BAYONNE, 16 OCTOBRE I792. LES COMMISSAIRES X LA CONVENTION
Bayonne, ie 16 octobre 1799, Tan i de la République.
Citoyens collègues,
Arrivés à Bayonne depuis le 1 3 de ce mois, nous devons vous rendre compte de sa situation politique et militaire, de Tétat de la citadelle, des forces de la garnison, du zèle des citoyens, mais il faut d*abord vous faire connaître les mesures que nous avons prises dans les départements que nous avons parcourus , pour y élever l'esprit public, améliorer l'administration et préparer des moyens de défense.
Au moment où nous partîmes de Bordeaux, cette ville, si intéressante par sa population, par son conunerce et par le patriotisme sage et vigoureux qui la distinguent, était à la veille de manquer de grains, et plusieurs départements, qui pouvaient lui en fournir, alarmés euxmêmes sur les subsistances ou cédant à la prévention funeste de quelques citoyens, se trouvaient dans l'impossibilité d'entretenir la libre circulation.
Dans ces circonstances nous nous empressâmes, non d'effrayer par des coups d'autorité, mais de faire usage des moyens de persuasion, toujours si puissants chez une nation libre; nous écrivîmes aux corps administratifs et aux sociétés populaires de toutes les villes principales des départements voisins; nous eûmes aussi l'attention d'en voir un grand nombre à notre passage, et il en est résulté l'heureux effet que nous nous étions promis.
Plusieurs administrations, municipalités, et surtout ces autorités constituées par l'opinion sous le titre de Sociétés populaires, se sont empressées de faire embarquer pour Bordeaux une grande quantité de blé. Parmi ces sociétés, nous devons distinguer celles de Tonneins^*^ et de iMarmande, qui nous ont écrit à cet égard, de la manière la plus philosophique et la plus sage , et qui nous ont assuré que les commissaires, que l'on enverrait parmi eux pour des achats de grains, seraient constamment libres et respectés.
C'est ainsi que la proclamation de l'unité de la République fait
^'^ Cf. une nolice sur Tonneins-la-Monla|][ne par Louis Bresson, dans la RévoluUoH française, l. IFI, p. 178 et 2,3 1.
208 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 oct. 179Q.]
sentir vivement à tous les Français qu'ils ne forment plus qu'une famille de frères.
Nous avons du croire, citoyens, que ceux qui montraient un si parfait dévouement dans celte partie délicate de l'administration, ne seraient pas moins zélés pour la défense extérieure de la République; nous ne nous sommes point trompés.
Le département de la Gironde a formé dans huit jours un nouveau bataillon de volontaires, il l'a armé et équipé, et ce bataillon est actuellement à Libourne, brûlant de patriotisme et impatient de combattre.
Dans le département de Lot-et-Garonne, au lieu d'un bataillon , l'on nous en a offert trois. Dans le Gers, les Hautes et les Basses-Pyrénées, de môme que dans les départements de la Haute-Vienne et de la Dordogne, tout est aussi dans la plus heureuse activité ^^^ et il ne nous reste qu'à compléter l'armement et l'habillement.
Dès que nous avons été instruits que par un décret du 5 de ce mois la Convention nationale avait mis h la disposition du ministre de la guerre une somme de vingt millions , nous nous sommes empressés de requérir Jean-Gérard Lacuée , commissaire du Conseil exécutif, qui nous est ici de la plus grande utilité, de demander provisoirement sur cette somme celle de quatre millions pour être employée à l'armement et équipement des divers bataillons de ces frontières ^^^ et, afin d'éviter une perte de temps fâcheuse sous tous les rapports, nous avons cru
t') Les dëparlemcnts du Gers, des Basses et des Ha ules-Py renées avaient formé trois bataillons de volontaires ; celui de la Haute- Vienne, qui en avait deux, en créait un troisième le 18 octobre 1799 ; enfin la Dordogne en avait levé quatre. (Cf. Les Volons taires, par Camille Roussct.)
W Lacuée transmit, le 16 octobre 1799 , celte réquisition au ministre de la guerre, tout en déclarant qu'il considérait cette somme de quatre millions comme insuffisante. (Arch. de la guerre, reg. de Lacuée, p. 19.) Le môme jour Licuéc écrivit trois autres lettres au ministre pour lui transmettre des réquisitions des commissaires , 1* sur un congé demandé par le commissaire des {riiorros Vanduiï(»l; a" sur le
complément des officiers des ao* et 8o* régiments d'infanterie; 3' sur le congé illimité accordé au citoyen Foulhiac, colonel, directeur du génie à Bayonne. trEn vertu de la réquisition, disait Lacuée, j*ai accordé un congé illimité au citoyen Foui* hiac et, vu ses longs services, je pense avec les citoyens commissaires que Ton pourrait donner à cet officier le grade de maréchal de camp et immédiatement après sa retraite qui serait celle de colonel. Cet officier a paru aux commissaires ne pas jouir ici de toute la confiance qu'il mérite et qui est nécessaire dans les circonstances actuelles, mais avoir des droits par ses services à une retraite honorable et bonne.» (Foulhiac se retira le 1" février 1793).
[i6ocT. 179Q.] MISSION À RAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 209
devoir autoriser les administrateurs, auxquels on présente des marchés avantageux, à acheter les étoffes nécessaires et à établir des ateliers de confection, en leur prescrivant néanmoins, sur leur responsabilité, la plus scrupuleuse attention et la plus sévère économie ^^\
C'est par ces mesures actives que nous espérons, citoyens nos collègues , avoir formé sous très peu de jours une armée de â 0,0 0 0 hommes , dont 9 0,000 en activité seront parfaitement en état de repousser nos voisins, s'ils préfèrent la guerre à la paix et à l'amitié que nous offrons à tous les peuples.
Nous devons à ce sujet faire connaître à la Convention nationale quelle a été notre conduite dans deux occasions particulières relativement aux Espagnols.
Le lendemain de notre arrivée, nous avons été instruits que les bataillons de volontaires nationaux, en détruisant quelques signes de ia féodalité, avaient, par une méprise involontaire, renversé les armoiries qui se trouvent sur la porte de la maison occupée par le consul d'Espagne. Un des agents du consul étant venu s'en plaindre, nous lui
^^) Lacuée écrivit au Conseil général de Lot-et-Garonne les deux lettres suivantes relativement aux mesures prises par les commissaires relativement à rëquiperaent de Tannée des Pyrénées. (Arch. de Lot-et- Garonne, L, reg. cité provisoirement i84, ri** 199 et i3o) :
Bayonne, le i& octobre «ygt.
trj^ai Thonneur de vous adresser une copie certifiée par moi d'une réquisition fpii m\'i été faite par les députés à la (Convention nationale, commissaires à Tarmée des Pyrénées.
« En -vertu de celte réquisition , je vous autorise à garder et à distribuer aux bataillons que vous allez lever les effets destinés pour les bataillons qui sont dans le nord.
«Vous penserez sans doute devoir commencer par équiper complètement le bataillon que vous allez lever; quant à celui qui sera en réquisition permanente, vous penserez sans doute que les volontaires ne doivent emporter, au moment où ils rentreront dans leurs foyers, que leurs armes et déposer toutes les parties d'habillement H dVquipemonl quo vous leur aurez confiées
pour la durée de leur première réquisition , afin que lors du prochain rassemblement ils retrouvent tous les objets en bon état. tr Vous voudrez bien encore faire constater Tétat des armes que vous confierez aux volontaires et les prévenir que lors de leur prochain rassemblement les armes seront, si elles ont éprouvé des déprédations (stc), réparées aux dépens des individus qui les auront détériorées, et cette précaution est indispensable, car TECat ne doit, sous aucun, rapport, souffrir de Tincurie des citoyens, n
Bâyonne, le 18 oclobre «791.
trj'ai rhonneur de vous prévenir que, par suite de la réquisition des commissaires de la Convention nationale, je viens de donner ordre aux citoyens Durand, à Bordeaux , de vous faire passer des caissea, tonneaux et batols (sic) contenant les effets d'équipement militaire destinés pour votre second bataillon; ces effets vous serviront pour le troisième.
trje m'estime heureux d'avoir pu par ces ordres faire une chose qui sûrement sera agréable à vous et à mes concitoyens.^
ih
■ ■r«i«maja aàtioftii.
S10 U)RRESn).N[MN<:E GI^\ÉR\Ii: DE <:\RNOT. (i6 ocr. 179S.I
iivon5 dit c|ii«* la nation frnnraiiu*, rn cli^irant (|u<* tou» h*% peiiplin^ fu»iM*n( libn^s, savait néanmoins re^|)^ct«T l«* f^mivrrnrnK^nt rt rintif'^pendanre do^ autres nations; c|nVllc ne serait jamais la pn*mi«T<* à violer le tiroit des gens« que tous les Français pensaient roninie nous, et f|ue reui dont il se plaifpait se feraient honneur et sVniprev>rraient de réparer l'emMir qu'ils avaient ronimise. (Te^t re qui est c&artement arrivé. lU^s que les volontaires ont su que r(*s armoiries leur étaient «*tranf^'*res, ils ont consenti à les nqdacer, en déclarant qu*ils ne voulaient combattre que les ennemis annt^ contre nous * . Le second trait n*est pas de cette nature; il présente même au
('* b* 1 9 orlobrr 1 799 . M. Roky, ronml d'EipagiK par iiHrrim a Ba^onn^ . iiD4ruiAil !• co«il« d'Aranib, prvoiîrr tnuiitln*, Ae la réparalkm de roulnig*» in«oi«MiUir«* (ait •Uft ■niioiri<« ili* ctiU* nation (C^ii*, Arrb. nat, P' hhoï):
« Moii0in|pM>ur«
vPliiaqu*il fat frai «|ii«> la plarr dr r^prmmtaat <le la nation r«pft|vnnli> . ilimt je aoia Imnoré par onln* ilr m Majf»at«* C«lliolii|iii* «lana i*abaenr<* «Ir M. Ii* tliMMil . ■i*iaipMi> le dr^oir aarré «!•• IVinri^ mr^r !• ai4r, \% li«l<*liU^ H la iii|planr<> qui y aaat «Uarbra . il m* r«^ pa* m»in« i|u^ j«* nr poia, ni ii« doit fairv UM|{r dr rHXe aiilonli* i|ii« pour turt^riw^r à influer, au* laal f|tt*il tiYi m mon p<»utoir, au mainliiw d« rbcurmii arrord i|ui n*a rrmt dViiaCrr faire drui nation». i|ui par Irur |>umanr»*. doui iKt» d'uiljniilé à ^m^ar «!«•• prerrptoi de la dninité, pm^«*nt amlrt ae permettra* tlVtn* \f% M>u%«*raiur« ruorilia- Iricc» d^ Tonivifi enlKT.
elle ruoMilèrv, je ne doit point laÎMcr igBortf à «utrv Eirellenrr <|u*H«nt amvê iri des TolcNitairr* pour le «ervire de la Palh«, le lendemain de leur arrivée, ila furvnl |iHi*« p«r leuni fren*« iraniie*. A TaBue de leur lMni|uet, a^jnt forme une faramlole en teiiit»i;p»a|p* de (vjiNii^«anre , un peu aiunie* ilu (mit di> l«*ur rvpaa etlriMinlirMire f ijiu Inip MHi%enl etril«i â de* iu«iu«eui<*iil% tliHit It* ri*|ii*iitir ••«l l'iinM|ue ruiimiUlMiu i , i|U4'li|ue9 - uii« <rtMitr«* rut, peu roiiiuAMt-iir» p«Hir dt>tin(pi*>r lc«
■rmea eapagnolea, avant ^u le tableau audesMia de la porte du Giomlal, dan* la rrmanre qiilb Ton! déeUré que r*etait la niaaafin et arnioirie de quelque émigré, refile%«Tent, re qui in*a%ant rauM> une «ive •emiliilité , je in*eni|ire«Mi d*en fain* mra juMei riyêa^ntatiow aui ritoiena maire et oflirîer» muniripaui, qui uoammement m'en lëmoifrnt-real leur mortiliailion, ni*a«urant que wir-le-rbamp il« allaient deldieirr U |»unitioa de» auteure de rette artion et fairv* rétablir le lalJeau dana le m^nte ewlruit d'titi il avait ele i4e. Lp lu/nie juur de uMimlit eipn«e arrivèrent en rette %|||«* |n»i» re«periable« riloveni rfimnii«Miir«*!i |»nieraui, rrrMuB par la (.onvenlMKi nalKmale d*un |Miu«oir illimité, à qui jVii« riMinneur iranmm'er rel incident. <!«■* illustre* MniverauM de ta province, qui nie lirefit un arrueil d'homiiHeic au delà de liHlIe etpre«ion. me Minifi 1 ti*r«^il leur n*«*enlii»enl runtre lea ro«pablea de rriXf erreur (qui dao» le fait n*ei| autrr rlicNc ) . me répondirent, au nom «le la tUmvention natMmale, du pouvoir içeneral île la4|ue||i> il« «nnt nanti», que la iialum fran^aifle ne serait dan» mil lemp» la |»rrmi^re qui «e |Mirterait a b aver rK*|M|{Tie. diNit Tinlimite leur tiiuj«»un prerieuae; pour preuve arthratM|ue de retle pure vente, il fut ordeoné, tant par r*^ citiiven» rmumiioairM que par \r* riloveia» iiiairr rt «iiriri<*r» mumnpauft, au rbef dt<» voluntairea de ae rpiidrv mon diMtiirilr. |iour y Caire U
[iGocT. 179a.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 211
premier coup d'œil un résultat différent, et cependant nous le croyons absolument conforme aux vrais principes.
au nom du corps que le cas exigeait, et que je reçus à bras ouverts , avec les sentiments de la plus pure amitié. Partant de ce principe, je réclamai avec instance aupri's de tous ces corps respectibles, au nom du roi d'Espagne, les indulgences plénières en faveur de ceux qui avaient commis celte méprise , ce qui m'a été accordé.
ffLe tableau neuf, où sont gravées les armes d'Espagne et au-dessous un navire, a donc été replacé dans son rang par douze volontaires, sous les yeux de M. le commandant, accompagné du corps des officiers. Votre Excellence connaîtra de plus en plus par ce digne et admirable procédé de la part de la nation française combien elle chérit l'intimité qui l'unit avec le royaume d'Espagne. A vue de ces désirs inappréciables qui doivent être réciproques, je ne cesserai de renouveler les vœux que j'adresse à l'Etre suprême pour les rendre indissolubles. Dans ce doux espoir, j'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, de votre Exceilence. »rC.-H. Robt.t)
Le 99 octobre le comte d'Aranda répondit en ces termes au consul Roby (Copie, Arch. net., F^ hhot):
ff J'ai reçu votre lettre du 1 9 de ce mois , dans ce séjour de plaisance où le roi est venu aujourd'hui pour quatre jours. J'ai communiqué à sa Majesté tout son contenu relativement à l'indiscrétion de quelques soldats volontaires arrivés depuis peu dans Rayonne et qui ne concevant être Técusson des armes de notre maison consulaire, désignant les distinctions anciennes de famille, procédèrent à l'arracher, sans connaître que c'était de la couronne d'Espagne.
(rJe suis enchanté du bon accueil qui fut fait à votre réquisition , non seulement par les officiers municipaux , mais aussi de MiM. les commissaires généraux de la Nation, et le remplacement des armes par leur autorité, avec toute l'authenticité, en présenrc de MM. le commandant et officions i\o la garnison. Vous ajoutez à cola les
intentions que ces Messieurs avaient d'imposer une punition à ceux qui avaient commis cette faute , et qu'en considération de ce que vous êtes persuadé que cela n^élait que le fruit d'une petite légèreté , vu que les autorités s'étaient démontrées de la manière la plus favorable, vous réclamâtes les indulgences en faveur de cette jeunesse.
«Le roi approuve en tout votre conduite, en agissant comme vous l'avei fait , faisant d'ailleurs un cas distingué de ce que les autorités ont témoigné leur inclination à conserver la bonne correspondance entre les deux nations.
«De votre part on observera ne s'y commettre des procédés qui puissent altérer cette bonne intelligence, prenant seulement chez soi les mesures défensives des insultes inconsidérées qui se commettent dans les frontières en n'observant point les dispositions de précaution de leurs voisins, ce qui se réduit à avoir garni la ligne de la frontière, qui, étant d'une mer à fautre assez éloignée, exige un renfort proportionné k raison de l'infinité de ses avenues, et encore en cela nous fûmes obligés, vu les réquisitions désagréables de divers succès qu'avec notre simple précaution nous avons contenu.
«Toujours on exagère les dispositions et mouvements des autres quand les désirs se trouvent exaltés; c'est ainsi qu'il aiira pu paraître à ceux qui pourraient agir avec feu : lesquels, s'ils exaniinont de sang froid combien il leur est aisé dans leur proximité et sérénité qu'en agissant de leur côté avec franfhise afin de conserver notre réciproque traite, ils avaient le suffisant pour leur tranquillité.
«Dans l'intelligence de tout quoi vous continuerez à exercer la place que vous occupez, sous la bonne même liarmonie qui depuis tant d'années s*est conservée entre les deux nations.
«Dieu vous garde beaucoup d*années.
« Saint -Ildpfonse, le 99 o.iobrc 1799.
«Comte d'ABAKDA.T)
212 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 oct. 1799.]
De toutes parts, citoyens, on était venu nous dénoncer que l'exportation des bestiaux vivants et viandes salées hors de la République fournissait à nos voisins des moyens de subsistances, dont nous avions absolument besoin pour nous-mêmes. On nous a demandé avec les plus vives instances la prohibition de cette sortie ^^\ Nous avons craint d'abord que cette mesure ne fût extrême, relativement à l'Espagne, et nuisible à notre propre commerce; mais, après avoir examiné attentivement les traités de la France avec l'Espagne, nous n'avons rien vu qui fût contraire à cette prohibition ; et dès que nous avons connu le décret qui ordonne l'emploi de trois millions pour nous procurer de l'étranger les salaisons et autres viandes nécessaires aux troupes, nous avons pensé que continuer d'exporter les bestiaux serait une contradiction manifeste avec l'esprit de ce décret. Nous nous soDunes dit de plus que la nation espagnole n'aurait point à se plaindre de la prohibition, puisque nous ne faisions que nous réserver les denrées de première nécessité ; que les marchands français n'en souffriraient pas non plus, puisqu'ils auraient la facilité de vendre, pour la subsistance de nos troupes, ce qu'ils se proposaient de fournir aux Espagnols.
Ces considérations décisives nous ont déterminés et nous avons provisoirement arrêté la sortie de tous les bestiaux, jusqu'à ce que la Convention nationale ait pris définitivement la mesure qui lui paraîtra la plus utile aux intérêts de la République.
Nous n'avons pas cru devoir en faire autant d'une colonie de religieuses qui, plus dociles aux leçons de leurs directeurs qu'aux salutaires avis de leurs parents et de leurs voisins, se sont obstinées avec la plus grande opiniâtreté à vouloir se transplanter en Espagne ^*l Kous .avons engagé les officiers municipaux à les laisser sortir, mais nous avons eu soin d'écrire aux administrateurs du district d'Agen pour qu'ils arrêtassent le payement de leurs pensions ^^\
Une autre partie de l'administration nous a essentiellement occupés.
0) Dès le 99 septeiBibre 1799, lesadmi- à ceux qui vont scanner contre nous. (Cf.
nistrateurs du département des Pyrénées- Jownal de» Débat», n** 18, p. 3 18.) Orientales avaient demandé à la Convention ^^^ L^arrété est du i3 octobre 1799 et
la prohibition de Texportation des bestiaux est publié à la page 909. pour TEspagne, considérant qu^il est irapo- ^^i La réquisition est du 1 5 octobre 1 799
litique et dangereux de fournir des secours et est publiée à la page 9o3.
[i6ocT. 1792.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 213
c'est le mauvais état des routes et des chemins publics. Dans ce moment, citoyens, nous nous bornerons à vous observer que les contrées méridionales ont été entièrement négligées, Ton peut même dire abandonnées, non seulement par l'ancien gouvernement, mais encore par l'Assemblée constituante et l'Assemblée législative. Cet objet important mérite une lettre et un développement particuliers que nous aurons soin d'adresser à la Convention, dès que nous aurons reçu des divers départements toutes les instructions et renseignements que nous leur avons demandés ^^\
Le moment approche où une surveillance nationale et véritablement paternelle détruira celte choquante disproportion d'un département à l'autre, non sans doute en adoptant l'absurde système de la loi agraire, mais en portant sur tous les points de la République une distribution juste et égale de la force et de la richesse communes. Nou^promettons avec assurance cet heureux avenir aux citoyens du Midi, qui, jusqu'à ce jour, ont eu beaucoup à se plaindre, mais qui n'en sont pas moins prêts à tout sacrifier pour la défense de la liberté française.
La place de Rayonne est en bon état; elle se défendra parfaitement contre un siège en forme, qui d'ailleurs n'est aucunement probable; mais elle n'est pas à l'abri d'un bombardement. Nous avons cherché les moyens d'y parer, ou du moins d'en atténuer les effets, par des ouvrages qui pussent être exécutés pendant l'hiver. Nous avons consulté les officiers du génie, et sur leurs avis nous avons arrêté le projet de quelques ouvrages extérieurs, dont la dépense ira à peu près à cinquante mille livres, que nous avons fait demander au ministre de la guerre par le citoyen Lacuée, commissaire du Pouvoir exécutif.
La citadelle est excellente. La troupe de ligne, les bataillons de
^*) Lacuée écrivit de Bayonne, le 1 5 octobre 1799, au ministre de la guerre et lui signala le mauvais état des routes en ces termes : tr Les commissaires de la Convention nationale , qui ont été £omme moi témoins et victimes de ce délabrement des chemins , en rendent compte au Corps législatif. Joignez donc, citoyen, je vous en conjure au nom du bien public, vos instances à celles des citoyens commissaires afin que Ton mette au moins cinq millions à la disposition du ministre de Tintérieur
pour faire mettre en état les routes de Bordeaux à Bayonne, de Bordeaux à Toulouse, de Toulouse à Bayonne, d'Agen à Auch, de Bayonne à Hendaye, du Mont-de- Marsan à Bayonne, ainsi que toutes les communications et ramifications importantes qui communiquent à nos places frontières. Plus sages que nous, les Espagnols ont entretenu leurs chemins et nous nous apercevons qu'ils ont, eux, deviné qu*un jour il y aurait encore des Pyrénées. 7» ( Arch. de la guerre, armée des Pyrénées.)
2U CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [17 oct. 1792.]
volontaires qui forment la garnison et la garde nationale de celte ville, ainsi que celle de la petite ville du Saint-Esprit, qui n'est séparée de Bayonne que par TAdour, sont remplis d'ardeur; toute cette troupe manœuvre habilement et attend avec impatience le moment de se mesurer avec l'ennemi partout où il se présentera.
Les assignats, qu'on faisait difficulté de recevoir dans l'origine, regagnent à chaque instant; l'ordre renaît, la confiance entière se rétablit, tout se régénère ou s'épure avec la République, et nous pouvons nous promettre que les nations voisines trouveront infiniment plus d'avantage à cultiver notre amitié qu'à nous faire la guerre.
Les commissaireg de la Convention nationale a l'année des Pyrénées,