‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 31 sur 181 · LE GI^N^RAL BOUCHARD AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGEOTTE · texte numérisé non relu

LE GI^N^RAL BOUCHARD AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGEOTTE

Lille, le 3 septembre 179$ , ran i*' de la République française. IB 0iNBHAl EN CHEF HOVCHAUD AU CITOYEN MINISTEE DE LA QUERBE.

Depuis ma dernière dépêche , citoyen ministre , il ne s'est rien passé de nouveau. Les progrès des ennemis devant Dunkenjue ne sont pas considérables encore ; leurs travaux consistent en une seule parallMe , éloignée de quatre cents toises de la place , dont la droite est appuyée par une batterie. Ds n'ont pas encore tiré un seul coup de canon sur Dunkerque , de sorte que cette place ne craint qu'une attaque de vive force. J'en ai fait renforcer la garnison par deux mille hommes au moins ; les représentants du peuple et le générd Jourdan ont fait sortir de la place tous les gens suspects et qui dierchaient à attiédir le courage de la garnison et des citoyens. Par ces dispositions Dunkerque ne court aucun risque, jusqu'au moment où j'aurai assemblé des forces pour tomber sur les Anglais.

De l'intérêt que Dunkerque doit nous inspirer par toutes les raisons qui m'ont été dites par vos lettres et celles du Comité de sdut public, je me suis déterminé à agir directement pour délivrer cette place, au lieu de porter mes attaques du cAté du Menin , à la rive droite de la Lys , pour de là prendre à revers l'armée qui attaque Bergues et Dunkerque; j'ai fait le rassemblement des troupes sur Cassel , et nous nous porterons directement sur les ennemis. Je ne me dissimule pas la difficulté de cette entreprise dans un pays tout couvert de haies, coupé par des canaux dans tous les sens , et dont tous les postes occupés par l'ennemi sont fortifiés par la nature et par l'art; mais je compte sur l'audace des troupes de la République, et je ferai tous mes efforts pour leur assurer la victoire. Cependant, citoyen ministre, je suis cruellement entravé dans tous les détails de l'exécution; l'arrestation du conmiissaire général (^\ au moment où il était occupé à pourvoir à tous les besoins de l'armée pour rendre ses mouvements possibles, produit un mal horrible ^"^ Vous savez que mes besoins en tout genre sont énormes; sans les représentants du peuple les subsistances auraient manqué, et je ne puis pas assurer dans ce moment que nous n'en manquerons pas. Nous sommes forcés de tirer nos vivres des places; ce grand malheur vient de l'^îsme qui gouverne et les villes et les districts et les départements , de sorte que les administrations ne concourant pas à l'envi à la subsistance et au besoin de l'armée , il est impossible de faire des opérations promptes et rapides. La partie des fourrages est une chose affi^use et dés-

(1) Petitjean avait été dénoncé par joar, au Comité de saint pnblic une opi-

Ronsin (cf. p. 16) et décrété d'arrestation nion analogue à celle de Houchard sur les

le a 9 août 1798. inconvénients du remplacement de Petil-

(') Les représentants Levasseur, Ben- jean. (Cf. Foucart et Finot, II, 91, et Au-

tabolc et Chasles exprimèrent, le même lard, VI, 967.)

espérante; depuis quinze jours, les chevaux de la cavalerie, de Tartillerie, etc. n'ont point d*avoine, et beaucoup meurent è défaut de nourriture su£Bsante. Ce malheur vient encore de ce que Tesprit public , étant pour ainsi dire nul dans ces contrées, on n*a pas pu parvenir à faire recueillir et battre les avoines pour Tannée. J'avoue qu'avec le nouveau commissaire général qui m'est donné et qui n'a aucune connaissance préliminaire, ni aucune base pour établir ses moyens d'une manière prompte et rapide, je ne sais pas comment je ferai, car il faut que la cavalerie soit pourvue d'avoine pendant quatre jours, vu que, dans les opérations de cette nature, la cavalerie n'a pas le temps de faire manger du foin, n aurait été bien convenable de garder Petitjean sous sauvegarde pendant sept à huit jours, et lui laisser achever les opérations qu'il avait commencées; mais les représentants du peuple n'ont pas jugé à propos de prendre cette grande mesure sur eux et il est remplacé par un homme qui parait peu actif et sans aucune connaissance locale.

Je vous répète jusqu'à l'ennui que mon parc d'artillerie est misérable; il me manque six cents chevaux pour conduire le peu de pièces que j'ai, et c'est encore une question pour moi de savoir comment je marcherai dans un pays si difficile avec si peu de chevaux.

Presque tous les bataillons de l'armée de la Mosdle ont laissé leurs canons derrière eux, ce qui est un grand malheur. Les bataillons ont la plus grande répugnance à marcher sans canons; les dix que vous m'envoyez arrivent trop lentement; il aurait fdlu les faire partir en poste.

La nouvelle que vous m'avez donnée, que j'aurai dix mille hommes de moins d'infanterie et que la marche des carabiniers était arrêtée, me fait faire la plus terrible grimace du monde. Si les carabiniers étaient arrivés le i*', comme je le comptais, cela aurait fait un grand effet, surtout si j'ai le bonheur de mettre les ennemis en déroute. Je tâcherai de me passer de cet excellent renfort, mais la chose n'en ira pas aussi bien.

D est certain que Beaulieu ^^^ avec 1 0,000 hommes , dont beaucoup de cavalerie , a remonté la Sambre et s'est reporté du côté de Beaumont Cela dérange furieusement le projet de diversion que j'avais mandé au général Gudin d'exécuter. Il est bien fitcheux que la cavalerie que vous nous avez annoncée ne soit pas arrivée dans ce moment; cela dérange tout à fait les projets d'attaque et empêchera de convertir la défensive en offensive.

Je crois que je se^ai en mesure d'agir vers le 7 ; ce sera plus tôt, si je le peux.

J'ai reçu les dix millions que vous m'avez fait passer; je les ai remis au nouveau commissaire général; je désire bien que cette ressource, qui nous était indispensable, nous procure de l'avoine.

Je vous prie, citoyen ministre, de faire part de cette dépêche au Comité de salut public.

HoCCHARD.

(Orig. , Areh. de la guerre , année du Nord. )

(*) Jean-Pierre, baron de Beaulieu, [;(5ncra] autrichien, né à Namur en 1730, mort à Linz le 99 décembre 1819.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [4 sept. 1793.]

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