LE REPRÉSENTANT DUQUESNOY AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Gassel, 96 août 1793, Tan u de la Répubiiqne.
LB REPRÉSENTANT DU PEUPLE ENVOI i PRÈS L'ARMEE DU NORD AVX REPRÉSENTANTS DU PEVPLE COMPOSANT LE COMITE DE SALUT PUBLIC,
Citoyens mes collègues.
Des oflSciers municipaux de Dunkerque me sont venus hier exposer les dangers que courait 'cette place; ils me demandèrent des secours, ainsi que la ville de Bergues. Je ftis avec eux chez les généraux et, après un conseil de guerre tenu, il fut arrêté que le général Jourdan partirait sur-le-champ avec toute sa division et irait s'emparer en passant du poste de Watten , où il laisserait un bataillon avec deux pièces de canon et un détachement de chasseurs; qu'il filerait ensuite le long du canal de Gravelines, pour rester maître des écluses; qu'il jetterait dans cette place un bataillon, deux dans Dunkerque et un dans Bergues, et qu'avec le reste de sa division il se tiendrait à peu de distance de Dunkerque , où il serait à portée de faire entrer tous les secours dont cette place pourrait avoir besoin.
Les officiers municipaux de cette ville ont dit n'avoir point du tout de confiance dans les talents miUtaires du général O'Meara , qui commande en cette place. Le général Houchard arriva dans ce moment avec son adjudant et les rassura, en leur disant de leur envoyer un autre général et qui devait déjà y être rendu.
Nous eûmes un second conseil de guerre dans lequel on arrêta des mesures contre mon opinion qui, si elles ne sont mauvaises, sont au moins très hasardées; car si le général Houchard ne réussit pas son expédition , je regarde le département du Nord et celui du Pas-de-Calsus comme à peu près envahis.
Voici quel est son projet : il doit attaquer demain le camp de Menin avec 3o,ooo hommes partant de dessous lille; s'il réussit, il poussera jusqu'à Ypres, Popennghe et Fumes, et coupera par ce moyen la retraite aux Anglais et leurs alliés qui se trouvent devant Dunkerque , Bergues et ailleurs. Si ce projet réussit , nous serons maître? avant la fin de septembre des Pays-Bas, mais si au contrab*e le coup manque , je vous le répète , les deux départements du Nord coureix)nt de grands dangers. Ce fut son adjudant général Vernon , ci-devant aide de camp de Custine, qui pro|K)8a ce plan et le fit adopter; il a infiniment de connaissance et d'activité dans ce qu'il fait, mais il a des yeux qui ne me plaisent pas.
Salut et fraternité.
DOQDBSNOY.
P. S, La Convention nationale vient de rappeler mon collègue Le Bas; vous
(*) Le recueil de M. Xulard (Vi, 119) u'ayaut donné qu'une analyse de cette lettre, je la reproduis in eœtêtuo à cause de ses détails militaires.
[36 AoÔT 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 49
voudrez bien aussi me faire donner un successeur. Le Comité se souviendra que , si je suis retourné en commission, ce n'a été que parce que j^étms sûr que les principes de Le Bas concordaient avec les miens.
(Orig. tut, Âreb. de la gaerre, armée do Nord.)
RENNES, â6 AOÛT 1793.
LE GiNÉRAL BEYSSBR ^^^ AU GOMITé DE SALUT PUBLIC.
Rennes, le 36 foùt 179S, Tan 11 de la Répobliqae française.
J.-ir. BEYSSBH, GiNÉRÀL DE BRWADB , COMMANDANT TEMPOnAlRB DE LA VILLE DE NANTES, AUX REPRÉSENTANTS DU PEUPLE COMPOSANT LE COMITÉ DE LA CONVENTION NATIONALE,
Conformément aux instructions que vous m'avez données ^\ j*ai recueilli sur ma route tous les renseignements que j'ai pu me procurer sur les troubles qui se sont âevés dans les départements voisins de ceux de la ci-devant Bretagne. Je m'empresse de mettre sous les yeux le résultat Je désire qu'il remplisse votre objet et qu'il vous offre une nouvelle preuve de mon dévouement k la Convention nationale.
J'ai trouvé l'administration de la Mayenne presque entièrement dispersée; la cause de cette terreur subite était le passage à Laval du 1 1* de Seine-et-Oise. J'ai causé avec qudques administrateurs restés k leur poste; j'ai causé avec le peujrfe et le militaire. J'ai trouvé ce premier, comme il l'est partout, plein de zMe pour la liberté et dans les meilleures dispositions ; il s'en faut bien que je puisse rendre le même témoignage k l'esprit de l'administration et de la classe fortunée de cette
(') Jean -Michel Beyseer, né k Bibeaovillé (Haute-Alsace) le à novembre 1753, enrôlé au régiment de Lorraine (dragons) le 8 octobre 1769, congédié le 11 mars 1778 , chirurgien-major avec brevet de capitaine au régiment suisse Meuron au service de la compagnie des Indes néerlandaises le 1** juin 1781 , rentré en France en 1788, major des dragons nationaux de Lorient le 17 juillet 1789, lîeutenantcoiond le i** juillet 1 790 , capitaine dans la gendarmerie du Morbihan le 10 décembre 1791 , chevalier de Saint-Louis le 97 mars 1799, adjudant général lieutenant-colonel le 10 février 1793, chef de brigade au a t* chasseurs à cheval le 7 mars 1793, adjudant général chef de brigade le 6 mai
ni.
1793, générai de brigade à Tannée des G6tes de Brest le 3o juin 1 793 , général en chef de Tannée des GAtes de la Rochdle en remplacement de Biron le 1 9 juillet 1 793 , mandé à la barre de la Convention le 18 juillet 1793 , rétabli dans ses fonctions le 19 août, arrêté le 19 septembre 1793, condamné k mort et exécuté à Paris avec Arthur Dilion,Ghaumette, Gobel, etc., le %à germinal an 11 (i3 avril 1794).
(*) Le 90 août 1793, le Comité de salut public avait chargé le général Beysser de surveiller en Bretagne Teiécution des décrets rendus contre les Girondins, et de dissiper le reste de la force armée des rebelles. (Cf. Chassm, La Vendée patriote, II, kSi et suiv.)
larKiHKua iatioiau.
50 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aÔAoÔT 1798.]
ville; en général, il est très mauvais; on s'y Miciie hautement des succès des ennemis de la République ; on y ose former des voeux de les voir biéntAt mahres de la France entière. Le i3* bataillon de la formation de Soissons a des querelles avec les jeunes gens de cette ville , par Timpudeur des propos aristocratiques qu'ils tiennent dans les cafés.
J'ai remarqué avec la plus vive satisfaction que le peuple écoutait avec plaisir la justice que je rendais à la Convention nationale. Cependant ce peuple est malheureux; il n'a que du mauvais pain qu'il paye à un prix excessif; encore craint-il d'en manquer. L'administration impute cette disette à la loi sur la taxe des grains, qui est exécutée dans ce département, tandis qu'elle ne l'est pas dans le '- département voisin , où l'espoir d'une vente avantageuse fait abonder les denrées, n ne m'appartient pas déjuger de l'effet politique de cette loi; c'est un bit que j'ai cru devoir mettre sous les yeux du Comité de salut public. Ayant appris que le président et le procureur général syndic s'étaient soustraits par la fuite à l'exécution d'un mandat d'arrêt décerné contre eux par le Comité de sûreté générale de la Convention , j'ai donné ordre au commandant de la gendarmerie de les arrêter, et, s'il réussit, je réponds de faire exécuter les ordres de la Convention.
A r^ard des troubles qui agitent les districts de Laval , de Fougères et de Vitré , la terreur a beaucoup grossi le mal. Cette prétendue avant-garde de l'armée chréûexme se réduit à une bande de forçats renvoyés ou échappés des gdères, de cidevant contrebandiers ou employés réformés, qui se sont faits voleurs de grand chemin et qui affichent l'aristocratie pour anoblir le métier, grossir la troupe et la présenter sous un aspect moins révoltant. Des prêtres , qui se sont associés avec eux, les servent merveillaisement, et rendent non le combat, car ils ne veulent pas se battre, mais leur poursuite extrêmement difficile, en leur ouvrant desasiles chez les paysans généralement tous fanatisés et esclaves de leur superstition. J'ai trouvé à Vitré, à Laval et à la Gravelle divers corps de troupes envoyés pour s'opposer à leurs progrès. Après avoir pris sur la position des brigands des renseignements aussi précis qu'il est possible de les prendre sur des bandits qui sont en troupes peu nombreuses et qui sont sans cesse en mouvement, j'ai conceoté avec l'adjudant général Chamberting ^'^ une battue qui aura lieu le mercredi a 8. La partie de la forêt dans laquelle ils sont actuellement sera percée à la fois dans tous les sens, par huit ou dix colonnes de troupes. Je me flatte que la chasse sera heureuse. J'ai fait sur-le-champ une prodamation aux habitants des campagnes. J'espère qu'dle aura un bon effet, mais je ne dois pas vous le dissimuler, les ci-devant nobles, les riches, les prêtres travaillent en tous sens nos malheureuses campagnes. Une foule de communes rurales refusent de fournir leurs contingents pour le recrutement de l'armée et de se former en garde nationale, de porter la cocarde tricolore , et affichent la plus grande haine pour la Révolution, n est impossible de ne pas y reconnaître l'effet des suggestions de leurs ci-devant
(1) François-Marie-Julien Chamberting, 1 799 , aii^udant générai chef de bataillon
né à Jemeppe (Belgique) le a8 juillet le s 5 mai 1793 et chef de brigade ^1 ven-
17 55, 8ous-lieutenant au régiment de La démiaire an m. (Gf Ghassin, La Vendée
Marck en 1789, capitaine le 1" juillet patriote, III, 3a9.)
[îGaoôt 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 51
nobles et grands propriétaires. J'ai reçu à cet ^ard une forte dénonciation de la part des patriotes de Vitré , qui sont d'autant plus ardents qu'ils sont en plus petit nombre. La situation actuelle de cette ville m'a paru nécessiter des mesures extraordinaires de sûreté, et j'ai pris sur moi de mettre provisoirement en arrestation et en état de surveillance quelques femmes ci-devant nobles, accusées de correspondances suspectes et propos contre-révolutionnaires. J'ai fait aussi arrêter un cidevant seigneur, homme immensément riche et dont presque toutes les possessions sont en état de révolte , et qui par sa conduite artificieuse m'a paru un des plus dangereux ennemis de la liberté , quoiqu'il n'existe contre lui aucun délit légalement prouvé. Ses sentiments ne m'ont point échappé i travers l'ambiguïté de ses réponses et les vains prétextes dont û colorait sa conduite. J'ai (Ut mettre les scellés sur les papiers et rendrai compte de ce qui pourrait [se] découvrir aux représentants du peuple près de l'armée des Côtes de Brest, qui, s'ils m'en croient, le tiendront en état de surveillance jusqu'à ce que les campagnes de ce canton soient rentrées dans l'ordre et le devoir.
Arrivé ici depuis deux heures, je ne puis rien vous dire de positif sur l'esprit qui y règne. Je me suis déjà occupé de la mission que vous m'avez donnée pour cette ville, et j'ai tout préparé pour le succès d'une autre bien plus importante dont vous m'avez chargé. Je n'oublierai rien pour l'assurer et pour donner à la Convention nationale des preuves de ma reconnaissance et de mon dévouement.
Le général de brigade, J.-M. Bbtssbr.
P. S. Je viens de voir les canonniers. La dénonciation faite contre eux est une odieuse calomnie. Les officiers qui les commandent sont chez moi dans ce moment; ils m'ont juré sur leur honneur qu'ils n'ont jamais été requis, qu'ils n'ont jamais refusé le service et sont prêts à marcher à la première réquisition ^^^
(Oiig. , Arch. de It guerre, irmée des Gdtes de Brest)
PARIS, 96 A06t 1793.
LB GÉNÉRAL GOBERT AU GOMITjS DB SALUT PUBLIC.
Amilyse, — Il demande les motifs de sa suspension. ( Analyse, Arch. de la guerre, reg. du Gomilé de salut public, G , p. 619.)
(') U s'agit des canonniers de Rennes, coupable au glaive de la loi, se justifiaient qui , accusés d*actes contre*cévolutionnaires auprès du général Beysser. (Cf. Ghassin, La et notamment d'avoir arraché un prêtre Vendée patriote, 11,683.)
CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [37 Aoér 1798.]
PARIS, 37 AOÔT 1793 ^^\ CARNOT PROPOSB L'ENVOI DB DEUX COMMISSAIRES DANS LE NORD.
[A la séance de la Convention du 97 août 1793, Camot prend la parole en cea termes:]
Vous savez que Dunkerque est assi^; vous savez avec quelle vigueur les citoyens et la garnison de cette ville ont répondu k la sommation qui leur a été faite de rendre la vUle. Us demandent que la Convention leur envoie deux de ses membres pour soutenir le courage des habitants de ce pays. En conséquence, le Comité de salut public vous propose d'envoyer dans le département du Nord les citoyens TruUard t«) et Berlier ^*K
[La proposition de Camot est décrétée ^^K]
PARIS, 37 AOÔT 1793.
LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE AU GOMITlî DE SALUT PUBLIC.
Analyse. — Il annonce qu'il a donné Tordre de tenir prêtes à partir pour Tarmée du Nord quatre brigades complètes des équipages et charrois.
(Orif., Arch. de la guerre, aimée da Nord.)
(') Camot assiste k la séance du Comité (cf. Aulard, VI, 107) et éorit de sa main un arrêté portant de remettre àoo,ooo ii- Tres aux administaateurs du district de Calais. *
(4 Narcisse TruUard, né à Seurre(Cdted*Or) le 99 octobre 1788, officier du génie, député de la Cdte-d*Or à la Convention, commissaire du Directoire, mort le 1 9 décembre 1 8o5.
(*) Théophile Berlier, né à Dijon (Côted'Or) le i** février 1761, avocat, député de la Cdte-d*Or k la Convention, membre du Comité de salut public le 1 5 fructidor an 111 (i*' septembre 1796), député au Conseil des Cinq -Cents, conseiller d'État
sous TEmpîre, comte le 96 avril 1808, mort à Dijon le 19 septembre i8Aâ.
(*) La minute du décret est écrite et signée par Camot (Arch. nat, C 96A). — Camot avait choisi deux de ses compatriotes pour remplir cette déUcate mission. Les représentants Trullard et Berlier arrivèrent à Dunkerque le à septembre 1793, et ib se rendirent au conseil général de la commune où ils présentèrent leur commission. On les mit aussitôt au courant de la situation de la ville. (Cf. Foucart et Flnot, n, 88.) On pourra consulter dans le recueil de M. Aulard la correqKmdance de ces deux députés avec le Comité de salut public.
[Î7A0ÔT 1793.] CORRESPONDANCE MlUTAIRE DU COMITÉ.
GAYBBLLB, fi'J AoAt 1798.
LE G^NJ^RAL BERTHELMY A L'ADJUDANT G^NIÎRAL HOCHE.
Au quartier général de GtvreHe, le 97 août 1793, Tan u de la République.
LE oininAl DB MUIOÀDB, OHSF DE I^àTÀT^MÀJOH DE VAEUiE ^'^ J VADJVDAET odmlBÀL BOCHE ^*^.
Ce que vous me maadejs est bien ëtonnant , citoyen. Le chef de rëtat-mqor général de l*annëe est k proprement parler le donneur d'ordres. Ceux des généraux Souham ^' et O'Meara n'auraient pas dA être méconnus du Conseil de guerre, et la résistance d'O'Meara est bien certainement la conviction des soupçons fondés sur lui. Je lui donne un nouvd ordre d'évacuer la ville dans le délai d'une heure; il recevra ma lettre en même temps que vous celle-ci; répondez-moi s'il s'y conforme. Le génénd Barthd est coupable de n'avoir pas donné à Souham ses ordres et ses instructions par écrit, et c'est au moins de sa part une insouciance coupable, n fifiiut que Souham entre sur-le-champ en activité, qu'il voie les troupes, qu'il âève leur courage, qu'il recherche minutieusement tous les officiers qui n'auraient pas le patriotisme et le nerf nécessaires pour bien défendre leur fôste. Tous les moyens de défense qu'il prendra seront bons, pourvu qu'il arrive k son but n fiint qu'il se concilie, avec la confiance des troupes, celle des habitants de Dunkerque; mais il faut en même temps qu'il se prémunisse contre une condescendance trop avenue ^^K Les Anglais ne se sont pas portés sur Dunkerque sans y
(>) Bertbdmy exerçait ces fondions aaprèa du général Houchard. Il avait, le 96 juin 1793, refusé d*étre employé k Tarmée du Rhin comme général de brigade. «Je désirerais, écrivait- il k Bouchotte, rester k Tarmée de la Mosdle près le général Houchard, avec lequel j'ai constamment servi pendant cette guerre. J'ai lliabitude du travail avec lui, et j*ai la conviction intime d'être plus utile dans le poste et le grade que j'occupe actuellement que je ne pourra» Tétre avec le grade de fféaéni de brigade. Je suis asses jeune pour attendre et, si dans un autre temps je parviens au même rang, je l'aurai mieux mérité et je serai plus en état d'en remplir les devoirs. » (Orig. , Arch. adm. de la guerre.) Berthelmy suivit, en effet, Houchard k l'armée du Nord et, dans l'espace de dix joura, fut nommé, grâce k son chef, adjudant général chef de brigade et général de brigade (90 et 3o juillet 1793).
W Hoche, adjudant général chef de bataillon depuis le i5 mai 1793, venait d'éti^e acquitté par le tribunal criminel de Douai le 90 août et envoyé k Dunkerque. (Cf. Etienne Gharavay, Lazare Hoehe,
(') Joseph Souham, né à Lubersac (Gorrèse) le 3o avril 1760, enrôlé au régiment des Guirassiera du roi le 17 man 1789, congédié à la fin de 1786, élu lieutenant-colonel en second du 9* bataiflon des volontaires de la Gorrèxe le i5 août 1799, lieutenant-colonel en premier le 19 septembre 1799, général de brigade le 3o juillet 1793 et de division le i3 septembre suivant, comte de l'Empire le à juin 1810, retraité le 11 juin i839, mort à Paris le 98 avril 1837. — Souham remplaçait k Dunkerque le général O'Meara.
W Le 93 août 1793, Berthehny avait écrit à Souham la lettre suivante, conçue
54 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [a8 août 1798.]
avoir envoyë préalablement des émissaires et sans s*étre assurés de Taristocratie de la ville. Lisez ma lettre k la société populaire, prémunissez tous les sansculottes contre les aristocrates de leur ville. J'engage les représentants du peuple d'en faire sortir toutes les personnes suspectes.
Le général O'Meara est supendu de ses fonctions ^*^ Le Conseil exécutif lui en transmet Tordre par le génénd Bouchard; peutrétre lui est-il déjà parvenu. O'Meara est Iriandais d'origine , et c*est lui précisément qui se trouve placé k Dunlierque pour défendre cette place contre ses concitoyens. O'Meara, par-dessus tout, est aristocrate, et il est d^k connu du Conseil exécutif et du Comité de sdut public. Dites-le au conseil de guerre.
Le déserteur qui vous est arrivé est, je le gagerais, pour ainsi dire gagné par le duc d'York, pour venir exagérer ses forces, augmenter son parti et disposer en cas d'événement k une capitcdation. Je vous donne l'ordre d'envoyer ce déserteur sur-le-champ k vingt lieues des frontières et de l'armée, de le faire escorter par la gendarmerie nationale et de le mettre en lieu de sûreté , en se faisant expédier un reçu par un commandant militaire qudconque. Vous userez de la mène mesure envers tout autre déserteur, aussitôt que vous en aurez reçu leur dédaration. Vous les ferez partir sans qu'ils puissent communiquer avec les habitants. Tout pariementaire qui se présenterait de la part de l'ennemi sera arrêté aux premiers avants-postes , où on prendra sa dépêche en lui donnant reçu. Dans aucun cas il ne pourra pénétrer dans la ville et jamais il ne sera admis à rien communiquer de bouche. Le commandant Souham, à qui vous remettrez cette lettre après l'avoir lue, la gardera et elle lui servira d'ordre et de règ^e dans sa conduite pour les cas qui sont prévus. Prémunissez-vous contre les attaques de vive force; vous devez être continuellement en surveillance et, si vous recevez bien l'ennemi la première fois qu'il se présentera, cela le rendra circonspect On est diablement fort derrière de bons retranchements et quand on le veut bien on n'y est pas forcé. De la vigueur, toute celle dont vous êtes susceptible, et tout ira bien !
Souham I La devise du 1" bataillon de la Corrèze sera la vôtre; point de quar-
dans les termes les plus pressanls (copie certifiée par le générai Souham, Arch.
nat, W 996, n*" a5o):
QiMrtkr général d» GamU«, I« tS août 1798, Pan n de la RépabUqiM fraoçaiae.
«Au général de brigade Souham, (fil vous est ordonné, citoyen général, de partir sur-le-champ et en poste pour arriver sans perdre de temps au camp de Casse! , près Dunkerque , où vous prendrez les ordres du général de division Barthel. «Vous aurez à défendre le camp retranché de Dunkerque et vous pouvez vous y couvrir de gloire. Il est moins question de faire de savantes dispositions militaires que d'y montrer le nerf et le courage dont
vous êtes également susceptible. Prévenez vos troupes, rappelez-leur qu'elles se battent pour la liberté, et vous en obtiendrez tout ce que vous voudrez. Vous aurez avec vous l'adjudant général Hoche, dont vous pouvez tirer le plus grand parti ; il se rencontrera sans doute chez le général Barthel. Vous recevrez les instructions particulières de ce général. Si l'ennemi se présente devant votre camp retranché et qu'il y soit bien reçu, alors, si vous le voyez plier, il faut devenir audacieux et profiter de votre première réussite. Mais c'est trop vous en dire ; parlez et marchez nuit et jour.
vBzilTHBLMT.n
(') Depuis le 95 août 1793.
[aSAoftt 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 55
tier avec les tyrans, point de capitulation. D ne faut pas survivre k la honte; on meurt alors un mUlion de fois. .Du sang et toujours du sang.
Le général de brigade, chef de T état-major de l* armée,
BERTHELIir.
(Orig. , Areb. de It gnerre, armée du Nord.)
11. PARIS, 98 AOÛT 1798^^^ LR GOMrré DE SALUT PUBLIC AU G^N^RAL HOUGHARD.
Citoyen général,
Paris, le 98 août 1793.
D'après les faits importants que vous nous avez communiqués sur les mouvements de i'enn^m, nous ne pouvons douter qu'ils n'attachent la plus haute importance à la conquête des villes de Bergues et de Dunkerque. Il est aisé de sentir, en efFet, que Pitt n'a pas d'autre moyen de soutenir son crédit chancelant et de consoler sa nation des frais énormes de la guerre et de la perte totale de son commerce. Si nous sauvons ces deux villes, la révolution la plus complète est inévitable en Angleterre. Si nous les perdons, le plus affreux découragement parmi nous en sera la suite infaillible. Ce n'est donc pas précisément sous le point de vue militaire qu'il faut envisager l'attaque dirigée sur ce point si important de notre frontière, c'est principalement sous le point de vue politique. Il faut sauver avant tout Bergues et Dunkerque, parce qu'il faut sauver avant tout l'honneur de la nation qui est là. Portez-y des forces immenses; que l'ennemi soit chassé de la Flandre maritime; qu'il en soit chassé, à quelque prix que ce puisse
(*) Garaot est présent à la séance du Go- . mité. (Cf. Aulard, VI, lào.) On irowre ({uatre arrêtés écrits paHui : 1* traitement des commissaires envoyés dans les départements pour la conversion des cloches en canons; 9^ versement de 5o milliers de poudre dans les places de Schelestadt, Belfort et Haningue; 3*" établissement d*atetiers à forge pour la fabrication des armes sur Tesplanade des Invalides; h^ versement
de 60,000 livres à la municipalité de Gravelines. — Le même jour, 98 août, Garnot proposa k la Convention nationale, au nom du Comité de salut pubtic, et Gt adopter un projet de décret en vertu duquel toutes les terr^ et matières salpétrées dans rétendue de la République sont mises à la disposition du Conseil exécutif provisoire, et le prix du salpêtre est fixé à 9 A sous la livre.
[a8 AOÛT 1793.]
être. C'est le moment, citoyen général, de justifier le choix glorieux que la nation a fait en vous confiant le commandement de sa principale armée, et nous espérons que vous ne démentirez pas la haute réputation que vous ont méritée vos talents et vos vertus républicaines ^^^
(Minute ant de Carnot, Areh. de la guerre, armée du Nord. — Registre de Ganiot, arch. deU femitteCamot)
LB COMITÉ DE SALUT PUBLIC AUX DiPBNSEURS DE BBR6UES ET DE DUNKERQUE. Paris, s 8 août 1793, Tan 11 de ta République une et indivisible.
LBS MBPBisBNTÂinS DU PBVPLB COMPOSANT LB COMITÛ DB SÀLDT PVBUC À TOUS LBS BBÀVBS QVt DBPBNDBNT LBS flLLBS hB MBBWBS BT DB DVNKBBQUB,
Frères et amis,
Lorsque l'armée du tyran des Anglais se dirigea vers vos murs, Pitt, inépuisable en perfidie, fit précéder sa marche par la plus atroce calomnie; il annonça que vous ne vouliez pas vous défendre. Il espérait ainsi ralentir l'intérêt que la République met à la conservation de vos boulevards. Il a été trompé dans ses calculs : le courage que vous avez montré depuis le commencement des attaques dirigées contre vous donne aux bataillons de l'armée du Nord le temps de venir à votre secours. De notre côté, nous employons toutes les ressources qui sont en nos mains pour vous seconder. Sauver les places de Bergues et de Dunkerque, c'est renverser le ministère perfide qui a égaré le peuple
(*) Le même jour, Bouchotte écrivit i Honcbard : «Les nouvdles que nous avons reçues ici, général, nous apprennent qae les Anglais ont des desseins sur Dunkerque et qu*ib y attachent une importance qui leur fera faire des eÇorts marqués pour s^en emparer. Ub eurent que, maîtres de cette place, ils auraient Tune des clefs de notre territoire et pourraient influer à leur gré nos aflaires intérieures. 0 importe de
faire échouer ce projet et de réduire â zéro les calculs politiques de Pitt Dunkerque manqué , la campagne est perdue pour eux. Cette circonstance mérite toute votre méditation; votre patriotisme, votre courage et votre expérience y verront la possibilité de rendre de grands services à la Repu* blique et de vous préparer des souvenirs satisfaisants pour Tavenir.» (Minute aut., Arch. de la guerre, armée du Nord.)
[a8 AOÔT 1 793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 57
anglais, c'est briser la coalition des tyrans, c'est consolider à jamais la République.
Laz. Garnot, C.-A. Pribur, B. Barère, HiRAULT.
(Orig. aut de Garnot, Areh. mon. de Dunkerqae, A 36, pièce n* 34.)