdie et destinés k Tarrnée du Nord.
(Orig., Areh. de la guerre, armée da Nord.)
PARIS, 16 AOAt 1793.
LE G^NiRAL DE BRIGADE ALEXANDRE BERTHIER ^^^ AU COMITE DE SALUT PUBLIC.
Analyse. — Envoyé par les commissaires de la Convention près Tarmée des
(*) On iit en marge cette note autographe de Bouchotte : «r Écrives k Candaux de prendre les moyens nécessaires pour que Tarrété des représentants ait son plein et entier effet. Écrivez-moi ce qui se sera passé.»
^ Louis-Alexandre Berthier, né à Versailles (Seine -et -Oise) le 10 novembre 1753, ingénieur géographe le 1" janvier 1 766 , lieutenant dans la l^on de Sandre le s&mars 177a, capitaine le a juin 1777, sous-aide maréchal général des logu surnuméraire de Tarmée de Rochambeau aux États-Unis le 1*' janvier 1781, aide-maréchal général des logis le a décembre 1787, rang de lieutenant -colonel le 11 juillet 1789, commandant à Versailles par intérim le 37 décembre 1 789 , adjudant général colonel le i** avril 1791, maréchal de camp le a a mai 179a et dief d^état-major
de Tannée du Nord le 96 du même mois, suiqiendu le ao septembre 179a, volontaire k Tarmée des Côtes de TOuest le 1 1 mai 1793 , requis par les représentants de rem- |Hir les fonctions de chef d'état-major de l'armée des G6tes de la Rochelle le 1 a juin 1793 , envoyé en mission k Paris le 1*' juillet 1793, réintégré comme général de brigade et chef d'état -major de l'armée des Alpes et d'Italie le 5 mars 1795, général de division le i3 juin 1795, chef d'état-major de tannée des Alpes le 8 octobre 1795 et de rarmée d'Italie le a mars 1796, général en chef de l'armée d'Italie le 9 décembre 1 797, chef d'état-major de l'armée d'Angleterre le 8 mars 1798 et de celle d'Orient le 10 mai suivant, ministre de la guerre le 10 novembre 1799, général en chef de l'armée de réserve le a mars 1800, ministre de la guerre du 8 octobre
[i6 AOÛT 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 5
CAtes de la Rochelle ^'^ au Comité de salut public avec le gênerai Dutniy ^'^ à Teffet de demander les moyens nécessaires pour frapper un coup décisif sur les rebelles de la Vendée, il reste dans Tinaction, quand û devrait combattre. Il expose ses services, «r Je suis loyal; mon cœur est pur et je n'ai jamais connu Tintrigue; J'ai constamment suivi la ligne de mes devoirs et mes principea de liberté^ d'^falité et de respect pour la souveraineté nationale. ^
(Impr. de S p. in-A*, eoll. de M. ihienne Charavay.)
LES G^nMrAUX BEAUREGARD ET SABOCREUX ET LES ADJUDANTS G^N^RAUX LUCE,
DUYERGER ET THÛRING DE RHTS AU G01IIT< DE SALUT PUBLIC.
Analyses. — 1* Le général Beauregard ^'^ écrit de Paris pour solliciter une audience qui lui permette de s'expliqua sur la querdle que lui a suscitée Tintrigue
1800 au 9 août 1807, maréchal de TEmpire le 19 mai 180/1, prince de NeuchAtd et de Yalaogin le So mars 1806, viceconnétable de TEmpîre le 9 août 1807, prince de Wagram le i5 août 1809, pair de France le à juin ]8i&, mort i Bambei^ (Bavière) le i*' juin 181 5.
<^) Par une lettre de Bourbotte et de Turreau, en date du 1*' juillet 1793.
t*î Jacques d'Ulruy, né à Genève (Suisse) le ao novembre 176a, entré au régiment suisse de Sonnenberg le 3 novembre 178a, congédié le 3i mars 1788, engagé dans le r^iment suisse de Vîgier le 18 septembre 1788, capitaine de la 1** compagnie des chasseurs nationaux en 1799, chef du 19* bataillon d'infanterie l^ère le «7 février 1793, général de brigade le i3 juin 1793, suspendu le 19 thermidor an n (6 août 1794), remis en activité à Tannée de TOuest le a& brumaire an If (i5 novembre 1796), réformé le i*' vendémiaire an v ( 9 a septembre 1 796) , remis en actirité à Tannée d'Angleterre le 9 nivûae an nu (3o décembre 1799)1 envoyé à Saint-Domingue le a frimaire an i (93 novembre 1801), rentré en France, en non-actirité le 3 nivôse an u (9/1 décembre 1809), commandant de la Légion d*honneur le 95 prairial an xii (i& juin
180/1), employé dans la 7* division militaire le 9 brumaire an un (3i octobre 1806), baron de TEmpire le 1 8 août 1 809, commandant du département de Jemmapes le 5 mai t8t3, mis en non-actirité en juin 181/1, commandant les gardes nationales du Finistère en juin 181 5, retraité le 94 juillet 1816, mort à Ghoisy-le-Roi (Seine)le 97 avril 1 836.
(') Pierre-Baphaël Paillot de Beauregard, né à Saint-Palais (Charente-Inférieure) le 1 4 février 1 73 4 , fils d*un avocat , cadet dans le régiment de Noailles-Cavalerie en 1755, lieutenant de dragons de Glermont le 16 mai 1768, aide-major le i5 décembre suivant, réformé le 1" janrier 1760 et redevenu lieutenant de dragons , capitaine d^infanterie le a 1 mai 1 766 et de dragons le 99 février 1768 , capitaine en second au régiment de Penthièvre le 9 décembre 1776, lieutenant-colonel de chasseurs et chevalier de Saint-Louis le 8 avril 1779, maréchal de camp le 1** mars 1791, général de division à Tarmée des Ârdennes le i5 mai 1793, suspendu le 1 7 octobre 1 793 , arrêté et emprisonné à Arras le 90 du même mois, mis en liberté le 1 9 fractidor ( 99 août 1 79 ^i ) , retraité le 93 brumaire an ni (1 3 novembre 1794), employé i Tannée de TOuest le
€ CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [iCaoôt 1798.]
du gënëral Kilmame et aa sujet de laquelle H a ^ mande par le mimstre de la gueiTe-^*\ (Analyse, Arch. de la guerre, reg. du Comité de salut pdbiic, C, p. 38a.) — a* Le général Saboureux ^*\ commandant k Calais, rend eompte des rassourees- que cette place devrait renfermer pour soutenir un siège de six mois , et en réclame «renvoi. (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.) — 3* Le commandant temporaire de Maubeuge ^*^ envoie un état de Tarsenal de cette place et demande trente pièces de canon. (Analyse, id.) — à* L'adjudant général chef de bataillon Duverger ^*\ faisant fonctions de chef d'état-major, écrit du quartier général du camp de la Maddeine pour se plaindre du grand nombre d'officiers généraux employés aux armées et de la manière dont on les choisit. Il dénonce plusieurs abus de la division de Lille et sollicite le grade de chef de brigade ^^K (Analyse, id.) — 5* Thiiring de Rhys ^^\ ex-adjudant général à l'armée du Nord, écrit de Paris qu'il a été déchargé par le tribunal révolutionnaire des griefs qu'on lui reprochait. Il donne l'état de ses services et demande à être employé de nouveau. (Analyse, id.)
ik fructidor an m (3i août 1795), Aitorisé à prendre sa retraite le 11 nivôse an IV (i*' janvier 1 796 ) , retiré à Saintes. Le général Paiiiot de Beauregard avait fait \e» campagnes d'Allemagne de 1767 à 1769.
(*) Le général Kilmaine avait écrit de Carignan, le 10 juillet 1793, à Sauviac (Orig. aut., Arch. adm. de ta guerre, dossier Beauregard) : «rTAcfaez, au nom de Dieu, de me défaire de ce vieux générai Beauregard; c'est un vrai procureur de l'ancien régime, un vil intrigant, qui me met toute la division en désordre. Je ne peux plus faire le bien de la République en servant avec lui . . . Qu'on l'ôte d'ici ou qu'on m'en 6te ; je servirai partout la patrie avec xèle, mais avec un intrigant qui , joint à cela, radote, je ne réponds plus de rien ...» — De son côté, le général Beauregard envoya, le la août 1798, au ministre de la guerre un mémoire centre Kilmaine.
<») CfU. II,p. r8.
^'î Edouard Luce, Agé de 63 ans, commandant de la garde nationale de Maubeuge, avait été nommé commandant temporaire de cette place le 6 août 1793. (GC lettre du a4 août 179^, Arch. delà guerre, armée du Nord. ) 11 était chevalier de Saint- Louis et remit sa croix à la municipalité le i3 septembre suivant. (Cf. Foucart et
Finot, II, s 16.) — La vîiie de Maubeuge était alors bloquée sur la rive gauche de la Sambre par les Autrichiens, et la municipalité, d'accord avec le général Gudin, commandant de la place, preuait les mesures nécessaires pour la défense et renvoyait les bouches inutiles. (Cf. Foucart et Pinot, II, 311.)
(*) Alexis-Jean-Henri Duverger, né à Étampes (Seine-et-Oise) le i4 décembre 1755, gendarme à la compagnie des Anglais le 3 mars 1770, exempt des gardes de la connétablie le 9 3 avril 1781, lieutenant en premier des grenadiers du bataillon de garnison de Flandre le 1 4 octobre 1 7B8 , capitaine dans Royal- Vaisseaux le ]5 septembre 1791, adjudant général chef de bataillon le 8 mars 1 793 et chef de brigade le 8 germinal an ir (98 mars 1794), générai de brigade le 7 avril 1 795 . commandant de la Légion d'honneur le lû juin i8oâ, chevalier de Saint-Louis le 3o août 181 4, prévôt de la cour prév(^ taie de Golmar le 10 janvier 1816, lieutenant général honoraire le 1 6 septembre 1818, mort à Paris le 1 3 janvier 1 83o.
^*ï Cf. une lettre adressée le même jour au ministre de la guerre par Duverger.
(Arch. de la guerre, armée du Nord.)
W Cf.t. II,p. 91.
[17 Aoftt 1793.] COHHESPONDANGE MILITAIRE DU COMITÉ.
2. ^BIS, 17 AOÛT 1798 ^^\ LK COMITE DE SAllJT PtJBLlG AtJ MINISTRE M LA GUBftllE BOUGHÛTTR.
Paris, le 17 aoâl 1793, Tan 11 de la République. LM COMird DE iAUJT POMUa AU MltnntUS DM U fffMMr*
Nous vous faisons passer, citoyen ministre, copie de la lettre que nous a écrite le général de division commandant en chef Tarmée du Haut<^Rhin ^^\ par laquelle il se plaint de n'avoir reçu aucune réponse aux différentes missives qu'il vous a adressées pour vous demander des secourt dd tout genre pour cette partie des frontières où il com* mande.
Il est bien étonnant que les ordres que vous avei sûrement donnés n'aient pas été exécutés dans vos bureaux. Cette négligence prouve combien il est essentiel que vous surveillies les individus qui les com*posent. Nous vous recommandons instamment cette vigilance pour ne garder que les sujets vraiment attachés à la cause de la Révolution et qui, par leurs actions et par leur civisme, feront connaître leur amour pour la liberté et l'égalité ^^K
Vous voudrei bien aussi nous informer sans délai des mesures que vous aurez prises pour faire parvenir très promptement tout ce qui est nécessaire pour la défense de la frontière du Rhin, menacée par les tyrans coalisés contre la République française (^\
Le$ membres du Comité de salui public chargée de la correepandance ,