‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 44 sur 207 · LE G^NI^RAL BIRON AU MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LE G^NI^RAL BIRON AU MINISTRE DE LA GUERRE

Monsieur,

A Strasbourg, ce a3 août 1799 , Tan iv de la liberté.

Il est de mon devoir de vous donner Tidëe la plus jusle que je pourrai de Tëtat OU se trouve Tarmëe que je commande : je dob commencer par vous parier des officiers généraux. M. de Custine, le plus ancien de tous, et même le mien^*\ a consenti, de la meilleure grâce du monde, à servir sous mes ordres. U a vraiment des talents militaires, un grand dévouement et une grande activité: il sert, k Landau, de la manière la plus utile et la plus distinguée. Sa tête s'échaulTe quelquefois dans rexécution,mais il a les intentions les plus pures et beaucoup de moyens de foire. Je le crois précieux pour la défense d'un pays ou d'une place importante ; il s'est acquis , h Landau , la conGance générale de tous les partis. Je ne puis parier trop avantageusement de M. le lieutenant général Kellermann; il réunit beaucoup de qualités militaires à un ardent patriotisme. U a Tamour et la confiance du soldat.

M. Sheldon ^^\ maréchal de camp , très bon patriote , sert avec zèle et exactitude, est aimé des troupes et très capable de bien faire tout ce dont on le chargera. Je le connais depuis qu'il est au monde. Je puis en répondre sous tous les rapports. Il est important de l'avancer et de s'en servir beaucoup.

M. de Blou^*\ maréchal de camp, est capable de surveillance et de zèle; il n'est pas d'un caractère très prononcé; je pense qu'on pourrait en tirer un assez grand parti en lui donnant le commandement d'une place qui ne serait pas d'une prodigieuse étendue ^"^^

(^) Bien que cette lettre ne soit pas adressée aux cx>mmi8saires, j'ai cru en devoir donner ici le texte. C'est en effet un document qui fournit les plus intéressants détails sur Tétat et sur le personnel de Tarniée du Rhin et qui est indispensable pour rhistorique de la mission des commissaires.

^') Custine était lieutenant général depuis le 6 octobre 1791, et Biron depuis le 1 3 janvier 1799.

t'î Dominique Sheldon, né à Winchester (Angleterre) le lU septembre 1766, cadet an régiment de Dillon le 1" octobre 1770, sous-lieutenant le a 6 janvier 1778, capitaine le 38 février 1778, colonel le 9 septembre 1779, mestre de camp le 5 avnl 1780, maréchal de camp le 1 3 janvier 179a, lieutenant général le 7 septembre 1793, suspendu le 3o septembre

1798, réformé le 37 mars 1799, mort commandant de place à Perpignan le 1 3 vendémiaire an X (4 octobre 1801).

^*^ Jean-Antoine Blou de Chadenac, né le 36 février 1787, lieutenant en second dans le régiment de Picardie le 38 septembre 17^6, lieutenant en premier le i4 novembre 1766, capitaine le 1" septembre 1755, lieutenant-colonel du régiment provincial de Troyes en 1771, chevalier de Saint-Louis le 16 octobre 1771, lieutenant-colonel du 3* régiment d'infanterie le 18 avril 1776, colonel du même régiment en octobre 1791, maréchal de camp le 3o mai 179a, général de division le 37 mai 1798, tué au siège de Mayence le 37 juin 1798.

(^) Dans une lettre du 9 septembre 1793 Biron, tout en constatant que Kellermann fait le plus grand cas de Blou,

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82 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [a3A0ÔTi793.]

M. de Muratci^'^ marrchal de camp, est un excellent officier et comme il nous en reste bien peu. Sa conduite est sage et ses propos sont bons.

Je ne connais pas encore très bien les officiers supérieurs des r^iments; ils ne me paraissent généralement ni très patriotes ni très lAés pour le service. U est plus prudent de les surveiller beaucoup que de leur accorder une grande confiance.

Dans les officiers pai-ticuliers restés, il y en a plus de bons qu'on ne peoae. Ils ont besoin d'encouragement , de fecilité pour vivre et d'occupations militaires. Leur conduite dépend beaucoup de leurs chefs , et il y en a bien peu de mauvais dans les corps commandés par des patriotes prononcés. Ceux qui ont de mauvais principes se cachent et se taisent pour la plupart. Une classe que j'aimais, en devenant trop nombreuse, devient mauvaise; c'est celle qu'on appelait autrefois des officiers de fortune : ils sont assez généralement négligents, paresseux et sans fermeté^. La classe des sous -officiers s'est aussi affaiblie et a fourni trop d*àBciers, pour rester suffisamment bien composée. Je ne puis dire trop de bien des soldats : ils sont pleins d'aixleur et du patriotisme le plus respectaUe, pr£(sè tout entreprendre sous les chefs dont ils ne suspectent pas les principes; ils sont si habituellement trahis ou trompés par ceux qui les commandent, qu^ils voient journellement déserter à l'ennemi , (pie leur défiance est bien naturdle. Les volontaires nationaux sont très bons , malgré les nombreux désavantages dont ils sont environnés. I^a composition de leurs ofiiciers rend presque impossible qu'Us soient bons : l'intérêt dos élections est destructif de tout respect pour les supérieurs et de toute fermeté envers les subordonnés. Il est rare que ces officiers jouissent de quelque considération dans leur troupe et qu'ils soient obéis. Il paraît cependant, de temps en temps, des sujets distingués; il faut s'attacher à les remarquer et à les omployor h former les autres. Les volontaires nationaux manquent de tout, et c'est un très grand malheur; cette excellente espèce d'hommes est toute nue; il sera barbare et impraticable de les faire servir dans la mauvaise saison, et je vois avec douleur que jusqu'à ce moment le Gouvernement s*est bien peu occupé d'aider les' départements h leur fournir du moins les objets d'indispensable nécessité.

Je dois maintenant vous parler de l'état-major. M. Victor Broglie, le chef, a

porte ce sin|(ulier jugement sur ce général: (r C'est, dit-il, vraiment une honnête et vieille brave femme, mais ce n'est que cela.» (Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin.)

^') David-Maurice Champoulies Barreau Muratel, né le i/t février 17/iâ, lieutenant le 3o avril 1757, cornclle dans Orléans- Dragons le 19 a\Til 1760, rapitaine au régiment des Dragons du Roi le 1 a avril 1769, capitaine-commandant on 1777, lieutenant-colonel de Royal - Dragons le 9ij octobre 1786, colonel du même régi-

ment le 91 octobre 1791, maréchal de camp le 8 août 1799, non employé le i5 mai 1798, démianonnaire le 5 aoàt 179/1. — Muratel s'était distingué, â la tête de son régiment, le 99 joillet 1799 i raffairc près de Landau (cf. MomUwTf XIII, 39A) et au combat d'Ambeim le .3 août. Le 10 août KeHermann avait en conséquence demandé pour cet oflBder la grade de maréchal de camp, que le ministre de la guerre lui avait conféré deux jours auparavant. (Arch. de la guerre, armée du Rhin.)

[a3A0ÔTi79a.] MISSION À L'ARMÉE DU RHIN. 83

une grande intelligence mililaire, une activilë infatigable, incapable de beaucoup de détails, et s*y livre même un peu trop. I^s prétentions et Thabitude de tout faire Tout porté à des choix très insignifiants, et je n ai peut-^tre jamais vu un ëtat-roajor plus mai composé que celui de Tarmée du Rhin, ni qui méritât moins de confiance par ses principes et par ses talents. Car, en exceptant trois ou quatre personnes, tout le reste de ce nombreux état-major ne fiait qu'intriguer et n'est bon à rien. Il serait extrêmement urgent d'y remettre un bon chef et quelques adjudants généraux patriotes, travailleurs et intelligents. Il vous serait, je crois, facile de disperser dans les différentes armées quelque&-uns de ceux à qui on ne peut reprocha* que leur médiocrité. Ils ne seront plus nuisibles, dès qu'ib cesseront d'être réunis. Quant aux adjoints , qui dépendent directement de moi , je leur donnerai l'ordre de retourner à leur corps , à mesure que je pourrai les remplacer par de bons choix. Je prévois que je pourrai en diminuer assez considérablement le nombre, après beaucoup de recherches et de réflexions. Je me persuade h chaque instant davantage que M. Alexandre de Beauharuais ^'^ est le meilleur chef d'étatmajor que je puisse vous proposer. Il y a, dans sa vie, de brillantes époques de patriotisme, qui seront d'un excellent exemple. Il pourrait être facilement remplacé dans les fonctions de détail dont il est aujourd'hui chargé. Je n'en connais pas de plus importantes que celles du chef de l'état-major de l'arma du Rhin. H serait juste et même utile d'élever immédiatement M. de Beauhamais au grade de maréchal de camp^'^

Je dois maintenant, Monsieur, vous occuper de Strasbourg. Une longue série d'intrigues a changé les dispositions de beaucoup de citoyens précédemment attachés à la révolution. M. Dietricb, maire, qui jouissait d'une telle influence que l'on pouvait vraiment dire que l'autorité de tous les corps administratifs résidait en loi seul. Avec moins d'ambition et moins de vacillation dans ses principes, M. Dietricb eut été le meilleur maire dont on put jamais se former une idée. 11 a maintenu la police avec une fermeté et une surveillance presque sans exemple. Ce service journalier et signalé lui a valu la confiance et l'amour du grand nombre qui ne se mêle de rien , se contente de vivre tranquillement et en sait gré à l'administrateur qui lui en donne les moyens. En changeant de principes et en se joignant aux partis réunis de la cour et de M. de La Fayette, M. Dietricb pouvait détacher de celui de la liberté une masse énorme dJinfluence : il eût peutêtre été dangereux, si quelques-uns de ses amis avaient été plus circonspects et s'il lui eût été permis de se contenir dans la sagesse et dans la prévoyance de son caractère. On l'a fait marcher heureusement plus vite qu'il ne voulait, et l'autorité de MM. les commissaires de l'Assemblée nationale a dissipé le parli apparent du

t»> Alexandre -François- Marie, vicomte de Beauhamais, né à Fort-Royal (Martioiqiie) le 98 mai 1760, député de la uo- Mewe de Blois à TAssemblée constituante le 3o mars 1789, colonel en 179'-)* maréchal de camp le 7 septembre 1799, général de division le 8 mars 1798, décapité à Paris le a3 juillet 179^1.

(') Le ûli août 1799 le général Biron écrivit de Strasbourg au maréchal Luckner que , privé de son chef d'état-major Victor Brogiie , il a choisi pour remplir ce poste Alexandre de Beaubarnais et qu'il a demandé pour celui-ci le grade de maréchal de camp. (Arch. de la guerre, armée du Rhin, reg. 8, p. 19/1.)

M (:Oimi;sPONDANGE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9.3 aoôt 179a.]

inain^ do. Strasboiiq;, mais ne lui a pas enlevé on très grand nombre de partinnf dans toutes les classes.

MM. les commissaires ont jugé nécessaire de suspendre M. de BaudreviUe (*^ commandant amoviblo de la place; cet officier, dont les principes ne mlnspîreraient pas une grande confiance, devient difficile à remplacer, car j ai rarement vu une suneillancc plus continuelle et une activité plus infatigable. Je ne connais pas assez Tarniéc pour désigner k M. de La Morlière le successeur qu*il faudrait hii donner; ce choix est d'une im|)ortance incalculable, et en attendant qu^il soit fiiit tout lo poids et toute la l'csponsabilité tombent sur M. de La Morlière et sur an seul adjudant de place. \jh commandement d'une ville de guerre aussi étendue, aossî considérable sous tous les m|)|)orts, devient un fardeau trop pesant pour un homme de quatre-vingt-six ans, qui s'y crève absolument, sans parvenir à Eure tout ce ({ui est nécessaire. 11 devient ce{)endant urgent d avoir, à Strasboui^, oq commandant (|ui puisse tout faii'e et qui unisse les connaissances militaires à la fermeté et à la confiance des citoyens. Nous devons nous attendre (M. Dîetrich et M. de Baudroville do moins) h quelque i)etite négligence difficile h prévoir, è quel(|uc petit désordre impossible h prévenir; cela peut donner de rhumeuraux citoyens accoutumés a une grande exactitude et h une grande tranquillité. Il de- \ien( nécessaire alors que le commandant se montre partout et ramène Tordre par sa seule présence. Messieurs les connnissaires de TAssembiée nationale avaient désiré que j'eusse le commandement de Strasbourg; je crois, en effet, que je pour* rai y faire quelquo bien ; mais cela ne serait pas fort aisé à concilier, avant la mauvaise saison, avec le commandement de Tarmée du Rhin. Je ne puis abandonner longtemps les lieux où elle est rassembla , sans d'assez grands inconvénients, dont j'aurai l'Iionneur de vous parler dans ime de mes prochaines lettres. Ce nW pas assurément que l'armée ne soit fort bien entre les mains de M. de Kellermann; mais je crois que , pour son propre avantage , il est bon que nous puissions nous voir souvent. lia surveillance du Haut-Rhin pourrait me donner moins d'embarras. Les événements y sont aimoncés depuis longtemps d'avance et généralement plus prévus. StraslK)urg m en rapproche et me met plus h portée de toutes les diéeisions (jue je puis avoir h y donner. Enfui, Monsieur, je dois cependant finir par vous dire (pie Strasbourg a un tel besoin d'éti*e surveillé que je m'y consacrerai avec mon dévouement ordinaire, si vous le jugez nécessiiire, quitte à passer toutes les semaines quarante-huit heures ii Wissembourg et h m*y transporter extraordinaireinent, toutes tes fois que je le jugerai nécessaire. Il n*en faudrait pas moins h Strasbourg un nian^chal de camp actif et patriote, chargé de la surveillance

'»^ Jean-Baptialo-Picrre Baudreville, né à Alençon (Orne) te a 8 avril 17^, aspiitint d'artillerie en janvier 1769, élève te io juillet 1709, lieutenant en second au régiment de (irenolde le a juin 1770, lieutenant en premier le 5 avril 1780, rclra ilé te i" juin 1791, chevalier de Saint- I/)ui9 le 7 oclotire 1791, clief du t" bataillon de volontaires du Bas-Hliin le

a octobre 1791* commandant la place de Stra8l)0ui^ du a avril au 93 août i794t rbef de bataillon d^artillerie le s avril 1 800 , cbcvalicr de la légion d*hooneur le i5 juin i8o'i, major le lik mars i8ti, colonel, directeur à Douai le 1" août t8i 1, otlirier de la légion d^honnear le 5 août t8i/i, retraité le 1" août i8i5, mort i Scbelestadt le 17 août 1869.

[a3A0ÔTi793.] MISSIOiN À L'ARMÉE DU RHIN. 85

militaire. Je n'en ai point à vous proposer, el je Hësire fort que vous ayez la bontë de faire ce choix vous-même. Si, d ailleurs, vous ne jugez pas vëritabiement utile de me donner le commandement supérieur de Strasbourg et de Tunir à celui de Tannée du Rhin, vous ne me ferez aucune peine en le confiant à un autre. Je ne sais cependant pas s'il n'y aurait pas quelques inconvénients h les séparer, vu le nombre infini de rapports qu'ils ont ensemble. Pour me résumer, mon unique voeu, et j'espère que vous en êtes bien convaincu, est d'être employé de la manière dont je pourrai le mieux servir la cause à laquelle rien n'a pu m'empêcher de me dévouer. Avant de finir cette longue lettre, je dois vous parler de la position du Haut-Rhin, qui est ce que je connais le moins. M. d'Harambure, lieutenant général, conmiandant en chef dans cette partie, ne passe pas pour être fort attaché h la révolution; mais je lui dois la justice que sa conduite militaire n'en montre pas moins de zèle et d'activité.

M. de Martigiiac ^'\ maintenant employé dans le Haut-Rhin, marque aussi le désir de bien servir. Il n'a fait aucune déclaration, ne tient aucuns propos répréheosibles et ne donne, par sa conduite, aucune raison de se méfier de lui.

Je ne connais point du tout M. de Lesser ^'^ maréchal de camp, commandant h Huningue. Je sais seulement qu'il a la réputation d'être fort patriote ^^K

Je connais depuis longtemps M. de Ferrier ^^\ maréchal de camp , commandant

(') Charles Pascalis de Martignac, né à Sommières (Gard) le a6 juin 173a, lieuteoant en second au régiment de Royal- Rouflsillon le 17 avril 176^, lieutenant on premier le 3o novembre 1765, capitaine te 95 octobre 1766, major du ré(pment de Touraine le a 6 décembre 1768, lieutenant-colonel du régiment du Perche le 19 septembre 1776, brigadier le 5 décembre 1781, maréchal de camp le 9 mars 1788, lieutenant général le a a mai 1 79a , a abandonné son emploi le G septembre 179a.

^^ Jean Thevet de Lesser, né à Limoges le i3 mars 1737, lieutenant au régiment d*Aunb le lU septembre 17^17, capitaine le ao juin 1758, capitaine -commandant en 1776, lieutenant-colonel des Chasseurs royaux du Dauphiné le 1" mai 1788, colonel du 7a' régiment d'infanterie le 5 fé- TTÎer 179a, maréchal de camp le 19 mars 1799, réformé le i5 mai 1793.

^^ Le Courrier de Strasbourg (n" aoo, p. 800) avait inséré une note, datée de Baie, le ai août 179a, et annonçant Tarrivée dans cette ville de M. de Serre (tic)^ commandant de Huningue. De Lesser pro-

testa, par une lettre du 97 août, qu'il n'avait jamais quitté son poste. (Ibid,, n'aoS, p. 817.)

^*^ Pierre-Joseph de Ferrier du Chastelet, né à BaviUiers, près de Belforl, le a 5 mai 1 739, mousquetaire en avril 176^, heulenant au régiment de Bouillon le 1 " février 1757, capitaine le 1" juillet 1766, chevalier de Saint-Louis le ao janvier 1777, Ueulenanl- colonel des Grenadiers royaux de la Guyenne le 8 ami 1779, maréchal de camp le ai septembre 1788, lieutenant général le 7 septembre 1799, démissionnaire le 1 a septembre 1 793 , mort à Luxeuil (Haute-Saône) le 39 novembre 18a 8. — Dans la lettre de Biron ce général est appelé Perrière el celle orthographe , résultant vraisemblablement de la prononciation du nom, se retrouve dans presque tous les documents manuscrits el imprimés du temps.

Aussi la table du Moniteur consacre -t-ello deux articles distincts à Ferrier et à Fer^ rière, qui ne sont cependant qu'un seul et même personnage. Dans toutes les lettres publiées plus loin j'ai, bien entendu, rectifié l'orthographe fautive et imprimé Fer^rier au lieu de Ferrière,

8f> CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [sS aoAt 1799.]

h PorreDtniy. Il est excellent patriote et mérite la confiance générale, sous tons les rapports politiques et militaires.

M. d'Aiguillon ^'\ marëchal de camp, maintenant employé dans le HantrRhin, quoiqu'il parût partager les opinions de M. Victor Broglie, ne les ayant pas exprimées de la même manière, n'a pas été suspendu par MM. les commissaires de l'Assemblée nationale. 11 est assez sujet à prendre les intrigaes des autres pour sa propre opinion , et je ne serais pas étonné que quelques réflexions le ramenassent h de meilleurs principes que ceux qu'il a manifestés dans ces dernières droonstances ^*K J'ai pensé devoir le surveiller et le placer dans le lieu 011 il y aurait moins d'inconvénients, quelque parti qu'il prit. Je vais, en conséquence, le charger du rassemblement des volontaii'es nationaux pi'ès Colmar^'^ Je croîs avoir eu l'honneur de vous parier, dans ma lettre précédente, de la nécessite très urgente de regarnir l'armée du Rhin d'officiers du génie et de l'artillerie, sur les principes de qui on puisse compter, car presque tous ceux qui nous ont été envoyés ont émigré , et l'artillerie surtout est entièrement hors de service.

M. de Haack, adjudant général, commandant le camp d'Haesingue(*^ a levé ce camp sur un prétexte très léger et très insuffisant d'un prétendu mouvement des ennemis , et a fait rentrer los troupes dans Huningue et dans les cantonnements ^*K M. de Haack a émigré depuis ^^K

Dans notre position actuelle vis-à-vis des Suisses, il me paraît indispensable de

/') Aniiand-Désiré Vi[;nerol Du Plessis- Rirholicu, duc d*Aiguillon, né à Paris en octobre 1761, iils du fameux ministre de Louiii XV, colonol du régiment de Royal- Polognp cavalerie , commandant des clievaulégers de la garde du roi, député de la noblesse d'Agen à l'Assemblée constituante, marécbal de camp le 7 mai 1799, émigré en Angleterre en septembre 17921 mort k Hambourg le 3 mai 1800.

(*) Le 16 août 1799 le duc d'Aiguillon avait remis au général Biron une déclaration exposant les motifs qui lui faisaient un devoir de rester à son poste. «Je déclare donc, disait-il, que je reste à ma place parce que les ennemis sont sur la frontière et que la patrie est en danger, n (Orig., Musée des archives nationales, n" 1 997.) Le lendemain il écrivit à Biron pour lui demander d'être suspendu comme Victor de Broglie , vu qu'il avait les mêmes principes que celui-ci. (Arcb. de la guerre, année du Rhin, rog. n"8, fol. Ci.)

^^) Le duc d'Aiguillon ne remplit pas la mission que son chef voulait lui confier. Le 90 août 179a il écrivit k son ancien collègue Barnave pour lui dire qu'il attendait

que les commiuairet illégaux d'mu hlée UBurpatricê l'aient destitué pour idier sur une terre étrangère. (Cf. Moniteur du 1" septembre 1799, XIII, 579.) Cette lettre provoqua la mise en accusation de son auteur, qui éniigra en Anglelerre.

(*} C'est le nom francisé d'Hisingen.

(^) Dès le 9 1 août 1799 Biron avait informé le colonel de Haack qu'il le remplaçait dans ses fonctions par le Ueutenant-colooel Xaint railles. Il adoucissait cette sorte de révocation par des considérations flatteuses sur les talents et l'expérience du colonel, mais en même temps il prescrivait au général Kellermann de surveiller cet officier, qui , disait-il , lui est prodigieusement suspect, et même de le faire arrêter, <ren cas qu'il voulût passer de l'autre côté, ce qui est très possible.» (Arch. de la guerre, armée du Rbin, reg. n* 8, p. 93 et 96.)

(^) Le 99 août Biron prévint le marécbal ' Luckner que le duc d'Aiguillon venait de lui rendre compte de l'émigration du colonel de Haack. — Une note de Bàle, du 9 1 août 1799, annonça l'arrivée de cetof* ficier dans cette ville. ( Courrier de Stnubourg, n** 900, p. 800.)

[ 33 AoÔT 179^1 MISSION À UARMÉE DU RHIN. 87

toiir la position d'Haesinguc , qui est de la plus haute importance. J'ai , en conséquence, mande à M. d'Harambure de rëlablir le camp d'Haesingue, d'y employer toutes les troupes de ligne qu'il pourrait tirer des places et remplacer sans inconvénient par les volontaires nationaux. Je Tai autorise, de plus, à se fortifier des volontaires nationaux, organisés et armés, qu'il pourrait avoir du rassemblement fait sous Colmar. J'ajouterai, s'il le faut, un corps de troupe à cheval h celle qu'il a déjà.

Messieurs les commissaires de l'Assemblée nationale m'ont requis d'employer, comme maréchal de camp, M. Faick, ancien colonel du r^^ent de I^ Marck, retiré avec le grade de brigadier ^^^ Je connaissais déjà les talents distingués de cet officier. Messieurs les commissaires répondant de son patriotisme, je ne crois pas possible de faire un meilleur choix. Mon projet est d'employer M. Falck au camp d'Haesingue.

Je joins ici la réquisition des commissaires de l'Assemblée nationale, qui le

concerne.

Le général de l'armée du Rhin ,

BiRON.

P. S. — Permettez-moi, en insistant sur la nécessité de retirer immédiatement M. le général La Morlière de Strasbourg, de le recommander vivement à votre intérêt et à votre délicatesse. Tâchez, je vous en conjure, en l'employant ailleurs, de rendre son traitement d urgent aussi considérable que vous le pourrez , tant |>ar Taugmentation de fixais de bureau que par tout autre moyen. C'est tout ce qu'on peut faire pour ce bon vieillard, et cela le rendra fort heuraux. Si je dois le remplacer, surtout, il serait infiniment désagréable pour moi qu'il ne fût pas content. Je dois à son fils la justice qu'il me paraît être véritablement un sujet de grande distinction. M. le général La Modière a demandé au département de iui indiquer le successeur de M. de Baudreville, et le département vient, je crois, de lui désigner M. Dieche^*^ capitaine dans le 3* régiment d'infanterie ^'^

BiBON.

En tête de la lettre on Ut cette note de la main du général Biron :

Permettez, je vous prie. Monsieur, que cette lettre, plus confidentielle quoflîcielle, soit pour vous seul, s'il est possible, a moins que vous ne trouviez un grand

^'^ Cf. plus haut la réquisition des commÎMaires k cet effet.

^*' Antoine-Claude Dieche,né au Bourg de Rhodes (Basses-Pyrénées) le i8 juin 1753, gendarme de la garde ordinaire du roi le 1" juin 1768, sous-lieutenant au régiment de Piémont le 5 mai 177a, lieutenant en second le 7 août 1778, lieutenant en premier le 16 octobre 1783, capitaine en second le 1" juillet 1786,

capitaine de grenadiers le 17 mai 1786, chevalier de Saint-Louis le 3 avril 1791, lieutenant-colonel au a 8' régiment le 39 octobre 1 79a f général de brigade le 16 août 1 793 , commandant la citadelle de Strasbourg, général de division le a 3 août 1 793 , réformé le i U décembre 1 79^1 « mort à Paris le 1 8 février 1 8 1 1 .

i^J Ce post-scnptum est autographe du général Biron.

88 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [a3 août 179a.]

objet (i'uliHt(^ h la rendre publique, motif auquel je subordonnerai, (ouïe ma vie, toute considëraiion personnelle ^^K

(Orig., Arch. de la guerre, armée do Rhin.)

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