LE GENERAL JOURDAN AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE
Ao quartier général à Gavrelle, le 99 septembre 1793, an 11 de la République.
LE GisinAl EN CHEF DE I^ÀRMiE DU NORD AU MINISTRE DE LA SU ERRE,
Je VOUS ai prévenu , citoyen ministre , que je vous ferais passer le plan de mes opérations, lorsqu'il serait à sa confection. Ce moment étant arrivé, je vais vous faire le détail le plus juste de notre position et de celle de l'ennemi , vous communiquer mes idées sur les moyens à prendre pour s'opposer h ses projets.
Les troupes de la République placées depuis le camp de Mons-en-Pevèle jusqu'à Dunkerque inclusivement, y compris les garnisons des villes situées sur cette ligne, font un total d'environ cinquante mille hommes; celles placées depuis Douai jusqu'à Maubeuge aussi inclusivement donnent à peu près le même nombre.
232 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [39 sept. 1798.]
Vous n'ignorez pas qae notre cavalerie n'est guère proportionnée à celle de Tennemi; il nous manque huit cents chevaux d'artillerie, de l'avoine, des magasins de souliers et de chemises; le soldat en a cependant grand besoin, de même que d'habits , vestes et culottes. L'armée manque aussi d'officiers généraux et surtout de généraux de division.
' Les Anglais et les Hollandais , soutenus d'un corps assez considérable d'Autri> chiens , occupent depuis Fumes jusqu'au camp de Cysoing inclusivement et sont partout assez en force pour ne pas nous permettre de dégarnir aucun point sans craindre d'y être attaqué. Une force considérable de troupes autrichiennes se porte sur Maubeuge ; il parait qu'elles veulent attaquer cette place ou celle de Landrecies et peut-être les deux à la fois; il ne faut cependant pas souffimr que l'ennemi s'avance davantage; il faut, au contraire, le chasser, s'il est possible. Voilà mes idées.
Il faudrait réunir deux armées de soixante mille hommes chaque , dont l'une attaquerait le camp de Cysoing, Orchies, Marchiennes, Hasnon, Saint- Amand, et suivrait l'ennemi de manière à «'emparer du camp de Maulde , qu'elle occuperait, ainsi que les autres postes dont elle aurait chassé Tennemi; l'autre marcherait sur Maubeuge et, dans le cas où celte place serait cernée, elle attaquerait l'ennemi, profiterait de son succès et des circonstances pour le prendre en flanc en passant la Sambre et tâcherait de s'emparer de Bavai. Dans le cas où Maubeuge ne serait pas cernée , elle irait encore passer la Sambre au-dessus de Jeumont et attaquer par son flanc le camp de Bettignies , viendrait aussi s'emparer de Bavai. Je pense que, si ces deux opérations réussissaient, l'ennemi serait forcé de quitter son camp de Solesmes et la forêt de Mormal; peut-être même, profitant des circonstances , pourrait-on le cerner dans Valenciennes et le Quesnoy.
Pour exécuter ce plan, il faudrait que vous fissiez passer à l'armée du Nord douze ou quinze mille hommes de plus et surtout de la cavalerie; que les places de la fi*ontière fussent gardées seulement par les citoyens de nouvelle levée, qu'il faudrait armer et me désigner les lieux de leur rassemblement, afin que je pusse en disposer ; il faudrait aussi pourvoir l'armée de tout ce qui y manque , dont je vous ai parié ci-dessus.
Si ce projet vous parait trop audacieux et si vous ne croyez {)as devoir courir les risques des suites fâcheuses qui pourraient résulter de l'opération, dans le cas où elle ne réussirait pas, il faut alors se tenir sur la défensive. Pour cet effet il faut retirer quinze mifle hommes depuis Mons-en-Pevèle jusqu'à Dunkerque, que nous remplacerons par vingt ou vingt-cinq mille de la nouvelle levée en les faisant armer. Je réunirai ces quinze mille hommes à trente mille que j'en ai ici campés; j'y joindrai tout ce que je pourrai tirer des autres places de la fix)ntière, que noua remplacerons par la nouvelle levée , et avec cette armée je m'opposerai à toutes les tentatives de l'ennemi ou je le chasserai de devant Maubeuge , s'il a cerné cette pjace.
Voilà, citoyen ministre, mes réflexions et mes projets; je n'ai pas assez de confiance à mes connaissances et j'aime trop ma patrie pour entreprendre des opérations de cette importance sans vous les soumettre. Je £ds aussi passer au Comité de salut public une copie de la présente ; je vous prie de vous concerter
avec lui afin de me guider; cela in*est absolument nécessaire et le salut de la République y est intéressé.
Je vous observerai que le général de division Chancel , qui était à Maubeuge , est destitué. Le général de division Ferrand, étant nommé général en chef de Tannée des Ardennes, il ne reste dans cette place que le général Gudin. Il m'est cependant impossible d'y en faire passer un , attendu que le général Souham que j'y destinais est retenu à Dunkerque par les représentants du peuple et qu'il ne me reste ici que. les généraux Duquesnoy et Ralland ^*^ qui me sont absolument nécessaires. Je vous prie d'y envoyer de suite quelqu'un d'intdligent et de courageux. Cette division ne manque pas de généraux de brigade.
( Orig. , Arcb. de la ^erre , armée dn Nord.)
JOURDAN
MAUBBOGE, 99 SEPTEMBRE 1793. LES COMMISSAIRES DU COMITE DE SALUT PUBLIC AUX MEMBRES DE CE COMITE.
Maubenge, le ag septembre, Tan 11 de la Répabliqae française nne et iodi visible.
LB8 COMMISSÀIRBS DD COMiri DE SÀLDT PDBUC DE LA CONVENTION NATIONALE AVI CITOYENS REPttdsENTANTS MEMBRES DODtT COMITÉ,
Citoyens représentants.
Dans toutes les villes où nous avons passé nous avons vu une superbe jeunesse que la première réquisition a produite. Elle abondait de toutes parts et se portait aux frontières avec ardeur, lorsque des malveillants, qui sans doute avaient vu avec plaisir l'afiaire de Cambrai, en ont répandu la nouvelle dans toutes les villes et dans nos armées, en exagérant, en outrant les choses qu'ils rapportaient, au point que huit à dix mille hommes, disaient-ils, venaient d'être massacrés près de Bouchain, que cette ville et Cambrai étaient bloquées et que dans peu elles seraient au pouvoir des ennemis. Ces jeunes gens, effirayés au récit de ces busses nouvelles, ont pris la fuite au nombre de huit cents; mais, aussitôt qu'on s'en est
(^) Antoine Ballaod, né au Pont-de- BeauYoisin (Isère) le 97 août 1761, soldat au régiment de Beauvoisin (futur 57* d'infanterie) le 17 avril 1769, caporal le, 17 février 1771, sergent le 9 A février 1778, sergent-major le 11 août 1781, adjudant le h septembre 178Û, congédié le 1" novembre 1790, capitaine au 1*' bataillon de Paris le si juillet 1791^ lieutenantcolonel en 9* le 16 janvier 1799 et en i*' le 91 août suivant, chef de brigade au
83* d'infanterie le 8 mars 1793, général de brigade employé à Tarmée du Nord le 97 août 1793 et de division le i3 septembre suivant, non compris dans Torganisalion du 95 prairial an m (i3 juin 1796), admis au traitement de réforme le 98 ventôse an vi (1 3 mars 1798), maire de Guise, chevalier de la Légion d'honneur le 98 août 1817, reçoit des lettres patentes de chevalier le 98 mars 1818, mort à Gu.se ( Aisne ) le 3 novembre 1891.
224 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [agsBPr. 1798.]
aperçu on a donne des ordres pour les arrêter, et ils ont ëtë reconduits à leur destination. Deschamps, Tun de nous, en revenant de Paris pour se rendre à Maubeuge, a été témoin et a contribué à l'exemple que le gënërd Beaurgard a fait de deux des plus mutins de ceux qui s'étaient rendus à là Rëunion-sur-Oise , ci-devant Guise. Le général a donné ordre de les raser. Les troupes composant le camp devant cette ville ont formé un bataillon carré, au milieu duquel on a conduit les deux mutins. Le bari)ier du bataillon du Calvados a été choisi pour les i*aser; mais, soit qu'ils tinssent encore à cet ancien préjugé, qui fiusait croire qu'on était déshonoré, étant employé à de pareilles exécutions, les o^iciers et quelques soldats de ce bataillon s'opposèrent d'abord à ce que leur barbier obéit aux ordres du général et le reconduisirent sous sa tente. Deschamps, sentant le danger de ce refus, le fit connaître augénâ^, et la fermeté qu'ils eurent tous les deux au milieu des violents murmures qui s'élevaient dans la troupe ramena l'ordre et l'obéissance. Les deux mutins furent rasés par ce même barbier et conduits en prison à Guise. Tout a fini par les cris de : Vive la République!
Au moment où l'on a le plus besoin de discipline , et lorsqu'une telle désobéissance pouvait influer sur ces gens qui ne font que d'arriver, il eût été bien impor- ' tant et politique de sévir rigoureusement contre les individus qui s'opposaient aux ordres du général; mais ici on a examiné l'intention. Un préjugé était leur mobile. Sans s'opposer à la punition des deux mutins , ils croyaient leur honneur compromis, en laissant se servir de leur barbier. D'ailleurs ils ont toujours observé la plus exacte discipUne et ont rendu de grands services h la République. En conséquence, le générd n'a puni les trois officiers qui avaient provoqué le refiis, que de quinze jours de prison pour l'un , huit jours pour l'autre et trois jours pour le troisième, chacun suivant son tort, et il s'est contenté de faire une morale aux soldats , qui ensuite ont été très tranquilles.
D'après ces bits nous avons cru voir qu'on ourdissait une nouvelle trame pour jeter l'alarme dans les nouvelles levées. Il est bien important pour le salut public d'en découvrir les auteurs.
Quant à la formation en bataillons de ces jeunes citoyens , elle a ses inconvénients. Ils ne connaissent point la manœuvre , ni les chefe qui pourront provenir de leurs nominations. Si on leur donne des instructeurs, cela laissera un vide dangereux dans les corps d'où on les tirera et encore ne seront-ils pas en état de se battre avant trois mois. Si on les eût incorporés dans les difiérents corps incomplets, ils eussent appris plus promptement le service et auraient été employés avec plus de succès contre nos ennemis. Le fait suivant vient à l'appui de cette mesure. Il y a quelques jours , l'ennemi ayant fait un mouvement qui en nécessitait un de la part de nos troupes devant Guise, les citoyens de la première réquisition ont manifesté leur refiis de se battre, en alléguant le défaut de ne savoir manœuvrer, ni ceux qui les commandent Un seul coup de fusil, lâché dans un bivouac , leur a inspiré une frayeur telle , que trois cents d'entre eux ont pris la fuite , sans qu'on ait pu les retenir. Nous vous le réitérons , citoyens représentants, le seul moyen d'en tirer parti, c'est de les incorporer dans les anciens corps de cavalerie et d'infanterie. Les corps neufs ne peuvent rendre aucun prompt service.
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[agsBPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 225
Les bons républicains de la Réunion- sar-l'Oise, ci-devant Guise, monti'ent une énergie bien révolutionnaire; ils prennent des mesures rigoureuses contre les gens suspects. Us travaillent avec activité à rhabillement et à Toi^nisatiôn des troupes provenant de la première réquisition qui abondent en cette ville. I^es habitants des lieux voisins n'ont pas tous le même amour pour la République. A Origny- Sainte -BenoHe, quatre lieues de Saint- Quentin , ils sont gangrenés d'aristocratie. Beaucoup de membres des corps constitués de cet arrondissement sont contre-révolutionnaires et n'ont pas peu contribué h la fuite des jeunes gens de la nouvelle levée. Dernièrement, sous prétexte que c'était la fête de l'endroit, ils avaient mis un drapeau blanc à leur clocher. De bons citoyens leur ont observé que ce drapeau était proscrit , et qu'ils pouvaient aussi bien célébrer leur fête avec celui tricokre. Us ont répondu d'un ton décidé qu'ils étaient maîtres chez eux et qu'ils le mettraient quand bon leur semblerait, surtout si l'ennemi s'avançait. Le^ maître de poste de ce village est un excellent républicain , mais il est presque seul à lutter contre tous les autres. Ses jours ont été souvent expcsés à la fureur de ces esclaves qui semblent désirer avec enthousiasme le règne des tyrans. Ce citoyen , nommé Paris, demande que l'Assemblée nationale change les brevets de mattrcs de poste, qui portent le seing de Louis Capet, en d'autres revêtus de marques répuMicaines, et qu'on supprime le mot de trmaitren (nous n'en reconnaissons pas d'autre que la loi). U voudrait bien aussi, pour le bonl.eur du pays, qu'on y envoyât qudques bons jacobins pour ? évir contre les aristocrates et électriser les habitants du lieu et des environs.
Maubeuge est en état de siège, au moyen de quelques approvisionnements militaires qu'on y ferait encore et l'achèvement des galeries et fourneaux qu'on construit aux avancées. La place, quoique les ouvrages en soient très bons, n'est pas forte par elle-même, étant dominée de trois côtés; mais le camp retranché et les redoutes qui l'avoisinent la rendent formidable. L'artillerie n'y manque pas. On demande de la poudre, du plomb et d*au(res objets nécessaires à la défense de la place , ainsi que vous le verrez par l'état que nous vous envoyons , citoyens représentants, sous le n* i3. Vous connaîtrez la situation de la place, des camps et des magasins, par les autres états joints ici sous les n*' lâ, i5, 16, 17, 18, 19 , 90, 91 ; et sous les n** 99 et 93 sont les états des subsistances militaires existantes dans les magasins de Landrecies et d'Avesiies.
En visitant les magasins d'équipement de Maubeuge , nous avons remarqué une friponnerie insigne. Deschamps, l'un de nous, a reconnu des souliers qui avaient été refusés comme mauvais à l'administration de Paris et transportés de là aux magasins de Meaux, où les fripons de régisseurs, qui s'entendent avec les fournisseurs, les ont reçus et fait passer ici et ailleurs. U est important de surveiller ces magasins. Quant aux autres fournitures, comme habits, vestes, culottes, etc., on en est assez content. Le citoyen Rouyer, inspecteur de ces magasins, est un excellent républicain; il lutte contre tous les fripons qu'il rencontre, surtout dans cette partie.
La situation de la place est très sutisfaisante; les vivres y arrivent chaque jour, et dans peu elle sera à l'abri de tous besoins de cette nature. U serait à d^irer qu'il en fAt de même peur les armes. Beaucoup de corps en manquent
226 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [sg sipt. 1793.]
B s^est teni^ ici an conseil dëfensif , où l*on a agité la question de savoir si on continuerait les travaux des deux fortins qui sont commencés dans le camp, et s'ils ne deviendraient pas nuisibles en cas que Tennemi vint à s'emparer des premiers ouvrages. On y a décidé qu'on les achèverait et que, dans le cas prévu, on les rendrait inutiles à Tennemi au moyen des fourneaux qu'on y établirait pour les faire sauter.
La garnison de Maubeuge et les troupes des camps voisins sont dans les bons principes; mais l'ordre et la discipline n'y ont pas été assez observa, par la négligence des chefs d'alors. Le général Ferrand , qui commande actudlement cette division, nous laisse à penser qu'il saura bientôt réprimer tous les abus qui y r^fnent II l'eât sans doute déjà fait, si les fatigues qu'il a essuyées ne l'eussent mis hors d'état de monter à cheval et même de sortir de sa chambre. Depuis quelques jours , cependant , sa santé parait se rétablir, et probablement il ne tardera pas à mettre tout en activité pour faire déloger les coquins de Quinzenreliques (Kayserlicks), qui viennent quelquefois en station à une demi-portée de fusil des remparts de la ville.
Le général Gudin , qui commande la place, n'a pas la confiance des vrais sansculottes, et nous pensons qu'il ne la mérite pas; on lui reproche le royalisme et avec justice. Gudm voidait marcher sur Paris avec La Fayette après le 10 aoAt D'ailleurs son insouciance et sa lenteur dans ses opérations le rendent très nuisible k la République; en outre, il est impotent.
Le commandant temporaire de la ville est bon républicain , et quoique fort âgé il est néanmoins très actif et bien dévoué à la chose publique. Il était commandant de la garde nationale, place qui ne lui rapportait rien; dans celle qu'il occupe k présent, il ne reçoit rien non plus. Tant qu'il a pu tenir ainsi , il l'a fait sans demander d'indemnités, mais aujourd'hui que sa fortune ne lui fournit plus les moyens de servir la République gratis, il réclame un traitement et il nous a chargé d'un mémoire à ce sujet, que vous trouverez ci-joint.
Le général Degardin, qui commande le cantonnement de gauche, parait bon et avoir beaucoup d'activité. Meyer, qui commande celui de droite, est bon aussi.
Le chef du génie a beaucoup de tdents , mais point d'activité dans l'exécution , et les travaux en souffrent; son civisme n'est pas très prononcé.
L'esprit républicain prend consistance ici, surtout depuis quinze jours. Les sans-culottes agissent vigoureusement; ils prennent de grandes mesures de salut public. Ils ont formé un dub qui se rendra digne des Jacobins de Paris; les militaires viennent se nourrir dans cette société de l'amour de la République et par conséquent de leur devoir. Les gens suspects tremblent maintenant; ils sont si petits qu'on ne les aperçoit presque plus. C'est à l'exemple de fermeté qu'a donné le Comité de salut public que l'on doit ces progrès rapides. Tant qu'il prendra des mesures de vigueur, il fera triompher la liberté. Déjà la terreur se répand parmi les malveUlants, au bruit des arrestations journalières.
Maubeuge n'a point à craindre un siège. L'ennemi a des redoutes à demiportée de la place; mais c'est sans doute pour nous amuser, tandis qu'il portera des forces d'un autre cAté. En allant k la découverte avec le général Desjai^in , nous avons remarqué qu'il fusait un mouvement pour se porter sur la haie
[a9 »n- 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 2S7
d^Avesaes, afin de communiquer avec sa colonne, qui est à Beaumont. Mous avons vu nous-mêmes les pontons qu*il descendait le long de la forêt de Mcmnal pour établir des ponts sur la Sambre. S*il s'emparait une fois de la forêt de Neuvion, il ne lui serait pas di^ile d*arriver au but qu'il se propose, et dans un seul mouvement il Moquerait Landrecies, Avesnes et Maubeuge. Pour Teffectuer, il ne lui faut pas plus de vingt à vingt-cinq mille hommes. C'est surtout sur cette partie de la République que vous devez, citoyens représentants, porter votre attention. La division qui la défend doit être mise en activité. Depuis longtemps elle est dans une apathie nuisible à la République. L'inaction influe désavantageusement sur l'esprit et le caractère du soldat Plus il va au feu, moins il le craint L'armée des Ardennes est prête. Un chef actif à sa tête , un mouvement général bien combiné , voilà ce qu'il faut ici. Avec ces moyens nous chasserons les esclaves du territoire de la liberté. La saison s'avance; nous devons avoir vaincu avant l'hiver, afin que ces coquins ne se chaufient pas de notre bois.
Sidut et fraternité.
Dbschamps, QoniEY.
P.-5. Nous décachetons la présente, en passant par Guise, pour vous faire part, citoyens représentants, du mouvement qui vient d'y avoir lieu. L'espion nous ayant rapporté que l'ennemi se portait sur deux colonnes pour nous attaquer, l'un de nous s'est aussitôt transporté sur les lieux, o& il a remarqué une colonne d'environ quatre cents hommes. Mais nos dispositions de défense leur ont sans doute inspiré^ quelques craintes , car ils n'ont pas approché. On ignore encore où s'est portée leur autre colonne. Mais Quiney, l'un de nous, retourne d*ici à Maubeuge et, s'il découvre qudqnes mouvements, 3 en fera part à son collée qui retourne k Paris.
On emploie beaucoup de notre cavalerie en ordonnance et correspondance. Ce service pourrait se faire par des contingents montés sur des chevaux qui ne peuvent pas servir k la cavderie, mais qui seraient très bons k cette besogne. Cda ne diminuerait pas notre cavalerie, qui n'est pas asseï nombreuse.
Le gâdéral Reaurgard, qui commande k Guise, a montré beaucoup de talents militaires; avec deux bataillons 3 en faisait paraître vingt par la manière de les placer. Il est brave; il parait patriote, mais û n'est pas exempt de surveSlance, car son ambition, son orgueil et son caractère fougueux peuvent nuire k la chose publique.
(Orig., Arcli. de la guerre, aimée du Nord.)
LES GiN^RAUX BRUNE ET CHAPUY AU COMITlf DE SALUT PUBLIC.
Amdyse. — i* Le général Brune écrit de Bordeaux que cette ville commence k se prononcer fortem^t pour la Conventi<m nationale et qu'on y a cââiré le 98
228 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [agsBPr. 1798.]
une fête en Thonneur de Marat ^^\ Les sans-cuioUes attendent, sans se plaindre, à la porte des boulangers, du pain noir à dix-huit sous la livre. Les contre-révolutionnaires girondins, parmi lesqueb Grangeneuve^*^ ont fui. Une dëpntation de la nouvdle municipalité de Bordeaux vient de lui rençlre visite au ci-devant hMel de TEmpereur, qu'il a baptisé hôtel Marat, (Copie, Arch. de la guerre, armée des Pyrénées occidentales. ) — a* Le général Chapuy écrit de Cambrai pour informer le Comité de l'approche et de l'augmentation des forces ennemies, des besoins des places de Bouchain et de Cambrai et du refus Mi par le commissaire ordonnateur Pinthon de payer les frais de police et de bureau. (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.)
PARIS, 39 SEPTEMBRB 1798.