EXPOSE DE LA CONDUITE DU GENERAL BOUCHARD
Le général Houchard est arrivé à l'armée du Nord le 9 aoàt, au même instant oit on a destitué de cette armée vingt officiers généraux et le chef de l'élat-major.
(') Cr. une lettre d'Ysabeau au Comité de la Gironde à la Convention, proscrit le
salut public en date de la Réole, 98 sep- s juin 1798, s'était réfugié à Bordeaux,
tembre 1798. (Aulard, VU, 106.) Il y fut arrêté le 91 décembre 1798, jugé
^' Jacques-Antoine Grangeoeuve, né à aussitôt par une commission militaire,
Bordeaux le k décembre 1761, député de condamné à mort et décapité.
Je ne crois pas qu'il y ait une position pins cruelle que celle où se trouvait ce gënëral à son début à cette armée. Aucune connaissance de sa position, une année tout étonnée d*une retraite précipitée qu*eUe venait de faire. Deux jours après est arrivé le général Bertkelmy pour chef de Tétat-major; notre premier soin Alt de prendre une exacte connaissance des forces et de la position de Tannée pour Torganiser; c'est ce qui fut fait : on forma les brigades et les divisions; on y attachait les généraux qui étaient restés , et les nouveaux à mesure qu'ils arrivaient.
Je reçus la nouvelle du renfort qui venait des armées du Rhin et de la MoseUe, et je me disposai tout de suite à aller au secours des villes de Dunkerque et Bergues, qui étaient investies et menacées par une armée combinée de cinquante mille Anglais, Hanovriens, Hessois, Autrichiens et émigrés. L'armée de la Moselle arrivait successivement depuis le i*'de septembre jusqu'au 6 que sont arrivées les dernières troupes qui ne furent pas de l'expédition.
J'avais conçu deux projets pour la levée du si^ de Dunkerque : le premier était d'aller sur Menin battre le contingent des Hollandais, de là marcher sur Ostende ou Fumes, suivant les circonstances, pour couper la communication h l'armée combinée des Anglais et pour les combattre; le second était de partir de Cassd pour aller battre le camp sur Hondschoote. Je préfâvi ce dernier; le premier demandait plus de temps pour son exécution et la viHe de Dunkerque était pressée; l'artillerie des ennemis était arrivée, et on la mettait en batterie.
Je dirigeai toutes les forces sur Cassel, et je m'y rendis le S septembre au soir pour disposer tout. Le 5, au matin, les ennemis attaquèrent tous nos avantpostes pour savoir ce qu'il y avait derrière; ils n'ont fiût replier qu'un seul poste.
VoiU le projet que j'avais foimé pour délivrer la terre de la liberté des armées des tyrans. Après avoir fait lever le sî^ de Dunkerque, d'aller écraser les Hollandais; de là me porter sur le camp de Cysoing, d'écraser les Autrichiens, et de là me porter sur Bouchain pour combattre Cobourg. Fait à fait que j'avançais et que j'aurais battu tous les corps détachés des ennemis , je me grossissais et j'arrivais sur Cobourg avec 70,000 hommes; et si ce projet eût été exécuté dans son entier, la terre de la liberté était purgée. Tout le plan aurait eu lieu sans la malheureuse affaire de Cambrai, qui devait seulement se borner à birè de fausses attaques vers le camp de Solesmes , pour empêcher ce camp de secourir celui de Cysoing.
Revenons actuellement aux mouvements. L'armée assemblée près de Cassel se montait à 3o,ooo hommes; eUe fut divisée sur quatre colonnes. Les flanqueurs de gauche, aux ordres du général de division Landrin, marchaient sur Wormhoudt, que les ennemis occupaient en force; ils avaient un camp de six mille hommes derrière à Wilder. lia colonne du centre marchait sur Houtkerque ; les flanqueurs de droite avec l'avant-garde sur Poperinghe aux ordres du général Hédouville. La colonne du centre était aux ordres du général Jourdan, et je me tenais à c«tte colonne avec les représentants du peuple, Levasseur et Delbrêl,qui ont été présents à tout et qui me rendront la justice que je réclame d'eux.
Une quatrième colonne de douxe mille hommes est partie de Bailleul pout*
230 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [agsEPt. tygS.j
dler sur la ville dTpres, s'emparer d'elle ou la brûler, aux ordres du général Dumesny.
Tous les généraux avaient leurs instructions. Les colonnes partirent deux heures avant le jour, le 6 septembre; la colonne du centre força le village de Houtkerque, les ennemis qui Toccupaient se retirèrent par le chemin de Poperinghe. Le général Colaud les suivit, et je voulais que la colonne du centre prtt cette direction, pour de là nous porter sur Proven, où les colonnes devaient se réunir pour marcher sur Hondschoote. Le général Emouf , qui connaissait parfaitement le pays, en qui f avais de la confiance pour ces mouvements, me dit que si je prenais cette direction, je laissais derrière moi , sur mon flanc gauche , un poste considérable des ennemis et qu'il était de la prudence d'attaquer ce poste. B fiit résolu que le général Jourdan marcherait sur Herzeele, et le général Colaud sur Proven. Je suivis ce dernier. L'ennemi s'étant jeté dans la grande forêt de Saint-Six, alors je dis au général Colaud d'occuper la tête du village de Proven, que j'allais me rendre à Herzede pour voir où en étaient les choses.
A mon arrivée, je trouvai une partie du village de forcée; le reste le iiit un quart d'heure après. Je me disposai h suivre les ennemis qui s'étaient retirés sur Bambecque, où ils occupaient un poste très avantageux, la rivière devant eux, avec le pont gardé. En arrivant à portée , l'attaque commençait par une canonnade très vive; une grosse pluie survint, les soldats manquaient de cartouches. Je me décidai, d'après les avis du général Berthelmy et des représentants du peuple, d'enlever ce poste au bout de la baïonnette. Je donnai l'ordre et je fis battre la charge; les ennemis se retirèrent et prirent le chemin de Rexpoede. La pluie continuant avec grande force , je voulais rester à Bambecque , pour laisser reposer les troupes : il était cinq heures et demie ; on me dit que l'ennemi était en déroute et se retirait en désordre. J'observai qu'il était dangereux d'arriver dans Rexpoede k la nuit, qu'on ne pouvait faire que de mauvaises dispositions à cause de l'obscurité; que, d'ailleurs, nous nous trouverions plac^ entre les deux camps des ennemis qui viendraient à coup sûr nous attaquer, que l'avantage était pour eux , connaissant parfiûtement la position, et nous pas. On ne s'est pas rendu k ces ^ considérations; je croyais devoir les faire. Q fut décidé de marcher à Rexpoede; nous y arrivâmes de nuit. Je fus avec le général Emouf Cadre les dispositions pour passer la nuit; les dispositions étant £sdtes, je me rendis à la maison où étaient les représentants du peuple; je leur témoignai mes inquiétudes. A onze heures les ennemis vinrent attaquer la tête du village; je fis porter deux pièces de huit, je fis battre la charge, je portai une partie des troupes à l'appui des points attaqués, et je mis le reste en bataille derrière le village, pour ne pas être tourné par l'ennemi. Nous restâmes dans cette position; j'envoyai au général Hédouville une ordonnance, ainsi que l'adjudant Coquebert, pour que ce général vint me renforcer : les deux émissaires furent pris par les ennemis. L'attaque se rdentit vers une heure, et l'ennemi se retira. On me dit que les deux pièces de huit étaient démontées k la tête du village; j'envoyai deux compagnies de grenadiers avec l'adjudant génénd Emouf pour cJler relever les pièces, ce qui fut exécuté : je fis alors porter tous les caissons et canons derrière le village , sur le chemin de Bambecque, étant très persuadé que les ennemis viendraient atta-
quer une heure avant le jour, ce qui arriva. L*attaque fut vive : nos troupes se replièrent , et Tennemi entra dans le village , ce qui me dëcida à prendre la position de Herzeele par Bambecque , où nous restâmes environ une heure. Les soldats manquaient de pain; ils en demandaient, quoiqu'ils en eussent eu pour deux jours; mais, dans un temps de pluie et ayant passe la nuit sur pied, ie soldat avait consomme son pain; Teau-de-vie n'étant point arrivée, le soldat ëtaii mécontent, et je partageais ses peines; je les fis mettre en bataille à la hauteur de Herzeele, pour attendre le pain; une partie des troupes qui étaient à droite se mirent en marche malgré moi , en disant qu'ib étaient poursuivis par Tennemi , ce qui était faux ; mais ils se servirent de ce moyen pour exécuter leur retraite. Plusieurs bataillons étaient déjà partis : j'envoyai le général Berthelmy après. Le représentant Ddbrel le voulut suivre; on peut leur demander l'incroyable peine qu'ils avaient de ramener les troupes; ils y parvinrent cependant. Dans ce moment, nous entendîmes une canonnade en avant de nous; j'envoyai voir ce que c'était : on me dit que c'était le général Hédouville qui attaquait et poursuivait l'ennemi par la route de Rergues. ]je pain arriva lard, l'après-midi, et l'eaude-vie. Je me disposai à laisser reposer les troupes et à partir avant le jour pour attaquer Hondschoote. Les troupes se mirent en marche à trois heures du matin. Le général Colaud se dirigeait sur le même point par un autre chemin.
La colonne du centre arrivée à un endroit qu on appelle les Cinq-Chemins, qui n'était plus qu'à un quart de lieue de Hondschoote, je crus que les ennemis s'étaient retirés, voyant que ce poste n'était pas occupé. Le commandant Vandamme couvrait mon flanc gauche et marchait par Killem. En arrivant près de Hondschoote, les ennemis étaient en bataille derrière leurs retranchements. Je fus Ips rficonnaiire : ils avaient leur droite appuyée h un moulin h vent , sur l'élévation duquel ils avaient une batterie de canons ; leur gauche était appuyée de même avec des redoutes. J'avais fait arrêter la colonne pendant que je faisais ma reconnaissance; je fis mes dispositions d'attaque; j'envoyai le général Berthelmy pour diriger la colonne du général Colaud, et je ne voulais attaquer que lorsque ce général serait arrivé; mais les troupes sur notre gauche commencèrent l'attaque, et successivement toutes les troupes y prirent part à mesure qu'elles furent mises en bataille. Une grande faute que les ennemis avaient commise et qui a tourné à notre avantage, c'est de n'avoir pas occupé le poste des Cinq-Chemins; une autre d'avoir coupé et éhigué toutes les haies devant leurs retranchements à en- \iron cent toises, de manière que nos troupes sont arrivées à couvert jusqu'à cette distance; ils se sont emparés des haies et fossés et ont combattu dans cette position. Ive combat durait déjà depuis près de deux heures, lorsque la colonne du général Colaud arriva : je fus à ce général lui donner les ordres de se mettre en bataille à la droite du chemin, de manière à pouvoir prendre la position à revers, et je portai sa cavalerie tout à fait sur la droite, dans une position où elle aurait pu agir. Le combat devint toujours plus rude; une redoute fut prise drux fois par nos troupes et reprise par les ennemis. Le feu avertit le général Leclaire qui était à Bergu s; il sortit avec trois mille hommes, descendit le canal et attaqua dans cette prtie; c'est ce qui décida le combat à notre avantage. Après avoir donné Tordre à toutes les attaques de marcher à la baïonnette, ce qui fut exécuté «
i32 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [agsupr. 1798.]
et à Irois heures et demie les troupes étaient k Hondschoote, je me portai aussitôt en avant de la ville, avec quelques bataillons et quatre pièces de canon ; j envoyai un bataillon avec les hussards du deuxième régiment à la poursuite des ennemis; ils les poursuivirent jusqa*au delà du village de [Houthem] oii les ennemis avaient rompu le pont derrière eux.
Je fis mon possible pour rallier tous les bataillons en avant de Hondschoote. 11 était cinq heures du soir : les troupes, extrêmement fatiguées du long combat, avaient besoin de repos pour pouvoir manger. J'aurais bien désiré pouvoir me porter entre Fumes et la Grande-Moëre, je n y serais arrivé que de nuit; et la triste expérience que j*avais faite de la nuit de Rexpoëde me détermina à rester dans la position de Hondschoote, et de marcher le matin deux heures avant le jour pour prendre cette position. Une autre considération bien majeure, c'est que le général Dumesny ne put prendre la ville dTpres; il me manda que les ennemis étaient plus nombreux que lui et qu'il avait été forcé k la retraite sur Bailleul. Si je me fusse porté sur Fumes, je risquais de me faire prendre à revers par les ennemis dTpres. L'armée des Anglais était le double plus forte que la nôtre. Après avoir réfléchi sur tous ces moyens, je me suis déterminé à renforcer la division du général Dumesny par celle du général HédouviUe, avec ordre de marcher, conjointement avec le général Beru, sur Menin et d'écraser les dix mille Hollandais qui y élnient. Cette division partit le 9 ; je restai avec le reste des troupes deux jours de plus à Hondschoote, pour que les Anglais ne pussent pas porter du secours aux Hollandais. J'arrivai le 1 a au soir à Lille, et le i3 le reste de l'armée, pour aller attaquer le camp de Gysoing. Dans la nuit du ia au i3 , je reçus un courrier de la municipalité de Cambrai qui m'annonça la malheureuf e aflaire de la sortie de cette gornison ; die me peignit sa malheureuse position et le danger qu'elle courait, de sorte que je renonçai k mon projet et me déterminai è aller au secours de ces deux places qui étaient menacées : j'y fis surle-champ jeter quatre bataillons; je voulais aussi en faire entrer à Bouchain, mais les ennemis s'étaient emparés de la communication. Je parvins pourtant à faire entrer de nuit deux bataillons dans celte dernière place.
On a su le résultat de l'expédition de Menin. J'avais donné ordre que l'avantgarde se portât sur Courtisai. Ce mouvement a été retardé, je ne sais comment, et cela a donné le temps au général Beaulieu de s'y porter dans la nuit du 1 3. Le 1 â , le maréchal Cobourgest accouru avec 5o,ooo hommes, la ville du Quesnoy s'étant rendue le 1 1 ; sans ces deux malheurs de la prise du Quesnoy et du désastre de Bouchain et Cambrai , nous étions maîtres de la campagne, et les ennemis étaient forcés de se retirer de la terre de la liberté.
Voilà l'exposé de l'expédition de la levée du siège de Dunkerque. Un général ne peut pas répondre de la réussite de tous les projets. Je laisse aux militaires les plus sévères à trouver qu'il y ait de ma faute, encore moins de la trahison de itia part. Mes opinions ont été prononcées dès le commencement de la Révolution , et , si je n'étais pas républicain par principes, je le serais pai* reconnaissance. Aucun militaire n*a combattu plus que moi pour la cause de la lib^lé. Je n'en parierai pas, parce que les faits existent ; et on ne me ravira pas du moins mon droit aux succès que les armes de la République ont remportés sur le Rhin. Ici on m'attribue
les fautes, et aux autres les succès. Je ne puis être reS|)onsable d'aucune foute des autres. Si le gënéral Landrin n a pas exécute les ordres que je lui ai donnés de faire une sortie vigoureuse de Dunkerque, ce n*est pas de ma &ute. Si le général Hédou ville n'a pas fait ce qu'il devait faire h Menin, je ne le sais pas, ce nest encore point de ma faute.
Le Comité de salut public a désiré la levée du siège de Dunkerque; elle a eu lieu : j'ai battu les ennemis à Hondschoote. Je suis Aché de ne pas avoir jeté les Anglais dans la mer : je l'aurais fait également si je l'avais pu. Le Comité de salut public m'a écrit de ne pas m'exposer k une affaire décisive; elle aurait pu le devenir, si je m'étais porté entre Fumes et la Grande-Moëre; ayant devant moi 5o,ooo ennemis et la à i5,ooo sur mon flanc droit, c'est alors que j'aurais été blâmable si j'avais reçu un échec, et non pour l'avoir évité. Je réclame le témoignage des représentants du peuple Levasseur et Delbrel, qui me rendront justice sur ma conduite et sur la vérité de cet exposé.
Le représentant Barère, dans son compte qu'il rend à la Convention (*^ dit, en pariant de l'aflaire de Dunkerque, que quatre faits rendent Houchard coupable : le premier, de n'avoir pas jeté les Anglais dans la mer après leur déroute. U aurait fiilu savoir s'ils eussent été d'humeur à se laisser jeter à la mer par un nombre de Français infiùneur de la moitié ^^\ Le second, de n'avoir pas taillé en pièces les Hollandais. J'avais donné les ordres pour cela; je ne pouvais pas être partout, je
(') Dans la Béance du «6 septembre 1793. (C£ Moniteur, XVII, 766 et 768.) Robespierre se fit aussi Taccusateur de Bouchard au sein de la Société des Jacobins. (Afoine«ifr,id., 771.)
(*) Dans son interrogatoire, subi le i5 braroaire an 11 (5 novembre 1798), Houchard donna sur sa conduite è Hondschoote les explications suivantes (Arcb.
nat., W «96, n* aSo) :
«D. Pourquoi, è Taflaire de Hondschoote, commandant à Tarmée du Nord, avet-vous abandoimé nos bataillons et les succès de la victoire de cette journée célèbre par la valeur de nos soldats?
«A. Je n*ai point abandonné les bataillons, puisque j*ai resté constamment arec eux, que moi-même j*ai posté les bataillons an delà de la ville de Hondschoote, sur le diemin par où les ennemis s*étaient retirés. La majeure partie des troupes était répandue dans la ville, et qu*on ne put faire sortir; j*ai envoyé à la poursuite de Tennemi un bataillon d^infanterie avec les hussards du a* régiment, en attendant qu*on puisse sortir les troupes de la viHe.
J*ai même, pour cet effet, de Taulre côté de la ville , fait assembler les commandants de bataillons pour les exhorter à rassembler toutes leurs troupes, parce que je craignais que les ennemis ne revinssent sur leurs pas dans un pays extrêmement couvert de bois, où Ton ne voyait pas è quinze pas devant soi. On vint me dire dans ce même moment que les ennemis s^étaient retirés en partie vers un vieux couvent. Je fus reconnaître ce rapport, qui se trouvait (aux. Dans ce même moment, je reçus une ordonnance du a* régiment de hussards qui vint me dire que les ennemis avaient coupé le pont derrière eux sur le canal, è une lioue de là. H était alors quatre heures et demie du soir, et je ne pouvais plus me porter à la poursuite des ennemis, à cause de rapproche de la nuit
«rD. Pourquoi n*avex-vous pas fait prisonnière toute Tannée anglaise et hollandaise?
crA. Si je Pavais pu, je Taurais fait, et je me réserve encore de prouver pourquoi je n*ai pas pu le faire.»
23/i CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ag sept. 1798.]
ne peux donc pas être responsable. Le troisième, de n avoir donne qu'un mouvement partiel à larmëe, d'avoir laisse tailler en pièces dans un ravin la garnison de Cambrai. Je ne peux être responsable de ce malheur, puisque je n'avais donne d'autres ordres à cette garnison que de faire une ferme attaque, et non d'aller se fourrer dans un ravin à Avesnes-le-Sec , qui est à trois lieues et demie de la garnison. On ne peut pas mâcher tout à un général; il faut qu'il se conduise militairement et qu'il ne s'expose pas. Le quatrième, d'avoir abandonné Menin et d'avoir laissé attaquer l'aiTière-garde, et d'avoir gardé le silence sur celte affaire. Je i*éponds que je n'étais pas à Menin , que j'ai donné des ordres. Je ne puis répondre des fautes d'antrui. J'ai écrit au ministre de la guerre h qui j'ai rendu compte de l'affaire de Menin , avec prière de communiquer ma dépêche au Comité de salut public.
Je serais d'ailleurs très aise de me justifier devant le Comité de salut public, devant des militaires , la carte à la main. Tous les faits que le représentant Barère allègue ne sont sûrement pas des trahisons. Si j'étais connu de lui, il n'aurait aucun doute sur mon entier dévouement à la République. Je suis aussi un général sans-culotte et qui ai combattu depuis la Révolution en vrai sans-culotte. Jamais je n'ai intrigué; jamais je n'ai désiré être autre chose qu'un capitaine de dragons, que trente-huit ans de services m*ont valu. On m'a forcé de prendre les emplois que j'ai exercés; je n*en voulais point, parce que je n'ai pas d'ambition, que je ne veux être qu'un citoyen français. Et ce litre, le seul qui me flatte, ne peut m'être refusé, par mon éternel dévouement pour la cau^e de la liberté et du peuple ^^\
HOOCHARD.
(Orig., Arcb. de la guerre, armée du Nord.)
(0 Houchard prolestait constamment de soD innocence. Le a oclobre 1 798 , il écrivit a sa femme, qni habitait chez son père, à Sarrebourg, la lettre suivante, dont je possède roriginai autographe :
«A Paris, le t octobre 1798, TaD u de la lUpabliqae.
<r Je ne sais, mon amie, pourquoi je ne reçois pas de tes nouvelles. Ce silence m^inquiète et me tourmente. Tu peux m'^écrire avec assurance ; je suis simplement en état d'arrestation, jusqu'à ce qu'on ait trouvé des motifs d'accusation contre moi. Si j'étais obligé de rester ici jusqu'à ce qu'on en ait trouvé , je resterab élemeUement. On en voulait à ma place , et il fallait me donner des torts ou du moins en supposer pour
me i'ôter. On [nej me connaissait pas; on n'avait simplement qu'à me dire : Vous [ne] nous convenez plus; j'aurais remis à un autre le commandement de Tannée. Je doute que celui qui me remplace remplira les fonctions avec plus du zèle et de dévouement pour la République que moi. Je crois qu'on trouvait que j'étais trop heureux à la guerre, qu'il y n des hommes assez ennemis de leur pairie pour désirer que je l'eusse été moins. Toutes les horreuis que les journaux ont vomies contre moi sont des ralomnies. Il fallait me donner des tort<« pour qu'on ne puisse pas dire : Mais pourquoi ôte-t-on ce général? Et celle prétendue correspondance avec les princes étrangers consiste en trois lettres du prince de Nassau. Dana une, je l'avais prié de faire
[3o8«PT. 1798.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 235
69. PAEIS, 30 SBPTBMBRB 1793 ^^K LB COMTîi DB SALUT PUBLIC AU MINISTRB DB LA GUERRB BOUCHOTTB.
Analyse. — Envoi d'une lettre des représentants Truilard, Berlier, Hentz et Duquesnoy concernant la nomination du général Garrion ^\ (tll est plus que temps de purger de tous les hommes à masque nos armées trahies depuis si longtemps, v — On lit, en tête de ces mots, de la main de Bouchotte : ce S"* division. Suspendre Garrion. n
(Orig., ng. par Garoot et Saint-Jatt, Areh. adm. de la gaeire, doMÎer CarrioD. — Minote, Afeh.nat, AF n aSS.)
prendre les aasignaU dans Tétendue de son pays où il y avait des troupes de la République; les deux autres sont au sujet des pompes à feu que je lui ai demandées pour la garnison de SÛrrelîbre, qui n*en avait point et qui en aurait eu besoin si cette ville eût été assiégée, et qu'il m*a accordées.
ffVfnlà cette fameuse trahison. Pavais d^aiUeurs montré ces lettres aux représentants du peuple près farmée de la Moselle, qui m'avaient conseillé de les garder, parce que le prince de Nassau prenait dans ses lettres les qualités de duc de DHing, et cette qualité pouvait servir un jour contre hiL Tai mis ces lettres dans une chemise et j'ai mis sur le revers : Lêttm in princeê étrangère, pour pouvoir les trouver facilement quanid on en aura besoin. Tu vois bien, mon amie, qu'il n'y a pas de quoi s'alarmer de cela. On pourra voir mon registre, on y trouvera la vérité. Si j'avais été un monstre capaUe de trahir ma patrie, aurais-je gardé des lettres, les aurais-je mises en éridence dans des chemises étiquetées et à la vue de tout le monde?
Cette seule réflexion aurait dû convaincre quiconque aurait le bon sens que ce sont des lettres de nulle valeur; mais il fallait donner et trouver des torts à quelqu'un qu'on destitue, et il fallait faire voir au soldat que c'est une trahison pour m'éter sa
confiance, afin qu'il ne soit pas fatigué de ces continuelles destitutions. Nous sommes ici 99 généraux en prison.
« Adieu , mon amie ; ne me laisse pas plus longtemps dans l'attente de tes nouvelles. Je pense qu'on aura aussi cherché à égarer le peuple de Sarrebourg; mais, quand il apprendra ma justification, il me rendra son estime. Adieu. Mon adresse est : Au citoyen Houchard , aux prisons de l'Abbaye , à Paris.»
A la même époque , Houchard écrivait de la Conciergerie à l'avocat et défenseur officieux Montroui la lettre suivante, dont je possède l'origind et dont je publie le texte avec son orthographe défectueuse :
«Je suis détenu, citoyen, à la consîergerifi et souhsonné. Je suis l'homme du monde le plus inocent Je vous serés obligé de vouloir vous charger de la deflendre. Fait moi le plaisir de venir me voir ce soir, si il étoit poesible.
ftVotrteoneiioifen, <rHoucHAaB.»
(*) Camot asriste à la séance du Comité (cf. Aulard, VII, i3o). Il rédige de sa main un arrêté sur les mesures à prendre pour la garde du r^résoitant Antiboul.
(^ Cf. le texte de cette lettre des représentants, datée du 1 5 septembre 1 798, è la page 169.
236 CORRESPONDAT^CE GÉNÉRALE DE CARNOT. [3o sept. 1793.]
LE COMITE DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BODGHOTTE
Analyse. — Envoi d'une lettre que le Comité a reçue, en date du t/i septembre, du représentant Dabray^^\
(Mioute, Areb. nat., AF n 969.)
LE COMITE DE SALUT PUBLIC AUX ADMINISTRATEURS DE LA LOIRE-lNF^RIEURE.
Paris, le 3o septembre 1798, i'an 11 de la République française.
LES BBPRésBNTÀNTS DV PKOPLE MBMBRBS DV COMiri DE SALUT PUBLIC AUX ADMINISTBATBUBS DU DÉPARTEMENT DE LA LOIREINFiRIBURS , i NANTES,
Nous avons reçu, citoyens, votre lettre du i3 courant, votre arrêté et procès-verbal du 1 1 de ce mois relatif au brâlemenl de deux drapeaux blancs pris sur les rebelles. Vous nous donnez par là une nouvelle preuve de votre haine pour des rebelles fanatiques qui déchirent le sein de leur Patrie. Votre courage et votre énergie connus nous font espérer que vous repousserez les efforts de ces monstres stipendiés par Pin et Cobourg.
Les membres du Comité de salut public châtiés de la correspondance,
Carnot, CollotVHerbois.
(Pobl. par Etienne Charavay dans la Revue dee documenté hUtoriqueê , t II, 1875, p. i43.)
(*> Jdseph-Séraphin Dabray, né à Nice en 1769, avocat, député dei Alpes-Maritimes à la Convention et au Conseil des Cinq-Cents, mort k Nice le U août 1861. — Le Comité répondit en ces termes k Dabray (Minute, Arcb. nat, AF 11 aSa):
«Citoyen coHègue,
«Le Comité de salut public a reçu votre lettre du 1 4 de ce mois par laquelle vous
manifeste! la crainte que le Piémontais ne vienne à occuper des endroits qu'il serait difficile de reprendre et à couper même la communication entre le département des Alpes-Maritimes et celui du Yar. Votre sollicitude est trop bien fondée pour que le Comité ne prenne pas en sérieuse considération les observations que vous lui avex faites.
ff Salut et fraternité.»
[f'ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 237