AITaires étraagères, Rome, m, f
918 13 janvier 1823
Au Ticomte de Harcellus.
Paris, 13 janvier 1823.
Monsieur le Vicomte,
J'ai reçu hier au soir la dépêche que vous m'avez adressée sous le N'^ 41. Les précédentes m'étaient exactement parvenues.
M. Canning se trompe s'il croît donner de la force au ministère français en répliquant à la réponse de M. de Montmorency sur la médiatioa, et en établissant que la question d'Espagne est une question toute française.
Cette démarche aura le danger, et M. Canaing ne l'a sûrement pas prévu, de nous présenter comme nous étant séparés de l'Alliance. Il sait que telle n'est pas notre intention et que notre union avec les trois Cours continentales est clairement articulée dans la note de M. de Villèle, publiée par le Moniteur.
Quoi qu'il en soit, j'attendrai la démarche de M. Canning. Mais ce que je puis vous dire à l'avance, c'est que nous ne laisserons personne se mêler de nos affaires. Nous avons souffert trop longtemps pour être tentés de prolonger cet état d'inquiétude et de malaise.
L'erreur du ministère anglais vient de l'idée où il est relativement à mon opinion sur la question du moment. Sans doute, je désire la paix, mais je ne la veux qu'avec l'honneur et la sûreté de la France.
Partez de ce point dans vos relations avec M. Canning. Il est impossible que le Roi fasse ici l'ouverture des Chambres, sans qu'il y ait quelque chose de décidé à Madrid, et l'ouverture des Chambres ne sera pas retardée.
Toutes propositions qui ne seraient pas catégoriques, seraient inutiles près de nous. Si l'Angleterre avait voulu parler un langage ferme à l'Espagne, et s'opposer aux emprunts, tout serait fini actuellement.
Si la guerre éclate, c'est qu'elle l'aura bien voulu, et la responsabilité en retombera sur elle.
Nous avons reçu hier des nouvelles de ^^. de La Garde jusqu'à la date du 6 de ce mois. Je vous transmets copie de ses dépêcbes. Dans une lettre particulière, datée du 6, il annonce que ]e8 ministres d'Autriche, de Russie et de Prusse ont remis leurs notes le même jour, qu'il y avait eu grand bruit à la société Landaburienne, et que la fermentation était grande dans Madrid. Le ministre d'Espagne ici prétend avoir des nouvelles du 7 ; selon lui, et d'après tout le commerce libéral, ces nouvelles seraient de nature pacifique ; une commission, prise dans le sein des Cortès, serait chargée d'examiner les notes et d'y répondre. Mais que dira et que proposera cette commission ? Une réponse évasive ne peut nous satisfaire, et il est probable que la conclusion de tout ceci sera le rappel de M. de La Garde. Il pourrait recevoir l'ordre de quitter Madrid huit ou dix jours après le départ des envoyés russe, autrichien et prussien. Ceux-ci se retireront du 19 au 21.
Lord Fitz-Roy a passé ici. Sir Charles Stuart l'a amené chez moi à deux reprises différentes, et j'étais sorti. J'ai été le chercher, sans le trouver ; enfin il est parti sans que je l'aie pu voir, et même lui faire remettre les dépêches que je voulais envoyer à Madrid. Je les ai expédiées la nuit dernière par un courrier. J'ai dû prévenir M. de La Garde que le territoire français avait été violé par une colonne de troupes constitutionnelles, dans le but d'égorger quelques soldats blessés de l'Armée de la Foi, restés dans un village espagnol qui touchait à notre frontière. Ce nouveau délit couronne tous ceux dont nous avons à nous plaindre, et nous sommes décidés à mettre un terme à tous ces outrages.
Je vous écris très rapidement, M. le vicomte, et avec toute la confiance que je mets dans votre zèle et votre discrétion.
Usez de cette dépêche avec beaucoup de réserve. Seulement parlez avec fermeté : dites que notre patience est k bout et que nous voulons en finir.
Dites à M. Canaing que je me propose de lui écrire incessamment. Entretenez les relations les plus amicales et les plus fréquentes avec le prince Ësterhazy, le comte de Lieven et M. de Werther.
J'ai reçu vos lettres particulières et j'ai été fort touché des sentiments que vous m'y témoignez. Vous savez que j'y réponds par un attachement sincère, '
1. Publiée (saul le premier paragraphe) avec plus de vingt erreurs de lecture par le comte d'Antiocbe ChaUaabriand ambassadeur i Londres, p. 389-19. — Minute aux Affaires Étraugères, Angleterre 616, f 37. Cette minute de la main d'un secrétaire renferme un brouillon écrit par Cbateauliriand lui-même et que voici :
(Nous avons cherché ^ donner l'aspect de l'originHl en indiquant le début de cbacune des huit pages par un numéro — et en imprimant en caractères droits soulignés d'un trait ce qui est barré par Chateaubriand).
1 M. le VI'. J'ai reçu voire dépêche N' H. J'attendrai la démarche de M. Canning.
Nous ne laisserons personne »e mêler de nos affaires
et nous avons souffert asseï trop
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pour vouloir être tentés de prolonger
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Ce nouveau délit couronne tout ceux dont noa» avoni A nout plaindre et nous décidés » délerminés à
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Uses de celte dépêche avec beaucoup de discrétion Seulement parlez avec fermeté ; dite» que notre patience est à bout, et que
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Prince Eslerkasy le Comte Lieven et M. Werther.
— Je vous remercie de vos lettre»
particulière» et vou» prie d'agréer etc. — Ce ■ d' •esttijouti ipréa la rature dct trois n» Correspondance de Chateaubriand. T. 111.
9i9 [Janvier 1823.]
A la duchesse de Duras.
Dimanche.
Je ne vous réponds de rien, car en sortant de la Cour, j'ai deux ou trois visites à faire. Dans tous les cas, à ce soir. Je crois que M'^' de Chateaubriand m'accompagnera'.
9S0 U janvier 1823.
Au vicomte de HarcellDS.
Paris, 14 janvier 1823.
Ne vous effrayez ni de la baisse des fonds publics nî de tous les bruits de gazette. Nous marchons bien et nous marcherons mieux encore ; toujours noblement et dignement. C'est une crise, puisque crise il y a. Il faut la laisser passer ; mais notre succès est au bout.
991 14 janvier 1823.
Au marquis de Caraman.
N' 2 Paris, 14 janvier 1823.
Expédiée par M. le Prince Louis de Rohan.
Monsieur le Marquis, Je profite du départ de M. le Prince Louis de Rohan pour vous transmettre les premières nouvelles que nous recevons d'Espagne,
1. Pailhès La daeheae de Dam, p. 236. — ColUtionné sur l'origiDal autographe.
3. Msrcellus PotUiqae de la ItetUuralion, p. 118. — Ce billet est peutêtre apocryphe.
en réponse à la lettre adressée à M. le Comte de La Garde par M. leComtedeVillèle.
Ces nouvelles sont du 5 et du 6. Notre courrier est arrivé le 2, et le 3 on a reçu à Madrid le Moniteur qui contenait la Note. M. de La Garde l'a communiquée immédiiitement, et comme, dans la journée du 3, était arrivé aussi le Courrier qui portait les instructions aux légations de Russie, d'Autriche et de Prusse, M. de La Garde a prévenu le Ministère des Affaires étrangères de S. M. Catholique de la remise des Notes de ces légations et de l'esprit dans lequel elles sont rédigées. Cette communication a paru faire impression, et dans sa dépêche du S, M. de La Garde annonçait qu'il y avait de la stupeur dans le ministère et de la consternation dans le parti révolutionnaire. Dans une lettre particulière du 6, il m'annonce que les chargés d'affaires d'Autriche, de Russie et de Prusse ont remis leur note le même jour, qu'il y a eu grand bruit à la Société [Landaburienne] ' et que la fermentation est grande dans Madrid.
Le ministre d'Espagne ici prétend avoir des nouvelles du 7 : selon lui et d'après tout le commerce libéral, ces nouvelles seraient de nature pacifique : une commission, prise dans le sein des Cortès, serait chargée d'examiner les notes et d'y répondre. Mais qui dira ce que proposera cette commission ? Une réponse évasive ne peut nous satisfaire, et il est probable que la conclusion de tout ceci sera le rappel de M. de La Garde, comme celui des légations des trois Cours.
Je lui ai expédié un courrier hier pour le prévenir d'une violation de territoire commise par une colonne de troupes constitutionnelles qui sont venues égorger, dans un de nos villages frontières, quelques soldats blessés de l'armée de la foi. Ce nouveau délit couronne tous ceux dont nous avons à nous plaindre, et nous sommes décidés h mettre un terme à tous ces outrages. Lord Fitz Roy, qui va à Madrid, a passé ici avant-hier. Il est