ARRIVEE DES COMMISSAIRES À STRASBOURG
Les dépulcfs de l'Assemblëe nationale sont arriva hier au soir; leur présence réjouit autant les bons citoyens qu'elle cause d'effroi aux factieux. Une partie de notre garde nationale et des soldats de ligne allèrent à cheval à leur rencontre h quelques lieues de la ville. Un grand nombre de citoyens patriotes fut les recevoir à un quart de lieue des portes et accompagna leurs anges tutélaires jusqu'à Tauberge de la Fieur, où MM. les commissaires descendaient. Le cortège était bien ordonné et imposant. La musique le précéda en jouant sans discontinuer
(*) On lit, dao8 le procès -verbal de la séance du corps municipal de Strasbourg du samedi 18 août 17931 la délibération suivante (Arcb. mun. de Strasbourg) : trLe roq» municipal , instruit par le bruit public que des députés de l'Assemblée nationale, envoyés commissaires à Tarmée du Rhin, doivent arriver incessamment â Strasbourg
a invité le maire de faire placer,
aussitôt que farrivée desdits députés aura été annoncée oflidellement et que leurs pouvoirs auront été vérifiés, un poste de sûreté de la garde nationale au logement qu'ib occuperont» — Le 19 août, les administrateurs du déparlement du Bas-Rhin annoncèrent à T Assemblée nationale que la commune de Strasboui^ avait fourni un bataillon complet de volontaires et une compagnie de canonniers. (Orig., Arch. nat., (] 159, dossier G 1 3iii.)
t*^ Philippe-Frédéric, baron de Dielrich, né à Strasbourg en fjhS^ maire de celle ville en 1790, décapité à Paris le a8 décembre 1793. (Cf. son procès aux Archives nationales, W 3o5, n* 366.)
('*) Dietrich et les membres du comité permanent du conseil général de la commune de Strasbourg avaient, le 1 1 août 1 799 , annoncé à PAssemblée nationale que Nadal, directeur en chef de Tarsenal de Strasbourg, et Manson, inspecteur général de Tarlillerie, venaient d'émigrer. Ils flétrissaient la conduite de ces traîtres et demandaient que le pouvoir exécutif prit des mesures pour mettre Strasbourg à Tabri d'une tiabison prochaine. (Orig., Arch.
nat., G i58, dossier G 1 33a.)
(*) Les commissaires descendirent à Tauberge de la Fleur (cf. le récit du Courrier de Strasbourg, reproduit ci-après).
Au CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [19 août 179a.]
Tair : Ça ira. Elle ëtait suivie des cavaliers. A chaque côlë, devant et derrière le carrosse à six chevaux des bien-aîmës du peuple, flottaient les banderolles de la liberté. Un grand nombre de citoyens, le sabre nu à la main, allaient en haies à côte du carrosse. Les cris : rrVive la nation! vive TAssemblëe nationale! vivent nos braves dëputësl vive la loi sans roi in remplissaient les rues par où le cortège passa. Arrivés devant Tauberge, les cavaliers se mirent en cercle et formèrent avec leurs sabres un toit sous lequel MM. les dëpulës entrèrent dans Tauberge. Au bout de Tescalier, ils furent accueillis par des citoyennes habillées de blanc, qui leur avaient déjà annoncé hora de la ville la joie que leur venue causerait à tous les bons citoyens. Les commissaires n'eurent rien de plus pressé que d'annoncer an peuple la bonne nouvelle que le repos régnait dans les armées, qui manifes* taient hautement leur satisfaction des opérations de l'Assemblée nationale. L'un d'eux se montra au peuple rassemblé dans la rue et dit : rr Citoyens, on a voulu nous décourager de venir parmi vous; mais nous savions qu'il y avait encore beaucoup d'amis de la Constitution dans cette ville, et nous fumes sans crainte. Vivent la Uberté et l'égalité I »
Une demi-heure après, les corps administratifs leur rendirent leurs hommages par des députés; mais ceux-ci parlaient si bas qu'il fut impossible aux spectateurs de les entendre. M. le maire éleva un peu plus sa voix. D manifesta son opinion à l'égard de l'Assemblée nationale, comme si elle avait outrepassé ses pouvoirs par la suspension; mais on lui prouva de suite son erreur, et il finit par être de l'avis des commissaires. Les administrateurs furent accompagnés en sortant par les acclamations: rr Vivent nos braves commissaires! Périssent les Autrichiens In
Aujourd'hui (ao août), h 11 heures et demie du matin, notre garnison s'est assemblée sur la place d'armes et a défilé devant MM. les commissaires et les commandants de la ville. Un des députés a lu aux militaires le décret de l'Assemblée nationale qui suspend le roi. Un autre a fait un discours énergique dans lequel il a démontré la nécessité de cette mesure pour sauver la patrie et exhorté le mihtaire à l'obéissance aux ordres de l'Assemblée nationale. Le décret et le discours ont été reçus avec im applaudissement général. Tous les soldats ont levé leur chapeau en l'air en criant : Vive la nation sans rot ^'^ 1
(') Le même jour, 30 août, la société des Amis de la GoDstilution de Strasbourg repnl ses séances, qui avaient été interdites depuis dix jours par le maire Dietrich. Une des mesures prises fut celle-ci , diaprés le Courrier de Strasbourg ( n" 1 97, p. 786 ) : ffLe portrait du sanguinaire Louis XVI, qui se trouve dans la salle, sera couvert d^un voile. 7) On lit dans le même nu-
méro : trMM. les commissaires se rendirent hier (sio août) à l'assemblée des corps administratifs et se firent hre les procèsverbaux depuis la suspension du roi et en tirer copie, en recommandant expressément de mettre les noms des personnes qui ont parlé à côté de leurs discours et de biffer sur les registres Tordre d'après lequel le club a été fermé, t)
[aoAoi)Tt799] MISSION À L^ARMÉE DU RHIN.
PARIS, 30 AOÛT 179a.
LA COMMISSION DE CORRESPONDANCE DE L'ASSEMBLEE ^^^ AUX COMMISSAIRES
Messieurs les commissaires de Tarmëe du Rhin par Strasbourg.
Des lettres écrites par le maréchal Luckner au ministre de la guerre nous ayant prouvé. Messieurs et chers collègues, que ce général n'était pas suffisamment instruit de la situation des affaires présentes ^'^ et qu'il était dans une incertitude Ilcheuse, faute d'avoir vu les commissaires de l'Assemblée nationale, on a cru qu'il était nécessaire d'envoyer trois commissaires auprès de ce général pour lui faire connaître la vérité, que tant de gens cherchent à lui cacher, et Tarracher h ces vils intrigants qui veulent s'emparer de sa confiance pour le faire tomber dans des erreurs dont les suites pourraient avoir les conséquences les plus dangereuses.
L'Assemblée a pensé que ce but ne pouvait pas être rempli ni par les commissaires arrêtés à Sedan ^^\ ni par ceux qui ont pris la route de Reims ^^\ dont le premier soin devait être de procurer la liberté à leurs collègues, ni par vous. Messieurs, qui pouviez ne pas rencontrer le maréchal Luckner, la nature de votre mission renfermant plus particulièrement l'activité de votre zèle dans le commandement du général Biron ^^\ Tels sont les motifs qui ont porté l'Assemblée
(0 La commission de correspondance de i* Assemblée nationale avait été instituée le 1 7 août et elle se composait des députés Duoos, Lagrevol, Lachièze, Marbot, Bruat et Lequinio.
(^) Ije maréchal Luckner se plaignit également au général Biron par une lettre du f 8 août 1799, à laquelle celui-ci répondit que, croyant les commissaires de TAssemblée arrivés à farmée du Centre en même temps qu*à farmée du Rhin, il n^avait pas cru devoir lui rendre un compte détaillé de la mission des commissaires. <r Elle s^est bornée, dit-il, à lire aux troupes assemblées la loi qui prononce la suspension du pouvoir exécutif. 7) Biron raconte ensuite la suspension de Victor Broglie, CafTarelli du Falga et Briche et son départ pour Strasbourg. Pois il ajoute : trMM. les commissaires de PAssemblée nationale ont été reçus avec les plus grandes marques de satisfaction à Lauterbourg. Personne ne leur a présenté de déclarations, lis ont été accueillis avec les mêmes acclamations h Landau, où ils ont suspendu M. Joseph Broglie et M. de Villantroys, 9* lieutenant-colonel de son ré-
giment. Je ne connais point les motifs de cette suspension. MM. les commissaires de l'Assemblée nationale ont été reçus à Strasbourg avec les plus grandes acclamations; une foule de citoyens a été assez loin audevant d'eux. Ils ont eu le soir même une conversation avec M. le maire et il m'a paru qu'ils avaient été réciproquement contents les uns des autres. Ils doivent aller ce matin au département, où j'espère que tout se passera bien. La plus grande tranquillité règne dans la ville . . . n. ( Arch. de la guerre, reg. n" 8, p. 88.)
(-^) Anlonclle, Kersainl et Peraldy avaient été arrêtés à Sedan, le 1/1 août 1799, par les ordres du conseil général de la commune de cette ville, à l'instigation de La Fayette (cf. Monitettr, xiii, /i55). Ils furent mis en liberté le 90, après la fuite de ce générai.
(*} Les députés Baudin, Isnard et Quineltc, envoyés par l'Assemblée le 17 août 1799 pour remplacer les commissaires arrêtés à Sedan.
^^^ En effet, los commissaires à l'armée du Rhin ne virent pas le maréchal Luckner dans le cours de leur mission.
46 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ao août 179a.]
nationale h envoyer directement auprès du maréchal MM. Bniat''\ La Porte ^*^ et Lamarque ^^^ en qualité de commissaires. Il est nécessaire que vous vous concertiez avec ces nouveaux commissaires; il est inutile que nous vous le recommandions: animés comme vous Tètes de l'amour de la patrie, il est impossible que vous ne marchiez pas tous et sur le même plan et vers le même but Vous trouverez cijoint copie des lettres du maréchal Luckner au ministre.
Cette lettre vous parviendra par la voie des derniers commissaires qiû vous Texpédieront par un courrier extraordinaire qui partira de Metz. Nous vous feroiis passer demain par la voie ordinaire ce que nous aurons h vous apprendre de la correspondance des commissaires du Midi et du Nord.
( Arcb. Dit. , DXL 68 , o" 17, reg. de la commission de correspondance de FAssemUée légitlalive.)
âO âÔLT 179s. NOTE DU GÉNÉRAL KELLERMAMV AUX COMMISSAIRES.
Compléter les troupes de ligne avec les gardes nationales volontaires fermées depuis quelque temps; incorporer les nouveaux dans les anciens bataillons, seul moyen d'avoir une armée sans laquelle Thtat est perdu ^^K
Les gardes nationales volontaires doivent êti'e sur le pied de troupes de ligne, ayant masse générale, et de linge et chaussure ; le choix des officiers supérieurs et autres, plus au choix des volontaires; sans cette mesure, point de discipline et par eettc raison bon qu'au désoixlre ^^\
(*) Joseph Bruat, né à Grand villiere (Haat-Rhin) lé 16 mai 1768, administra^ teur de ce département, député à T Assemblée législative le 9 septembre 1791, président du tribunal d*Altkirch en 1800, mort à Altkirch le 3i mars 1807.
W Marie -François -Sébastien de La Porte, né à Belfort le i5 septembre 1760, avoué au tribunal de cette ville, député du Haut-Rbin à TAssembh^ législative et à la Convention, membre du Comité de sûreté générale le i5 vendémiaire an m (6 octobre 179^1) et du Comité de salut public le 16 ventôse an m (U mars 1795), député au Conseil des Cinq-Cents, démissionnaire le 98 veul^ an IV (18 mars 1796), mort à Belfort ic 96 mars 183 5. (Cf. pour les dates de naissance et de mort, ie Dictionnaire dei Parlementaires, qtii donne à ce conventionnel les prénoms de Françoi»- Sébastien-Chnstophe ol prétend, par erreur, que La Porte n'appartint pas au Conseil des Cinq-Cents.)
^'^ François Lamarquo, ne à Montpont
(Dordogne) le 9 novembre 1763, avocat au Parlenoent de Paris en 1785, juge au tribunal de Périgueux en 1790, dépntéde la Dordogne à rAssemt>Iée législative et é la Convention, livré aux Autrichiens par Domouriez le 3 avril 1798, échangé contre la fille de Louis XVI le 96 décembre 1795, députe au Conseil des Cinq -Cents, préfet du Tarn en avril 1800, juge k la conr de cassation le 10 août 180A, exilé en janvier 1816 comme régicide, rentré en France en 1819, mort k Montpont ie i3 mai
^^) Kellermann ne cessait de réclamer ramalgamc,c*est-à-dire Tincorporatioii des volontaires dans les troupes de ligne. (Cf. lettre du 91 juillet 1799 aux Archives de la guerre, armée du Rhin.) La venoo des commissaires lui fournit Toccasion de réitérer son avis. (Cf. Les Volontmrts, par CamiHe Roussct, p. 69 et 99.) (i^amalgame fut enfin décrété par la Convention le 91 11^ vrier 1793.
^^) Le fi* bataillon des gardes nationales
MISSION À I;ARMÉE du RHIN.
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[30 aoi)ti79«.J
Pour oomplëter ia cava)erie en chevaux, il faut prendre tous ceux propres au service des diffëreotes armes, soit dans les chevaux [de trait] et dans ceux de monture des particuliers ; les leur bien payer ; ils en achèteront d'autres en place.
Mettre des bornes aux entraves que met ia trésorerie nationale pour le bien du service ; il est par trop dégoûtant de toutes les difficultés que les agents mettent h donner de l'argent dans les besoins les plus urgents, ce qui fait un tort inGni au bien de la chose.
Les généraux commandant sur Textréme frontière doivent être mieux traités que ceux de rinlérieur; étant payés en assignats, les premiers peixlent 63 par 100 dans le temps que les autres perdent infmiment moins ; d'ailleurs la cherté des denrées est bien plus considérable dans les parties des frontières, observation qui mérite lattention de l'Assemblée nationale, et si elle ne juge pas à propos d'augmenter le traitement des généraux sur les frontières , au moins la moitié devrait être payée en numéraire.
Le général Kellermann a commandé jusqu'à ce moment-ci de la réunion de son armée à celle de Biron, comme général en chef sur la Sarre, et, en outre, il doit être réglé que son traitement lui soit accoi*dé en celte qualité, puisque les frais de toutes espèces ont été pour lui (out comme pour les généraux en chef, et plus considérables encore, avec son armée qui se trouvait enclavée dans des |K)ssessions des princes étrangers qui l'ont engagé à faire des dépenses très considérables.
Le Paiatinat, que j'avais gagné par les meilleurs procédés, depuis dix mois que je commandée Landau et sur cette exti'éme frontièi'e, est encore disposé à la neutralité ; mais à force de provoquer cette puissance par des abattis dans les forêts et autres vexations, nous finirons par l'avoir conmie ennemie. Il me semble que nous en avons assez pour ménager ceux qui restent tranquilles.
J'ai, au surplus, h me plaindi'e personnellement de ce que l'on m'a retiré le commandement en chef sur Landau , cette place me devant son salut, et TÉtat la neutralité que cette puissance a observée.
Le général observe qu'il est de la plus grande nécessité, et du bien du service de sa légion, d'avoir à la tète un colonel, deux heutenants-colonels d'infanterie, deux de cavalerie; il demande, en consé(|uence , que les brevets lui en soient expédiés sans retard et laissés en blanc, de même que tous ceux des officiers de sa légion.
• M. Chappuis ^'^ nommé au 82* régiment d'infanterie, vient d'être remplacé tout récemment par un autre. Le général expose en conséquence que, vu la loi qui
voiooiaires du département des Vosges écrivit de Landau, le 18 août 1799, aux coomiiflsaires pour demauder à être payé sur le pied de guerre. ( Orig. , Arch. de la guerre , arôée du Rhin.)
<^> Pierre Chappuis de Mauboii de la Goiitle, né à MoDtbrison ( Loire) le a 1 janvier 1768, gendarme de la garde le 6 juin
1 763 , sous-lieutenant dans le régimeiil d^infanterie de Savoie le 8 mai 1766, lieutenant le a décembre 1769, capitaine en second le 3 juin 1 779 , passé à la compagnie de chasseurs le ao mai 1783, major dans le 66* régiment le a juin 1 78/1 , colonel du 8a* régiment le 5 février 179a, a abandonné le 36 octobre 179^.
/i8 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [3010011792.]
règle l'avancement en temps de gueiTC par ancicnnclë, demande à ce que M. Desffrancs ^'\ premier lieutenant-colonel dudil rëgiment, en soit colonel, M. des Roches ^'\ premier lieutenant-colonel, et M. de Rëcusson^*^ premier fisictionoaire, soit ëievë au grade de second lieutenant-colonel.
Le gënëral propose d employer des ingénieurs géographes pour les camps et les ingënieui*s du corps du génie pour les places de guerre.
(Minute, Àrch. de la guerre, armée du Rhin.)