‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 78 sur 181 · LE G^N^RAL JOURDAN AU COMITE DE SALDT PUBLIC · texte numérisé non relu

LE G^N^RAL JOURDAN AU COMITE DE SALDT PUBLIC

An quartier générai k GavreUe, ie 3 octobre 1793, an 11 de la République.

LE CITOYEN JOURDAN AVI REPRisBNTANTS DV PEUPLE, MEMBRES DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Le ministre de la guerre vous aura sans doute communique le projet que j*ai fait de marcher sur-le-champ pour opérer la délivrance de Maubeuge. La manière avec laquelle les avant-postes de cette place se sont comportés ne me donne pas une idée avantageuse de la défense qu'ils pourraient opérer subséquemment; ces motifs m'ont décidé à me porter avec 60,000 hommes sur cette ville. En conséquence, mon avant-garde aux ordres du général Fromentin est partie ce matin. J'attends, pour la suivre, les 19,000 hommes qui m'arrivent demain de la division de LiUe et les 1 0,000 hommes de celle de Cassel , que je dois recevoir incessamment Je laisse 10,000 hommes à la position d^Arieux pour couvrir Cambrai et Bouchaîn. Il m'a été impossible de tirer de la frontière des renforts plus nombreux; la nouvelle levée n'est pas, à beaucoup près, tout à fait organisée et la majeure partie des bataillons formés n'ont point d'armes; ils ne peuvent remplacer les anciennes troupes.

L^armée des Ardennes étant trop faible pour faire une diversion essentielle du côté de Namur, il vaut mieux tirer tout ce qu'on pourra de cette armée pour réunir à celle du Nord; en conséquence, je prie le ministre de la guerre de donner des ordres h ce corps de troupes pour qu'il se porte le plus tôt possible sur Avesnes^'^

Aussitôt que les différents renforts seront réunis et que l'organisation de la nou-

(^) Le 3 octobre, le ministre de la guerre Bouchotte transmettait an général Ferrand Tarrété du Comité mettant provisoirement l*armée des Ardennes aux ordres de Jourdan. «Vous voudrez bioi vous conformer au contenu de cet arrêté et concourir tous deux fratemeiiement et patriodquement au service de la chose publique. Il conviendra que

vous alliez trouver le général Jourdan pour conférer, parce qu^il vous sera plus facile qu^à lui de se déplacer. . . Le courage des Français et leur attachement à la liberté étant les mêmes dans toutes les armées , la patrie compte sur Tarmée des Ardennes comme sur celle du Nord.» (Orig., Arcb. de la guerre, armée du Nord.)

[SocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAffiE DU COMITÉ. 247

vdle levée et leur emplaeeroent me pennettront de disposer des anciennes troupes, aussitôt la délivrance de Maubeuge opérée, je tenterai tout ce que Taudace, le courage et le zèle des républicains français pourra atteindre. Je pourrai alors donner k mon premier projet toute la latitude , toute l'extension que vous lui désirez.

Je profiterai, si la fortune, comme je n'en doute pas, seconde nos desseins, je profiterai du moment où le peuple français indigné montrera cette énergie , qui est le présage certain de la destruction des tyrans. Hâtez-vous de remettre en ses mains les armes avec lesquelles il doit les foudroyer. Que votre active surveillance suive dans tous les détails les administrations qui doivent approvisionner les courageux républicains. Je vous réponds du succès; ce n'est pas sur mes Udents que je le fonde, je ne suis pas assez présoniptneux, mais je crois que rien n'est impossible à l'amour de la patrie ^^\

JoURDAlf.

(Orig., Areh. de la gaerre, arm^ da Nord.)

(1) Le même jour, Jourdan écrivit la lettre suivante au ministre de la guerre (orig. , arch. de la guerre , armée du Nord) :

Ao quartier général de Garr^e, le S octobre, Tan n de la République fraoçain.

ft Le citoyen Jourdan au citoyen Bouchotte , nûmêtre de la guerre,

«Vous avez dû voir, par la dernière lettre que je vous ai expédiée, que mon projet était de tout tenter pour délivrer Maubeuge. Cette place est investie depuis le 39 septembre. Mes espions ont rapporté que les avant-postes ont été surpris et massacrés, que le camp de Baschamp, composé de trois bataillons, s*est mis en déroute sans tirer un coup de fîisii et a abandonné ses tentes et ses canons.

eMon premier projet ayant trop de latitude pour être exécuté avec la célérité que je suis obligé d'employer pour délivrer Maubeuge, je vous ai mandé que je vais réunir Ao,ooo bommes pour sauver cette place et que j'en laisserai 1 0,000 à la position d'Arleux pour protéger Bouchain et Cambrai.

Cette disposition est d'autant plus nécessaire qne Gobourg reste en observation à Bavai avec des forces considérables et qu^il ne manquerait pas de se jeter sur la partie que je laisserai à découvert.

trUarmée des Ardennes est trop faible pour opérer une diversion essentielle du

côté de Namur; elle s'exposerait, même en avançant , à recevoir quelque échec Comme j*ai encore besoin de renfort pour exécuter mon projet, il faut tirer de cette armée tout ce qu^on pourra pour renforcer celle du Nord. En conséquence, je vous prie de donner les ordres les plus précis pour que ces troupes se mettent en mouvement et dirigent leur marche sur Avesnes. Lorsque ces renforts, réunis aux carabiniers, me seront arrivés, lorsque je pourrai foire remplacer par les nouvelles levées les anciennes troupes, lorsque enfin les différents objets que je vous ai demandés et qui sont d*une nécessité indispensable me seront parvenus, j^exécttterai mon projet sur le camp de Cysoing. En attendant, je vais m*occuper de celui de la délivrance de Maubeuge. Mon avant-garde est partie ce matin. Pattends les 19,000 hommes de Lille et les 10,000 de Cassel pour me mettre en marche , ce que je compte exécuter après-demain. Le rendez-vous général de mes troupes est i Guise.

ft Soyex persuadé que je ne négligerai rien pour répondre à la haute confiance qu'on m'a accordée. Je désirerais bien que meà talents fussent à la hauteur de mon civisme et de mon dévouement pour la chose publique. A ce défaut, je suppléerai par mon zèle et mon activité.

«rJoDRDAII.n

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [4 ocr. 1793.]

SARREBROGK, 3 OCTOBRE 1798.

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