‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 143 sur 195 · Coagréide Vérone · texte numérisé non relu

Coagréide Vérone

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cette proposition, et ils sont sans nombre. L'Autriche l'a appuyée; la Russie l'a repoussée, ainsi que la Prusse ; mais ne voulant pas trancher trop vite une question qui pourrait retarder le départ de leurs a^nts pour Madrid, la Russie et la Prusse ont dit qu'elles prendraient les ordres de leurs cabinets. Cela m'a ouvert une porte, et j'ai dit que la France, avant de prendre une résolution sur la demande de la cour de Naples, attendrait à connaître le sentiment de la Russie et de la Prusse. Cela nous donne deux mois, et en attendant, les agents diplomatiques vont partir pour Madrid.

Mais j'ai appris qu'arrivé à Madrid, M. Brunetti, avant de déployer son caractère, demanderait à la Régence de reconnaître la prétention du roi de Naples et de soumettre ses actes à sa sanction. La Régence, selon moi, doit répondre avec politesse, mais avec fermeté, que cette mesure est de la plus haute importance, qu'il s'agit de prononcer sur un fait de succession pour lequel elle ne se croit pas juge compétent ; que cette mesure pourrait alarmer l'Angleterre, qui verrait dans cette question et cette guerre d'Espagne un intérêt de famille, ce qu'elle ne veut pas reconnaître ; que d'ailleurs ta Régence étant à quatre-vingts lieues seulement du roi d'Espagne, elle ne pourrait pas encore prononcer sur une question si grave sans savoir s'il plaît au roi Ferdinand d'avoir auprès de lui un souverain étranger, ou le délégué de ce souverain, régent de son royaume ; et que dans tous les cas la Régence ne pourrait se prononcer que quand elle connaîtrait sur ce point l'opinion des cabinets de France, de Berlin et de Pétersbourg.

Prenez bien garde à ceci : c'est grave, c'est un piège de la politique autrichienne. M. Saez le verra facilement, et comme c'est lui qui sera chargé de la réponse, il pourra s'entendre avec vous. M. de Talaru est prévenu; mais montrez-lui cette lettre aussitôt qu'il sera arrivé à Madrid.

11 a quitté hier Paris; il part demaîn de sa maison de campagne. Je suppose qu'il arrivera le 24 ou le 25 à Madrid.

M. Bulgari, chaîné d'alTaires de Russie, part demain 13; M. Brunetti, chaîné d'affaires d'Autriche, part samedi H, avec le cbai^ d'affaires de Sardaigne. Il est probable qu'ils arriveront à Madrid avant M. de Talaru. M. Boutourlin, aide de camp de l'empereur de Russie, qui va complimenter M. te duc d'Angoulême, est parti hier. Les courriers de la Hégence allant à Vienne et à Pëtersboui^ ont passé par ici. Dépéchez-vous vite d'envoyer quelqu'un à Londres; j'ai quelque raison de croire que l'envoyé de la R^ence y sera mieux reçu qu'on ne le croit peut-être. Tournez toutes vos pensées vers Cadix,

Chateaubriand. '

H54 13 juin 1S23.

An baron de Rayneval.

Paris, ce 13 juin 1823.

Je ne puis mieux, Monsieur, répondre à votre lettre et à votre dépêche du 29 mai, qu'en vous envoyant la copie de tout ce que nous avons fait ici depuis huit à dis jours, et de la longue lettre que j'écris à M. de La Ferronnais à ce sujet. Vous y verrez tout ce que je pense, et vous y trouverez tous les arguments qui peuvent vous servir. Il ne me reste qu'à vous prier d'insister fortement auprès du cabinet de Berlin, pour qu'il envoie un agent diplomatique à Madrid dans le plus bref délai possible. Je l'ai dit et répété vingt fois, le résultat de tous nos travaux est dans cette mission diplomatique, pourvu qu'elle soit uniforme. Elle achèvera de décider l'opinion de l'Espagne et de l'Angleterre ; et elle est si favorable à l'Atliance, qui désormais conduira le reste des affaires par ses représentants à Madrid, qu'il m'est impossible de comprendre pourquoi elle n'a pas été embrassée plus promptement el avec plus d'ardeur.

i. Congrètde Vérone.

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Désormais, Monueur, l'afTaire d'Espagne est finie. Que le Roi soit emmené à Cadix ou ailleurs, peu importe, c'est un peu plus ou un peu moins de temps. Vous pouvez être sûr que nous ne manquerons ni de patience, ni d'argent, ni de soldats. La France a foit un pas énorme ; la France est rendue à sa puissance, et ce ne sont pas les menaces et les forfanteries de fpielques révolutionnaires qui la feront reculer. Nous mettrons fin aux maux de l'Europe, et c'est trop juste, car nous les avons commencés. Je vous écrirai toutes les fois que cela sera nécessaire. Les dépêches des bureaux ne vous diraient pas tout, et vous m'entendrez mieux quand je vous parlerai moi-même.

Je suis extrêmement fatigué, car je fais à peu près seul tonte ma besogne ; mais je trouverai toujours le temps de vous dire que je vous suis tout dévoué.

Chateaubriand.

Xous avons appris hier par le télégraphe la nouvelle d'une contre-révolution complète dans le Portugal. Cette nouvelle est de la plus haute importance si elle se conûrme. Nous aurions tué deux révolutions d'un seul coup. Les nouvelles de Séville vont jusqu'au trois. Le quatre on devait encore délibérer dans les Corlès ou on emmènerait le Roi, ^

H55 [Vers le 15 juin 1823.]

A Madame Récamier.

Dimanche, 5 heures.

De grandes nouvelles et des courriers ont pris tout mon temps. Les Cortès à Séville, avant d'emmener le roi, ont déclaré qu'il était fou, ont prononcé sa déchéance, et nommé une régence révolutionnaire. Ceci finit misérablement l'afTaire. Les Cortès ne sont plus qu'une faction sans autorité et qui va expirer. ^

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